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Journal de radiologie
Volume 92, n° 6
pages 506-514 (juin 2011)
Doi : 10.1016/j.jradio.2011.04.002
Boiterie chronique de l’enfant
The chronically limping child
 

C. Baunin , J. Vial, D. Labarre, C. Domenech-Fontenel, J. Railhac, N. Sans
Imagerie pédiatrique, hôpital des Enfants, 330, avenue de Grande-Bretagne, 31059 Toulouse cedex 9, France 

Auteur correspondant.
Résumé

La boiterie chronique ou traînante signe chez l’enfant une cause organique. L’examen clinique cible le type et le siège de la boiterie. Il oriente vers une étiologie neurologique, mécanique ou locorégionale au niveau de la hanche et du bassin. La radiographie et l’échographie de hanche sont les examens d’imagerie de première intention. Le diagnostic peut être retardé, soit par méconnaissance de certaines étiologies propres à l’âge pédiatrique, soit en raison de faux positifs ou négatifs du couple radio-échographie. L’IRM est devenue indispensable au diagnostic positif et étiologique. L’analyse de pathologies traumatiques, infectieuses, rhumatismales ou tumorales passe par la réalisation d’une IRM dont le champ d’exploration ne doit pas se réduire à l’articulation coxofémorale.

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Abstract

Chronic limping in children usually indicates the presence of an underlying organic lesion. Clinical evaluation establishes the site and type of limping. It may suggest a neurological or mechanical lesion or locoregional etiology at the level of the hip or pelvis. Plain radiographs and ultrasound are firstline imaging techniques. The diagnosis may be delayed either due to ignorance of age-specific entities or false positive or negative results on plain films and ultrasound. MRI now plays a major role for diagnosis. Multiple potential underlying etiologies including trauma, infections, arthritides or tumors are best evaluated with MRI. The MRI examination should not be limited only to the hip joint.

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Mots clés : Bassin, Enfant, Boiterie, IRM

Keywords : Pelvis, Child, Limp, MRI


La boiterie se définit comme un trouble de la marche. C’est un symptôme fréquent en pédiatrie. Elle est dite chronique si elle est prolongée, soit parce qu’elle est persistante, soit parce qu’elle s’aggrave progressivement, soit parce qu’elle est épisodique mais récidivante.

Une boiterie chronique est toujours d’origine organique. Il faut donc savoir mettre en œuvre les examens appropriés pour aboutir au diagnostic et en connaître les principales étiologies [1].

Quels sont les moyens utiles au diagnostic ?
L’examen clinique général et locorégional est indispensable [2, 3]

L’âge de l’enfant est un élément important, la liste des étiologies en dépend. Concernant la boiterie, il faut noter le caractère douloureux ou non, la caractériser par une analyse de la marche et préciser son caractère chronique : ancienneté, modalité évolutive (progressive, permanente, épisodique, récidivante). Le contexte général – fièvre, syndrome inflammatoire, altération de l’état général – doit être pris en compte. La recherche biologique d’un syndrome inflammatoire, avec au minimum numération formule sanguine et protéine C réactive, est systématique. L’examen locorégional oriente le plus souvent vers la hanche, mais aussi parfois vers le membre inférieur ou le pelvis.

Les examens d’imagerie
La radiographie standard reste l’examen de première intention

Les radiographies du bassin de face et des deux hanches de profil sont éventuellement complétées par des radiographies centrées sur les membres inférieurs ou le rachis.

L’échographie

Elle est le prolongement direct de la radiographie : examen simple, réalisé à la recherche d’un épanchement intra-articulaire. Très sensible, elle peut détecter des épanchements très peu abondants. Mais elle manque totalement de spécificité quant à la nature du liquide et donc à l’étiologie de l’épanchement [4]. Si la recherche d’épanchement intra-articulaire est négative, l’examen peut être facilement complété par un examen du pelvis et des autres articulations du membre inférieur (genou, cheville).

La scintigraphie

Elle peut être utile pour localiser une pathologie, quand l’examen clinique est incertain et le bilan radiologique normal [5].

