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Annales de Dermatologie et de Vénéréologie
Volume 138, n° 12
pages 842-844 (décembre 2011)
Doi : 10.1016/j.annder.2011.10.003
Adalimumab
 

F. Aubin a, , H. Barthelemy b
a Service de dermatologie, CHU de Besançon, 2, place Saint-Jacques, 25030 Besançon cedex, France 
b Service de dermatologie, centre hospitalier, 2, boulevard de Verdun, 89011 Auxerre cedex, France 

Auteur correspondant.

L’Humira® est indiqué depuis 2008 dans le traitement du psoriasis modéré à sévère, chez les patients adultes ne répondant pas à d’autres traitements systémiques comme la ciclosporine, le méthotrexate, ou la puvathérapie, ou chez lesquels ces traitements sont contre-indiqués ou mal tolérés.

Autres indications avec AMM

La polyarthrite rhumatoïde modérément à sévèrement active (en association ou non au méthotrexate) chez des patients en échec thérapeutique et même chez des patients naïfs de méthotrexate en cas de maladie sévère et évolutive.

La pondylarthrite ankylosante sévère et active après échec du traitement conventionnel.

Le rhumatisme psoriasique actif et évolutif en échec thérapeutique.

La maladie de Crohn active et sévère chez les patients adultes ne répondant pas au traitement corticoïde et/ou immunosuppresseur, ou chez lesquels ces traitements sont contre-indiqués ou mal tolérés.

L’arthrite juvénile idiopathique polyarticulaire pour les patients âgés de 13 ans et plus.

Contre-indications et précautions d’emploi

Les principales contre-indications sont :

une hypersensibilité à l’adalimumab ;
une tuberculose latente non traitée ou tuberculose maladie ;
les infections sévères ou profondes évolutives ;
insuffisance cardiaque sévère (classe III/IV New York Heart Association) ;
un cancer solide évolutif ou en rémission complète depuis moins de cinq ans en dehors des cancers cutanés basocellulaires et épidermoïdes in situ.
Les hémopathies lymphoïdes et myéloïdes.
Pour les cancers guéris depuis plus de cinq ans, nécessité d’une concertation avec le cancérologue (discussion du rapport bénéfice/risque).

Les principales précautions d’emploi concernent :

les antécédents personnels de maladies démyélinisantes : sclérose en plaques, névrite optique rétrobulbaire ;
les antécédent familial ou risque de contage tuberculeux ;
le lupus systémique évolutif ;
la surveillance dermatologique chez les patients ayant reçu une photothérapie ou présentant d’autres facteurs de risque de cancers cutanés ;
une vaccination depuis moins de trois semaines avec vaccin vivant (voir fiche surveillance) ;
la grossesse (voir fiche surveillance).

Posologie et modalités pratiques de prescription

La prescription initiale est effectuée après réalisation d’un bilan préthérapeutique commun à tous les anti-TNF.

L’adalimumab est un médicament à prescription initiale hospitalière puis annuelle sur ordonnance d’exception ; prescription réservée aux spécialistes en rhumatologie, gastro-entérologie et chirurgie digestive, dermatologie, ou médecine interne. Elle peut donc être rédigée par un médecin hospitalier ou un médecin libéral attaché à une structure hospitalière. Le renouvellement mensuel peut être assuré par le spécialiste en ville pendant 12 mois.

Pour le psoriasis en plaques de l’adulte

La posologie initiale est de 80mg (deux injections sous cutanées de 40mg), puis 40mg la semaine suivante et 40mg ensuite toutes les deux semaines en continu. La posologie est la même, quels que soient le poids et l’âge.

Pour le rhumatisme psoriasique

La posologie est d’une injection sous cutanée de 40mg toutes les deux semaines en continu.

L’adalimumab existe sous deux formes : seringue unidose préremplie de 40mg ou stylo à 40mg.

Il doit être conservé au réfrigérateur (entre 2 et 8°C).

Il faut proposer en priorité l’apprentissage des autoinjections, sinon rédiger une ordonnance pour la réalisation des injections par une infirmière. Il est conseillé de varier les sites d’injection.

Efficacité attendue [2, 3, 4]

L’étude de Menter et al. [3], en 2008, a évalué chez plus de 1200 patients américains et canadiens présentant un psoriasis en plaques chronique modéré à sévère l’efficacité de l’adalimumab pendant 52 semaines. Près de trois quarts des patients (71 %) inclus ont obtenu une réduction de 75 % de leurs symptômes (PASI 75) après 16 semaines de traitement et 20 % d’entre eux ont obtenu une disparition complète des signes et symptômes de la maladie (PASI 100).

Effets indésirables
Infectieux

Ce sont les effets indésirables parmi les plus fréquents et leur gravité peut conditionner le pronostic vital :

tuberculose : assez souvent extrapulmonaire et insidieuse, de survenue volontiers précoce dans les trois premiers mois du traitement, l’IDR et le Quantiferon® peuvent être initialement négatifs ;
infections bactériennes notamment cutanées (furonculose, cellulite, érysipèle) et des voies aériennes, plus rarement légionellose. La vaccination antipneumococcique est fortement recommandée avant traitement ;
virales : le traitement par anticorps monoclonaux anti-TNF, dont l’adalimumab, majore le risque de zona, parfois disséminé, dans le cadre des rhumatismes inflammatoires ; l’impact du traitement sur l’incidence et la sévérité de l’infection grippale n’est pas connu, mais la vaccination systématique est recommandée. La réactivation d’une hépatite B est possible ;
les infections fongiques et parasitaires sont peu fréquentes : aspergillose, candidose, pneumocystose.

