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Annales de Dermatologie et de Vénéréologie
Volume 139, n° 11S
pages A52-A56 (octobre 2012)
Doi : 10.1016/j.annder.2012.01.006
Module 7 - Santé et environnement, maladies transmissibles

Item 94 – Maladies éruptives de l’enfant
 

 CEDEF 1, 2

Objectifs pédagogiques

Diagnostiquer et distinguer une rougeole, une rubéole, un mégalérythème épidémique, un exanthème subit, une mononucléose infectieuse, une scarlatine.
Argumenter l’attitude thérapeutique et planifier le suivi du patient.
POINTS CLÉS
Les fièvres éruptives infantiles correspondent surtout à des viroses exanthématiques ne justifiant que des traitements symptomatiques.
Il n’existe aucun lien univoque entre un type d’exanthème, ou de maladie éruptive, et un agent infectieux donné.
L’hospitalisation est nécessaire uniquement si l’exanthème s’associe à un ensemble d’autres manifestations viscérales aggravant l’état général de l’enfant.
Les examens complémentaires sont inutiles sauf si :
l’enfant est immunodéprimé ;
le contexte de survenue est particulier ;
l’enfant a une femme enceinte dans l’entourage.

Les diagnostics à ne pas manquer sont :
le syndrome de Kawasaki chez le nourrisson (urgence thérapeutique) ;
la mononucléose infectieuse chez l’adolescent recevant une aminopénicilline (il n’est pas allergique aux pénicillines).


Dans la majorité des cas, les fièvres éruptives infantiles correspondent à des viroses bénignes, parfois à des infections bactériennes.

Elles peuvent être les premières manifestations d’une affection potentiellement sévère.

Aspects cliniques
Rougeole, rubéole, mégalérythème épidémique, exanthème subit
Caractéristiques sémiologiques

À noter :

l’OMS avait pour objectif l’éradication de la rougeole d’Europe occidentale en 2007. La couverture vaccinale par le ROR (vaccin à virus vivants atténués, rougeole, oreillons, rubéole) encore insuffisante explique que la maladie soit encore rencontrée (épidémies récentes, touchant surtout les adultes) ;
la rubéole ou 3e maladie est une affection virale devenue rare avec la vaccination. Elle passe totalement inaperçue dans un cas sur deux.

Les caractéristiques sémiologiques des principales maladies éruptives virales sont résumées dans le Tableau 1.

Complications

Rougeole

Les complications de la rougeole sont rares : méningo-encéphalite, pneumopathies, myocardite, kératite.

Rubéole

La gravité de la rubéole est celle des atteintes congénitales en cas de contamination d’une femme enceinte.

D’où :

la nécessité de vacciner les enfants entre l’âge de 12 et 18 mois par le ROR avec un rappel entre 11 et 13ans ;
la recherche d’anticorps antirubéoleux obligatoire dans la surveillance des grossesses ;
lors de l’examen prénuptial, les femmes séronégatives doivent être vaccinées en évitant toute grossesse dans les 3 mois après le vaccin.

Mégalérythème épidémique

Après la disparition de l’éruption du mégalérythème épidémique, il existe une possibilité de résurgence, même pendant plusieurs semaines ou mois, au soleil, à la chaleur, à l’effort.

La responsabilité du Parvovirus est parfois difficile à établir, les immunoglobulines M (IgM) spécifiques pouvant persister pendant 6 mois.

Exanthème subit

Bombement de la fontanelle et survenue de convulsions dont on ne sait si elles sont à rapporter à l’hyperthermie, ou à une encéphalite.

Une hépatite est également possible.

Mononucléose infectieuse

C’est la forme symptomatique de la primo-infection par le virus d’Epstein-Barr (EBV). La forme silencieuse est la plus fréquente.

Elle touche les adolescents et les adultes jeunes.

Elle survient après 1 semaine d’un tableau général qui associe : fièvre, angine, adénopathies et souvent asthénie, splénomégalie, œdème des paupières.

L’éruption est très inconstante (5-10 % des cas) :

le plus souvent morbilliforme ;
elle régresse en quelques jours.

Les complications viscérales sont rares (hépatites, méningo-encéphalites).

Les signes biologiques sont une lymphocytose parfois très élevée avec des lymphocytes hyperbasophiles (syndrome mononucléosique).

Le diagnostic est confirmé :

par MNI-test (ou Monospot ) ;
et éventuellement par une sérologie EBV caractéristique d’infection récente (IgM anti-antigène de capside [anti-VCA] et absence d’anti-antigènes nucléaires [anti-EBNA]).

NB  : En cas de prise d’une aminopénicilline (moins fréquemment d’autres antibiotiques) une éruption maculo-papuleuse confluente est quasi constante, sans signer pour autant une « allergie ».

