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Journal de radiologie
Volume 92, n° 11
pages 967-971 (novembre 2011)
Doi : 10.1016/j.jradio.2011.08.001
Surdités brusques : place de l’imagerie
Sudden onset hearing loss: Imaging work-up
 

Y. Pons a, , E. Ukkola-Pons b, M. Kossowski a
a Service d’ORL chirurgie cervicofaciale, hôpital d’instruction des armées Percy, 101, avenue Henri-Barbusse, 92141 Clamart cedex, France 
b Service d’imagerie diagnostique, hôpital d’instruction des armées Percy, 101, avenue Henri-Barbusse, 92141 Clamart cedex, France 

Auteur correspondant.
Résumé

La surdité brusque est idiopathique. Elle s’installe en moins de 24heures et régresse spontanément dans deux tiers des cas en 15jours. L’imagerie participe à l’élimination des autres causes de surdité d’apparition brutale (schwannome vestibulaire, dissection des artères vertébrales, accident vasculaire cérébral [AVC]) et permet également de faire une analyse morphologique de l’oreille interne. Des études portant sur cet aspect de l’imagerie ont fourni un substrat anatomique à un nouveau concept : « l’oreille fragile ». Les anomalies morphologiques les plus souvent rencontrées touchaient, par ordre décroissant de fréquence : le canal semi-circulaire externe (hypoplasie ou dilatation), le canal semi-circulaire supérieur, le canal semi-circulaire postérieur, le vestibule et la cochlée. Notons par ailleurs qu’une dilatation de l’aqueduc du vestibule est également fréquemment rencontrée.

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Abstract

Sudden onset hearing loss is idiopathic. It occurs in less than 24h and spontaneously resolves within 15days in two thirds of cases. Imaging is performed to exclude other causes of sudden onset hearing loss (vestibular schwannoma, vertebral artery dissection, stroke) and evaluate the inner ear structures. A few anatomical anomalies have been associated with an increased risk of hearing loss. Morphological anomalies involved the following structures in decreasing order of frequency: lateral semicircular canal (hypoplasia and dilatation), superior semicircular canal, posterior semicircular canal, vestibule and cochlea. Enlargement of the vestibular aqueduct also is frequently observed.

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Mots clés : Surdité brusque, Idiopathique, Anomalie morphologique, Oreille interne

Keywords : Sudden onset hearing loss, Idiopathic, Morphological anomaly, Inner ear


Définition d’une surdité brusque

Une surdité brusque peut se définir comme la survenue en moins de 24heures d’une surdité de perception, sans cause évidente et d’au moins 30dB sur trois fréquences audiométriques successives [1]. D’un point de vue sémantique, elle s’oppose aux surdités brutales, dont la cause apparaît évidente à l’interrogatoire et/ou à l’examen clinique.

Données épidémiologiques

L’incidence des surdités brusques se situe aux environs de cinq à 20/100 000 habitants par an en France [2]. Elles représenteraient environ 1 % des urgences ORL de la grande garde d’ORL adulte à Paris [3]. Ces chiffres sont probablement sous-estimés étant donné le nombre des formes partielles et de l’histoire naturelle de cette maladie, qui est la récupération spontanée dans deux tiers des cas à 15jours [3].

La surdité brusque apparaît généralement dans la quatrième décade et préférentiellement sur terrain vasculaire [4, 5].

Les surdités brusques bilatérales (moins de 5 % des cas) sont le plus souvent asymétriques et doivent faire rechercher des causes auto-immunes et génétiques (déficit en connexine 26) [6].

Physiopathologie [3, 4, 5, 6, 7]

L’absence de données anatomiques et biochimiques ne nous permet pas d’en définir la cause exacte. Cinq types physiopathologiques (correspondant à cinq courbes audiométriques différentes) ont été proposés.

Dans le type A, la courbe est ascendante et le mécanisme mis en cause est celui de l’hydrops endolabyrinthique (le pronostic est bon) (Figure 1a).



Figure 1


Figure 1. 

Différents patterns de courbes audiométriques en conduction aérienne et osseuse associée à des risques variables (a–e).

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Dans le type B (Figure 1b), la courbe est en plateau, le mécanisme serait une atteinte striale ou artériolaire (le pronostic est moyen).

Dans le type C (Figure 1c), la courbe est descendante et le mécanisme mis en cause est celui d’une atteinte virale ou vasculaire (le pronostic est médiocre).

