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La revue Sage-femme
Volume 10, n° 3
pages 101-103 (juin 2011)
Doi : 10.1016/j.sagf.2011.04.001
Formation initiale sage-femme : l’université est une chance. Saisissons-la !
Initial training midwife: The university is a chance. Seize it!
 

A. Demeester 1
Campus Santé-Nord, boulevard Pierre-Dramard, 13344 Marseille cedex 15, France 

En France, la formation des sages-femmes, dont on retrouve les prémices au XVIe siècle et une organisation depuis la fin du XVIIe siècle1 , est depuis le milieu du XXe siècle placée sous tutelle de la fonction publique hospitalière. La législation précise que ces écoles sont sous la responsabilité d’un médecin obstétricien, directeur technique et d’enseignement, et dirigées par une sage-femme directrice (organisation, pédagogie, discipline), elle-même placée sous l’autorité hiérarchique du directeur général de l’hôpital. Le recrutement des futures sages-femmes par concours à l’issue de la première année des études médicales s’est étendu à l’ensemble des écoles françaises en 2002. Le diplôme d’État, autorisant l’exercice de cette profession médicale, est délivré depuis toujours par l’enseignement supérieur.

Depuis 2009, la loi HPST2 autorise les universités françaises à organiser la formation initiale sage-femme, permettant ainsi d’accéder à plus de cohérence dans la prise en charge du parcours de formation, du concours d’entrée aux épreuves de certification. Cette disposition réglementaire reste encore peu appliquée, posant problème tant aux directeurs techniques et d’enseignement qui ne souhaitent pas voir cette formation leur échapper, qu’aux hôpitaux qui souhaitent en garder la responsabilité ; mais aussi aux régions chargées de financer ces écoles et de les contrôler (délivrance d’agrément).

Seule l’école de sages-femmes de Marseille a pleinement intégré l’université sous la forme d’une composante autonome, avec à ce jour une direction unique assurée par une sage-femme, et ce, grâce à une étroite collaboration inter-institutionnelle. Engagée au début des années 2000 dans un processus d’intégration universitaire, l’école de Marseille a initialement fait l’objet d’un projet de département au sein de l’unité de formation et recherche (UFR) de médecine. En 2007, et à l’initiative du Pr Yvon Berland, président de l’université d’Aix-Marseille II, vice-président de la conférences des présidents d’université (CPU), le projet de département a fait place à celui d’une école universitaire, l’EU3M3 , composante interne de l’université de la Méditerranée, et de la future Aix-Marseille université (AMU). Installée dans des locaux universitaires depuis 2003, l’EU3M existe officiellement depuis le 1er septembre 2010. Comme le prévoit la loi dite de décentralisation (2004), l’école reste financée par la Région PACA, mais elle est exemptée d’agrément par cette dernière car composante universitaire4 .

L’intégration universitaire de la formation initiale sage-femme a fait l’objet de nombreux articles et communications ces dernières années. Mais quels arguments nous permettent d’avancer aujourd’hui que l’université est une chance pour notre formation ?

Intégrer l’université, c’est avant tout la chance de développer la recherche par et pour les sages-femmes, car la recherche est une mission universitaire essentielle. C’est l’opportunité de côtoyer des chercheurs, de bénéficier de leurs conseils et savoir-faire. C’est accéder à l’expertise et aux moyens de l’université dans un domaine où nous n’étions jusqu’ici ni soutenus ni intégrés, et ce, malgré les objectifs de formation qui depuis 1985 prescrivent d’impliquer les étudiants sages-femmes dans des activités de recherche.

L’université, c’est la chance pour les sages-femmes enseignantes d’être associées à la communauté des enseignants chercheurs : conduire et valoriser leurs propres travaux de recherche dans un environnement facilitant, être considérées comme des enseignants cliniciens et non comme des cadres administratifs. C’est de fait la reconnaissance et la valorisation des activités d’enseignement (cours, TD, TP et supervision clinique) quotidiennement assurées auprès des étudiants. C’est la chance pour les équipes enseignantes d’accéder à une collaboration sage-femme/médecin plus concertée qu’imposée, plus multidisciplinaire qu’exclusivement obstétricale.

L’université, c’est la chance de mettre en œuvre en toute sérénité le nouveau programme Licence et Master en sciences maïeutiques. Développer une culture médicale commune avec les autres professionnels de santé, mieux identifier les rôles de chacun dans ses missions de santé publique, mutualiser les enseignements, bénéficier d’enseignants experts, le tout dans un environnement adapté au système LMD et avec un esprit d’ouverture à l’internationale (accords bilatéraux, programme Erasmus).

