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Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction
Volume 40, n° 3
pages 216-224 (mai 2011)
Doi : 10.1016/j.jgyn.2010.11.009
Received : 29 August 2010 ;  accepted : 22 November 2010
Dépistage anténatal du VIH : connaissances, attitudes, croyances et comportements des femmes enceintes. Analyse des pratiques actuelles et impact de la mise en place d’un dépliant informatif
Antenatal screening for HIV: Knowledge, attitudes, beliefs and practices of pregnant women. Analysis of current practices and the impact of setting up an informative brochure
 

M. Morin a, , J. Potin a, C. Perrin b, N. Thiercelin c, F. Perrotin a
a Pôle de gynécologie obstétrique, médecine fœtale et biologie de la reproduction, centre Olympe de Gouges, CHRU de Tours, 2, boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex, France 
b École régionale de sages-femmes, faculté de médecine, université F Rabelais de Tours, 2, boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex, France 
c Pôle d’informatique médicale et d’économie de la santé, CHRU de Tours, 2,boulevard Tonnellé, 37044 Tours cedex, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Objectif

Évaluer l’impact d’un dépliant d’information sur le comportement et les connaissances des femmes enceintes concernant les risques de l’infection à VIH durant la grossesse.

Patientes et méthodes

Étude prospective comparative réalisée en deux phases du 1er mars au 30 septembre 2007 sur des patientes se présentant pour la première fois en consultation prénatale à la maternité du CHRU de Tours (n =539). Lors de la première phase, seul un auto-questionnaire anonyme a été remis, au cours de la seconde un dépliant informatif a été joint au questionnaire.

Résultats

Dans le cadre actuel, 25,1 % des femmes enceintes n’ont pas réalisé de test lors de leur grossesse. Ce chiffre passe à 12,9 % lorsque le test est systématiquement proposé. Il tombe à 8,2 % avec la mise en place d’un dépliant informatif. Le test a été imposé à 28,7 % des patientes. Certains risques de transmission du VIH, notamment ceux spécifiques à la grossesse, sont sous-évalués. Un test négatif avant la grossesse est le principal motif de refus du test anténatal. Le niveau d’étude supérieur des patientes constitue le seul facteur de refus du dépistage identifié. Elles sont mieux informées comme le montre un taux plus important de réponses correctes sur les risques de transmission du VIH et son dépistage anténatal. Nous formulons l’hypothèse selon laquelle, les femmes ayant suivi des études supérieures évaluent le risque d’infection avant d’accepter ou de refuser le test.

Conclusion

La diffusion d’un dépliant informatif permet de faire progresser le dépistage anténatal, en augmentant le nombre de femmes qui réalisent le test, et en améliorant leurs connaissances sur les risques de transmission, en particulier de la mère à l’enfant.

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Summary
Objectives

To assess the impact of an information leaflet on the behavior and knowledge of pregnant women about the risks of HIV infection during pregnancy.

Patients and methods

Comparative prospective study conducted in two phases from March 1 to September 30, 2007 on patients presenting for the first time in antenatal care at the Maternity Hospital of Tours (n =539). During the first phase, only a self-questionnaire was given during the second an informative brochure has been attached to the questionnaire.

Results

Currently 25.1% of pregnant women have not made a test during their pregnancy. This rate decreases to 12.9% when the test is routinely offered. It falls to 8.2% with the introduction of an informative brochure. The test was imposed in 28.7% of patients. Some risks of transmission of HIV, including those specific to pregnancy, are undervalued. A negative test before the pregnancy is the main reason for refusal of antenatal screening. A high level of education was the only risk factor identified for refusal. They are better informed as shown by the higher rate of correct answers about the risks of HIV transmission and antenatal screening. We hypothesize that the women who pursued graduate studies evaluate the risk of infection before accepting or refusing the test.

Conclusion

The study shows that the distribution of an informative brochure on advanced prenatal screening, increased the number of women performing the test and improved their knowledge about risks of transmission, especially from mother to the child.