L’IRM

Elle peut être ciblée par les examens précédents. La technique et les plans de coupe sont alors adaptés à la pathologie recherchée. Elle peut également être réalisée à la recherche d’une anomalie focalisée de signal, lorsque les autres examens sont négatifs [6]. On utilise ici la grande sensibilité des séquences « inflammatoires », comme les séquences en STIR, appliquées à de grands champs d’exploration couvrant non seulement le bassin, mais aussi le rachis lombaire et les membres inférieurs. Chez les grands enfants, les techniques type corps entier, avec déplacement de la table d’examen, permettent d’examiner rapidement ces structures.

La TDM

Elle ne garde que des indications limitées, ciblées sur une lésion prédéfinie. Son intérêt peut résider dans le repérage avant un geste d’intervention percutanée à visée diagnostique ou thérapeutique.

Classiquement, l’examen clinique et biologique et les examens de première intention (radiographie, échographie) permettent de cibler la boiterie et de proposer une étiologie, avec le recours éventuel à des examens de seconde intention (IRM surtout). Alors pourquoi existe-t-il des retards au diagnostic des boiteries ?

Quelles sont les causes de retard de prise en charge ?
La clinique est souvent trompeuse

Chez l’enfant jeune, l’analyse de la marche est difficile et certaines boiteries peuvent être longtemps négligées. La douleur est difficile à localiser, et des douleurs projetées sont classiques au genou ou à la fosse iliaque droite. Certaines localisations, telles que les articulations sacro-iliaques, sont difficiles à examiner. Enfin, les signes généraux tels que la fièvre peuvent être absents ou décapités par un traitement intercurrent. Il en est de même pour les examens biologiques.

L’imagerie est source de pièges

La radiographie standard manque de sensibilité et une radiographie normale n’élimine pas certaines pathologies [7]. Des structures (sacro-iliaques, région acétabulaire) sont d’analyse difficile, régulièrement gênées par des superpositions digestives. Enfin de nombreuses variations de l’ossification peuvent prêter à confusion. L’échographie, si elle est très sensible, manque totalement de spécificité ; elle doit être pratiquée après la radiographie. La présence d’un épanchement intra-articulaire peut simplement témoigner d’une réaction à une pathologie de voisinage. L’IRM doit être interprétée en tenant compte de l’âge et des évolutions du signal IRM [8, 9, 10].

Certaines étiologies sont méconnues

Il s’agit, soit de pathologies spécifiques à l’âge pédiatrique, soit de pathologies inhabituelles à cet âge.

Quelles sont les principales étiologies ?
Les boiteries d’origine orthopédique ou neuromusculaire

Elles sont responsables de troubles de la marche plus que de boiteries. L’analyse précise de ce trouble oriente :

soit vers une origine mécanique : une téléradiographie des membres inférieurs est alors utile pour confirmer et explorer une inégalité de longueur des membres inférieurs, rechercher une éventuelle maladie osseuse constitutionnelle. La découverte tardive d’une luxation congénitale de hanche est actuellement devenue exceptionnelle ;
soit vers une origine neurologique : l’examen du rachis et l’examen neurologique peuvent faire suspecter une lésion médullaire ou une compression médullaire. La téléradiographie du rachis et l’IRM du rachis et de la moelle ont ici leur place (Figure 1 a et b).



Figure 1


Figure 1. 

Boiterie non douloureuse, associée à une scoliose lombaire raide : ganglioneurome développé en sablier avec compression médullaire. a : radiographie standard du rachis de face : scoliose lombaire avec sommet en L2 et élargissement du trou de conjugaison L2-L3 droit ; b : IRM confirmant la tumeur rétropéritonéale avec prolongement intracanalaire par l’intermédiaire du trou de conjugaison L2-L3.

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Les causes infectieuses au niveau du bassin ou à distance [11, 12]

Les infections de la ceinture pelvienne, qu’il s’agisse d’une ostéomyélite ou d’une ostéoarthrite sacro-iliaque, sont responsables de douleurs mal systématisées, irradiantes par l’infiltration des plans musculaires adjacents. La radiographie est peu contributive. L’échographie ciblée sur la hanche est négative; elle peut être complétée par une échographie pelvienne à la recherche d’une infiltration du psoas ou des muscles obturateurs. La scintigraphie peut comporter des faux négatifs. L’IRM est l’examen le plus efficace pour confirmer et localiser la lésion infectieuse (Figure 2a et b).



Figure 2


Figure 2. 