Dans le type D (Figure 1d), la perte prend la forme d’un scotome. Il s’agirait d’une rupture de la membrane (le pronostic est réservé).

Dans le type E (Figure 1e), la surdité est cophotique ou subcophotique. Le mécanisme mis en cause serait soit une atteinte infectieuse (virale ou bactérienne), soit une thrombose artérielle (le pronostic est très mauvais).

Problématiques posées par un patient atteint d’une surdité brusque

La surdité brusque et une des urgences ORL les plus classiques. Elle représente la perte d’un organe sensoriel. Elle est aussi la plus controversée des urgences ORL puisque le seul traitement ayant démontré son efficacité versus placebo est la cortisone et que son efficacité est aussi bonne per os qu’en intraveineux ou en intra-tympanique [8].

Ainsi, la conduite à tenir de l’ORL en urgence va être essentiellement diagnostique. La surdité brusque étant idiopathique, il va s’attacher à éliminer les diagnostics différentiels, c’est-à-dire les autres causes de surdité d’apparition brutale. Parfois le contexte clinique est évocateur. C’est le cas du traumatisme sonore aigu, du blast et du barotraumatisme. Parfois, l’examen clinique est contributif. C’est le cas du zona et des otites moyennes compliquées de labyrinthite. Mais le plus souvent cette surdité est survenue spontanément et l’examen clinique est normal.

Rôles de l’imagerie

Lorsque la surdité survient spontanément et que l’examen clinique est normal, l’imagerie va avoir deux objectifs. D’une part, elle va confirmer ou infirmer le diagnostic de surdité brusque lorsqu’une cause évidente sera identifiée. D’autre part, l’imagerie peut tenter de dépister des anomalies de l’oreille interne.

Confirmer le diagnostic de surdité brusque

Il s’agit ici d’éliminer les causes de surdité d’apparition brutale (donc à étiologie identifiable) pour lesquelles le contexte clinique est pauvre et l’examen clinique normal.

Dans le cadre de l’urgence, si le contexte est évocateur, en particulier en cas d’examen neurologique pathologique, un écho-Doppler des troncs supra-aortiques ou une IRM permettra d’éliminer une dissection des artères vertébrales (Figure 2), associée ou non à un accident vasculaire de la fosse postérieure (Figure 3).



Figure 2


Figure 2. 

IRM en coupe axiale cervicale en pondération T1 saturation de la graisse montrant un hématome pariétal de la vertébrale gauche avec réduction de calibre de cette dernière, traduisant une dissection vertébrale.

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Figure 3


Figure 3. 

IRM cérébrale en coupe axiale de la fosse postérieure montrant un hypersignal en pondération T2 du cervelet gauche, témoignant d’un accident vasculaire ischémique constitué.

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Une hémorragie intra-labyrinthique (Figure 4) est rare, mais peut être découverte dans ces circonstances grâce à l’IRM qui montre un hypersignal T1 intra-labyrinthique persistant en T1 avec saturation de la graisse.



Figure 4


Figure 4. 

IRM des angles ponto-cérébelleux en T1 coupe fine montrant une hémorragie intralabyrinthique en hypersignal spontané de la cochlée et du vestibule.

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Des labyrinthites peuvent également être découvertes en IRM, ainsi que des lésions de démyélinisation du tronc, pouvant être une forme de sclérose en plaques.

À distance, la réalisation d’une IRM doit être systématique afin d’éliminer une tumeur de l’angle ponto-cérébelleux, au premier rang desquelles on trouve le schwannome vestibulaire (Figure 5) (10 % de ces schwannomes se révélant sous la forme d’une surdité brusque) [9]. D’autres tumeurs sont parfois retrouvées, comme le méningiome.



Figure 5


Figure 5. 

IRM en pondération T1 après injection de gadolinium sur les angles ponto-cérébelleux : processus expansif extra-axial développé dans le méat auditif interne droit, centré sur le porus, prenant le contraste de façon franche, aspect typique d’un schwannome vestibulaire.

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Dépister des anomalies de l’oreille interne

Le scanner des rochers en coupes millimétriques complète l’IRM. L’IRM recherchera des anomalies de signal tandis que le scanner permet une meilleure analyse morphologique.