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Mots clés : VIH, Dépistage, Grossesse, Connaissances, Comportement

Keywords : HIV, Screening, Pregnancy, Knowledge, Behaviours


Introduction

En France, la prévalence du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) est de 0,21 % [1]. Chaque année 6000 à 7000 personnes découvrent leur séropositivité dont 42 % de femmes [2]. Dans près de 20 % des cas, la découverte de la séropositivité se fait au cours de la grossesse aussi bien chez les primipares que les multipares [3]. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en l’absence de traitement le taux de transmission mère–enfant (TME) varie de 15 à 30 % à l’accouchement et peut atteindre 45 % s’il y a allaitement au sein [4]. En cas de prise en charge pendant la grossesse, lorsque la charge virale maternelle est indétectable, qu’une trithérapie est administrée, et qu’un traitement intraveineux est réalisé pendant l’accouchement, le taux de TME est de 0,3 % [5].

Une étude de 1992 en région Provence-Alpes-Côte d’Azur a montré que la connaissance du risque de TME était largement répandue (92 %) mais que les circonstances de la contamination étaient imprécises : 34 % des femmes savaient que l’enfant pouvait être contaminé pendant l’accouchement et 37 % connaissaient le risque de l’allaitement au sein [6].

La loi du 27 janvier 1993 et la circulaire du 29 janvier 1993 rappellent les conditions générales du dépistage et précisent qu’il est volontaire, recueilli avec le consentement de la patiente, gratuit, proposé au cours d’une consultation médicale réalisée par un médecin ou une sage-femme afin d’identifier d’éventuels facteurs de risques et de délivrer des conseils de prévention [7, 8]. Le Conseil national du sida (CNS) souligne que le principe de consentement libre et éclairé vise à favoriser l’autonomie de la patiente et une meilleure observance thérapeutique [9].

Le constat empirique qu’un nombre important de femmes enceintes n’ont pas réalisé un test de dépistage anténatal du VIH dans les conditions prévues par la loi conduit à s’interroger sur le comportement et les connaissances des femmes enceintes face au dépistage.

L’étude a pour objectif d’évaluer le taux de réalisation du dépistage anténatal du VIH dans le cadre actuel et les motifs et facteurs de risque éventuels de refus du test avant de mesurer l’impact d’un dépliant informatif sur le comportement et les connaissances des femmes enceintes.

Patientes et méthodes

L’étude a été réalisée du 1er mars au 30 septembre 2007 du lundi au vendredi, non férié, sur la base d’une enquête prospective auprès des femmes enceintes se présentant pour leur première consultation obstétricale auprès d’une sage-femme à la maternité Olympe de Gouges (CHU de Tours). Le secrétariat a distribué le questionnaire aux femmes enceintes avant leur consultation et l’a récupéré ensuite.

Ce questionnaire comprenait deux parties. Une première partie à remplir avant la consultation pour recueillir les données sociodémographiques (âge, niveau d’étude, profession, origine géographique, statut marital) ; obstétricales (parité, praticien et lieu de suivi de grossesse avant consultation à la maternité) ; et les données relatives au dépistage anténatal du VIH avant consultation à la maternité (test réalisé, libre arbitre exercé, motifs de refus). Une seconde partie à remplir après la consultation pour recueillir les données relatives au dépistage anténatal du VIH lors de la consultation à la maternité (prescription du test, libre arbitre exercé, motifs de refus) ; les connaissances des patientes sur les modes de transmissions du VIH (généraux, spécifiques à la grossesse, taux de TME sans et avec traitement) ; l’autoévaluation de leur niveau de connaissances ; leur souhait d’un dépliant informatif et l’acceptation du test.

L’enquête comportait deux phases, chacune ayant été conduite jusqu’à l’obtention d’un minimum de 250 questionnaires. Une première phase sans dépliant et une seconde avec dépliant (Figure 1), celui-ci ayant fait l’objet d’un avis favorable de sida Info Service en 2007. Ce dépliant contenait des informations sur le VIH, ses modes de contamination, la TME, le test anténatal du VIH et ses avantages, les modalités de remise des résultats, et l’intérêt d’un test chez le partenaire. Les questionnaires entre la phase 1 et 2 différaient par l’ajout : pour la phase 1, des questions sur le souhait de mise en place d’un dépliant et l’acceptation du test du VIH après consultation à la maternité ; pour la phase 2, par l’ajout d’une question sur l’acceptation du test du VIH après lecture du dépliant. Nous avons considéré comme « libre arbitre » le fait que le test soit proposé lors de la consultation (qu’il soit accepté ou refusé) et comme « test imposé » que le test soit prescrit ou réalisé sans que la patiente n’ait donné son consentement. Les tests réalisés se subdivisent en deux catégories : les tests imposés, réalisés sans consentement de la patiente ; et les tests acceptés, réalisés après avoir recueilli l’accord de la patiente. Les tests non réalisés correspondent, d’une part, aux tests non proposés par oubli de proposition du test et d’autre part aux tests refusés, tests proposés et non suivis d’un accord de la patiente. L’analyse statistique des données a été réalisée grâce au logiciel Epi Info®.