Boiterie gauche douloureuse, persistante, sans fièvre chez un garçon de trois ans. Radiographie du bassin et échographie de hanche normale. IRM : ostéomyélite du grand trochanter gauche. a : coupe coronale en T1 : hyposignal de la région trochantérienne gauche ; b : coupe coronale en T1 et saturation de graisse après injection intraveineuse de produit de contraste : hypersignal osseux et des parties molles, centré sur le noyau trochantérien.

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Les spondylodiscites sont plus fréquentes chez l’enfant que chez l’adulte, avec un pic de fréquence avant quatre ans. L’atteinte prédomine sur le rachis lombaire. La douleur mal systématisée, la boiterie fruste par irritation du muscle psoas et le syndrome inflammatoire peu marqué expliquent les retards au diagnostic. Ici encore, l’IRM est l’examen le plus sensible. Cela justifie, au moindre doute sur une étiologie infectieuse et en cas d’examen pelvien normal, d’étendre l’exploration au rachis, avec au minimum la réalisation d’une séquence en STIR dans un plan sagittal.

Les infections à distance (pied, cheville) sont également trompeuses dans leur présentation : la boiterie passe au premier plan, les signes locaux et généraux sont absents ou n’apparaissent que secondairement. Cela justifie un examen aussi bien clinique qu’échographique de toutes les articulations du membre inférieur lorsque la hanche est normale (Figure 3).



Figure 3


Figure 3. 

Boiterie gauche chez un enfant de deux ans, ayant motivé deux passages aux urgences en 15jours : examens clinique, radiographique et échographique de la hanche normale ; pas de fièvre, CRP normale. Troisième hospitalisation motivée par l’apparition d’une tuméfaction de la cheville : ostéomyélite subaiguë de la métaphyse tibiale. Radiographie de la cheville : lacune métaphysaire avec liseré de sclérose. Diagnostic confirmé par la ponction. Traitement par antibiothérapie et immobilisation plâtrée.

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Les causes traumatiques [13, 14]

Il s’agit en fait de microtraumatismes répétés responsables d’apophysites, d’enthésopathies ou de myosites. En effet, le bassin présente de nombreuses apophyses qui correspondent à des zones d’insertion de muscles puissants. De nombreux enfants et adolescents pratiquent de façon régulière, voire intensive, certains sports qui sollicitent ces muscles. En cas de traumatisme aigu (arrachement), le diagnostic est facilement évoqué dès l’étape clinique et la radiographie ne fait que confirmer l’arrachement osseux. En revanche, en cas de traumatisme chronique (microtraumatismes répétés par traction), des lésions d’ostéochondrite vont apparaître sur les apophyses d’insertion. Les signes cliniques sont des douleurs d’allure inflammatoire, réveillées à la pression. Sur le plan radiographique, l’apophyse apparaît irrégulière, fragmentée, pouvant poser des problèmes de diagnostic différentiel avec une tumeur osseuse. La tomodensitométrie confirme ces irrégularités et fragmentations. L’IRM montre un aspect inflammatoire de l’apophyse, ainsi que sur l’insertion tendino-musculaire. La guérison sans séquelle est la règle, après repos.

L’hypersollicitation ou un traumatisme peuvent également déclencher l’apparition d’une myosite ossifiante. Le caractère douloureux et inflammatoire, la présence de calcifications intramusculaires sont source d’inquiétude. La sémiologie tomodensitométrique et IRM permet d’étayer le diagnostic de myosite (Figure 4a–c).



Figure 4


Figure 4. 

Myosite du moyen fessier chez un adolescent. a : radiographie standard : ossification des parties molles en regard du grand trochanter ; b : analyse de cette ossification en tomodensitométrie ; c : IRM : aspect inflammatoire centré sur le muscle et son insertion.

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La fréquence de ces lésions d’origine traumatique chez les adolescents implique de vérifier la pratique sportive des patients en cas de douleur chronique ou récurrente.

Les causes inflammatoires [15, 16]

Les arthrites inflammatoires secondaires à une maladie de la synoviale réalisent des tableaux peu spécifiques de boiterie douloureuse persistante. Le syndrome inflammatoire est variable. La radiographie est habituellement normale au début. L’échographie montre, en plus de l’épanchement intra-articulaire, un épaississement de la synoviale, inflammatoire en Doppler couleur. L’IRM est indispensable à la caractérisation de ces pathologies : aspect du liquide d’épanchement (recherche de sang, de dépôts d’hémosidérine) ; épaisseur et degré d’inflammation de la synoviale par des séquences après injection intraveineuse de produit de contraste ; retentissement osseux, articulaire et sur les parties molles adjacentes. La prise en charge dépend des résultats histologiques, obtenus par ponction et arthroscopie avec biopsie de la synoviale.