Cancers

Un impact du traitement sur le risque de cancer n’est pas exclu, mais inconnu dans le cadre de registres post-AMM pour le psoriasis. En effet, une augmentation modérée du risque de cancer cutané a été rapportée dans certains registres de patients traités pour rhumatisme inflammatoire. Les antécédents de traitement par ciclosporine et de photothérapie étant connus pour majorer ce risque, une attention particulière doit être portée à ces patients du point de vue de la prévention et de la surveillance. L’augmentation du risque de lymphome, retrouvée pour les anticorps monoclonaux dans le registre français, n’a pas reçu de confirmation à ce jour. Enfin, de rares cas de lymphome T hépatosplénique ont été rapportés chez des patients traités par adalimumab pour une maladie de Crohn dans le cadre d’une association à d’autres immunosuppresseurs (azathioprine ou 6-mercaptopurine).

Dysimmunitaires

Les réactions locales au site d’injection sont l’effet indésirable le plus fréquent, noté chez environ 10 % des patients : douleur, tuméfaction, érythème, prurit. Le réchauffement préalable à l’injection pourrait diminuer le risque d’intolérance locale. Des réactions anaphylactiques ou immunoallergiques (maladie sérique, vascularite) graves ont été rarement rapportées.

Plus rarement (<1 %), des réactions cutanées psoriasiformes ou eczématiformes, lichénoïdes, des pelades, des granulomes annulaires et des syndromes lupiques cutanés et/ou articulaires ont été rapportés. En revanche, l’auto-immunité biologique est fréquente (jusqu’à 70 % des malades traités) de même qu’il peut exister des anomalies hépatiques (le plus souvent élévation transitoire et asymptomatique des transaminases). Cependant, il n’est pas recommandé de rechercher systématiquement ces anomalies.

Enfin, quelques rares cas d’atteintes démyélinisantes centrales (névrite optique rétrobulbaire, sclérose en plaques) ou périphériques (syndrome de Guillain-Barré) ont été décrits.

Modalités de surveillance

La surveillance est essentiellement clinique, en particulier pour le dépistage des infections (y compris la tuberculose) et des pathologies malignes. La réalisation d’examens complémentaires est guidée par la clinique.

En cas d’apparition d’une infection grave, l’administration d’Humira® doit être interrompue jusqu’à ce que l’infection soit contrôlée.

La poursuite du traitement au-delà de 16 semaines doit être reconsidérée chez un patient n’ayant pas répondu dans ces délais. Il n’y a pas de précautions particulières à prendre en cas d’arrêt du traitement. Environ 30 % des patients vont récidiver dans les cinq mois suivant l’arrêt du traitement, confirmant la nécessité d’un traitement continu. Il n’y a pas d’effet rebond lors de l’arrêt de l’adalimumab.

En cas de vaccination par des vaccins vivants (BCG, rougeole, oreillons et rubéole, fièvre jaune, varicelle, polio buvable) ou de chirurgie programmée à risque septique, un intervalle de 75j (cinq demi-vies) après la dernière administration d’adalimumab doit être observé. En cas de chirurgie programmée sans risque septique, le traitement devra être interrompu au moins 30j avant le geste.

Une contraception est conseillée aux patientes en âge de procréer bénéficiant du traitement jusqu’à cinq mois après son arrêt, même si les études cliniques chez l’homme et l’animal n’ont montré aucune toxicité ou tératogénicité. La survenue d’une grossesse sous adalimumab ne justifie en aucune façon une interruption thérapeutique de grossesse.

Circonstances particulières

La poursuite d’un traitement par adalimumab lors de la grossesse peut être discutée en fonction de la sévérité du psoriasis et en l’absence d’autres options thérapeutiques disponibles. Chez l’homme, il n’y a pas de données permettant de déconseiller la conception d’un enfant.

Aucun ajustement posologique n’est nécessaire chez le sujet âgé, en cas d’insuffisance rénale ou hépatique.

Déclaration d’intérêts

François Aubin : investigateur, conférencier ou consultant pour des études financées par les laboratoires : Abbott, Janssen-Cilag, Leo Pharma, Novartis, Pierre Fabre, Schering Plough, Pfizer-Wyeth, Galderma, Merck Serono, Celgene, Waldmann. Hugues Barthélémy : conférencier ou consultant pour des études financées par les laboratoires : Abbott, Janssen-Cilag, Leo Pharma, Schering Plough, Pfizer-Wyeth.

Références

Résumé des caractéristiques du produit : HUMIRA®, Adalimumab. Afssaps 2011, disponible sur www.afssaps.fr/.
Gordon K.B., Langley R.G., Leonardi C., Toth D., Menter M.A., Kang S., and al. Clinical response to adalimumab treatment in patients with moderate to severe psoriasis: double-blind, randomized controlled trial and open-label extension study J Am Acad Dermatol 2006 ;  55 : 598-606 [inter-ref]
Menter A., Tyring S.K., Gordon K., Kimball A.B., Leonardi C.L., Langley R.G., and al. Adalimumab therapy for moderate to severe psoriasis: a randomized, controlled phase III trial J Am Acad Dermatol 2008 ;  58 : 106-115 [cross-ref]
Saurat J.H., Stingl G., Dubertret L., Papp K., Langley R.G., Ortonne J.P., Unnebrink K., Kaul M., Camez A. CHAMPION Study Investigators. Efficacy and safety results from the randomized controlled comparative study of adalimumab vs methotrexate vs placebo in patients with psoriasis (CHAMPION) Br J Dermatol 2008 ;  158 : 558-566 [cross-ref]



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