Figure 1


Figure 1. 

Dépliant : qu’est ce que le dépistage anténatal du VIH ?

Brochure: what is antenatal screening for HIV?

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Résultats

Au cours de la période d’enquête de sept mois, 547 questionnaires ont été collectés, huit questionnaires ont été exclus car inexploitables, 539 questionnaires ont donc été analysés : 267 correspondant à la première phase de l’étude (sans dépliant) et 272 à la seconde phase (avec dépliant). Le risque de première espèce était fixé à 5 %.

La moyenne d’âge était de 29 ans, les nullipares représentaient 30,4 % de la population. Dans 72,9 % des cas, les deux partenaires avaient déjà réalisé un test de dépistage du VIH avant la grossesse : 75,5 % des conjoints avaient préalablement réalisé le test et 88,7 % des patientes avaient déjà réalisé un test, dont 91,1 % se déclaraient séronégatives et 0,4 % séropositives (n =2) (Tableau 1). On note que parmi les patientes n’ayant pas réalisé de test du VIH avant la grossesse, 45,9 % se déclaraient séronégatives.

Réalisation du test de dépistage anténatal

Dans le cadre actuel, le taux de réalisation du test de dépistage anténatal du VIH avant consultation à la maternité était de 70,5 %. Après consultation, ce taux passait à 74,9 %. Suite à leur consultation à la maternité, 46,2 % des femmes ont accepté le test, 6 % l’ont refusé ; 19,1 % des femmes n’ont jamais eu de test proposé, 28,7 % ont eu un test imposé (Figure 2). S’agissant du respect du libre arbitre de la patiente, nous n’observons pas de différence significative selon le lieu ou la qualité du praticien ayant prescrit l’examen, mais on peut noter qu’en clinique le test est imposé dans deux cas sur trois (33,3 %). Les médecins généralistes proposent le test plus souvent qu’il ne l’impose (58,4 % libre arbitre exercé, 41,6 % test imposé) et inversement lorsqu’il s’agit d’un gynécologue (43,8 % libre arbitre exercé, 56,2 % test imposé). Actuellement, 25,1 % des femmes ne réalisent pas le test de dépistage anténatal du VIH, mais lorsque ce test leur est systématiquement proposé ce taux passe à 12,9 % (p =0,03).



Figure 2


Figure 2. 

Répartition en pourcentage du taux de réalisation du test anténatal du VIH avant et après consultation à la maternité selon les modalités de réalisation du test (accepté, imposé, refusé, non proposé).

Distribution percentage of completion of antenatal testing for HIV before and after consultation with maternity in the manner of performing the test (accepted, imposed, refused, not proposed).

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Le seul facteur de risque de refus du dépistage identifié correspond au niveau d’étude. Les femmes ayant suivi des études supérieures refusent plus souvent le test que celles ayant un niveau d’études inférieur (p <0,026). Profession et origine géographique ne correspondent pas à des critères distinctifs. Toutefois, il semblerait que les femmes nullipares (67,4 %) refusent plus souvent le test que les multipares (44,4 %) mais cet écart n’est pas statistiquement significatif. Le fait d’avoir réalisé un test avant la grossesse – test qui était négatif – constitue le principal motif de refus donné par les patientes (Figure 3).



Figure 3


Figure 3. 

Motifs de refus du test de dépistage du VIH avant et après consultation à la maternité sans remise de dépliant.

Grounds for refusal to be tested for HIV before and after consultation with motherhood discount flyer.

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Impact du dépliant

Parmi les femmes enceintes interrogées, 91,8 % déclarent souhaiter la mise en place d’un dépliant.

On observe une augmentation significative après lecture du dépliant des connaissances des modes de transmission du VIH : rapport sexuel non protégé avec pénétration rectale ou buccale (p <0,0001), utilisation d’une seringue ayant déjà servie (p <0,0001), tatouage ou piercing dans de mauvaises conditions d’hygiène (p <0,0001), de mère à enfant pendant la grossesse (p <0,0001), de mère à enfant pendant l’allaitement maternel (p <0,0001).

