Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 34, n° 9
pages 615-623 (novembre 2011)
Doi : 10.1016/j.jfo.2011.02.009
Received : 11 January 2011 ;  accepted : 1 February 2011
Aspects cliniques et paracliniques évolutifs des mélanocytomes papillaires. Apport de la tomographe à cohérence optique de type spectral dans l’étude de dix cas
Clinical and paraclinical course of melanocytoma of the optic disk. Contribution of spectral- and time-domain OCT in the study of 10 patients
 

C. Sutter, A. Jean-Charles, H. Merle
Service d’ophtalmologie, hôpital Pierre-Zobda-Quitman, CHU de Fort-de-France, BP 632, 97261 Fort-de-France cedex, Martinique, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

Le mélanocytome de la papille est une tumeur bénigne rare douée d’un potentiel évolutif lent. Notre but était d’analyser la séméiologie clinique et paraclinique des différents mélanocytomes suivis au centre hospitalier universitaire de Fort-de-France, d’exposer et de comparer les données des nouvelles techniques d’imagerie.

Patients et méthode

Il s’agit d’une étude prospective portant sur dix patients atteints d’un mélanocytome papillaire. Les principaux paramètres étudiés étaient les signes cliniques, campimétriques, angiographiques, et la comparaison entre les données d’un tomographe à cohérence optique (OCT) standard time-domain et un OCT spectral-domain .

Résultats

L’âge moyen des patients était de 49,2ans. Tous les patients étaient d’origine caribéenne. La lésion était de découverte fortuite dans 90 % des cas. L’acuité visuelle était normale dans 70 % des cas. Des déficits du champ visuel étaient retrouvés initialement dans 80 % des cas. La croissance tumorale a été objectivée dans 50 % des cas sur une durée moyenne de suivi de 4,8 années. Les extensions en profondeur chorio-rétinienne ainsi que latérale rétinienne étaient mieux précisées en OCT spectral-domain qu’en OCT time-domain sous formes de fins granules hyperréflectifs.

Conclusion

Le mélanocytome papillaire apparaît être une tumeur bénigne rare, touchant particulièrement les sujets mélanodermes. Elle est rarement symptomatique, mais présente une croissance certaine sur une période d’observation longue. Une dégénérescence maligne est toujours à craindre en cas d’évolution atypique. L’OCT spectral-domain nous semble un outil majeur pour le bilan d’extension et le suivi.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Introduction

Melanocytoma of the optic disk is a rare, benign, slow-growing tumor. We analyzed the clinical and paraclinical features of melanocytomas followed at the Fort-de-France University Hospital to expose and compare characteristics from new clinical imaging.

Patients and method

This was a prospective study of 10 patients with a melanocytoma of the optic disk. The principal features studied were the ophthalmoscopic findings, the visual field defects, fluorescein angiography features, and the comparison between standard time-domain optical coherence tomography (OCT) characteristics and the latest spectral-domain OCT findings.

Results

The mean age of the patients at diagnosis was 49.2 years. All the patients were from the French West Indies. The lesion was discovered incidentally in 90% of the cases. Visual acuity was normal in 70% of the cases. Visual field defects were present at the first visit in 80% of the cases. Tumor growth was monitored in 50% of the cases during a mean follow up of 4.8 years. The in-depth extension into chorioretina and laterally into the retina were better visualized in spectral-domain OCT than in time-domain OCT as hyperreflective granular dots.

Conclusion

Optic disk melanocytoma appears to be a singular benign tumor that is seen more frequently in dark-skinned patients. Most melanocytomas do not cause significant visual impairment but can show substantial growth in size for many years of follow-up. A malignant transformation is always to fear in case of atypical development. Spectral domain OCT seems to be an important tool in the assessment of extension and follow-up.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Mélanocytome papillaire, Tomographie à cohérence optique, OCT, Tumeur papillaire

Keywords : Optic disk melanocytoma, Optical coherence tomography, OCT, Optic disk tumor