Si l’infection à EBV n’est pas déjà authentifiée, il est important de le faire pour éviter de contre-indiquer définitivement cet antibiotique.

Scarlatine

Le tableau clinique classique de la scarlatine streptococcique est devenu rare.

Il associe :

un début brutal par une fièvre à 39-40°C, des douleurs pharyngées, des céphalées ;
une angine rouge avec adénopathies sous-maxillaires ;
au bout de 12 à 24heures : un exanthème et un énanthème très évocateurs.

L’éruption débute au tronc, puis atteint les racines des membres, la base du cou, les plis de flexion et s’étend en 1 à 2jours, mais respecte les extrémités (paumes, plantes) et la région péribuccale.

L’érythème en plages confluentes, grenu, s’effaçant à la pression, prédomine au tronc, à l’abdomen, aux fesses (cf . fig. 5, item 314).

L’atteinte linguale est très évocatrice avec une langue blanche, puis desquamative en partant de la pointe vers la base avec des papilles à nu. La langue est framboisée du 4e au 6e jour, totalement lisse vers le 9e jour, et à nouveau normale vers le 12e jour. L’exanthème disparaît en 8 à 10jours.

Entre le 10e et le 30e jour, une desquamation débute au tronc puis atteint les extrémités en « doigts de gants ».

Conduite à tenir  :

faire des prélèvements bactériologiques de la gorge ;
prescrire un antibiotique antistreptococcique (pénicilline, macrolide).

D’autres germes que le streptocoque peuvent donner un tableau de scarlatine, en particulier le staphylocoque. Le tableau clinique est similaire à celui de la scarlatine classique, mais avec quelques nuances :

absence d’angine et d’énanthème ;
fièvre plus modérée, et mieux supportée ;
érythème renforcé non seulement aux plis, mais également dans la zone péribuccale ;
desquamation plus précoce : 1 à 2jours après l’apparition de l’érythème ;
résolution complète de l’éruption en quelques jours.

La porte d’entrée staphylococcique est à rechercher : rhinopharyngite, ou conjonctivite.

Diagnostic différentiel
Syndrome (adénocutanéo-muqueux) de Kawasaki

C’est un syndrome inflammatoire (probablement en réaction à un agent infectieux ou toxique jouant le rôle d’un superantigène) qui s’accompagne d’une vasculite des artères de moyen calibre : risque de décès par anévrisme coronarien.

Le terrain est : enfant avant 5ans, surtout chez le nourrisson ; légère prédominance masculine.

Le diagnostic repose sur un faisceau d’arguments cliniques. Des critères majeurs ont aussi été définis :

une fièvre élevée , supérieure à 38,5°C, durant plus de 5jours et ne répondant pas aux antibiotiques ;
une conjonctivite avec œdème des paupières, sans kératite ;
un énanthème pharyngé , sans aphte, ulcération, ni bulle, associé fréquemment à une langue framboisée et à une chéilite ;
un exanthème survenant vers la fin de la 1re semaine, variable : morbilliforme, puis scarlatiniforme, non prurigineux, sans vésicule ni bulle. Plusieurs poussées peuvent s’observer. Il régresse généralement en 1 semaine ;
un érythème palmo-plantaire avec œdème induré des mains et des pieds surtout chez le nourrisson évoluant vers une desquamation scarlatiniforme à la 3e semaine (ce signe trop tardif ne doit pas être attendu pour mettre en route un traitement) ;
des adénopathies cervicales aiguës , non inflammatoires, supérieures à 1,5cm.

Certaines manifestations cliniques peuvent manquer.

Il n’y a pas de signe biologique spécifique mais un syndrome inflammatoire et une leucocytose à polynucléaires puis une thrombocytose.

Le risque principal est cardiaque avec des anévrismes coronariens qui apparaissent entre la 2e et la 4e semaine, des troubles du rythme cardiaque et la possibilité de décès par myocardite, infarctus, embolie cérébrale.

Une hospitalisation est indispensable pour échographie cardiaque, surveillance évolutive et mise en route d’un traitement associant immunoglobulines IV (2g/kg en 1 ou 2 perfusions), et aspirine à doses anti-inflammatoires, pour réduire le risque d’atteinte coronarienne.

Autres viroses
Adénovirus

Les adénovirus donnent :

chez l’enfant et l’adulte jeune : des syndromes adéno-pharyngo-conjonctivaux ;
chez le nourrisson : des pneumopathies, bronchiolites et diarrhées.

Ils peuvent être à l’origine d’exanthèmes morbilliformes ou rubéoliformes, particuliers par leur localisation au visage et au tronc, et par leur brièveté.

Infections à Enterovirus (Coxsackie , virus ECHO 9)

Les infections à Enterovirus s’accompagnent souvent d’une éruption fugace, surtout chez l’enfant de moins de 3ans. Cette éruption touche principalement le tronc, puis les paumes et les plantes et s’accompagne d’un énanthème.