C’est également la chance d’accéder à plus de souplesse et de concertation dans la mise en œuvre du nouveau programme grâce à la compétence des instances de la composante (bureau pédagogique, comité scientifique, conseil d’école) et de celle de l’institution (CEVU, charte des examens). S’intégrer à l’université, c’est accepter de répondre aux exigences universitaires (comité de sélection des enseignants, validation des professeurs vacataires, suivi des indicateurs de performance, évaluation par l’AERES…), au bénéfice d’une garantie de qualité de formation et d’un système motivant (allocations de moyens). Pour notre filière, l’université c’est aussi l’espoir d’ici quelques années d’ouvrir la voie doctorale en sciences maïeutiques, indispensable au développement de la recherche dans le champ disciplinaire propre aux sages-femmes.

L’université, c’est pour les étudiants la chance de participer à la vie universitaire : être élu et représenter ses pairs, s’exprimer devant les différentes instances, voter… Un rôle valorisant et responsabilisant, plus impliquant que celui des délégués des écoles hospitalières dans la qualité de cette fonction. C’est pour eux la chance de relever d’une institution vouée à l’enseignement et la recherche, d’appartenir à la communauté des étudiants en santé et accéder aux différents services : direction des études et de la vie universitaire, centre commun de documentation, espace numérique de travail, service universitaire d’orientation, fonds de solidarité, mobilité internationale…

Et enfin, l’université c’est l’opportunité pour les écoles de s’émanciper : prendre la nécessaire et suffisante distance par rapport à l’institution hospitalière, à son système hiérarchique et au manque de reconnaissance et de valorisation dont souffre la profession en son sein. Certes, les écoles forment de futures sages-femmes hospitalières, mais pas seulement. Les hôpitaux et cliniques privées sont des acteurs importants du système de santé français, pourvoyeurs d’emplois pour les sages-femmes ; le secteur libéral connaît dans notre discipline un regain d’activité notable ces dernières années. Les écoles préparent à un métier, pas à une fonction particulière. L’université, c’est la chance pour la filière maïeutique de pouvoir maintenir une qualité de formation hospitalo-universitaire, tout en pouvant affirmer sa mission première : former les sages-femmes dont les compétences sont décrites dans nos référentiels5 , acteurs et actrices de santé publique, assez différents de ceux façonnés par le « statut particulier de la fonction publique hospitalière », parfois assujettis à l’institution, dont les actions se réduisent de plus en plus du fait d’une trop faible « tarification à l’acte », et considérées par les directions comme personnels paramédicaux.

Bénéficier d’une formation universitaire de niveau 1 (Master), c’est la perspective pour les sages-femmes qu’un regard différent soit enfin porté sur leurs missions et rôle professionnel, et l’espoir d’une juste évolution salariale aussi bien en secteur hospitalier que libéral.

Aujourd’hui, étudiants, enseignants et directrices sages-femmes se positionnent unanimement en faveur de l’intégration universitaire des études. La difficulté actuelle réside plus dans la forme de cette intégration : école ou institut universitaire ou bien département au sein d’une UFR de médecine6 . La loi HPST prévoit cette intégration sous forme d’école ou d’institut qui offrent tous deux plus d’autonomie, notamment dans la gouvernance, et une organisation plus pérenne. La place de la formation sage-femme au sein de l’université aura forcément des conséquences sur l’identité professionnelle sage-femme, d’une part, et sur la relation entre praticiens, d’autre part. S’il paraît raisonnable d’avancer que chacun fera en fonction de son contexte local et des possibilités offertes, il faut veiller à ce que les sages-femmes puissent s’exprimer sur le devenir de leur formation : choisir et non subir. La maïeutique étant définie comme discipline médicale exercée par les sages-femmes, l’intégration universitaire de la filière maïeutique ne saurait relever de la seule compétence des médecins. Les modalités d’intégration doivent être discutées, négociées et non imposées, au risque d’échouer.

C’est dans un esprit de collaboration multidisciplinaire concertée et de respect mutuel que nous avons construit l’EU3M. À terme, le bilan ne pourra être que positif, car les niveaux de qualification et d’exigence requis pour l’exercice de notre profession ne sauraient être atteints ailleurs qu’à l’université.


 Base line de la conférence des présidents d’université (CPU).

1  Sage-femme DE 1984 Marseille, doctorante en sciences médicales et sciences de l’éducation, directrice de l’EU3M, université de la Méditerranée.
1  Gélis J. La sage-femme ou le médecin, une nouvelle conception de la vie. Fayard: Paris; 1988. p. 60.
2  Art 60 de la loi Hôpital, Patient, Santé et Territoire du 22.07.2011.
3  EU3M : École Universitaire de Maïeutique Marseille Méditerranée.
4  Art 12 de l’arrêté du 11.09.2009 portant agrément des écoles de sages-femmes.
5  Code de santé publique, Code de déontologie, référentiel métier et compétences 2010.
6  Leymarie MC. Intégration universitaire des écoles de sages-femmes. Rev Sage Femme 2010;9:211–18.


© 2011  Published by Elsevier Masson SAS.
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