Introduction

Les tumeurs de la papille sont très rares. Le mélanocytome papillaire est une lésion hyperpigmentée bénigne, composée d’une variante de cellules næviques caractérisées par une uniformité pigmentaire et cellulaire. Il est admis que la lésion se développe à partir de mélanocytes uvéaux dendritiques présents au sein de la lame criblée issus embryologiquement de la crête neurale [1, 2]. Elle peut envahir soit le parenchyme du nerf optique, soit la choroïde juxtapapillaire, soit la couche des fibres nerveuses. Cette tumeur touche avec prédilection les sujets mélanodermes, qui à l’inverse, ne développent que rarement des lésions pigmentées malignes [3]. Le diagnostic de mélanocytome papillaire est établi par, à la fois, des critères cliniques incluant une localisation intéressant une portion ou l’ensemble de la papille, une couleur noire homogène ainsi que l’absence de vascularisation intrinsèque à l’angiographie fluorescéinique [2, 4]. Cependant, certaines présentations ou évolutions lésionnelles peuvent rendre le diagnostic différentiel avec le mélanome papillaire délicat. En effet, historiquement, le mélanocytome était considéré comme malin et les patients étaient énucléés. Ce n’est qu’en 1962 que Zimmerman et Garron démontrèrent la bénignité de cette lésion [5]. Le mélanocytome papillaire est typiquement asymptomatique et considéré généralement comme stationnaire. Dans de rares cas, il peut se compliquer d’une transformation maligne ou de déficits fonctionnels liés à des phénomènes compressifs, vaso-occlusifs ou de nécrose tumorale [4, 6, 7].

Nous proposons une étude de dix mélanocytomes de sujets antillais. Nous avons analysé la séméiologie ainsi que l’évolution clinique et paraclinique tout en soulignant l’apport de la tomographie à cohérence optique (OCT) spectral-domain (OCT-SD) comparé à l’OCT time-domain (OCT-TD).

Patients et méthode

Notre étude a été menée de façon prospective de 2001 à 2010 au centre hospitalier universitaire de Fort-de-France en Martinique. Les patients inclus dans notre étude présentaient les critères cliniques et angiographiques du mélanocytome papillaire. Nous avions écarté les simples tâches mélanocytiques punctiformes qui pouvaient difficilement être considérées comme de vraies tumeurs [8].

Les critères démographiques avaient été recueillis (âge, sexe, ethnie, phénotype cutané). Les critères ophtalmologiques généraux étudiés étaient les suivants : signes fonctionnels, meilleure acuité visuelle de loin, pression intraoculaire, modifications pupillaires et anomalies pigmentaires cornéennes ou cristalliniennes. Les critères séméiologiques tumoraux étaient notés : couleur, localisation par rapport à la papille, aspect des bords, surface lésionnelle évaluée par rapport au diamètre papillaire, extension choroïdienne ou rétinienne, Tyndall vitréen pigmentaire, nævus choroïdien associé et œdème papillaire. L’analyse iconographique tumorale avait été réalisée sur des clichés rétinographiques en couleurs, des clichés monochromatiques en lumière verte, bleue, rouge et infrarouge ainsi que des acquisitions infrarouges en mode rétro (angiographe F-10®, Nidek, Japon). Les examens complémentaires comprenaient une angiographie à la fluorescéine, une angiographie au vert d’indocyanine (ICG) et une échographie en mode B. Tous les patients avaient bénéficié d’un OCT-TD à résolution axiale de 15μm (Stratus OCT 3000, Carl Zeiss Meditec Inc, Dublin, Californie, États-Unis) comparé à des acquisitions de type spectral-domain à résolution axiale respectivement de 5 et 4μm (RTVue-100®, Optovue, États-Unis ; RS-3000®, Nidek, Japon). Les mesures tumorales avaient été effectuées avec le RTVue-100® sur les coupes intéressant pour les largeurs le plus grand diamètre tumoral et pour les épaisseurs, l’apex lésionnel. Dans les cas de cône d’ombre postérieur, l’épaisseur tumorale avait été évaluée en OCT par la dimension verticale séparant l’apex du plan de projection de l’épithélium pigmentaire de la rétine. Deux imageries par résonance magnétique avaient été demandées pour deux patients afin de préciser l’extension postérieure. La répercussion fonctionnelle était objectivée par des champs visuels automatisés 30° ainsi que des analyses en OCT de l’épaisseur des fibres nerveuses péripapillaires.