On observe une amélioration significative des connaissances face au dépistage anténatal : un test négatif en début de grossesse ne signifie pas aucun risque d’infection pour cette grossesse (p <0,04), traitement du VIH possible pendant la grossesse (p <0,0001), test du VIH n’est pas obligatoire pendant la grossesse (p <0,0001), test gratuit pendant la grossesse (p <0,0001), risque de TME majoré les jours suivant la contamination (p <0,0001), test du VIH utile même en fin de grossesse (p <0,0001) (Tableau 2). S’agissant de l’évaluation correcte du taux de TME sans ou avec traitement, on observe une progression significative des connaissances des femmes avant et après lecture du dépliant (p <0,0001) (Tableau 2). Sur l’autoévaluation du niveau de connaissances, on observe une différence significative avant et après lecture du dépliant (Tableau 3).

Lorsque le dépliant est adjoint à une proposition systématique de test du VIH, le taux de refus est de 8,2 %, chiffre à rapprocher de la proportion de femmes (25,1 %) ne réalisant pas le test dans la pratique actuelle.

Discussion

Notre étude montre que l’amélioration du dépistage anténatal du VIH nécessite, d’une part, une proposition systématique du test et d’autre part une meilleure connaissance par les patientes des risques de contamination liés à la grossesse. L’apprentissage par les professionnels de santé des facteurs de risque et des motifs de refus du test contribuent également à faciliter le dépistage.

Seuls 72,9 % des couples ont réalisé un dépistage du VIH avant de débuter une grossesse et près de 25 % des conjoints ne connaissent pas leur statut sérologique. Ces chiffres sont en corrélation avec les conclusions du rapport Yeni de 2010 et de la Haute Autorité de santé (HAS) de 2009 qui recommandent de proposer un test de dépistage du VIH à tous les futurs pères, car « en cas d’infection méconnue, une séroconversion peut survenir pendant la grossesse, entraînant un risque très élevé de transmission du virus à l’enfant ». La proposition de test de dépistage du VIH au futur père fait partie de l’examen du quatrième mois prévu par l’assurance maladie dans le cadre du suivi de grossesse [5, 10, 11].

Dans le cadre actuel, après consultation à la maternité, 25,1 % des femmes enceintes ne réalisent pas de test de dépistage du VIH. 12,9 % le refuse toujours lorsque le test est systématiquement proposé. Ce pourcentage est très éloigné des estimations faites dans l’avis du CNS de 2002, selon lequel : « dans le système actuel (…) la quasi-totalité des femmes sollicitées l’acceptent (le dépistage) » [12]. L’impact de la consultation à la maternité est toutefois positif car il permet d’augmenter de façon significative le nombre de femmes réalisant le test. Cependant, ce rôle correctif est très insuffisant car 19,1 % des patientes n’ont pas eu de test proposé en sortant de consultation. Le taux de 25,1 % de femmes qui ne réalisent pas le test dans le cadre actuel chute à 8,2 % après lecture du dépliant et proposition systématique du test. Ce résultat reste éloigné du taux de refus de 1,5 % observé en métropole lors de l’enquête nationale du ministère de la Santé de 2003. Ce chiffre peut s’expliquer par la durée de l’étude (trois mois) et par un taux de dépistage en Région Centre dans la population générale parmi le plus faible de France (62 à 69/1000 habitants) [5, 13, 14].

Le taux de 28,7 % de test imposé interpelle au regard de la loi du 27 janvier 1993 qui stipule qu’« un test de dépistage (…) est proposé à la femme enceinte » ainsi qu’au regard de la loi du 4 janvier 1993 indiquant que « Le fait de prélever ou de tenter de prélever du sang sur une personne vivante sans qu’elle ait exprimé son consentement est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende » [7, 15].