L’arthrite chronique juvénile (ACJ), ou arthrite chronique idiopathique, ou arthrite rhumatoïde juvénile peut se révéler par une atteinte oligo-, voire monoarticulaire. Si la localisation à la hanche n’est pas la plus fréquente, elle en devient d’autant plus trompeuse. La boiterie peut également résulter d’une atteinte inflammatoire de l’articulation sacro-iliaque qui n’est jamais spécifique. La biologie n’est positive que dans 30 % des cas. L’échographie montre l’épanchement et l’épaississement synovial. La radiographie ne montrera que tardivement des signes évocateurs : ostéopénie périarticulaire, destructions osseuses et articulaires. L’IRM est indispensable au bilan lésionnel précis, en recherchant après injection intraveineuse de produit de contraste une synovite active et un œdème osseux ; elle évalue également le degré de destruction cartilagineuse. L’étude ne doit pas se limiter à la hanche et doit permettre d’analyser les articulations sacro-iliaques car leur atteinte est fréquemment associée et cliniquement fruste. Une telle découverte est un argument supplémentaire pour le diagnostic d’ACJ et à prendre en compte dans la prise en charge thérapeutique (Figure 5a–c).



Figure 5


Figure 5. 

Arthrite chronique juvénile chez un garçon de 14ans avec une boiterie de hanche droite. Radiographie du bassin normal, épanchement de hanche droite en échographie. En IRM, confirmation de l’atteinte de la hanche droite et mise en évidence d’une atteinte inflammatoire de l’articulation sacro-iliaque gauche. a : coupe coronale en T2 : épanchement de la hanche droite, hypersignal au pied de la sacro-iliaque gauche ; b : après injection de produit de contraste : prise de contraste traduisant une synovite active de la hanche ; c : même prise de contraste au niveau de la sacro-iliaque gauche.

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Les causes tumorales

La boiterie peut révéler une tumeur osseuse primitive ou secondaire, ou bien une hémopathie [17, 18].

Les tumeurs osseuses primitives sont des tumeurs bénignes ou malignes. L’enquête diagnostique, comme toujours en cas de tumeur osseuse, est fondée sur des éléments cliniques (âge, circonstances de découverte) et radiographiques (localisation, sémiologie). Sur le fémur, les tumeurs du col correspondent à la gamme des tumeurs métaphysaires, reconnues dès la radiographie standard. Les plus classiques sont des tumeurs bénignes telles les kystes osseux essentiels et les dysplasies fibreuses. L’ostéome ostéoïde est plus trompeur. Les signes radiologiques sont parfois difficiles à déceler, alors que le retentissement inflammatoire sur les parties molles passe au premier plan. L’échographie peut détecter un épanchement intra-articulaire dû à une réaction synoviale au contact de l’ostéome, source d’erreur d’orientation. L’indication d’une IRM permettra de réorienter le diagnostic et de cibler la lésion. La prise en charge thérapeutique peut être assurée sous repérage tomodensitométrique.

Sur le bassin, les tumeurs sont à rechercher dans la gamme des tumeurs des os plats, dominées par la possibilité d’une tumeur d’Ewing. Son diagnostic est souvent tardif, car les signes radiographiques sont difficiles à mettre en évidence (Figure 6a–d). La tumeur des parties molles peut passer au premier plan, avec des signes de compression. L’IRM est indispensable au bilan locorégional de ces tumeurs [19].



Figure 6


Figure 6. 

Tumeur d’Ewing du pubis droit découverte chez un garçon de 9,5ans se plaignant d’une boiterie droite depuis trois mois. Première radiographie normale au début des signes. a : radiographie : lésion hétérogène, lytique et condensante de la branche pubienne droite ; b : IRM coupe axiale en T1 ; c : IRM coupe coronale en T2 ; d : IRM coupe coronale post-contraste : confirmation d’une tumeur osseuse agressive. Diagnostic histologique après biopsie.