Les patients avaient été suivis annuellement et bénéficiaient au-moins une fois par an d’un examen ophtalmologique complet ainsi que d’une rétinographie en couleur et d’un champ visuel.

Résultats

Sur une période de neuf années, dix patients atteints de mélanocytome papillaire ont été suivis. Tous les patients étaient d’origine caribéenne et seul un patient avait un phénotype cutané clair. L’âge moyen au diagnostic était de 49,2ans (30 à 76ans) et le sex-ratio de 2,33 (sept femmes pour trois hommes). L’atteinte était unilatérale dans tous les cas et concernait l’œil droit dans 80 % des cas. La plupart des tumeurs étaient découvertes fortuitement. Quatre-vingt-dix pour cent des lésions étaient asymptomatiques et 10 % accompagnées de métamorphopsies. L’acuité visuelle initiale était de 10/10 pour 70 % des patients. Trente pour cent avaient une baisse d’acuité relative à une cataracte et/ou à un glaucome chronique évolués. À la première visite, 80 % des patients avaient une altération du champ visuel, 60 % un élargissement de la tache aveugle, 20 % un déficit fasciculaire, 10 % un déficit de type quadranopsique et 10 % un déficit de type hémianopsique. À l’examen biomicroscopique, dans tous les cas les segments antérieurs ne montraient pas d’anomalie pigmentaire mais un patient présentait un déficit pupillaire afférent de l’œil atteint.

Les aspects retrouvés à l’examen du fond d’œil sont résumés dans le Tableau 1. La lésion était noire ou brun-noir dans 100 % des cas et de localisation temporale dans la moitié des cas. Des bords fibrillaires étaient visibles dans 80 % des cas. Soixante-dix pour cent des tumeurs étaient de taille réduite, inférieure à demi diamètre papillaire. Trente pour cent avaient une surface supérieure à un diamètre papillaire dont 10 % atteignant quasiment deux diamètres papillaires. La tumeur était confinée à la papille dans 30 % des cas, présentait un contingent choroïdien dans 30 % des cas, un contingent rétinien dans 20 % des cas et une extension chorio-rétinienne dans 20 % des cas. Les associations retrouvées étaient : un œdème papillaire dans 30 % des cas, un nævus choroïdien contigu dans 20 % des cas, un Tyndall vitréen pigmentaire dans 20 % des cas ainsi qu’une boucle veineuse prétumorale dans 10 % des cas. Aucune hémorragie, néovaisseau ou œdème rétinien ou fluide sous-rétinien n’étaient visibles.

Les acquisitions en mode rétro(le mode rétro est obtenu avec l’angiographe F-10 [scanning laser angiograph] de Nidek. Il s’agit d’une image en rétro-illumination, se rapprochant d’une image en trois dimensions.) mettaient au premier plan des opacités secondaires au barrage optique rétrograde de la lumière infrarouge. Elles s’étaient révélées très utiles au diagnostic dans ce cadre de lésions très pigmentées, en localisant de manière précise la concentration de pigment et son extension (Figure 1). Les rapports tumoraux des vaisseaux centraux de la rétine étaient visualisés par variation du contraste lors de l’acquisition. Par ailleurs, cette imagerie permettait de mettre en évidence la dispersion pigmentaire vitréenne qui prédominait en avant et sous le plan tumoral.



Figure 1


Figure 1. 

Cas 1, cliché en mode rétro d’un volumineux mélanocytome papillaire. Corps tumoral très pigmenté ne laissant pas entrevoir l’émergence des vaisseaux centraux de la rétine ; surface antérieure très saillante avec aspect fibrillaire des bords, spicules pigmentaires à la surface des vaisseaux ; dispersion pigmentaire intravitréenne prédominant dans le vitré central et inférieur.

