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Annales de Dermatologie et de Vénéréologie
Volume 137, n° 11
pages 746-749 (novembre 2010)
Doi : 10.1016/j.annder.2010.09.003
Received : 1 October 2009 ;  accepted : 1 September 2010
Acné et contraception hormonale
Acne and hormonal contraceptives
 

M. Faure a, , E. Drapier-Faure b
a Service de dermatologie, hôpital Édouard-Herriot, université Claude-Bernard, 69437 Lyon cedex 03, France 
b Service de gynécologie, hôpital Femmes-Mères–Enfants, 59, boulevard Pinel, 69677 Lyon cedex, France 

Auteur correspondant.

Un traitement hormonal de l’acné féminine se conçoit dans la mesure où l’acné est androgénodépendante, et ce même en l’absence d’autres signes cliniques d’hyperandrogénisme (hirsutisme, anomalies du cycle) et même en l’absence d’hyperandrogénie biologique. D’ailleurs, ni l’indication d’un traitement hormonal, ni le choix du type de traitement ne dépendent des éventuels résultats de l’exploration endocrinienne. Celle-ci n’a en effet d’intérêt que dans le cadre du dépistage d’une endocrinopathie sous-jacente (syndrome des ovaires polykystiques, blocs surrénaliens) [1].

Peuvent être envisagés comme traitements hormonaux des acnés les hormones capables d’activité antiandrogénique. Il s’agit des antiandrogènes (acétate de cyprotérone [CPA] et spironolactone) capables de se fixer sur le récepteur périphérique aux androgènes AR (effet antiandrogénique direct). Il s’agit également des contraceptifs estroprogestatifs dits antiandrogéniques car à activité antiandrogénique.

Contraceptions androgéniques ou antiandrogéniques

Il existe deux grandes variétés de contraception hormonale : les contraceptions estroprogestatives et les contraceptions progestatives [2].

Les estroprogestatifs associent à l’heure actuelle un estrogène synthétique, l’éthinylestradiol (EE) à un progestatif de synthèse. Ils sont classés en fonction, d’une part, de la quantité d’EE (50, 30, 20 ou 15γ), d’autre part, de la répartition des doses des composants durant le cycle en estroprogestatifs combinés (mono-, bi- ou triphasiques) ou séquentiels. Une nouvelle génération de contraceptifs estroprogestatifs commence d’être disponible avec comme estrogène le valérate d’estradiol (E2).

Les estroprogestatifs peuvent exercer une action antiandrogénique, et donc une action favorable en cas d’acné. Très schématiquement, cet effet antiandrogénique est triple. L’activité antigonadotrope de l’association et du progestatif en particulier diminue la production des androgènes ovariens. L’EE est par ailleurs capable d’augmenter la production de la sex hormone binding globulin (SHBG), ses taux circulants et peut ainsi entraîner une baisse de la fraction libre de la testostérone circulante. Enfin, le progestatif peut, en se fixant sur le récepteur aux androgènes, avoir un effet périphérique agoniste, ou un effet antagoniste, donc respectivement une action androgénique, ou antiandrogénique, et ce en fonction de sa structure moléculaire. Un progestatif peut cependant exercer une action androgénique indirecte par ses capacités de liaison à la SHBG et ainsi augmenter la fraction libre des androgènes circulants [3, 4, 5, 6].

Bref, une contraception estroprogestative peut être considérée comme antiandrogénique ou à l’inverse comme androgénique, du seul fait du progestatif considéré (Tableau 1).

Les progestatifs (Tableau 2) androgéniques entrent en fait dans la composition de la plupart des estroprogestatifs par voie orale ainsi que dans celles des voies parentérales (patch ou anneau vaginal) existant actuellement (Tableau 3). Celles-ci doivent ainsi être considérées comme potentiellement androgéniques. Elles sont donc à éviter en cas d’acné. Il en est de même des contraceptions progestatives (macro- ou microprogestatifs per os (Cerazette® par exemple), implant (Implanon®), dispositif intra-utérin au lévonorgestrel (Mirena®) du fait de l’activité androgénique du progestatif [2].