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Les infiltrations médullaires, dans le cadre d’hémopathies ou de métastases, peuvent se révéler par des douleurs osseuses et donc éventuellement par une boiterie. Dans ce cas, la douleur est plurifocale, chez un enfant subfébrile, à l’état général altéré. Les radiographies standard sont normales ou peu modifiées. L’échographie peut être trompeuse. La biologie peut rester normale au début, ne doit pas faire exclure ce diagnostic et doit poser la question de la réalisation d’un myélogramme. Dans le doute, la réalisation d’une IRM pelvienne va montrer des modifications diffuses ou focalisées du signal de la moelle osseuse [10]. En cas de foyers multiples, l’hypothèse de métastases d’un neuroblastome est vraisemblable (Figure 7a–c). La tumeur primitive doit être localisée, avec au minimum une échographie abdominopelvienne et une radiographie thoracique, l’analyse étant ensuite complétée par une imagerie en coupe adaptée au bilan locorégional d’extension.



Figure 7


Figure 7. 

Métastases osseuses révélatrices d’un neuroblastome chez un enfant de 18 mois suivi pour une synovite aiguë transitoire récidivante. Seules des échographies de hanche ont été pratiquées, montrant un épanchement intra-articulaire persistant. La radiographie pratiquée lors du quatrième épisode de boiterie chez cet enfant subfébrile et fatigué montre une hétérogénéité de la trame osseuse de la région intertrochantérienne droite. a : IRM, plan coronal couvrant bassin et rachis, en séquence STIR : hypersignaux anormaux multiples sur le fémur, le bassin et le rachis ; b : IRM, plan axial, séquence STIR : hypersignal infiltrant les ailes iliaques ; c : tomodensitométrie thoracique pour évaluation du neuroblastome.

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Rappelons enfin que chez l’enfant jeune, l’hystiocytose langerhansienne peut se révéler par des localisations osseuses multiples. Si les localisations pelviennes et fémorales sont moins fréquentes que les localisations rachidiennes, elles peuvent être au premier plan et se manifester par une boiterie. L’IRM permet de les détecter et justifie la réalisation d’une IRM corps entier pour un bilan d’extension complet des localisations osseuses en vue d’une adaptation du traitement.

En pratique, que faire devant une boiterie chronique ?
Si la boiterie n’est pas douloureuse

Il s’agit d’une boiterie le plus souvent ancienne, bilatérale. C’est une boiterie d’équilibration pour laquelle l’analyse de la marche prend toute son importance.

En fonction de ces résultats :

un cliché grand format des membres inférieurs recherchera une cause orthopédique ;
un cliché du rachis et une IRM médullaire seront indiqués dans l’hypothèse d’une cause neurologique.

Si la boiterie est douloureuse

Il s’agit d’une boiterie le plus souvent unilatérale, avec des signes de localisation. La démarche diagnostique dépend essentiellement de l’âge de l’enfant, mais aussi de la présence de signes inflammatoires et enfin des résultats du couple radio-échographie [1, 3].

Chez l’enfant jeune (moins de quatre à cinq ans) :

il ne faut pas se contenter du diagnostic de synovite aiguë transitoire. Même si les récidives sont possibles, le risque d’une pathologie associée reste possible [20] ;
il faut penser à une infection à distance de la hanche : rachis, sacro-iliaque, cheville et pied ;
il faut éliminer une infiltration tumorale : leucémie, métastases de neuroblastome, histiocytose langerhansienne mono- ou multifocale.

Pour cela, il faut tenir compte des difficultés de l’examen clinique local et du manque de spécificité de la radiographie et de l’échographie. Il ne faut pas hésiter à explorer d’autres articulations que la hanche. L’IRM a sa place au moindre doute, avec des séquences permettant une analyse élargie du bassin.

Chez l’enfant plus grand (plus de cinq ans) et l’adolescent :

il faut se rappeler que les radiographies sont normales au début dans l’ostéochondrite de hanche et l’épiphysiolyse. Elles seront répétées au moindre doute ;
il faut vérifier la pratique sportive, génératrice d’apophysites, d’enthésopathies ou de myosites du fait de traumatismes et microtraumatismes répétés ;
il faut rechercher une maladie inflammatoire de la synoviale, voire une forme oligoarticulaire d’arthrite juvénile idiopathique ;
il faut éliminer une pathologie tumorale, qu’il s’agisse de tumeurs bénignes ou malignes. Elles peuvent siéger au niveau de l’extrémité supérieure fémorale, mais aussi au niveau du squelette pelvien.