Alors qu’aujourd’hui certains proposent la mise en place d’un test obligatoire pour chaque femme enceinte, il paraît au préalable important de respecter le cadre législatif actuel. Dans notre étude, seul 52,2 % des patientes ont eu une proposition de test (46,2 % l’on accepté et 6 % l’on refusé). Le CNS souligne dans son avis de mars 2002 : « quel que soit l’avancement de la grossesse lors de la première consultation d’une femme enceinte (…), les gynécologues et obstétriciens doivent proposer un test de dépistage du VIH, à moins qu’ils ne disposent du résultat écrit d’un test récent » [12]. À plus grande échelle, dans son avis sur le projet de plan national de lutte contre le VIH/sida 2010–2014, le CNS souligne l’importance d’une « proposition systématique de test à toute la population française de 15 à 70 ans » tout comme le rapport Yeni de 2010 [5, 16, 17, 18]. L’HAS dans ses recommandations de 2008 sur le dépistage de l’infection par le VIH en France rappelle que le dépistage systématique n’est pas un dépistage obligatoire et revêt deux modalités distinctes : « le dépistage en routine avec consentement préalable (opt-in ) et le dépistage en routine avec consentement présumé (opt-out ) où la personne est informée qu’elle sera testée de façon automatique sauf refus exprès de sa part ». En France, le dépistage est systématiquement proposé à la femme enceinte tout en ayant préalablement recueilli son consentement [19, 20]. Aux Etats-Unis, la stratégie de dépistage opt-out est retenue comme l’indique les recommandations de 2006 des Centers for Disease Control and prevention (CDC) [21].

Le seul facteur de risque identifié vis-à vis du refus de dépistage est le niveau d’étude des patientes. Les femmes ayant suivi des études supérieures refusent plus souvent le test que celles ayant un niveau d’études inférieur. Elles sont mieux informées comme le montre un taux plus important de réponses correctes sur les risques de transmission du VIH et son dépistage anténatal. Nous formulons l’hypothèse selon laquelle, les femmes ayant suivi des études supérieures évaluent le risque d’infection avant d’accepter ou de refuser le test.

La seconde partie de notre étude s’inscrit dans la démarche d’information conseil qui doit avoir lieu lors de la proposition du test. Le CNS « souhaite que l’ensemble des structures (…) accueillant des femmes enceintes propose une information sur l’intérêt du dépistage du VIH au cours de la grossesse et sur la prévention des risques de contamination » [12]. Parmi les patientes interrogées dans notre étude, 91,8 % souhaitent la mise en place d’un dépliant informatif. Pourtant, l’étude de Couturier et al. de 1999 sur le dépistage du VIH en région parisienne démontre que seul 60 % des établissements donnent une information sur les risques d’infection à VIH lors de la prescription du test. Le CNS confirme que de nombreux médecins ont du mal à aborder les questions relatives à la vie intime du patient et évitent le sujet. Pourtant, la mesure de counseling prétest qui consiste en un échange avec le patient afin de connaître les circonstances de décision du test et ses connaissances sur les modes de transmission du VIH a été mise en place dès 1993 par la direction générale de la santé (DGS) et en 1997 par l’Organisation des Nations Unies (ONUSIDA). Le plan national de lutte contre le VIH/sida 2010–2014 souligne l’importance de l’axe prévention, information et éducation pour la santé que ce soit pour la population générale ou ciblée, une meilleure connaissance du VIH permettant de protéger sa santé et celle d’autrui. L’étude KABP (knowledge, attitudes, beliefs and practices ) sur « Les connaissances, attitudes, croyances et comportements face au VIH/sida en France » de l’Agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites virales (ANRS), l’observatoire régional de santé Île de France (ORS) et l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) de 2005 rappelle que le taux de confiance accordée par la population aux médecins est de près de 95 %. Le rapport Yeni met en évidence que la prise en charge de l’infection par le VIH nécessite une adhésion et une participation active de la mère afin de limiter le risque de TME et cela dans un laps de temps très court de neuf mois [5, 16, 19, 22, 23, 24].

Les principales circonstances de transmission du sida restent majoritairement connues par la population de femmes enceintes. Ces résultats sont similaires à ceux observés sur la population générale dans l’étude KABP de l’ANRS, ORS et INPES de 2005 : rapports sexuels non protégés (99,4 % population générale contre 99,6 % femmes enceintes), utilisation d’une seringue déjà utilisée (99 % contre 93,6 %), tatouage ou piercing (70,4 % contre 79 %) [24].