Ainsi, Chatard-Baptiste et al. en 2009 ont retrouvé des anomalies au niveau de l’oreille interne dans près de 70 % des cas [10]. Sur une série de 37 patients atteints de surdité brusque, un présentait une labyrinthite et trois patients une hémorragie labyrinthique. Les anomalies morphologiques les plus souvent rencontrées touchaient par ordre décroissant de fréquence : le canal semi-circulaire externe (hypoplasie ou dilatation) (Figure 6), le vestibule (Figure 7), le canal semi-circulaire postérieur, le canal semi-circulaire antérieur (déhiscence) (Figure 8) et la cochlée (Figure 9). Notons par ailleurs qu’une dilatation de l’aqueduc du vestibule est également fréquemment rencontrée (Figure 10).



Figure 6


Figure 6. 

Coupe scannographique du rocher gauche montrant un aspect trapu et dilaté du canal semi-circulaire latéral (flèche noire) qui se traduit par une diminution de surface de l’îlot osseux central. À noter un aspect modérément élargi du vestibule dont la largeur est constante d’avant en arrière (flèche blanche).

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Figure 7


Figure 7. 

Coupe scannographique axiale du rocher gauche : malformation du vestibule qui est élargi et malformé.

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Figure 8


Figure 8. 

Coupe scannographique du rocher en reformation dans le plan du canal semi-circulaire supérieur (sagittal oblique) montrant un découvrement du canal semi-circulaire supérieur de plus de 2mm.

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Figure 9


Figure 9. 

Coupe scannographique axiale du rocher passant par la cochlée : aspect de fusion du tour basal et intermédiaire, sans septum visible entre ces tours de spire. Il s’agit ici d’une partition incomplète de type 1 de la cochlée.

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Figure 10


Figure 10. 

Coupe scannographique axiale montrant une dilatation de l’aqueduc du vestibule (flèche blanche) dont le diamètre est nettement supérieur à celui du canal semi-circulaire latéral.

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Toutes ces anomalies morphologiques n’expliquent en rien, à ce jour, la pathogénie de la surdité brusque. Elles n’entraînent pas non plus de conséquence thérapeutique. Le fait qu’on les retrouve plus fréquemment au décours d’une surdité brusque a cependant fait éclore le concept d’une « oreille fragile » qui trouverait ici un substrat anatomique.

POINTS À RETENIR

La surdité brusque est idiopathique.
L’imagerie participe à l’élimination des autres causes de surdités d’apparition brutale.
L’imagerie permet également de faire une analyse morphologique de l’oreille interne. Des études portant sur cet aspect de l’imagerie ont fourni un substrat anatomique à un nouveau concept : « l’oreille fragile ».

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

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Mosnier I., Bouccara D., Sterkers O. Les surdités brusques en 1997 : hypothèses étiopathogéniques, conduites à tenir, facteurs pronostiques, traitements Ann Otolaryngol Chir Cervicofac 1997 ;  114 : 251-266
Tran Ba Huy P., Manach Y. Les urgences ORL. Conduite à tenir face à une surdité brusque Rapport de la société française d’ORL 2002 ; 207-225
Lin Y.T., Young Y.H. Retrocochlear mass lesion in mid-frequency sudden deafness Otolaryngol Head Neck Surg 2008 ;  138 : 13-17 [cross-ref]
Held P., Fellner C., Fellner F., Seitz J., Strutz J. MRI of inner ear anatomy using 3D MP-RAGE and 3D CISS sequences Br J Radiol 1997 ;  70 : 465-472
Oh J.H., Park K., Lee S.J., Shin Y.R., Choung Y.H. Bilateral versus unilateral sudden sensorineural hearing loss Otolaryngol Head Neck Surg 2007 ;  136 : 87-91 [cross-ref]
Sauvage JP, Puyraud S, Khalifa N. Surdités brusques et surdités fluctuantes. Enc Med Chir 2004;20-183-A-10.
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Fares G., Aïdan P., Bouccara D., Soubrane P., Rey A., Sterkers O. Surdité brusque révélant un neurinome de l’acoustique. À propos de 16 cas Rev Laryngol (Bord) 1996 ;  117 : 167-170
Chatard-Baptiste S., Martin C., Pouget J.F. Surdités brusques : intérêt de l’imagerie. À propos d’une étude prospective de 37 cas J Radiol 2009 ;  90 : 1823-1835 [inter-ref]



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