Dans cette tranche d’âge, la clinique est peu spécifique et la radiographie d’interprétation difficile. La biologie peut être une aide utile. L’indication d’IRM doit être rapidement posée : elle permet une localisation et un bilan lésionnel précis. La TDM a des indications beaucoup plus limitées, ciblées après repérage d’une lésion.

Conclusion

Les boiteries chroniques de l’enfant sont toujours d’origine organique. Leur prise en charge reste fondée sur les résultats de l’examen clinique et des examens de première intention que sont la biologie, la radiographie et l’échographie.

L’IRM élargie à l’ensemble du squelette pelvien est devenue indispensable :

pour le diagnostic positif en authentifiant et en localisant une anomalie ;
pour le diagnostic étiologique en caractérisant une pathologie.


Points à retenir

La boiterie chronique de l’enfant est toujours d’origine organique.
L’examen clinique – âge, contexte de la boiterie, état général – est primordial pour l’enquête diagnostique.
Radiographie du bassin et échographie de hanche sont les examens de première intention. La radiographie manque de sensibilité et l’échographie de spécificité.
L’objectif de la prise en charge est double : ne pas déclencher une batterie d’examens inutiles sans avoir au préalable analysé ou répété les examens de première intention, et à l’inverse ne pas sous-estimer une pathologie grave en négligeant une boiterie récidivante.
L’indication de l’IRM doit être posée rapidement. Dans le but de repérer une lésion, son champ d’exploration doit être élargi à l’ensemble du bassin, voire au rachis et aux membres inférieurs, en utilisant des séquences à visée inflammatoire. Dans le but d’analyser une pathologie, elle est ciblée par les premiers examens.
En plus des causes orthopédiques classiques, les causes infectieuses, traumatiques, rhumatismales et tumorales doivent être envisagées à tout âge.

Cas clinique
Histoire de la maladie

Cette fille de dix ans se plaint d’une douleur de la fosse iliaque droite. Lors de la première consultation, elle présente un syndrome inflammatoire modéré ; l’échographie abdominale est normale, en particulier il n’y a pas de signe en faveur d’une appendicite. Devant la persistance de la douleur, elle est hospitalisée. L’examen clinique montre plutôt un psoïtis qu’une défense de la fosse iliaque droite. Le syndrome inflammatoire biologique persiste. Une radiographie du bassin de face est réalisée (Figure 8), complétée par une IRM pelvienne (Figure 9).



Figure 8


Figure 8. 

Radiographie du bassin de face.

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Figure 9


Figure 9. 

IRM, plan coronal, séquence DP SPAIR.

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Questions

1. Quels sont les éléments sémiologiques qui permettent d’orienter vers une pathologie de l’articulation sacro-iliaque ?

2. L’indication de l’IRM est-elle justifiée ?

3. La séquence IRM proposée est-elle suffisante ?

Réponses

1. Certaines douleurs sont difficiles à localiser chez l’enfant. La banalité de la douleur abdominale, centrée sur la fosse iliaque droite, ne doit pas faire perdre de vue d’autres étiologies que digestives, surtout si l’échographie est normale. Le psoïtis par inflammation du muscle psoas est responsable de douleurs et de boiterie. Il faut rechercher une cause locorégionale, en particulier osseuse ou ostéoarticulaire. La radiographie de face est peu contributive : les superpositions digestives gênent l’étude du sacrum et des articulations sacro-iliaques.

2. L’IRM est indiquée pour confirmer l’aspect inflammatoire du psoas et rechercher une cause à cette infiltration.

3. L’étude IRM des articulations sacro-iliaques nécessite également la réalisation de coupes dans un plan axial. L’injection intraveineuse de produit de contraste est indispensable à la confirmation du diagnostic de sacro-iliite d’origine infectieuse (Figure 10a et b). La coupe axiale montre à la fois l’arthrite sacro-iliaque droite et le retentissement sur le muscle psoas droit, responsable de la symptomatologie.



Figure 10


Figure 10. 

Séquences IRM supplémentaires, réalisées après injection intraveineuse de produit de contraste, en T1 et saturation de graisse. Confirmation de la pathologie sacro-iliaque et du retentissement sur les parties molles adjacentes. a : coupe coronale ; b : coupe axiale.

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Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

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