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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 33, n° 6
pages 373-379 (juin 2010)
Doi : 10.1016/j.jfo.2010.03.028
Received : 19 May 2009 ;  accepted : 15 Mars 2010
Cataractes congénitales opérées précocement : devenir visuel et réfractif à long terme
Congenital cataract removed early: Long-term visual acuity outcome and refractive changes
 

F. Thoumazet a, , S. Mauris-Tyson b, J. Colin a, B. Mortemousque a
a ISPED, service d’ophtalmologie, CHU Pellegrin, place Amélie-Raba-Léon, 33000 Bordeaux, France 
b ISPED, Bordeaux, France 

Auteur correspondant. 41, rue quintin, 33000 bordeaux, France.
Résumé
Introduction

La prise en charge des anomalies cristalliniennes pédiatriques a totalement été révolutionnée depuis ces 15 dernières années. Les cataractes congénitales en représentent la principale étiologie.

Matériel et méthode

Cette étude rétrospective recense toutes les anomalies cristalliniennes pédiatriques, opérées au CHU de Bordeaux entre 2000 et 2005, sans aucun critère d’exclusion. Deux tests ont été utilisés : le test Anova pour la comparaison des moyennes avec des représentations en box plot de la distribution, le test du Chi2. Une valeur de p <0,05 a été considérée comme significative statistiquement.

Résultats

Notre cohorte comprend très majoritairement des cataractes congénitales avec 60 yeux opérés avant l’âge d’un an dont 41 avant six mois. La moyenne d’âge lors de l’intervention était de 1,93 an avec le plus jeune à neuf jours et le plus âgé à 8,86 ans. Soixante-dix-neuf yeux ont bénéficié d’une implantation primaire (78,8 % cataractes unilatérales et 55,1 % les bilatérales) et la réfraction postopératoire moyenne était de+1,94 avec une myopisation de −1,22 dioptries (D) sur 2,89 ans de suivi moyen. La proportion d’yeux avec une acuité visuelle finale (AVF) supérieure à 0,5 était de 64,7 %, avec un gain d’acuité visuelle moyenne de 0,38 pour une AVF de 0,51. Chez les moins d’un an, l’AVF moyenne était de 4,1/10e avec un minimum de 1/50e et un maximum de 12/10e. L’AVF moyenne des yeux implantés (5,4/10e±4,2/10e) était supérieure à ceux corrigés par lentilles de contact (2/10e±1,6/10e) (p =0,024).

Discussion et conclusion

Nous constatons de manière significative que l’implantation est supérieure aux lentilles de contact en termes d’AVF et permet une meilleure stabilisation de ce gain dans le temps.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Introduction

Removing pediatric crystalline lens abnormalities has improved recently. Congenital cataract is the main cause.

Patients and method

This retrospective study analyzed 121 eyes in children that were operated early at the Bordeaux Hospital (France) from 2000 to 2005, with no exclusion criterion. The Anova test and the Bartlett Chi2 test were used for the statistical analysis.

Results

This cohort mainly recruited congenital cataract with half of the population operated on at less than 1 year of age, including 41 before the age of 6 months. The mean age at surgery was 1.93 years (range, 9 days to 8.86 years). Seventy-nine eyes underwent primary intraocular lens implantation (78.8% for unilateral cataracts and 55.1% for bilateral cataract). The mean postoperative refraction was +1.94 D with a mean myopic shift of −1.22 D over 2.89 years of follow-up. Of the operated eyes, 64.7% improved 0.5 D or better, with a mean gain of 0.38. The final visual acuity (AVF) was 0.51. Before the age of 1year, the mean AVF was 4.1/10 (range, 1/50 to 12/10). The mean AVF of the implanted eyes (5.4/10±4.2/10) was higher than those corrected by contact lenses (2/10±1.6/10) (p =0.024).