Contraceptions antiandrogéniques et acné

À l’heure actuelle, cinq progestatifs antiandrogéniques entrent dans la composition de contraceptifs oraux : le CPA, l’acétate de chlormadinone (CMA), le dienogest, la drospirénone et le norgestimate [7, 8, 9, 10, 11, 12, 13, 14, 15]. Le CPA est le progestatif antiandrogénique de référence. Il entre dans la composition de Diane35® et de ses copies, associations parfaitement contraceptives mais qui ont été mises sur le marché comme antiacnéiques, qui n’ont donc pas d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) en contraception (du simple fait que l’AMM n’a pas été demandée en son temps dans cette indication). Le dienogest vient d’être commercialisé en France à l’heure où ces lignes sont écrites, sous forme de l’association valérate d’E2 – dienogest (Qlaira®). Il est impossible pour l’instant de préciser l’intérêt en termes d’activité antiandrogénique donc antiacnéique de cette association sur l’association classique EE+dienogest (Valette®), jamais commercialisée en France [11, 12]. Ainsi, les estroprogestatifs avec le CMA (Belara®), la drospirénone (Jasmine®, Jasminelle®, Yaz®), le norgestimate (Triafemi®, Tricilest®) peuvent être considérés comme les contraceptions hormonales estroprogestatives antiandrogéniques les plus adaptées chez des femmes acnéiques. En France, ces trois types d’association estroprogestative dite à activité antiandrogénique n’ont cependant d’AMM qu’en contraception et non comme antiacnéiques.

En effet, si d’une manière générale un argument souvent avancé pour envisager le traitement de l’acné par estroprogestatif est l’effet antiandrogénique indirect évalué sur les taux circulants d’androgènes et de la SHBG, il est cependant difficile d’extrapoler l’efficacité clinique éventuelle d’une association car il n’existe pas de corrélation entre ces valeurs et l’importance, la sévérité d’une acné. En ce qui concerne l’amélioration clinique de l’acné sous estroprogestatif, la majorité des études cliniques sont de plus en plus des études ouvertes, dont la méthodologie est fort critiquable : petits effectifs, absence de groupes témoins, de randomisation, de notion même de traitement antiacnéique topique ou systémique non hormonal associé [1, 2].

Seules quatre études répondent aux critères scientifiques actuels de validation thérapeutique (double insu, randomisation, contre placebo). Il s’agit, d’une part, de l’utilisation de l’association triphasique à base de norgestimate (Triafemi® , Tricilest® ) [16, 17], d’autre part, des travaux plus récents concernant les associations EE 20γ+drospirénone 3mg, 24/4 (Yaz® ) [18], EE 30γ+dienogest 2mg (Valette® ) [19], EE 30γ+CMA 2mg (Belara® ) [20]. Ils montrent une efficacité partielle dans les groupes traités en cas d’acnés féminines inflammatoires dites modérées.

Contraception hormonale et acné, en pratique

L’indication de choix est représentée par le désir de contraception, en l’absence de contre-indication (Tableau 4), d’une jeune femme acnéique, atteinte d’acné modérée. La contraception à proposer est une contraception orale estroprogestative à activité antiandrogénique.

Il est illusoire de penser traiter efficacement par une telle association les acnés sévères qui justifient le recours à un traitement systémique : antibiothérapie, isotrétinoïne, ou même antiandrogènes (CPA 50mg – Androcur® ou spironolactone – Aldactone®).

En cas de traitement par isotrétinoïne systémique (contraception légale efficace obligée), il n’existe aucune étude comparative justifiant en termes d’efficacité sur l’acné le recours à tel ou tel estroprogestatif. Il existe actuellement trois associations dites antiandrogéniques ayant l’AMM en contraception (avec comme progestatif le CMA, la drospirénone, le norgestimate). Il est possible sinon probable d’envisager le maintien de la contraception hormonale chez une acnéique traitée après l’arrêt de l’isotrétinoïne. De ce fait, il est logique de privilégier d’emblée l’une de ces associations en cas d’acné féminine et de mise sous isotrétinoïne, pour tenter de minimiser les risques de réapparition de l’acné à l’issue d’un tel traitement.

Un estroprogestatif à activité antiandrogénique peut enfin être utile et efficace comme traitement de fond chez des femmes acnéiques, atteintes d’acnés discrètes ou légères, même persistantes ou tardives, le plus souvent associé à un traitement antiacnéique topique (rétinoïde, peroxyde de benzoyle). L’efficacité, inconstante, ne se manifeste en fait le plus souvent qu’après trois mois d’utilisation.

Quant aux éventuels avantages de telle ou telle association, il n’existe aucune étude permettant de savoir si un estroprogestatif dit antiandrogénique est davantage efficace sur l’acné féminine qu’une autre association à activité antiandrogénique.

Conflit d’intérêt

Michel Faure : consultant, conseils, participation à conférences pour les laboratoires Bayer Health Care, Effik, Galderma International, Grunenthal, MSD, Organon.

Evelyne Drapier-Faure : consultant, conseils, participation à conférences pour les laboratoires Bayer Health Care, Effik, Grunenthal, MSD, Organon.

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