Zoom

Les angiographies à la fluorescéine et au vert d’indocyanine montraient chez tous nos sujets une hypofluorescence uniforme et durable sans diffusion lésionnelle (Figure 2, Figure 3, Figure 4, Figure 5). Cependant, une diffusion de la portion papillaire libre était retrouvée dans 40 % des cas sur les séquences tardives. L’aspect fibrillaire des bords était plus souvent précisé en angiographie à la fluorescéine (90 %) qu’à l’ICG (50 %). Par ailleurs, un engainement vasculaire tumoral à l’émergence des vaisseaux centraux de la rétine était visualisé dans 70 % des cas. Une maille capillaire étirée à la surface tumorale était visible dans 40 % des cas. Aucun réseau vasculaire tumoral propre n’a été identifié tant à l’angiographie à la fluorescéine qu’à l’ICG.



Figure 2


Figure 2. 

Cas 2, rétinographie couleur d’un mélanocytome papillaire gauche. Volumineux mélanocytome mesurant à l’OCT 2,55mm de plus grand diamètre et 1,12mm de protrusion vitréenne.

Zoom



Figure 3


Figure 3. 

Cas 2, rétinographie couleur avec agrandissement au niveau de la tumeur. Notons le comblement total de l’excavation papillaire, l’œdème papillaire de la portion libre de la tête du nerf optique. Il existe une boucle veineuse prétumorale thrombosée et fibrosée (flèche noire). Un croissant gris-noir temporal et supérieur sous-rétinien évoque une extension choroïdienne ou un nævus choroïdien contigu associé (flèches blanches).

Zoom



Figure 4


Figure 4. 

Cas 2, angiographie à la fluorescéine de la lésion, temps intermédiaire. Hypofluorescence constante, comblement de l’excavation papillaire, thrombose d’une boucle veineuse pré-tumorale, maille capillaire fine à la surface tumorale.

Zoom



Figure 5


Figure 5. 

Cas 2, angiographie au vert d’indocyanine. Hypofluorescence homogène et durable à bords plus flous qu’à l’angiographie à la fluorescéine, pas de vascularisation lésionnelle propre visualisée.

Zoom

Le Tableau 2 résume les principales caractéristiques OCT. Au premier plan, dans 100 % des cas apparaissait une hyperréflectivité constante de la surface tumorale (Figure 6, Figure 7). Un cône d’ombre postérieur absolu était plus souvent noté en OCT-TD (70 %) qu’en OCT-SD (40 %). Ainsi, l’OCT-SD permettait l’évaluation de l’extension postérieure, transmurale (80 %) plus fréquemment que l’OCT-TD (60 %). Ce masquage postérieur était plus souvent noté dans les tumeurs très pigmentées et épaisses. L’hyperréflectivité homogène retrouvée avec l’OCT-TD étaient précisée sous forme de granules hyperréflectifs condensés en OCT-SD (Figure 8). La transition entre la rétine saine et le corps tumoral était mieux objectivée en OCT-SD par l’accumulation progressive de ces granules hyperréflectifs avec désorganisation graduelle de l’architecture choriorétinienne (Figure 9). La moyenne des largeurs tumorales était de 1762μm (265 à 2690μm) et la moyenne des hauteurs tumorales mesurées en avant du plan de l’épithélium pigmentaire rétinien était de 750μm (15 à 1112μm) (Figure 10).



Figure 6


Figure 6. 

Cas 2, coupe OCT-TD radiale oblique passant par l’apex lésionnel. Surface antérieure très hyperréflective avec cône d’ombre postérieur absolu.

Zoom



Figure 7


Figure 7. 

Cas 2, coupe OCT-SD passant par l’apex lésionnel. Structure lésionnelle mieux visible en nasal et en temporal, précisant l’extension profonde chorio-rétinienne (flèches rouges). Présence d’une lame optique vide intratumorale (flèche blanche) surmontée par une fine membrane épitumorale en nasal (flèche bleue). Présence de nombreuses micrologettes temporales au sein de la couche des cellules ganglionnaires interpapillo-maculaires (flèches vertes).

Zoom



Figure 8


Figure 8. 