Discussion and conclusion

Primary intraocular lens implantation provides significantly better AVF than aphakic contact lens-corrected eyes and provides better stabilization over time whatever the age.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Cataracte congénitale, Implantation primaire, Acuité visuelle finale, Hypermétropiser, Myopisation, Lentilles de contact, Amblyopie

Keywords : Congenital cataract, Primary intraocular lens, Final visual acuity, Long-term refractive changes, Hyperopia, Myopic shift, Contact lens, Amblyopia


Introduction

La prise en charge des cataractes congénitales a totalement été révolutionnée depuis ces 15 dernières années. Si la nécessité de lever chirurgicalement l’obstacle organique ne fait plus aucun doute, c’est une véritable stratégie cohérente réfléchie et prolongée qui doit être mise en place autour de l’enfant pour lutter contre l’amblyopie fonctionnelle qui en résulte et obtenir les meilleurs résultats visuels.

Deux zones d’ombre, et pas des moindres, alimentent encore le débat.

D’une part, le choix de la puissance de l’implant intraoculaire et la réfraction postopératoire cible dépendent de l’âge de chirurgie. En effet, l’œil de l’enfant est une structure dynamique jusqu’à l’âge de huit à dix ans, avec une modification permanente de sa biométrie (augmentation longueur axiale, diminution de la Kératométrie (Km) et de la puissance du cristallin par emmétropisation passive). Durant cette période de croissance, l’acquisition « cérébrale » de la vision est aussi dynamique et se fixe vers l’âge de huit ans. Cela souligne sa fragilité mais aussi sa malléabilité et l’importance du choix de la puissance d’un implant « définitif » sur un système visuel en pleine acquisition.

D’autre part, il n’existe aucun consensus quant à la prise en charge des enfants opérés avant l’âge d’un an et encore moins avant six mois de vie. Cela concerne la période où le globe oculaire et le cerveau subissent les plus grandes modifications.

Notre étude est une des premières à présenter l’évolution visuelle et réfractive à long terme d’un grand nombre de cataractes congénitales opérées avant l’âge d’un an. Dans ce travail, nous avons étudié une cohorte de 121 yeux de 89 enfants, en nous focalisant sur les facteurs influençant une bonne progression visuelle et ceux les limitant. De même, nous avons essayé de dégager les conditions nécessaires bien que non suffisantes, à l’obtention de bonnes performances visuelles chez les enfants opérés avant l’âge de six mois.

Patients et méthodes

Une étude de cohorte rétrospective longitudinale a été réalisée entre janvier 2000 et décembre 2005. Nous avons inclus dans notre étude toutes les anomalies cristalliniennes pédiatriques opérées au CHU de Bordeaux entre 2000 et 2005 soit 121 yeux. Nous avons fixé cette période de cinq ans afin de disposer d’un recul suffisant pour le suivi de nos jeunes patients. Cette cohorte comporte uniquement des enfants âgés de moins de dix ans avec le plus jeune qui avait neuf jours et le plus âgé huit ans et dix mois au moment de l’intervention. Nous les avons séparés en cinq groupes d’âges au moment de la chirurgie correspondant aux différentes cinétiques de croissance du globe oculaire de l’enfant :

le groupe 1 : enfants de moins de six mois ;
le groupe 2 : six mois à un an ;
le groupe 3 : un an à trois ans ;
le groupe 4 : trois ans à cinq ans ;
le groupe 5 : plus de cinq ans.

Les cataractes congénitales représentaient la majorité de notre population et bénéficiaient généralement d’une prise en charge hospitalière multidisciplinaire. Nous avons inclus également les cataractes traumatiques, les luxations de cristallin ainsi que les fibroplasies rétrolentales et autres dysgénésies rares tels que les aniridies, les trabéculodysgénésies, le syndrome de Peters, etc.

Nous n’avons pas jugé utile de fixer des critères d’exclusion afin que notre échantillon soit le plus représentatif des anomalies cristalliniennes pédiatriques de la région Aquitaine durant cette période de cinq ans. Nous n’avions évidemment pas « l’exclusivité » des cataractes pédiatriques de la région, mais les malformations cristalliniennes chez les enfants de moins d’un an semblent relever d’une prise en charge uniquement hospitalière, d’où ce biais de recrutement chez les très jeunes (50 % de l’échantillon moins d’un an) (Figure 1).



Figure 1


Figure 1. 

Répartition de la cohorte en fonction de l’âge de chirurgie (abscisse : groupe d’âges lors de la chirurgie [années], ordonné : nombre d’yeux).

