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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 34, n° 3
pages 164-167 (mars 2011)
Doi : 10.1016/j.jfo.2010.11.004
Received : 10 July 2009 ;  accepted : 15 November 2010
Apport de l’imagerie cornéenne dans la kératite à poils de chenilles processionnaires
Cornea imagery and keratitis caused by processionary caterpillar hairs
 

I. Fournier a, , M. Saleh a, J. Beynat b, C. Creuzot-Garcher b, T. Bourcier a, C. Speeg-Schatz a
a Service d’ophtalmologie, nouvel hôpital civil, BP 426, 1, place de l’Hôpital, 67081 Strasbourg cedex, France 
b Service d’ophtalmologie, CHU de Dijon, 3, rue du Faubourg-Raines, 21000 Dijon, France 

Auteur correspondant. 19, rue d’Erstein, 67100 Strasbourg, France.
Résumé
Introduction

Par leur capacité à migrer dans les tissus oculaires et à libérer des toxines, les poils de chenille entraînent des atteintes oculaires diverses à type de conjonctivite, de kératoconjonctivite, d’uvéite, et plus rarement d’inflammation vitréorétinienne (hyalite, papillite, œdème maculaire).

Observation

Nous rapportons le cas, survenu en Alsace, d’un garçon de 13 ans ayant présenté une kératite causée par des poils de chenilles processionnaires qui ont été localisés pour la première fois dans la cornée par microscopie confocale et par OCT spectral.

Conclusion

La microscopie confocale et l’OCT spectral constituent des outils pour le diagnostic et le suivi de cette pathologie oculaire.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Introduction

With their ability to migrate into the cornea and release toxins, caterpillar hairs can induce different clinical presentations such as conjunctivitis, keratoconjunctivitis, uveitis, and less frequently vitreoretinal inflammation (hyalitis, papillitis, macular edema).

Observation

We report a case that occurred in Alsace (France) in a 13-years-old boy presenting with keratitis caused by caterpillar hairs. We localized them in the cornea, for the first time, using confocal microscopy and anterior segment spectral optical coherence tomography.

Conclusion

Confocal microscopy and spectral optical coherence tomography can be useful for diagnosis and follow-up of this disease.

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Mots clés : Poils de chenilles processionnaires, Kératite, Microscopie confocale, Tomographie par cohérence optique

Keywords : Processionary caterpillar hairs, Keratitis, Confocal microscopy, Optical coherence tomography


Introduction

La chenille processionnaire est la larve d’un papillon de nuit, le Thaumetopoea processionaria . Cette chenille qui se déplace en colonie se nourrit de feuilles de pins et de chênes dans lesquelles elle fait son nid. Son corps est recouvert de poils dont certains peuvent se détacher sous le simple effet du vent ou par contact direct et pénétrer ainsi les tissus humains exposés tels que la peau, les poumons, le système digestif et les yeux. Ces poils sont à l’origine de réactions allergiques importantes à type d’urticaire aigüe des parties découvertes du corps [1], de manifestations respiratoires (œdème laryngé, voire même une authentique crise d’asthme), digestives (douleurs abdominales, vomissements et hypersialorrhée) et systémiques [2]. Les atteintes oculaires, regroupées sous l’entité d’Ophthalmia nodosa [3] sont de sévérité variable. Elles prennent la forme d’une simple conjonctivite, d’une kératoconjonctivite [4] ou encore d’une uvéite (antérieure, intermédiaire et postérieure) [5]. Plus rarement, les lésions peuvent être une choriorétinite [6] et une papillite [7]. La persistance de poils dans la cornée et la conjonctive peut être responsable de conjonctivite nodulaire chronique (nodules conjonctivaux jaunâtres, de la taille d’un pois, se formant autour du poil de chenille) et de kératite noueuse (nodule cornéen réactionnel).

Cette pathologie prédomine chez le sujet jeune vivant dans l’hémisphère sud. Nous rapportons le cas d’une kératite causée par des poils de chenille processionnaire survenu en Alsace.

Observation

Un jeune garçon âgé de 13 ans consulte en urgence aux hôpitaux universitaires de Strasbourg pour une gêne de l’œil droit (OD) à type de douleur, prurit, œdème palpébral (Figure 1), d’apparition brutale, évoluant depuis trois jours.



Figure 1


Figure 1. 

Œdème et blépharospasme de l’OD.

Zoom

À l’interrogatoire, ce garçon évoque la projection d’un corps étranger de nature indéterminée, apporté par le vent. Il rapporte par ailleurs la présence de nombreuses chenilles processionnaires au voisinage de son collège.

À l’examen, il existait une baisse d’acuité visuelle (AV) de l’OD à 5/10 contre 10/10 à l’œil gauche (OG). L’examen biomicroscopique de l’OD retrouvait une hyperhémie conjonctivale associée à un œdème cornéen sans inflammation intraoculaire associée. Au fort grossissement (×16), on notait a présence de nombreux poils fins et linéaires (Figure 2) enchâssés dans l’épithélium et le stroma cornéen associés à une kératite ponctuée superficielle en regard. L’examen de l’OG était sans particularité.



Figure 2


Figure 2. 

Cornée droite. Lampe à fente – grossissement ×16. Un poil de chenille est enchassé dans le stroma antérieur.

Zoom

Une désépithélialisation cornéenne à titre diagnostique et thérapeutique a été pratiquée au bloc opératoire sous anesthésie générale avec extraction des poils à l’aide d’une aiguille 30G. Un traitement local associant tobramycine, dexaméthasone, antihistaminiques et lubrifiants a été instauré par la suite, pour une durée de trois semaines. Au sixième jour, la récupération fonctionnelle était satisfaisante avec disparition de la gêne occasionnée et récupération de l’AV à 10/10. À l’examen, on notait néanmoins la persistance de quatre poils de chenille enchâssés dans le stroma cornéen (Figure 3). Le traitement par dexaméthasone topique a été poursuivi pendant plusieurs mois.