Cas 3, coupe OCT-SD passant au-delà de la limite supérieure de la tumeur. Amincissement et désorganisation rétinienne avec présence de « granules » hyperréflectifs profonds, hyperpigmentation de la hyaloïde postérieure.

Zoom



Figure 9


Figure 9. 

Cas 2, coupe OCT-SD passant par la transition inférotemporale entre la rétine saine et la lésion. Accumulation progressive des granules hyperréflectifs avec désorganisation graduelle de l’architecture choriorétinienne.

Zoom



Figure 10


Figure 10. 

Cas 1, coupe OCT-SD (Optovue®) passant par l’apex de la tumeur. Exemple de mesure de largeur tumorale et de hauteur mesurée en avant du plan de l’épithélium pigmentaire rétinien.

Zoom

La durée moyenne de suivi était de 4,8 années avec des extrêmes allant d’une à neuf années. Les éléments évolutifs sont résumés dans le Tableau 3. Dans un cas (cas no 2), nous avions observé une croissance inhabituelle en huit années de suivis, caractérisée par une baisse de l’acuité visuelle de 10/10 à 4/10, un doublement de la surface tumorale, une protrusion intravitréenne de 1,3mm, l’apparition d’une thrombose d’une boucle veineuse prétumorale, l’accentuation de l’œdème papillaire et de la dispersion pigmentaire vitréenne, l’apparition à l’OCT-SD de logettes intratumorales et intrarétiniennes ainsi que d’une membrane épitumorale (Figure 7, Figure 11) et l’apparition d’un important déficit en fibre optiques dans tout le secteur temporal.



Figure 11


Figure 11. 

Cas 2, coupe OCT-SD passant par l’apex lésionnel. Nombreux éléments « granulaires » hyperréflectifs intratrétiniens s’amoncelant, avec désorganisation architecturale de la rétine. Début de cône d’ombre postérieur limité focalement à l’épithélium pigmentaire de la rétine. Notons les éléments réfringents intravitréens. Membrane épitumorale (flèche blanche).

Zoom

Discussion

Le mélanocytome papillaire est une tumeur rare et seules 14 séries, dont neuf incluant plus de dix patients, ont été publiées depuis 1962. Pour notre part, nous avions comptabilisé dix cas entre 2001 et 2010 pour une population martiniquaise de 397 728 personnes en 2006. L’incidence du mélanocytome semble plus importante chez les sujets mélanodermes, cependant, dans la série de Zimmermann, il y avait une répartition égale entre les sujets de race blanche et les afro-américains et dans les séries de Joffe et Shields une prépondérance des patients de race blanche [1, 9, 10, 11, 12]. Parmi 115 patients, Shields et al. retrouvent comme dans notre étude une surreprésentation féminine [1].

La présentation clinique initiale retrouvée dans notre série n’était pas très différente des études antérieures. La majorité des lésions étaient de découverte fortuite, de taille variable et temporale inférieure dans 50 % des cas. Nous retrouvons comme Shields et al. une acuité visuelle de 10/10 chez 70 % de nos sujets [1]. Comme Joffe et al. et Usui et al., nous constatons 80 % d’altération du champ visuel initial, en rapport avec la localisation et la surface du mélanocytome et la présence d’un œdème papillaire [10, 12]. Consécutif au blocage du flux axoplasmique par une compression des fibres nerveuses ou à une réduction du retour veineux, un œdème papillaire est en général constaté dans plus d’un tiers des cas [1, 5, 13]. Nous avons retrouvé dans 30 % des cas, un nævus papillaire contigu qu’il est parfois difficile de distinguer d’un nævus choroïdien juxtapapillaire comportant un petit contingent papillaire [14].