Zoom

L’évaluation de l’état visuel et oculomoteur a été réalisée classiquement. Les résultats visuels ont été surveillés initialement par la méthode du regard préférentiel (cartes de Teller puis Tropique) et le caractère de la fixation, dès l’âge verbal par l’échelle de Pigassou, puis les « E » de Snellen et finalement par les lettres en optotypes groupés. Pour les plus grands, on se base sur l’acuité visuelle en monoculaire à 5m, l’autre œil étant obturé.

Le rythme de surveillance a été adapté en fonction de la profondeur de l’amblyopie et de sa récupération et modifié par les complications éventuelles. Les contrôles se sont faits à un mois, trois mois, six mois, neuf mois, un an et puis tous les six mois si l’évolution était satisfaisante.

Lors de la dernière évaluation, l’acuité en vision de loin a été évaluée par la méthode subjective adaptée à l’âge. Les valeurs ont été ensuite converties en équivalent logMAR pour permettre leur analyse statistique. Il en a été de même, dans la mesure du possible, pour les acuités à trois mois, un an, trois ans et préopératoire. Les résultats définitifs des moyennes d’acuité visuelle ont été convertis en notation Monoyer ou fraction décimale afin de permettre une interprétation plus aisée par les cliniciens.

Dans le domaine des faibles acuités, nous avons attribué des valeurs décimales proches de 0 à certains comportements visuels afin d’en permettre l’analyse statistique sans pour autant perturber fondamentalement les résultats. Ainsi, une errance du regard ou plafonnement correspond à 1/120e en notation Monoyer soit 0,008, la plus faible acuité visuelle en échelle décimale. voit bouger la main (VBLM) correspond à 1/100e ou Compte Les Doigts (CLD) à 30cm soit 0,010 en décimale. La poursuite oculaire est retranscrite en 1/80e en notation Monoyer soit 0,0125 et attrape les objets en 1/60e, soit 0,016 en fraction décimale, tout en sachant que 1/50 soit CLD à 1m en fraction décimale correspond à 0,020.

Concernant les biométries : la Km a été mesurée en  D en préopératoire de l’implantation primaire en consultation, soit juste avant l’intervention au bloc opératoire lors de l’examen sous anesthésie générale en utilisant un autokératoréfractomètre portable de type Rétinomax K-plus2 (Nikon). La longueur axiale (LA) a été mesurée en millimètre par échographie A et B en préopératoire immédiat. Pour chaque enfant, ont été notés le type et la puissance de l’implant en  D posé lors de l’intervention. Les formules utilisées ont été SRK-2 puis SRK-T.

L’évaluation de la réfraction objective totale des yeux opérés, considérée comme stable, a été réalisée lors de la seconde consultation de contrôle à un mois par le même autoréfractomètre portable de type Rétinomax. Pour les formes unilatérales, l’œil sain a été mesuré sous cycloplégie. Puis le recueil s’est échelonné au même rythme que les acuités visuelles. Pour chaque œil pour des raisons statistiques, l’équivalent sphérique a été retenu tout en précisant la présence d’un astigmatisme s’il est majeur.

Pour chaque œil, nous avons calculé la variation de « l’erreur réfractive » en  D qui est la différence entre la réfraction finale et la première réfraction à un mois après l’opération. Ainsi, la myopisation a pu en être extraite.

L’analyse statistique a été réalisée à partir d’un tableau Excel et le logiciel Epi Info. Deux types d’analyses ont été utilisés :

pour les variables quantitatives, la comparaison des moyennes a été réalisée par le test Anova et nous avons utilisé des représentations en box plot de la distribution (valeurs extrêmes, le Q1, le Q3 et la médiane) ;
pour les variables qualitatives, la comparaison des fréquences a été faite avec le test du Chi2.

Une valeur de p <0,05 a été considérée comme significative statistiquement.

Résultats

Quatre-vingt-neuf enfants ont été opérés aux CHU de Bordeaux, avec un sex-ratio d’une fille pour deux garçons (0,51). La moyenne d’âge au moment de la chirurgie est de 2,13 ans (minimum de 0,027 an soit neuf jours et maximum de 8,87 ans). Le suivi postopératoire moyen est de 2,89 ans, avec les extrêmes allant d’un jour à 8,18 années.

On dénombre 53 malformations cristalliniennes unilatérales pour 34 bilatérales. Soit un total de 121 yeux dont les caractéristiques principales sont résumées dans le Tableau 2.

On compte 43 yeux féminins pour 78 yeux masculins (sex-ratio F/H=0,55), avec 61 % d’yeux masculins dans les cataractes bilatérales et 64,50 % dans les formes unilatérales.

L’acuité visuelle finale (AVF) moyenne est de 5,1/10e (0,413 logMAR) pour un gain moyen de 3,8/10 au terme du suivi. La proportion d’yeux ayant une AVF supérieure à 5/10 est de 36 %. On considère que 5/10, surtout en échelle décimale, est une bonne acuité visuelle (définition de l’OMS).

La moyenne de l’acuité visuelle chiffrable en préopératoire est de 1,25/10e (1,11 logMAR).

L’âge moyen de la chirurgie pour ces 121 yeux est de 1,93 an avec une médiane de 0,97 an, ce qui souligne la très jeune population d’yeux étudiés. Un tiers de cette population a été opéré durant les six premiers mois de vie et la moitié avant l’âge d’un an. La moitié de l’échantillon étudiée concerne une tranche d’âge pour laquelle la prise en charge chirurgicale ne rencontre aucun consensus. La chirurgie des malformations cristalliniennes pédiatriques, notamment chez les très jeunes, relève principalement d’une prise en charge hospitalière, d’où ce biais de recrutement chez les moins d’un an (Figure 1).

Soixante-dix-neuf yeux ont bénéficié d’une implantation avec 12 implantations secondaires pour généralement des cataractes congénitales ou totales. Cela représente 65,29 % d’yeux ayants bénéficié d’un implant intraoculaire.

Les cataractes unilatérales ont plus souvent été implantées que les bilatérales dans une proportion de 78,80 % contre 55,10 % pour les bilatérales. Les cataractes unilatérales ont été légèrement plus implantées après l’âge d’un an (55,8 %) alors que les bilatérales l’ont plus été avant l’âge d’un an (53,6 %). Globalement, le nombre d’implantation a été équivalent avant et après un an de vie (Tableau 1).

Les autres modes de correction de l’aphakie ont été les lentilles de contact rigides gaz perméables (LRGP) ou souples hydrophiles (LSH). Ces dernières ont été plus souvent utilisées en postchirurgie de cataractes totales, blanches ou de cristallins luxés.

Pour les cataractes bilatérales opérées, il a été adapté davantage de LSH chez les enfants âgés de moins d’un an (80 %) alors que la proportion avec les LRGP est similaire après un an. Concernant les unilatérales, la tendance à utiliser le LSH est majorée pour les moins d’un an avec 92,30 % d’adaptation de lentilles souples. Après un an, il n’existe qu’une cataracte unilatérale adaptée en lentille : la LRGP a été préférée.

Les lentilles ont plus souvent été utilisées comme mode de correction de l’aphakie avant l’âge d’un an quel que soit le type uni- ou bilatéral, avec une large préférence pour les LSH.

Les Km et les LA moyennes de la population étudiée sont : Km=49,17/LA=21,07 mm.

Il existe une augmentation de la LA de l’œil opéré en fonction de l’âge de chirurgie de manière très significative (p =0,0000). De même, la Km diminue avec l’âge. La plus grande variation de la biométrie s’effectue avant l’âge d’un an pour se stabiliser de manière plus « linéaire » par la suite. Cela est conforme aux données de Galal et al. [1] et Jacobi et al. [2]. Les cas présentés et étudiés ici constituent donc un échantillon représentatif d’enfants atteints de cataracte congénitale.

La durée du suivi moyen est de 2,89±2 années. La médiane est de 2,78 années avec un minimum de 0,0027 et un maximum de 8,18 années. Le premier quartile (Q1) est à 1,34 an et les 75 % (Q3) se trouvent à 4,18 ans.

Six yeux ont une durée de suivi inférieure à un mois dont deux avec aucune nouvelle après la chirurgie. Le nombre de « perdus de vue » est de six yeux.

Le suivi postopératoire a été majoritairement pratiqué en milieu hospitalier (83,10 %) avec un suivi conjoint avec les ophtalmologues de ville pour deux yeux (1,70 %) seulement. Dix-huit yeux ont été suivis en ville (15,30 %). Concernant les « perdus de vue » : quatre ont été revus dans le mois qui suivit la chirurgie en milieu hospitalier et deux perdus de vue au sens strict.

Nous notons que 95 yeux avaient une AVF chiffrable et disponible avec un recul postopératoire oscillant entre un mois et huit ans. L’AVF est de 5,1/10e en moyenne.

L’AVF moyenne des cataractes unilatérales opérées est de 4,7/10e±3,2 pour une moyenne de 6/10e±3,2 pour les bilatérales. Cette différence n’est toutefois pas statistiquement significative (p =0,08). Il y a donc en termes d’AVF, peu de différence dans notre étude dans la prise en charge des cataractes unilatérales et bilatérales.

L’AVF chez ceux qui ont été implantés est de à 0,51 en valeur décimale. Au premier regard, il n’y aurait pas de supériorité en termes d’AVF de l’implantation primaire par rapport à ceux corrigés par des lentilles. Si on retranche les dix cristallins subluxés (maladie de Marfan), la moyenne de l’AVF des porteurs de lentilles est réduite à 0,24. En effet, la moyenne d’AVF chez les Marfan est de 0,74 avec un minimum de 0,25 et maximum de 0,95. Tous ont bénéficié de lentilles de contact comme mode de correction de leur aphakie.

L’implantation primaire semble donner de meilleurs résultats et apparaît comme être la méthode de choix pour la correction de l’aphakie. Si le support capsulaire fait défaut, comme dans la maladie de Marfan, les LRGP restent une bonne alternative.

L’évolution des acuités visuelles moyennes en fonction du temps (Figure 2) entre les yeux implantés (AV IOL 1) et non implantés (AV IOL 0) montre une acuité visuelle nettement supérieure pour les yeux pseudophaques. Cette différence reste relativement stable dans le temps.



Figure 2


Figure 2. 

Évolution dans le temps des moyennes d’acuité visuelle selon le mode de correction de l’aphakie postopératoire.

Zoom

Dans la première année qui suit l’opération, l’acuité visuelle des porteurs de lentilles est meilleure mais ce résultat s’inverse dans la seconde année au profit des yeux pseudophaques. Cela s’explique par l’hypermétropisation volontaire parfois excessive pour les très jeunes, alors que les lentilles que l’on peut changer régulièrement emmétropisent et permettent dans le postopératoire immédiat une meilleure progression de l’acuité.

Intéressons nous à ce sous-groupe pour lequelle la chirurgie a donné de bons résultats : nous dénombrons 44 yeux avec une acuité visuelle supérieure à 5/10e pour 68 acuités visuelles disponibles, soit 64,7 % de bons résultats. Il n’y a pas de différence significative entre les cataractes unilatérales et bilatérales. Toutefois, l’AVF des bilatérales est de 0,69±0,46 en valeur décimale pour une AVF de 0,56±0,5 pour les unilatérales. Cela signifie que la chirurgie est efficace dans les deux cas.

En prenant une autre variable qui est le mode de correction de l’aphakie (implantation ou correction par lentilles de contact) : la moyenne d’AVF des implantés est de 7/10e contre seulement 4/10e pour les porteurs de lentilles. Cette différence est significative (p =0,028). Cela montre dans notre cohorte la supériorité de l’implantation primaire à la lentille pour atteindre de hautes performances visuelles.

Pour le sous-groupe d’yeux opérés à moins d’un an, il n’y a pas de différence de gain d’acuité visuelle entre les cataractes unilatérales (0,26) et les cataractes bilatérales (0,29).

Concernant ceux opérés après un an de vie, les cataractes bilatérales ont statistiquement un meilleur gain d’acuité (+0,54) que les cataractes unilatérales (+0,36). Cette différence est significative (p =0,046). De même, quel que soit l’âge de l’opération, le gain est meilleur pour les cataractes bilatérales implantées (+0,52) que pour les unilatérales implantées (+0,28). Cela avec un p significatif à 0,021. Le gain de vision optimale dans notre cohorte concerne les cataractes bilatérales implantées pour des yeux de plus d’un an.