Figure 3


Figure 3. 

Coupe transversale de la cornée de l’OD à huit mois. OCT spectral. Cet examen met en évidence un poil de chenille dans le stroma antérieur de la cornée (*), une réaction inflammatoire localisée ou une taie cornéenne épithélio-stromale antérieure sur un poil enchâssé (**).

Zoom

L’imagerie de la cornée par microscopie confocale (Heidelberg Retina Tomograph 3 [HRT 3] Heidelberg Engineering Inc.) (Figure 4) et par OCT spectral du segment antérieur (Optovue RTVue-100, Optovue corporation Inc.) (Figure 3) a confirmé le diagnostic suspecté : l’OCT a montré une zone hyperréflective dans le stroma antérieur sur des coupes transversales pouvant correspondre aux poils de chenilles. La microscopie confocale a retrouvé cette même structure linéaire à 267μ sous la surface épithéliale avec réaction inflammatoire adjacente. Ces images sont compatibles avec la présence de poils de chenilles. L’OCT a également contribué au suivi, mettant en évidence une éventuelle réaction inflammatoire localisée ou une taie épithélio-stromale sur un poil enchassé.



Figure 4


Figure 4. 

Section de la cornée de l’OD 267μ sous la surface épithéliale à six mois. Microscopie confocale. Grossissement ×600. Taille 400μm×400μm. Aspect fin et linéaire identifié dans le stroma cornéen compatible avec un poil de chenille (*).

Zoom

Discussion

Les lésions oculaires en relation avec les poils de chenille sont relativement rares (149 cas rapportés durant la dernière décennie dont 136 survenus lors d’une épidémie en Inde) [8]. La contamination se fait habituellement en forêt mais également en zone citadine à partir de pins infestés. Les dégâts causés par les poils de chenilles ont une double origine : à la fois mécanique, par leur capacité à migrer dans les tissus et allergiques, par la libération d’une toxine délétère.

La chenille possède des poils longs, dits ordinaires, qui sont inoffensifs et des poils courts (100–200μ), urticariants qui constituent un véritable système de défense. Leur forme en harpon rend leur extraction délicate. La libération d’une toxine (thauméthopéïne) [9] à activité d’estérase, de protéase et de phospholipase est à l’origine de réaction allergique d’hypersensibilité immédiate pouvant conduire au choc anaphylactique.

Le traitement des lésions oculaires par poils de chenille n’est pas codifié et n’a fait l’objet d’étude randomisée. Cependant, une classification des lésions oculaires (Tableau 1) existe [7] et permet d’adapter la prise en charge en fonction du type de lésions (Tableau 2) [10].

Conclusion

Les nouveaux outils d’imagerie cornéenne bien que ne transformant pas significativement la prise en charge de cette affection rare, contribuent pourtant au diagnostic parfois difficile et au suivi. Une prise en charge précoce des patients permet de limiter la réaction inflammatoire délétère et de conserver un bon pronostic visuel. Une éducation des populations à risque (garde-forestiers, agriculteurs, enfants) est par ailleurs souhaitable. Le réchauffement climatique ainsi que le reboisement des forêts par les pins ou les chênes en Europe du Nord pourrait étendre la zone d’endémie de cette pathologie.

Conflit d’intérêt

Aucun.

Références

Vega M.L., Vega J., Vega J.M., Moneo I., Sánchez E., Miranda A. Cutaneous reactions to pine processionary caterpillar (Thaumetopoea pityocampa ) in pediatric population Pediatr Allergy Immunol 2003 ;  14 : 482-486 [cross-ref]
Shkalim V., Herscovici Z., Amir J., Levy Y. Systemic allergic reaction to tree processionary caterpillar in children Pediatr Emerg Care 2008 ;  24 : 233-235 [cross-ref]
Saemisch T. Ophthalmia nodosa  Leipzig: W. Ergelmann (1904).  548-564
Bishop J.W., Morton M.R. Caterpillar hair induced keratoconjunctivitis Am J Ophthalmol 1967 ;  64 : 778-779
Conrath J., Hadjadj E., Balansard B., Ridings B. Caterpillar setae-induced acute anterior uveitis: a case report Am J Ophthalmol 2000 ;  130 : 841-843 [cross-ref]
D’Hermies F., Parent de Curzon H., Mathieu L., Furia M., Campinchi R. Chorioretinopathy caused by migration of caterpillar hairs. Apropos of 2 cases J Fr Ophtalmol 1985 ;  8 : 471-478
Cadera W., Pachtman M.A., Fountain J.A., Ellis F.D., Wilson F.M. Ocular lesions caused by caterpillar hairs (Ophthalmia nodosa ) Can J Ophthalmol 1984 ;  19 : 40-44
Sood P., Tuli R., Puri R., Sharma R. Seasonal epidemic of ocular caterpillar hair injuries in the Kangra District of India Ophthalmic Epidemiol 2004 ;  11 : 3-8 [cross-ref]
Lamy M., Pastureaud M.H., Ducombs G. Thaumetopoein, an urticating protein of the processionary hairs of the caterpillar (Thaumetopoea pityocampa Schiff) (Lepidoptera, Thaumetopoeidae) C R Acad Sci III 1985 ;  301 : 173-176
Ibarra M.S., Orlin S.E., Saran B.R., Liss R.P., Maguire A.M. Intraocular caterpillar setae without subsequent vitritis or iridocyclitis Am J Ophthalmol 2002 ;  134 : 118-120 [cross-ref]



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