Ces infections surviennent surtout l’été.

Leur incubation est de quelques jours.

Les signes associés sont : fièvre, céphalées, anorexie et gastroentérite.

Le syndrome mains-pieds-bouche est une infection à Coxsackie s’accompagnant de vésicules ovalaires des mains et des pieds et d’un énanthème vésiculeux du voile du palais ; souvent, le tableau est incomplet.

Syndrome du choc toxique

Touchant surtout l’adulte jeune il est rare chez l’enfant et associe :

une fièvre au moins égale à 38-39°C ;
une éruption cutanée scarlatiniforme ;
un choc hypovolémique, ou hypotension ou vertiges en orthostatisme ;
une atteinte polyviscérale (cœur, poumons, foie, muscles, reins, système nerveux).

L’hospitalisation s’impose en urgence.

Éruptions médicamenteuses (toxidermies) (item 181)

Elles peuvent réaliser tous les types d’éruption.

Leur diagnostic est parfois difficile quand le médicament est prescrit pour un épisode fébrile, qui pourrait être annonciateur de l’éruption constatée.

Les médicaments le plus souvent en cause sont les antibiotiques et en particulier les β-lactamines, les sulfamides, les anticomitiaux et les anti-inflammatoires non stéroïdiens.

Les arguments en faveur d’une cause médicamenteuse sont :

le prurit ;
le polymorphisme de l’éruption ;
l’éosinophilie sanguine ;
l’introduction d’un médicament 5 à 14jours avant l’éruption.

Maladies de système

Le lupus érythémateux est rare avant 12ans : son début chez l’enfant est souvent bruyant avec des signes généraux et une éruption pas toujours évocatrice.

La dermatomyosite juvénile est un exanthème du visage et des mains pouvant simuler un mégalérythème, et des signes musculaires discrets (fatigabilité).

La maladie de Still (arthrite chronique juvénile) dont les manifestations articulaires apparaissent parfois après une fièvre éruptive isolée. L’éruption est fugace, faite de petites macules rosées, mesurant de quelques millimètres à quelques centimètres de diamètre, siégeant à la racine des membres et au tronc, survenant en fin d’après-midi et rapidement régressives. La fièvre est vespérale avec des clochers à 39-40°C précédés de frissons. Il existe une polynucléose neutrophile et un syndrome inflammatoire majeur. Hémocultures et recherches de foyers infectieux restent négatives.

Conduite à tenir

Schématiquement, on peut distinguer trois situations cliniques.

Forte probabilité de « maladie éruptive »

La très forte probabilité de « maladie éruptive » classique et bénigne de l’enfant (mégalérythème, exanthème subit, rougeole, rubéole, varicelle, scarlatine…), se définit en fonction des :

caractéristiques de l’éruption ;
signes d’accompagnement ;
données épidémiologiques.

En dehors d’un terrain particulier, il faut donner quelques conseils aux parents (surveillance de la fièvre, paracétamol, bonne hydratation).

En cas de scarlatine, il faut prescrire un antibiotique et après guérison vérifier l’absence de souffle cardiaque et de protéinurie.

Exanthème associé à d’autres manifestations viscérales

L’exanthème qui s’associe à d’autres manifestations viscérales et à une altération de l’état général évoquant un syndrome grave (Kawasaki, syndrome du choc toxique…) implique l’hospitalisation pour :

préciser le diagnostic ;
mettre rapidement en route un traitement.

Exanthème fébrile

Dans le cas d’un exanthème fébrile qui n’est pas spécifique, qui reste isolé, ou s’associe à quelques autres manifestations (arthralgies, myalgies, chéilite…), sans caractère de gravité, l’attitude est de :

prescrire un traitement symptomatique ;
s’assurer que l’enfant sera surveillé au domicile ;
revoir l’enfant rapidement pour vérifier la régression des signes ;
en cas de persistance ou d’aggravation : hospitaliser.

Il faut garder à l’esprit que c’est une situation fréquente, habituellement rapidement régressive et de pronostic favorable.

Habituellement, aucun examen complémentaire n’est indispensable sauf si l’on suspecte :

une scarlatine (numération-formule sanguine [NFS], prélèvement de gorge) ;
un syndrome de Kawasaki (NFS plaquettes, échographie cardiaque) ;
cas très particuliers (enfant immunodéprimé, contact avec une femme enceinte) : les examens sérologiques ou la recherche d’une virémie (PCR), sont seuls capables d’établir avec certitude la cause précise d’une éruption virale.

1  La liste des auteurs et collaborateurs, publiée dans ce numéro, est également disponible à l’adresse suivante : doi:10.1016/j.annder.2011.12.002.
2  Auteur correspondant : jeanmarie.bonnetblanc@wanadoo.fr (J.-M. Bonnetblanc).


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