On retrouve sans surprise une différence très significative (p =0,0082) entre les bonnes AVF de ceux qui ont été assidus dans l’amblyothérapie (0,6 en valeur décimale) et une acuité visuelle de 0,095 pour ceux pour qui le port du cache a été « houleux ». Toutefois, nous retrouvons 19 yeux avec une bonne acuité visuelle (0,5) pour qui l’amblyothérapie était non renseignée.

Pour les cataractes unilatérales, la moyenne d’acuité visuelle sur 40 yeux « sains » est de 0,93 en valeur décimale. Cela nous donne une amblyopie relative de 0,49 soit pratiquement cinq lignes de différence entre œil opéré et œil « sain ».

La réfraction postopératoire moyenne à 1 mois est à +1,93 dioptrie (D) tous âges confondus. Elle est de +3,41D pour le groupe de moins d’un an lors de la chirurgie et de +0,96D pour ceux opérés après un an (différence de 2,41D). Il est intéressant de noter que pour les yeux aphaques, cette différence d’hypermétropisation reste sensiblement la même (16,64–14,37=2,27 D) et révèle le caractère physiologique de ce mode de correction. Ces réfractions à un mois de ces yeux pseudophaques sont conformes aux trois à quatre  D préconisées selon les auteurs pour une population inférieure à un an. Toutefois, la sous-correction d’un voire deux  D est souhaitée pour des yeux à partir de trois ans, mieux après cinq ans. Or notre population a une moyenne d’âge de deux ans. Cette population a été légèrement«  sur-corrigée » bien qu’elle compte surtout des cataractes unilatérales.

Si l’on compare la réfraction de l’œil sain (+1,55±1,39), pour les cataractes unilatérales opérées (+1,97±3) à la même période, la différence d’hypermétropisation est minime. Cela confirme le respect de l’hypermétropie physiologique des cataractes unilatérales implantées tout en sachant que la cycloplégie n’est jamais totale pour l’œil sain (Tableau 2).

La Myopisation globale des yeux pseudophaques est de −1,22 D pour 2,88 années de suivi. Elle est logiquement de −1,48 D pour ceux opérés avant l’âge d’un an et de −0,99 D après un an de vie. La myopisation globale par année de suivi est de −0,42 D par an.

La myopisation diminue en fonction de l’âge de chirurgie avec toutefois un p non significatif (p =0,8562) dans notre série. Les variations de réfraction diminuent en fonction de l’âge de chirurgie avec variance très élevée pour le groupe de moins d’un an. La comparaison des variances est très significative (p <0,001) (Figure 3). Ainsi, l’écart type est de ±3,32 pour les moins d’un an. Il passe à ±1,5 en moyenne pour ceux entre un à cinq ans, pour n’être qu’à ±0,65 après cinq ans.



Figure 3


Figure 3. 

Myopisation en fonction des catégories d’âge de chirurgie.

Zoom

Discussion

Il est parfaitement admis que l’implantation primaire chez l’enfant à partir d’un an représente la meilleure attitude thérapeutique de nos jours, même si les deux yeux sont opérés [3, 4, 5]. Concernant les cataractes unilatérales implantées, la vision binoculaire est supérieure aux aphaques corrigés par lentilles de contact [6].

Les résultats des publications concernant des enfants d’âge élevé lors de la chirurgie sont encourageants [7, 8]. Mais les études rapportant les résultats fonctionnels de la chirurgie de cataractes congénitales opérées précocement avant l’âge d’un an sont rares. Nous en rapportons 60 opérées avant l’âge d’un an incluant celles qui ont été implantées et celles traitées par lentilles de contact, soit la moitié de l’effectif total opéré. Les plus récentes publications en rapportent 18 par Gouws et al. en 2006 [9] (huit cataractes unilatérales et dix bilatérales), 20 par Thouvenin et al. en 2003 [10] et 41 pour Autrata et al. [11] en 2005 avec 18 yeux implantés et 23 traités par lentilles de contact. Dahan et Drusedau [12] en 1997 en rapportent 68 mais d’un à 18 mois avec une moyenne d’âge lors de l’intervention de neuf mois et donc plus élevé que notre série.

Notre série comporte, pour 50 %, des yeux opérés avant l’âge d’un an. Nous comparons comme mode de correction de l’aphakie l’implantation à la correction par lentilles de contact sans distinction LSH ou LRGP. L’implantation permet une bonne récupération de l’acuité visuelle tout comme les lentilles de contact mais permet aussi une stabilisation du gain d’acuité visuelle dans le temps des médianes autour de 5/10e, avec une oscillation minime naturelle liée à l’amblyothérapie. Chez les porteurs de lentilles, l’acuité visuelle ne se maintient pas au cours du temps, cela est vraisemblablement lié à une gestion des lentilles émaillée de nombreux incidents (pertes, abandon, infections).

Nous rappelons que la moyenne d’AVF des implantés est de 7/10e contre seulement 4/10e pour les porteurs de lentilles avec une cohorte d’yeux dont la moitié plus jeune d’un an. Cette différence est significative (p =0,028).

Nous pouvons en conclure que l’implantation dans notre série donne de meilleurs résultats en termes d’AVF de manière significative (p =0,028) et permet la stabilisation de ce gain d’acuité dans le temps par rapport aux lentilles de contact sur cinq ans de recul. Cela a été constaté dans notre série avec la moitié des yeux opérés avant l’âge d’un an.

Par ailleurs, on ne retrouve pas de différence statistiquement significative pour l’AVF entre les cataractes unilatérales et bilatérales : l’AVF est toutefois de 4,5/10e (±3,9/10e) pour cataractes bilatérales et de 3,6/10e (±3,8/10e) pour les unilatérales. Nous retrouvons des acuités similaires dans la série de Autrata et al. [11] avec 4/10e chez les bilatérales et 2,5/10 chez les unilatérales. Le recul moyen est de 5,23 ans pour le groupe traité par lentilles de contact et de 4,58 ans dans le groupe des implantés. Chez les yeux des opérés par Gouws et al. [9], l’AVF n’est pas précisée mais ce dernier retrouve une AVF très décevante pour les cataractes unilatérales avec seulement 38 % sur huit yeux atteignant 6/60 ou mieux, avec une meilleure acuité à 6/24. Parmi les dix cataractes bilatérales, la moitié atteint 6/18e ou mieux avec une meilleure AVF à 6/9e avec un suivi moyen de 7,9 ans. Thouvenin et al. [10] rapportent 20 cas de cataractes unilatérales suivis sur six ans avec 15 implantés et cinq aphaques traités par LSH : celui-ci retrouve une très bonne AVF chez ces cataractes unilatérales avec 4/10e d’AVF en moyenne. Thouvenin et al. visent l’emmétropie à 18 mois et donc hypermétropise de seulement 15 % des enfants de moins d’un an. Cela peut expliquer les très bons résultats dans les cataractes unilatérales. L’auteur de l’étude ne constate pas d’influence statistiquement significative sur l’AVF, du délai de chirurgie, de l’âge de l’opération, de la présence d’un strabisme, son type et son association à un syndrome oculomoteur du monophtalme congénital et ne peut trancher sur la supériorité de l’implantation à cause de la faiblesse de l’effectif vraisemblablement.

Conclusion

Notre étude est une des premières à montrer que l’implantation est significativement supérieure aux lentilles de contact, en termes d’acuité visuelle (p =0,024) dans la correction de l’aphakie postopératoire. De plus, cette implantation permet une meilleure stabilisation du gain d’acuité visuelle dans le temps.

À l’instar de Buckley et al. [13], la stratégie thérapeutique « d’hypermétropiser » et notre protocole d’amblyothérapie paraissent adaptés, puisque nous retrouvons de bons résultats en termes d’acuité visuelle : 64,7 % d’yeux avec une AVF supérieure à 5/10e, un gain d’acuité finale de 3,8/10e sur un suivi moyen de 2,89 ans. Les résultats obtenus dans ce groupe sont comparables voire supérieurs à ceux des autres études jusqu’alors publiées. L’autre point positif est que nous ne retrouvons pas de différence statistiquement significative (p =0,08) pour l’AVF entre les cataractes unilatérales et bilatérales, bien que l’AVF soit, pour les cataractes bilatérales, de 6/10e3,2) contre 4,7/10e3,2) pour les cataractes unilatérales.

Conflit d’intérêt

Les auteurs n’ont pas transmis de conflit d’intérêt.

Références

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