En OCT-TD, les mélanocytomes montrent un profil antérieur hyperréflectif granulaire en continuité avec la couche des fibres optiques adjacentes associé à un cône d’ombre postérieur [15, 16, 17, 18, 19]. Nous avons constaté comme Shields, que plus la tumeur est volumineuse et pigmentée, plus le masquage postérieur avec aspect optiquement vide est intense. L’OCT-TD apporte malheureusement peu de détails sur la configuration tumorale interne à cause du barrage optique pigmentaire superficiel. Notre série montre que, grâce à l’augmentation de la résolution tissulaire, l‘OCT-SD permet de mieux apprécier l’extension horizontale rétinienne et profonde choroïdienne. Ainsi la transition entre la rétine saine et le mélanocytome est objectivée par la présence de granules hyperréflectifs qui correspondent probablement à l’accumulation de mélanocytes uvéaux. L’OCT-SD permet également de mettre en évidence la dispersion pigmentaire intravitréenne visible sous formes d’éléments réfringents retrouvés dans 30 % des cas dans notre série contre 5 % dans la série de Shields et al. [1]. Nous avons également mis en évidence des micrologettes intrarétiennes et intratumorales dans 20 % des cas et une fine membrane épitumorale dans 20 % des cas.

Grâce à la réalisation systématique une fois par an d’une rétinographie, nous avons constaté en 4,8ans une augmentation de la taille du mélanocytome chez 40 % de nos patients. Pour Shields la croissance intéresserait 11 % des cas sur cinq ans et 32 % sur dix ans [1]. La croissance tumorale s’effectuerait toujours aux dépens des fibres optiques de manière superficielle et jamais aux dépens du contingent choroïdien [4]. Cependant, notre analyse OCT nous a permis d’objectiver non seulement une progression latérale rétinienne mais aussi transversale choroïdienne dans 30 % des cas.

Bien que les angiographies à la fluorescéine et ICG ne retrouvaient ni vascularisation intrinsèque ni pin-points, l’évolution du cas no 2 pourrait faire craindre une évolution péjorative car une augmentation de taille associée à une baisse de l’acuité visuelle sont en faveurs d’une transformation maligne sans pour autant en être spécifiques [17]. En effet, une baisse de l’acuité visuelle peut être la conséquence d’une neuropathie optique ischémique, d’une nécrose tumorale ou d’une occlusion de la veine centrale de la rétine [6, 10]. Aussi Mansour et al. rapportaient le cas d’une lésion ayant quadruplée de taille en six ans se révélant bénigne à l’examen histologique [20]. Analysés en échographie B 20Mhz et en OCT, les mélanocytomes à haut risque de transformation maligne réuniraient trois critères : l’augmentation de l’épaisseur tumorale, la présence d’une vascularisation intrinsèque et un aspect en dôme [19]. Les mélanomes malins ont également un aspect OCT moins hyperréflectif que les mélanocytomes [16]. À notre sens et bien qu’exceptionnelle, la possible transformation maligne d’un mélanocytome justifie la réalisation au moins une fois par an, outre d’un examen ophtalmologique complet, d’une rétinographie associé à un OCT-SD. L’OCT-SD permet une mesure précise et reproductible des dimensions de la tumeur, une évaluation de la dispersion pigmentaire vitréenne, une visualisation des fluides intratumoraux ou intrarétiniens, une quantification de l’œdème papillaire ainsi que la mise en évidence d’une compression intracanalaire et sa répercussion en perte en fibres optiques [2, 4, 7].

Notre série de dix patients nous permet de rappeler que les mélanocytomes de la papille sont des tumeurs bénignes rares à potentiel évolutif certain qui se développent de préférence chez les individus mélanodermes. Certaines présentations et évolutions atypiques sont à connaître mais ne reflètent pas nécessairement une dégénérescence maligne. L’évolution certes lente, peut être responsable d’une compression des fibres optiques à l’intérieur du canal scléral pouvant aboutir à une perte sévère de la fonction visuelle. Cette étude souligne l’intérêt majeur de la rétinographie en couleur et de l’OCT dans le suivi. L’OCT-SD, nous paraît être, outre l’angiographie à la fluorescéine, l’examen de référence pour le bilan de l’extension local, le suivi des dimensions tumorales ainsi que l’évaluation du pronostic fonctionnel. À notre connaissance, il s’agit de la première étude qui compare les données d’un OCT-TD à celles d’un OCT-SD.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Support financier  : aucun.