Notre étude révèle que les connaissances des patientes interrogées sur le VIH, notamment celles spécifiques à la grossesse et son dépistage sont très faibles sans l’apport d’un dépliant : 31,5 % d’entres elles seulement connaissent le risque de TME par l’allaitement au sein, 15 % des femmes croient qu’un test négatif en début de grossesse signifie qu’il n’y a plus de risque de TME pour cette grossesse. Cette méconnaissance peut entraîner des comportements à risque pour la suite de la grossesse [10, 23]. Comparativement à l’étude de Rey et al. réalisée en 1992, les taux de connaissance sont plus faibles en 2007 qu’en 1992, que ce soit sur le risque de TME pendant la grossesse (92 % en 1992 contre 85 % en 2007) ou celui pendant l’allaitement maternel (37 % en 1992 contre 31,5 % en 2007). Quinze ans après, notre étude montre que les connaissances des femmes enceintes ont diminué. Après la mise en place du dépliant, le pourcentage de réponses correctes est toujours supérieur à 90 % sur les connaissances des modes de transmission du VIH (p =0,001) et il est significativement augmenté sur les connaissances du dépistage anténatal (p =0,04 et p =0,001). L’impact de la délivrance d’une information par la plaquette a été majeur. Dans son baromètre santé 2005, l’INPES constate également que « les campagnes de prévention VIH ont indéniablement eu un impact majeur sur les pratiques de dépistage ». De même dans son étude, KABP de 2005 l’ANRS a montré que 27,8 % des personnes interrogées ont été incitées à faire un test de dépistage du sida par les campagnes d’informations. Cette même étude souligne que « les femmes manifestent et ont toujours manifesté un degré de sensibilisation aux campagnes d’information plus élevé que les hommes » [24, 25]. Seules quelques études internationales, comme celle réalisée au Nigeria en 2009, évaluent l’impact direct des programmes d’informations. Leurs conclusions suite à la mise en place d’un dépliant d’information sur l’intérêt du dépistage du VIH sont très positives. En 2001, 190 tests de dépistage du VIH ont été réalisés, suite à la mise en place du dépliant fin 2001. Ce nombre est passé à 1429 pour l’année 2002, avant d’atteindre 25000 tests de dépistage en 2008 après la distribution de 30000 dépliants [26].

Lorsque les femmes autoévaluent leur niveau de connaissance sur le VIH dans le cadre actuel, trois sur quatre le jugent faible (75,7 %). Après lecture du dépliant, bien que ce taux soit fortement réduit (33,5 %) une femme sur trois considère encore son niveau de connaissance faible. Le dépliant tel qu’il a été conçu et diffusé ne permet donc pas d’apporter des connaissances suffisantes à toutes les femmes enceintes. Plusieurs explications sont possibles : soit le dépliant ne présenterait pas un caractère suffisamment didactique, soit les conditions dans lesquelles les femmes en ont pris connaissance ne leur auraient pas permis de s’approprier toutes les informations. Il serait donc pertinent de revoir avec les professionnels de la communication médicale la présentation des informations contenues dans le dépliant et de prévoir sa large diffusion dans le cadre des consultations.

Notre dépliant trouve donc un réel intérêt dans le cadre du dépistage. Trois propositions peuvent être formulées : une plus grande rigueur dans l’application du dispositif législatif actuel (systématisation de la proposition de test) ; la mise en place d’un dépliant d’information en appui au conseil des praticiens ; un nouveau protocole de dépistage basé sur un test lors de la première consultation auquel s’ajouterait au cas par cas, si prises de risque récentes, un second test trois mois après la prise du risque, et si prise de risque pendant la grossesse, un second test à la consultation du neuvième mois.

Conclusion

Dans la pratique actuelle près d’une femme sur quatre ne réalise pas de dépistage du VIH pendant sa grossesse. Un plus strict respect du cadre législatif ainsi que la mise en place d’un dépliant d’information réduisent le taux de patientes ne réalisant pas le test à 8,2 % contre 25,1 % actuellement.

La mise en place des tests rapides de détection du VIH pourra être l’occasion de réajuster les protocoles en matière de dépistage anténatal en insistant sur la nécessité d’un consentement éclairé, en vérifiant à chaque consultation que le test a bien été proposé ainsi qu’en diffusant un dépliant d’information spécifique sur le dépistage du VIH.

Conflit d’intérêt

Aucun.


Remerciements

Cette étude n’aurait pas été possible sans l’aide précieuse et les conseils de l’équipe du centre régional d’information et de prévention du sida de Paris pour avoir fourni les publications les plus récentes sur le dépistage anténatal du VIH, de sida info service pour la validation du dépliant informatif, des sages-femmes et des secrétaires de la maternité Olympe de Gouges qui ont assuré la diffusion du questionnaire pendant toute la durée de l’enquête.

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