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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 34, n° 3
pages 168-174 (mars 2011)
Doi : 10.1016/j.jfo.2010.11.003
Received : 12 May 2010 ;  accepted : 29 October 2010
Place du pharmacien de ville dans la prise en charge des patients en ophtalmologie
Role of community pharmacist in the management of patients in ophthalmology
 

M.-P. Delolme a, A. Law-Ki b, J.-P. Belon b, C. Creuzot-Garcher a, A. Bron a,
a Service d’ophtalmologie, hôpital général, CHU de Dijon, 3, rue Faubourg-Raines, BP 1519, 21033 Dijon, France 
b Faculté de pharmacie de Dijon, 21000 Dijon, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

Le but de cette étude était d’évaluer le rôle des pharmaciens d’officine en ophtalmologie, en analysant la nature et la fréquence des demandes des patients et les difficultés rencontrées par le pharmacien pour le conseil et l’offre en ophtalmologie.

Matériel et méthodes

Un questionnaire anonyme de 13 questions a été adressé à 620 pharmaciens de la région Bourgogne. Ils devaient mentionner leur activité de conseil et d’offre en ophtalmologie et rapporter les attentes des patients. L’analyse distinguait trois groupes de pharmacies : celles situées en milieu rural, celles situées en zone urbaine de moins et de plus de 10000 habitants.

Résultats

Le taux de réponse s’élevait à 46,9 %. L’offre en produits ophtalmologiques était largement répandue, principalement en lunettes de presbytie (84,5 %), en produits d’hygiène oculaire (76,0 %) et de contactologie (55,3 %). Seulement 36,8 % des officines proposaient des compléments alimentaires à visée oculaire, dont la plupart étaient en zone urbaine. En moyenne, le pharmacien était confronté à sept avis ophtalmologiques par semaine. Les avis pour des symptômes oculaires aigus de l’adulte étaient les plus fréquents, devant les conseils sur ordonnance, la contactologie et enfin la demande d’information sur les pathologies ophtalmologiques courantes (cataracte, glaucome, baisse d’acuité visuelle, dégénérescence maculaire liée à l’âge). Le pharmacien guidait ensuite le patient, soit vers la vente d’un produit, soit vers une consultation spécialisée.

Discussion

Le pharmacien et son personnel sont des éléments actifs dans la prise en charge des patients nécessitant des conseils ou des soins en ophtalmologie, au croisement du savoir thérapeutique, de la séméiologie d’urgence et du suivi des pathologies oculaires chroniques. Cependant, dans notre étude, si 46,0 % des pharmaciens estimaient pouvoir répondre de façon satisfaisante, 36,4 % ne se prononçaient pas et 7,0 % s’avouaient mal à l’aise face aux questions d’ophtalmologie. Quelle que soit la situation géographique de l’officine, les pharmaciens déploraient un manque de formation continue de la part des laboratoires pharmaceutiques et des enseignements universitaires, alors qu’il existait une attente forte, notamment dans les domaines de la thérapeutique et sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge.

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Summary
Objectives

To assess the role of community pharmacists in ophthalmology, to evaluate the frequency of giving patients advice, and to report their difficulties in daily practice.

Material and methods

An anonymous questionnaire consisting of 13 questions was sent to 620 community pharmacists of Burgundy (France). Pharmacists were asked about their ophthalmic products, their ophthalmic activity in giving patients advice on ocular symptoms, and patients’ expectations. For analysis, community pharmacies were separated into three groups: pharmacies in rural areas (under 2000 inhabitants), pharmacies in an urban zone with fewer than 10,000 inhabitants, and pharmacies in an urban zone with more than 10,000 inhabitants.

Results

The response rate was 46.9%. Ophthalmic products were mainly glasses for presbyopia (84.5%), eye care hygiene products (76.0%), and contact lens solutions (55.3%). Ophthalmic vitamin supplements were sold by 36.8% of pharmacists, mainly in urban areas. On average, the pharmacist was consulted for ocular problems seven times a week. Acute benign symptoms were most frequent. Advice on prescriptions came next. Then, information on contact lenses and chronic ocular disease were given (cataract, glaucoma, visual acuity loss, age-related maculopathy). Finally, the pharmacist either sold the patient an ocular treatment or oriented the patient to an ophthalmologist when needed.

Discussion

The pharmacist and his staff are active players in providing advice on ocular diseases and taking care of patients. Moreover, pharmacists have to manage ocular therapeutics, urgent symptoms, and chronic diseases. However, in our study, 46.0% of pharmacists felt confident with their knowledge on ophthalmology, 36.4% did not give their opinion, and 7.0% were uncomfortable with some questions. Most community pharmacists mentioned a lack of continuing education from pharmaceutical companies and postgraduate education on ocular diseases and treatment, mainly for age-related maculopathy.

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Mots clés : Pharmaciens, Ophtalmologie, Pharmacies, Conseil, Prescriptions, Traitement

Keywords : Pharmacists, Ophthalmology, Community pharmacy, Advice, Drug prescriptions, Treatment


Introduction

Le parcours de soins en ophtalmologie comprend de multiples professionnels : ophtalmologistes, orthoptistes, ocularistes, opticiens. Cependant, il est un maillon de la chaîne qui est souvent mal connu, le pharmacien. En effet, la mission du pharmacien paraît vaste et concerne plusieurs niveaux de la prise en charge du patient dans ce domaine. Elle consiste, en premier lieu, à connaître la thérapeutique, à expliciter une ordonnance afin de conseiller le patient et, à veiller à l’observance optimale. Il est également amené à vendre des produits à visée ophtalmologique, des collyres d’hygiène oculaire aux lunettes de presbytie. De plus, il détient un rôle probablement sous-estimé par les ophtalmologistes, celui de faire face aux sollicitations tout-venant des patients. En effet, de par leur large répartition géographique et leur disponibilité, les pharmaciens représentent un moyen aisé de rencontrer immédiatement un professionnel de santé, capable à la fois d’orienter sur des symptômes oculaires et de fournir une thérapeutique adaptée. Si le champ des affections ophtalmologiques reste du ressort du spécialiste, le pharmacien se doit de ne pas méconnaître la sémiologie oculaire afin de déceler un degré éventuel d’urgence.

Nous avons souhaité évaluer le rôle actuel du pharmacien d’officine dans le domaine de l’ophtalmologie, dans la région Bourgogne [1]. L’objectif était de quantifier la part de l’ophtalmologie dans le travail quotidien des pharmaciens, puis d’évaluer les principaux motifs pour lesquels les patients s’adressaient à leur pharmacien, et enfin de savoir de quelle façon les pharmaciens appréhendaient leurs connaissances en ophtalmologie.

Matériels et méthodes

Cette étude prospective, transversale, a été menée en région Bourgogne du 1er février 2009 au 30 juin 2009. Elle s’appuyait sur un questionnaire anonyme adressé aux 620 pharmaciens de la région, sur une liste exhaustive communiquée par le Conseil régional de l’ordre des pharmaciens. Le questionnaire était accompagné d’une note explicative présentant les objectifs de l’étude et sollicitant la participation du pharmacien. La première question classait les pharmacies selon leur situation géographique : en milieu rural (<2000 habitants), en zone urbaine de moins de 10000 et de plus de 10000 habitants. Le questionnaire comprenait ensuite 12 questions, dont une question ouverte numérique (nombre d’avis ophtalmologiques par semaine), cinq questions à choix multiples (de quatre à cinq réponses proposées) et six questions à classement dégressif (sur trois, quatre ou cinq rangs). Les pharmaciens précisaient tout d’abord en quoi consistait leur offre en produits ophtalmologiques, en dehors des collyres thérapeutiques. Ils estimaient ensuite le nombre de demandes d’avis par semaine, la population concernée, la nature et la fréquence des conseils dispensés. Enfin, le pharmacien devait évaluer ses connaissances et sa formation continue en ophtalmologie. Les statistiques étaient descriptives. Pour la partie analytique, le logiciel Prism version 5.01 (Graphpad Software, CA, États-Unis) a été utilisé avec le test du Chi2, avec un seuil de significativité fixé à 5 %.

Résultats
Généralités

Le taux de réponse s’élevait à 46,9 % en moyenne (291 pharmacies sur 620). Les pharmacies rurales étaient les plus nombreuses à avoir répondu (66,6 % de réponses), suivies par les pharmacies de plus de 10000 habitants (34,5 % de réponses) et de moins de 10000 habitants (40,3 % de réponses) (Figure 1). Cette différence était statistiquement significative, p <0,001.



Figure 1


Figure 1. 

Répartition géographique des pharmacies et taux de réponse.

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L’offre en ophtalmologie

Toutes les officines interrogées possédaient un rayon ophtalmologique. En moyenne, 84,5 % des pharmacies proposaient des lunettes loupes, 76 % des produits d’hygiène oculaire, 55,3 % des produits de contactologie et 36,8 % des compléments alimentaires à visée oculaire. Dans les pharmacies rurales, la lunetterie de presbytie était la plus représentée (89 %), alors que la supplémentation à visée oculaire ne s’élevait qu’à 12 % et la contactologie à 50 %. Les pharmacies en zones urbaines de moins et de plus de 10000 habitants concentraient l’offre en contactologie avec respectivement 65,2 et 56,5 %, et en supplémentation alimentaire à visée oculaire avec une fréquence de 44,9 et 44,6 % (Figure 2). Seule la différence pour les suppléments alimentaires était statistiquement significative entre zones rurales et urbaines, p =0,01.



Figure 2


Figure 2. 

Offre en ophtalmologie.

Zoom

Le conseil en ophtalmologie

Le pharmacien était confronté en moyenne à sept avis ophtalmologiques par semaine (six en zone rurale, dix pour les villes de moins de 10000 habitants et sept pour les villes de plus de 10000 habitants). Les patients les plus demandeurs étaient à chaque fois les adultes. En zones urbaines, les personnes retraitées étaient plus concernées que les enfants, alors que la situation était inversée en zone rurale. La fréquence des questions des patients était la même, quel que soit l’emplacement de la pharmacie et se classait ainsi par ordre décroissant : les affections oculaires aiguës bénignes, les conseils concernant les ordonnances, les problèmes liés à la contactologie et, enfin, les renseignements sur les pathologies ophtalmologiques chroniques.

Concernant les affections aiguës courantes, principal motif de consultation, elles étaient dominées par l’œil rouge, les affections lacrymopalpébrales, puis les problèmes liés au port de lentilles. Au terme de l’entrevue avec le pharmacien, le patient était le plus souvent guidé vers l’achat d’un produit ophtalmologique ou, le cas échéant, vers une consultation spécialisée.

Les conseils portant sur les ordonnances concernaient en priorité le mode d’administration et la posologie des collyres. Les patients s’informaient ensuite sur la pathologie oculaire présentée, puis sur les interactions médicamenteuses éventuelles avec leur traitement général. Plus rarement, ils s’interrogeaient sur la durée de conservation des collyres, sur la contenance des flacons par rapport à la durée du traitement prescrit.

Les questions sur les maladies oculaires portaient principalement sur la cataracte et le glaucome (premier et deuxième rang), puis la baisse d’acuité visuelle (troisième rang) et, enfin, la dégénérescence liée à l’âge (quatrième rang). Celle-ci prenait la troisième position dans les villes de plus de 10000 habitants (Figure 3). Les problèmes palpébraux et les affections de surface oculaire (sécheresse oculaire, herpès cornéen, conjonctivite) étaient moins cités. En revanche, les pharmaciens devaient parfois donner des avis sur les modalités de la chirurgie réfractive.



Figure 3


Figure 3. 

Demandes d’informations sur les pathologies oculaires.

Zoom

Le pharmacien et l’ophtalmologie

Le questionnaire évaluait aussi le point de vue du pharmacien d’officine face à l’ophtalmologie en général. En moyenne, 46,7 % des pharmaciens estimaient recevoir moins de visiteurs médicaux en ophtalmologie que dans les autres spécialités, sans différence statistique entre les officines (p =0,66). Ce constat était le plus fréquent (52,2 %) dans les pharmacies des villes de plus de 10000 habitants, habituées aux passages réguliers des délégués médicaux dans d’autres spécialités. Les pharmaciens d’officines rurales affirmaient même dans 22 % des cas ne jamais en rencontrer, pour une moyenne à 19,6 % (p >0,05).

Le pharmacien actualisait ses connaissances par la presse professionnelle dans 73,5 % des cas en moyenne. Les enseignements postuniversitaires et les études publiées étaient mentionnés à parts égales dans 41,9 % des cas. En moyenne, 9,6 % des pharmaciens estimaient ne pas être informés. Les chiffres variaient peu selon la situation géographique (p =0,96). Quant aux attentes en formations complémentaires, la dégénérescence maculaire liée à l’âge revenait en moyenne dans 58,8 % des cas. Cette demande était la plus élevée dans les villes de plus de 10000 habitants (62 %), sans différence significative entre les pharmacies (p =0,99). La thérapeutique en ophtalmologie intéressait 54,6 % des pharmaciens, le glaucome 47,1 %, les techniques chirurgicales 42,2 % et la cataracte 35,4 % (Figure 4). Les conjonctivites, les amétropies, les traumatismes oculaires, les pathologies palpébrales, la contactologie, les soins oculaires pré- et postopératoires, la micronutrition à visée oculaire étaient plus rarement cités.



Figure 4


Figure 4. 

Demandes de formations des pharmaciens.

Zoom

Au terme du questionnaire, les pharmaciens évaluaient leur prise en charge des problèmes ophtalmologiques. En moyenne, 46 % d’entre eux s’estimaient à l’aise pour répondre aux patients, avec des extrêmes de 41,7 % pour les pharmaciens de zone rurale et de 52,2 % pour les pharmaciens des villes de moins de 10000 habitants. On notait cependant que 36,4 % des pharmaciens interrogés ne souhaitaient pas se prononcer et que 7,6 % s’avouaient mal à l’aise dans ce domaine. Il n’existait là encore pas de différence significative entre les officines de ville ou rurales (p =0,21).

Discussion

Afin d’optimiser la participation des pharmaciens, un formulaire rapide à remplir était simplifié par des questions à choix multiples, même si toutefois cela pouvait orienter les réponses des pharmaciens. Au final, le taux de réponse du questionnaire était de 46,9 % (291 réponses), avec un taux moyen de données manquantes de 2,1 % par question posée, ce qui paraît commun pour ce type d’enquête. En effet, dans une enquête similaire réalisée dans la même région en 1991, le taux de réponse était voisin, 161 réponses sur 380 questionnaires envoyés, p =0,41 [2]. De plus, Scott et al. retrouvaient un taux de réponse de 56,4 % dans une étude sur les aspirations de travail des pharmaciens d’officine en 2005 [3]. Dans notre travail, le taux de réponse des pharmacies rurales était de 66,6 %, largement supérieur à celui des officines de ville (34,5 % pour les villes de moins de 10000 habitants et 40,3 % pour les villes de plus de 10000 habitants). Il est possible que les pharmaciens en zone rurale avaient plus de temps à consacrer à l’enquête ou bien que l’éloignement géographique du spécialiste les rend plus sensibles à la problématique de l’ophtalmologie en officine.

La répartition territoriale homogène des pharmacies était de 31 % en zone rurale, 32 % dans les villes de moins de 10000 habitants et 37 % dans les villes de plus de 10000 habitants. D’après les données de 2009 de l’Ordre des pharmaciens, la répartition territoriale des pharmacies en Bourgogne était de 36,9 officines pour 100000 habitants, ce qui se rapprochait de la moyenne nationale de 35,8 officines pour 100000 habitants [4]. Le pharmacien était donc d’accès facile par rapport à une démographie d’ophtalmologistes dont les dernières projections de 2006 au niveau national annonçaient une décroissance de 35,5 % d’ici 2030 [5].

Toutes les officines interrogées possédaient un rayon consacré aux produits ophtalmologiques. La fréquence des conseils en ophtalmologie s’élevait à un par jour en moyenne, indépendamment de la localisation géographique de la pharmacie. Ce chiffre était très voisin de celui enregistré en 1991, qui était de 28 avis par mois [2]. La population adulte était la plus demandeuse. Les retraités occupaient le second rang en zone urbaine, le troisième en zone rurale où ils se déplaçaient moins vers le pharmacien. C’était l’inverse pour la population infantile : les pharmaciens étaient plus sollicités en milieu rural. En milieu urbain, l’accès au médecin généraliste, au pédiatre ou à l’ophtalmologiste pourrait être plus aisé, notamment dans les contextes d’urgence.

Les conseils en ophtalmologie
L’offre en optique

Les pharmaciens entraient dans le champ d’activité des opticiens en ayant une activité marquée en lunettes loupe de presbytie (84,5 %) et en produits de contactologie (55,3 %). La lunetterie en pharmacie peut en effet être attractive car délivrée sans ordonnance, de coût modéré et de disponibilité immédiate en cas de perte ou de verres cassés. L’offre en lunettes loupes était majoritaire en milieu rural, où la population se contente souvent de ce moyen de correction « à la carte ». L’hygiène oculaire était également fortement représentée dans toutes les pharmacies (76 %). Les produits de contactologie étaient plus présents dans les secteurs urbanisés qu’en milieu rural et ce, malgré, la concurrence des opticiens plus marquée en zone urbaine. Une plus forte demande en produits d’entretien par des porteurs de lentilles plus nombreux dans les villes pourrait expliquer ce fait mais les données manquent pour l’illustrer. L’information sur l’hygiène des mains, la manipulation des lentilles, les types de produits d’entretien sont fondamentaux en contactologie [6]. Dans ce domaine, le pharmacien peut, à son niveau, proposer des substituts lacrymaux, en cas de symptômes de sécheresse oculaire, alerter sur les comportements à risques (nettoyage par la salive, durée de port excessive…) et sur les symptômes évoquant une kératite sous lentilles.

La pathologie d’urgence

La majorité des conseils dispensés concernaient les pathologies oculaires aiguës bénignes. Elles étaient dominées par la conduite à tenir devant un œil rouge et les affections lacrymopalpébrales (chalazion, conjonctivite, traumatisme oculaire, corps étranger, hémorragie sous-conjonctivale…). Les pathologies oculaires graves, qui dépassaient les compétences du pharmacien, incitaient logiquement à la consultation ophtalmologique. À cette occasion, de nombreux pharmaciens faisaient remarquer la difficulté d’accès à l’ophtalmologiste dans l’urgence. Quoiqu’il en soit, le pharmacien devait connaître la séméiologie d’urgence en ophtalmologie et identifier par son interrogatoire ou un examen sommaire, une baisse brutale d’acuité visuelle, un œil rouge douloureux, une photophobie, des phosphènes, une suspicion de plaie du globe. Il devait également dépister les automédications inadaptées dans l’urgence, comme l’utilisation de collyres périmés.

Les ordonnances

Les demandes d’explications d’ordonnances venaient en deuxième place montrant l’importance du pharmacien qui complétait ou explicitait l’information délivrée par le praticien. Les patients demandaient en priorité les modalités d’administration et la posologie. Ils se renseignaient aussi sur la conservation des collyres et les contre-indications éventuelles avec leur traitement général. Le pharmacien se devait ensuite de délivrer un produit adapté aux capacités du patient à manipuler flacons ou unidoses, ce qui prenait tout son sens pour les personnes âgées.

Deux aspects non abordés par notre questionnaire auraient pu être également explorés ; la détection d’erreurs de prescriptions et la substitution par des produits génériques. D’une part, une étude menée par Mandal et Fraser en 2005, au sein d’un service d’ophtalmologie, montrait que sur un délai d’un mois, il existait un taux de 8 % d’erreurs de prescriptions, majoritairement du fait de jeunes médecins [7]. D’autre part, Nordmann, en 2003, montrait que les ophtalmologistes pensaient rarement aux génériques, non qu’ils y fussent opposés mais plutôt qu’ils n’estimaient pas le coût d’un traitement glaucomateux comme déterminant dans l’observance des patients [8]. Du côté des patients, l’auteur retrouvait un avis contradictoire : ceux-ci ne s’opposaient pas à la substitution faite par l’ophtalmologue mais ne souhaitaient pas que leur pharmacien en prenne l’initiative.

Les pathologies oculaires générales

Les demandes de renseignements sur les pathologies oculaires étaient citées en troisième lieu. La cataracte et le glaucome suscitaient de nombreuses questions, notamment au sujet des soins postopératoires. Cela s’expliquait en partie par l’incidence de ces deux maladies liées à l’âge mais soulignait aussi le désir accru d’information des patients qui avaient déjà reçu, sous forme orale ou écrite, d’amples détails par leur ophtalmologiste. Les documents professionnels standardisés pour les actes ophtalmologiques, comme les fiches de la Société française d’ophtalmologie, prennent ici tous leur sens. Toutefois, le pharmacien doit, dans sa mesure, être capable d’expliquer le déroulement et les soins postopératoires d’une chirurgie oculaire. Plus rarement, les patients consultaient leur pharmacien pour une baisse d’acuité visuelle ou pour des questions sur la chirurgie réfractive, alors que ces sujets dépassaient le champ de la thérapeutique et relevaient de l’ophtalmologiste.

Dans le domaine du glaucome, comme dans toute pathologie chronique, l’éducation du patient est un élément clé pour l’observance et donc l’efficacité du traitement [9, 10]. Cette connaissance du bon usage des collyres dépend des explications délivrées par l’ophtalmologiste et des compétences du pharmacien. Celui-ci doit connaître les effets indésirables des différentes classes médicamenteuses, compléter si besoin l’apprentissage de la technique d’instillation avec compression des points lacrymaux ou occlusion palpébrale et enfin insister sur un suivi médical régulier.

Les renseignements sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge se situaient au troisième rang des demandes des patients au sein des agglomérations de plus de 10000 habitants (après la cataracte et le glaucome) et au quatrième rang en zones rurales et de moins de 10000 habitants (après la cataracte, le glaucome et la baisse visuelle). Le niveau de demande des patients était en corrélation avec, d’une part, une population retraitée plus demandeuse en ville qu’en milieu rural et, d’autre part, avec la répartition de l’offre en supplémentation alimentaire retrouvée en pharmacie et le besoin d’information des titulaires sur cette pathologie. En effet, en moyenne, seulement 36,8 % des pharmacies proposaient des compléments alimentaires. Ce chiffre n’était que de 12 % dans les pharmacies rurales contre 44,9 et 44,6 % dans les villes de moins et de plus de 10000 habitants. Il est licite de penser que le besoin en information sur la dégénérescence maculaire liée à l’âge va encore augmenter en raison des campagnes actuelles de sensibilisation, les progrès thérapeutiques et la prévalence de cette maladie. Friedman et al. l’avaient estimée à 12,2 % chez les sujets de 55 à 64 ans, à 18,3 % chez les sujets de 65 à 74 ans et à 29,7 % chez les sujets de plus de 74 ans [11]. En France, il était estimé que 1,5 millions de personnes étaient atteintes par cette pathologie [12, 13]. Il est donc utile pour un pharmacien de connaître les signes d’un syndrome maculaire, d’avoir des notions sur la physiopathologie souvent mal comprise par les patients et sur les possibilités thérapeutiques actuelles (photothérapie dynamique, anti-VEGF, traitements combinés). Il peut également délivrer un message de prévention sur des règles hygiénodiététiques, l’arrêt du tabac, le contrôle des facteurs de risque cardiovasculaires, le port de verres solaires et la supplémentation à visée oculaire.

Au final, le rôle du pharmacien d’officine paraît très complémentaire de l’activité de l’ophtalmologiste, sans pour autant qu’il existe une collaboration formelle entre ces deux professionnels de santé. Dans la littérature, il existe peu de données à ce sujet pour l’ophtalmologie. Toutefois, en médecine générale, Ellis et al. ont montré que les médecins reconnaissaient l’utilité du pharmacien dans son rôle de contrôle des prescriptions, de délivrance de traitements et de prise en charge de pathologies mineures [14]. Cependant, certains praticiens ne voyaient pas l’utilité de la participation des pharmaciens aux campagnes de dépistage. Pourtant, la mission éducative des pharmaciens est de plus en plus reconnue en termes de santé publique. Ainsi, dans des domaines, comme l’hypertension artérielle [15] ou le diabète [16, 17], des programmes impliquant les pharmaciens dans l’explication du traitement et le suivi des patients obtenaient des résultats intéressants.

La formation continue des pharmaciens

La dégénérescence maculaire liée à l’âge était la principale demande d’information (58,8 % des cas), avec un maximum de 62 % pour les pharmaciens des villes de plus de 10000 habitants. La thérapeutique en ophtalmologie intéressait 54,6 % des pharmaciens, le glaucome 47,1 %, les techniques chirurgicales 42,2 % et la cataracte 35,4 %. Le désir d’information des pharmaciens était ainsi à l’inverse de celui des patients. L’intérêt pour la thérapeutique se comprend par la fonction même du pharmacien et, probablement, par l’abondance des diverses familles thérapeutiques en ophtalmologie.

Le support d’information en ophtalmologie pour le pharmacien était principalement la presse professionnelle (73,5 %). La littérature scientifique et les enseignements postuniversitaires, cités à parts égales à 41,9 %, semblaient moins attractifs, sans moyen de savoir si ceux-ci étaient adaptés à la pratique quotidienne des pharmaciens. Cependant, moins de 10 % des pharmaciens estimaient ne pas être informés du tout en ophtalmologie. Les chiffres variaient peu selon la situation géographique (p =0,96). Dans notre étude, de nombreux pharmaciens indiquaient que les délégués médicaux de cette spécialité venaient moins souvent (46,7 %), voire jamais (19,6 %). Dans la littérature, le manque de formation continue des pharmaciens était mentionné, notamment dans le domaine de la thérapeutique et dans la prise en charge de pathologies ophtalmologiques mineures. Guthrey et al. citaient en priorité les collyres antiglaucomateux, les antibiotiques oculaires, la contactologie et les techniques d’instillations [18]. Par ailleurs, des ouvrages destinés aux pharmaciens sur l’usage pratique en ophtalmologie semblaient appréciés par la profession [19].

Au final, les pharmaciens s’évaluaient face aux problèmes ophtalmologiques. En moyenne, 46 % d’entre eux se disaient parfaitement capables de faire face aux questions des patients. Cependant, une forte proportion (36,4 %) ne se prononçait pas et 7,6 % s’avouaient mal à l’aise dans la gestion des avis ophtalmologiques. Ces chiffres révélaient une certaine difficulté de la part des pharmaciens à situer leur savoir dans le domaine de l’ophtalmologie.

Conclusion

Le pharmacien joue un rôle fondamental dans le parcours de soins en ophtalmologie. En tant que professionnel de santé, il est amené à orienter souvent les patients selon l’urgence et la gravité de leur affection. Il conseille et fournit aux patients des produits adaptés aux pathologies oculaires bénignes fréquentes, en apportant une information claire et actualisée. Il est un acteur majeur face au problème de l’observance des prescriptions. D’où l’importance de sa formation continue en ophtalmologie, domaine en perpétuelle évolution, tant sur le plan thérapeutique que technologique. Le pharmacien est confronté à des questions de nature très variée, auxquelles il estime le plus souvent savoir répondre.

Conflit d’intérêt

Aucun.


 Communication orale présentée lors du 116e congrès de la Société française d’ophtalmologie en mai 2010.

Références

Law-Ki A. L’ophtalmologie à l’officine : sur la base d’une enquête réalisée dans les officines de Bourgogne. Thèse de pharmacie. Dijon 2009, 75 p.
Lacroix I. Enquête sur l’ophtalmologie à l’officine. Thèse de pharmacie. Dijon 1991, 92 p.
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