Références

Shields J.A., Demicri H., Mashayekhi A. Melanocytoma of optic disc in 115 cases: the Samuel Johnson Memorial Lecture, part 1 Ophthalmology 2004 ;  111 : 1739-1746 [cross-ref]
Zografos L., Balmer A., Chamot L., and al. Tumeurs intraoculaires Rapp Soc Fr Ophtalmol 2002 ; 82-94
Reidy J.J., Apple D.J., Steinmetz R.L., and al. Melanocytoma: nomenclature, pathogenesis, natural history and treatment Surv Ophthalmol 1985 ;  29 : 319-327 [cross-ref]
Zografos L., Bornet C., Girard O., and al. Melanocytomas of the optic disk Am J Ophthalmol 2004 ;  138 : 964-969 [inter-ref]
Zimmerman L.E., Garron L.K. Melanocytoma of the optic disk Int Ophthalmol Clin 1962 ;  2 : 431-440 [cross-ref]
Shields J.A., Shields C.L., Eagle R.C., Singh A.D., Berrocal M.H., Berrocal J.A. Center retinal vascular obstruction secondary to melanocytoma of the optic disc Arch Ophthalmol 2001 ;  119 : 129-133
Meyer D., Ge J., Blinder K.J., Sinard J., Xu S. Malignant transformation of an optic disk melanocytoma Am J Ophthalmol 1999 ;  127 : 710-714 [inter-ref]
Zimmerman L.E., Melanocytes melanocytic nevi, and melanocytomas: the Jonas S Friedwald Memorial Lecture Invest Ophthalmol 1965 ;  4 : 11-41
Joffe L., Shields J. Melanocytoma of the optic nerve head  Retina: basic science and inherited retinal disease. Tumors St Louis: The CV Mosby Co (1989). p. 597–604.
Joffe L., Shields J.A., Osher R.H., and al. Clinical and follow up studies of melanocytomas of the optic disc Ophthalmology 1979 ;  56 : 1067-1083
Shields J.A., Shields C.L., Eagle R.C., Lieb W.E., Stern S. Malignant melanoma associated with melanocytoma of the optic disc Ophthalmology 1990 ;  97 : 225-230
Usui T., Shirakashi M., Kurosawa A., Abe H., Iwata K. Visual disturbance in patients with melanocytoma of the optic disk Ophthalmologica 1990 ;  201 : 92-98
Osher R.H., Shields J.A., Layaman P. Pupillary and visual fields in evaluation in patients with melanocytoma of the optic disc Arch Ophthalmol 1979 ;  97 : 1096-1099
Shields J.A., Shields C.L.Melanocytoma, Shields J.A., Shields C.L. Intraocular tumor: a text and atlas  Philadelphia: Saunders (1992). p. 101–15.
Antcliff R.J., Ffytche T.J., Shilling J.S., Marshall J. Optical coherence tomography of melanocytoma Am J Ophthalmol 2000 ;  130 : 845-847 [inter-ref]
Shields C.L., Perez B., Benavides R., Materin M.A., Shields J.A. Optical coherence tomography of optic disk melanocytoma in 15 cases Retina 2008 ;  28 : 441-446 [cross-ref]
Finger P.T., Sribhargava N., Milman T. Optical coherence tomography: pathology correlation of optic disc melanocytoma Ophthalmology 2010 ;  117 : 114-119 [cross-ref]
Shah V.A., Vincent R.D., Desai K., Gallimore G., Rupani M. Documentation of optic disc melanocytoma by spectral and time domain optical coherence tomography Can J Ophthalmol 2009 ;  44 : 603-604 [cross-ref]
Gologorsky D., Schefler A.C., Ehlies F.J., and al. Clinical imaging and high-resolution ultrasonography in melanocytoma management Clin Ophthalmol 2010 ;  4 : 855-859
Mansour A.M., Zimmerman L., La Piana F.G., Beauchamp G.R. Clinicopathological findings in a growing optic nerve melanocytoma Br J Ophthalmol 1989 ;  73 : 410-415 [cross-ref]



© 2011  Elsevier Masson SAS. All Rights Reserved.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline