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Journal de Radiologie diagnostique et interventionnelle
Volume 94, n° 1
pages 26-36 (janvier 2013)
Doi : 10.1016/j.jradio.2012.07.015
Pathologie du sein chez l’homme
 

M. Charlot a, , O. Béatrix b, F. Chateau a, J. Dubuisson b, F. Golfier b, P.J. Valette a, F. Réty a
a Service d’imagerie médicale, centre hospitalier Lyon Sud, 165, chemin du Grand-Revoyet, 69310 Pierre-Bénite, France 
b Service de gynécologie oncologique, centre hospitalier Lyon Sud, 165, chemin du Grand-Revoyet, 69310 Pierre-Bénite, France 

Auteur correspondant.
Résumé

La majorité des lésions du sein chez l’homme est d’origine bénigne. La gynécomastie est une pathologie très fréquente, correspondant à une croissance de la glande mammaire suite à des modifications hormonales. Trois formes radiologiques ont été décrites : nodulaire, dendritique et diffuse. Son principal diagnostic différentiel est l’adipomastie, correspondant à des dépôts adipeux dans le tissu sous-cutané. Le cancer du sein chez l’homme est rare. Ses principaux facteurs de risque sont des pathologies responsables de désordres hormonaux, des antécédents d’irradiation thoracique et des antécédents familiaux de cancer du sein (notamment dans les familles porteuses d’une mutation du gène BRCA2 ). La mammographie montre le plus souvent une masse sans calcifications. L’échographie est utile au bilan d’extension local et permet de détecter des adénomégalies axillaires. L’IRM n’a pas actuellement d’indication pour le bilan du cancer du sein masculin. La clinique seule permet le plus souvent de différencier les lésions bénignes des lésions malignes. L’imagerie ne doit pas être réalisée de façon systématique mais doit être réservée aux patients pour lesquels le diagnostic clinique est incertain ou qui présentent des facteurs de risque de cancer du sein, ainsi que pour guider les biopsies et pour le bilan d’extension.

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Mots clés : Sein, Homme, Cancer, Gynécomastie


Abréviations

ACR : American College of Radiology
IRM : imagerie par résonance magnétique
BRCA1 , BRCA 2 : BReast CAncer 1 , BReast CAncer 2

Introduction

La majorité des lésions du sein chez l’homme est d’origine bénigne, la gynécomastie étant de loin l’étiologie la plus fréquente. Les cancers du sein sont rares, correspondant à environ 1 % des lésions [1, 2]. Les autres pathologies mammaires proviennent des tissus cutanés et sous-cutanés (lipome, adiponécrose, adipomastie, abcès, kyste d’inclusion épidermiques…) [3].

Les motifs de consultation les plus fréquents sont l’apparition d’une augmentation de la taille du sein, d’un nodule, ou d’une douleur.

Techniques d’imagerie

Si une mammographie est nécessaire, les techniques d’imagerie sont les mêmes que chez la femme. Une incidence mammographique bilatérale (oblique le plus souvent) peut suffire, et elle peut être complétée par d’autres incidences, par des clichés agrandis et localisé en compression et par une échographie (Figure 1). Il est également possible d’effectuer d’emblée des clichés en agrandissement géométrique qui permettent d’avoir une meilleure résolution spatiale, la totalité du volume mammaire étant analysée compte-tenu du faible volume, au prix d’une augmentation de l’irradiation.



Figure 1


Figure 1. 

Imagerie du sein normal chez l’homme : a : tentative de mammographie, cliché oblique : seul le pectoral est visible ; b : échographie d’un sein masculin normal : visualisation du mamelon (étoile), de la peau hyperéchogène (flèches), de quelques lobules graisseux hypo-échogènes (têtes de flèche) et du muscle pectoral (accolade).

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Gynécomastie
Généralités

À la naissance et jusqu’à la puberté, le tissu mammaire est identique dans les deux sexes. Au cours de la période pubertaire chez le garçon, on observe une augmentation du taux des œstrogènes (qui stimulent la croissance du tissu mammaire) mais surtout une augmentation majeure du taux de testostérone (qui antagonise l’effet estrogénique). Il existe alors une prolifération transitoire des canaux et du stroma, suivie d’une involution de ces canaux. Les lobules terminaux ne se développent pas dans le sein masculin du fait de l’absence de progestérone. Les ligaments de Cooper sont également absents du sein chez l’homme [1].

La gynécomastie est une pathologie bénigne très fréquente (retrouvée jusque dans 55 % des seins d’hommes dans des séries d’autopsies) [4]. Elle correspond à une croissance du sein du fait d’une prolifération des canaux et du tissu stromal mammaire, secondaire à une augmentation du rapport oestrogènes/testostérone. Les étiologies de ces modifications hormonales sont nombreuses, fréquentes et physiologiques chez les adolescents et chez les hommes de plus de 60ans ; elles peuvent aussi être secondaires à une pathologie endocrinienne, à certaines néoplasies, maladies systémiques ou prises médicamenteuses (Encadré 1) [3, 5, 6].

Encadré 1

Principales causes de gynécomastie [3, 6].

Physiologique :
Sénescence,
Puberté.

Endocriniennes :
Syndrome de Klinefelter,
Hypogonadisme,
Hypothyroïdie.

Pathologies systémiques :
Cirrhose,
Insuffisance rénale chronique.

Tumeurs :
Tumeurs testiculaires,
Carcinome surrénalien,
Adénome hypophysaire,
Carcinome hépato cellulaire.

Toxiques, médicaments :
Alcool,
Cannabis,
Digoxine,
Cimétidine,
Thiazidiques,
Omeprazole,
Antidépresseurs tricycliques,
Spironolactone,
Diazépam,
Stéroïdes anabolisants,
Oestrogènes exogènes.

Idiopathique.

Clinique

À l’examen clinique, la gynécomastie est souvent facile à diagnostiquer, se présentant comme une masse ferme, mobile, centrée sous l’aréole, pouvant être douloureuse en particulier si elle est récente [5, 7]. Elle est le plus fréquemment bilatérale et asymétrique (84 %), mais peut être unilatérale (14 %) ou bilatérale symétrique (2 %). Il est important d’examiner les testicules du patient, de nombreuses pathologies testiculaires en particulier tumorales pouvant être à l’origine d’une gynécomastie. Si la gynécomastie est une pathologie bénigne ne nécessitant le plus souvent pas de prise en charge spécifique, les douleurs peuvent être invalidantes et nécessiter un traitement (par exemple application de gel contenant de la testostérone). Le retentissement psychologique peut être très important, notamment chez les adolescents, et peut amener à une mastectomie.

Imagerie

Trois types radiologiques de gynécomastie ont été décrits [1, 3, 7] :

la forme nodulaire, correspondant à la phase initiale floride : la mammographie montre une opacité discoïde, homogène, bien limitée, pouvant présenter des irrégularités dans la partie postérieure. L’échographie montre une masse hypo-échogène sous aréolaire, entourée de tissu graisseux (Figure 2) ;
la forme dendritique, correspondant à la phase chronique fibreuse, irréversible : la mammographie montre une opacité inhomogène triangulaire à sommet rétro-aréolaire, avec des projections linéaires postérieures irradiant dans le tissu adipeux profond, prédominant dans le quadrant supéro-externe. L’échographie montre une plage triangulaire hypo-échogène centrée sur le mamelon à contours postérieurs irréguliers s’insinuant au sein du tissu mammaire fibreux échogène (Figure 3, Figure 4) ;
la forme diffuse : il s’agit d’une augmentation globale de la taille du sein qui présente à la mammographie et à l’échographie un aspect identique à celui d’un sein féminin dense hétérogène (Figure 5).



Figure 2


Figure 2. 

Gynécomastie de forme nodulaire. Patient de 22ans suivi pour une mucoviscidose. Apparition progressive d’une masse douloureuse rétromamelonnaire droite. Masse peu dense centrée sur le mamelon à limites antérieures nettes, à bord postérieur moins bien limité : a : cliché de face du sein droit ; b : cliché oblique du sein droit ; c : échographie du sein droit : plage de glande mammaire discrètement hypo-échogène rétro-aréolaire (flèches), absence de masse suspecte. Une microbiopsie a montré la présence de gynécomastie sans signe de malignité.

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Figure 3


Figure 3. 

Gynécomastie de forme dendritique : patient de 63ans présentant une augmentation de volume des deux seins, suivi pour une cirrhose compliquée de carcinome hépato cellulaire : a : cliché de face du sein droit ; b : cliché de face du sein gauche ; c : cliché oblique du sein doit ; opacités inhomogènes bilatérales, à sommets rétromamelonnaires, et présentant des extensions postérieures dans le tissu graisseux ; d : échographie du sein droit ; e : échographie du sein gauche : plages hypo-échogène (flèches) centrée sur les mamelons (étoiles), à contours postérieurs irréguliers s’insinuant dans le tissu fibreux échogène. Une microbiopsie a montré la présence de gynécomastie sans signe de malignité.

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Figure 4


Figure 4. 

Gynécomastie de forme dendritique : masse rétrommmelonnaire droite douloureuse depuis quatre mois chez un patient de 58ans : a : mammographie oblique du sein droit : glande mammaire rétromamelonnaire d’aspect identique à un sein de femme de densité type II ; b et c : échographie du sein droit : image hypo-échogène triangulaire de sommet rétromamelonnaire à contours irréguliers (flèches), au sein de la glande mammaire hyperéchogène (tête de flèche).

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Figure 5


Figure 5. 

Gynécomastie à forme diffuse. Patient de 25ans présentant une hypertrophie isolée du sein droit connue depuis trois ans : aspect identique à celui d’un sein de femme de densité type 4 : a : mammographie du sein droit de face ; b : mammographie du sein droit oblique ; c : échographie du sein droit : présence de tissu glandulaire mammaire fibreux hyperéchogène (flèche), quelques lobules graisseux hypo-échogènes (tête de flèche).

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Diagnostic différentiel

Le principal diagnostic différentiel de la gynécomastie est l’adipomastie (ou pseudogynécomastie), correspondant à des dépôts adipeux dans le tissu sous-cutané. Le diagnostic est le plus souvent clinique, montrant une augmentation du volume mammaire bilatérale, de consistance molle, sans masse rétro-aréolaire délimitable [5]. L’imagerie montre l’absence de structure radio-opaque [6, 8] (Figure 6).



Figure 6


Figure 6. 

Adipomastie. Patient présentant une augmentation ancienne du volume des deux seins sans masse palpable : a : mammographie du sein gauche oblique ; b : mammographie du sein gauche de face. Tissu de densité uniquement graisseuse ; c : échographie du sein gauche : présence uniquement de lobules graisseux hypo-échogènes (flèche) sous le mamelon (étoile).

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Cancer du sein
Généralités

Le cancer du sein chez l’homme est un cancer rare, avec une incidence annuelle en Europe d’un pour 100000. Moins de 1 % de tous les patients atteints de cancer du sein sont des hommes [4, 9]. Il survient essentiellement chez des patients âgés, avec un pic d’incidence à 71ans [4].

La plupart des facteurs de risque (Encadré 2) implique des modifications du rapport œstrogène sur androgènes. Ainsi un risque élevé est retrouvé chez les patients présentant un syndrome de Klinefelter (risque relatif de 50), des anomalies testiculaires, une obésité, une cirrhose [10]. Des antécédents de radiothérapie thoracique augmentent également le risque de cancer du sein. Bien que la gynécomastie ait des facteurs de risque similaires, elle n’est pas liée à une augmentation du risque de cancer.

Encadré 2

Facteurs de risque de cancer du sein chez l’homme [4, 10, 14].

Âge avancé.
Génétiques :
Syndrome de Klinefelter,
Mutations des gènes BRCA2 >BRCA1 .

Antécédents d’irradiation thoracique.
Exposition professionnelle :
Chaleur,
Gaz d’échappement.

Prise d’œstrogènes.
Pathologies testiculaires :
Crypotochidie,
Hernie inguinale congénitale,
Orchidectomie,
Traumatisme testiculaire.

Cirrhose.
Obésité.
Alcool.

Il existe une prédisposition familiale, 20 % des hommes atteints d’un cancer du sein ayant des antécédents chez des femmes du premier degré [4]. Le risque génétique peut être dû à des mutations de gènes à forte pénétrance, en particulier à des mutations du gène BRCA 2 ; le risque lié aux mutations du gène BRCA 1 est moins important et a été décrit plus récemment. Une étude portant sur une population américaine montre un risque cumulé à l’âge de 70ans de cancer du sein chez l’homme estimé à 6,8 % pour les porteurs d’une mutation du gène BRCA 2 et de 1,2 % pour les porteurs d’une mutation du gène BRCA 1 [11]. Selon les populations étudiées, entre 4 et 40 % des hommes atteints de cancer du sein sont porteurs d’une mutation du gène BRCA 2 et entre 0 et 11 % sont porteurs d’une mutation du gène BRCA 1 [4, 12]. La présence d’un homme porteur d’un cancer du sein dans une famille est donc un facteur de risque de mutation et est à elle seule une indication possible de consultation d’oncogénétique [13, 14, 15]. Le Current National Comprehensive Network recommande une surveillance mammaire des hommes porteurs d’une mutation de ces gènes, avec l’apprentissage de l’autopalpation, une surveillance clinique bi-annuelle, et envisage une mammographie initiale, suivie d’une surveillance mammographique annuelle en cas de présence de gynécomastie ou de densité mammaire sur cette première mammographie [16].

Le type histologique le plus fréquemment retrouvé est le carcinome canalaire infiltrant, correspondant à près de 90 % des lésions. Le carcinome canalaire in situ correspond à 10 % des lésions, parmi lesquelles 75 % sont de type papillaire. Les carcinomes lobulaires sont exceptionnels (1 %) du fait de l’absence de différentiation des lobules terminaux dans le sein masculin normal y compris en cas de gynécomastie, et surviennent en grande majorité chez des patients atteints du syndrome de Klinefleter (XXY). Plus de 90 % des tumeurs ont des récepteurs hormonaux positifs. Le pronostic à histologie et à âge identiques est similaire à celui des femmes [4, 10, 17].

Clinique

Le diagnostic de cancer du sein est souvent évident cliniquement [18]. La présentation la plus fréquente est la présence d’une masse indurée non douloureuse (75 % des cas). Elle sera très évocatrice de cancer si elle est excentrée (Figure 8a). L’implication du mamelon est assez précoce, pouvant se manifester sous la forme d’une rétraction, d’une ulcération, d’un écoulement. Des nodules de perméation régionaux sont possibles (Figure 7). Du fait de la rareté et de la méconnaissance de la pathologie, le diagnostic est souvent tardif, plus de 40 % des cancers étant diagnostiqués aux stades 3 ou 4 [4].



Figure 7


Figure 7. 

Carcinome canalaire du sein gauche avec nodules de perméation cutanés.

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Imagerie

La mammographie montre le plus souvent une masse dense sans calcifications (Figure 8, Figure 9, Figure 10). Ses contours sont le plus souvent spiculés, indistincts ou microlobulés, mais peuvent être circonscrits [9]. Elle se situe volontiers dans la région rétro-aréolaire, le cancer du sein chez l’homme se développant fréquemment à partir des canaux centraux. Une masse excentrée est très suspecte de malignité car elle ne peut pas correspondre à une gynécomastie [1, 6, 8]. La présence de microcalcifications est plus rare que dans les cancers du sein chez la femme et elles sont généralement plus grossières, plus étendues, et plus rarement linéaires (Figure 8b–e) [6, 7]. Des microcalcifications relativement peu suspectes chez la femme (par exemple punctiformes) correspondent souvent à des lésions malignes chez l’homme [7, 9]. Des signes associés tels qu’une rétraction mamelonnaire, un épaississement cutané, des adénopathies axillaires sont fréquemment retrouvés, et pour des lésions de plus petite taille que chez la femme du fait de la plus petite taille du sein masculin [1].



Figure 8


Figure 8. 

Carcinome canalaire infiltrant. Patient de 57ans présentant une tuméfaction indurée du sein gauche évoluant depuis deux ans : a : le caractère excentré du nodule à l’examen clinique (flèche) est en faveur d’une lésion maligne ; b : mammographie oblique du sein droit ; c : mammographie olique du sein gauche ; d : mammographie de face du sein droit : gynécomastie bilatérale de forme dendritique, et présence d’une masse profonde, à contours flous et mal limités, classée ACR 5, dans le quadrant supéro-externe du sein droit (flèches) ; e : cliché agrandi de face centré sur les quadrants externes du sein droit : présence de microcalcifications nombreuses, punctiformes et amorphes, au sein de la masse ; f : échographie : masse tissulaire hétérogène, discrètement hypo-échogène, à contours mal limités, sans modification des échos postérieurs, située dans le quadrant supéro-externe.

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Figure 9


Figure 9. 

Carcinome canalaire infiltrant : a : mammographies face du sein gauche ; b : mammographie oblique du sein gauche : masse dense présentant des contours postérieurs irréguliers, spiculés (flèche), excentrée par rapport au mamelon, classée ACR 5.

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Figure 10


Figure 10. 

Carcinome canalaire infiltrant. Patient de 68ans consultant pour une rétraction mamelonnaire droite évoluant depuis plusieurs semaines : a : mammographie oblique du sein droit ; b : mammographie oblique du sein gauche : à droite : masse rétromamelonnaire de contours irréguliers et spiculés : à gauche : petit résidu glandulaire rétro-aréolaire ; c : corrélation échographique : masse hypo-échogène irrégulière à grand axe vertical, avec cône d’ombre postérieur.

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L’échographie montre des signes similaires aux cancers du sein de même histologie chez la femme. L’aspect le plus fréquemment décrit est celui d’une masse de forme irrégulière, hypo-échogène, de contours anguleux, microlobulés ou spiculés (Figure 8f) [1, 19]. L’échographie peut être utile pour préciser la position de la masse par rapport au mamelon : une lésion apparaissant rétro-aréolaire à la mammographie peut se révéler être excentrée à l’échographie [1]. Une masse kystique complexe est très suspecte chez l’homme et nécessitera une chirurgie quelque soit le résultat de la cytologie ou de la biopsie [1, 19]. L’échographie est utile au bilan d’extension local, permettant de visualiser l’extension au tissu cutané, au mamelon, au muscle pectoral, la présence éventuelle de lésions multicentriques, et de détecter des adénomégalies axillaires (présentes jusque dans 50 % des cas) [1, 7, 9]. En effet l’absence de ganglions suspects à l’examen clinique ou en échographie pourra permettre la technique du ganglion sentinelle, qui montre des résultats encourageants chez l’homme et évite la morbidité du curage axillaire [4, 14, 20].

L’IRM a peu été étudiée pour les lésions du sein chez l’homme. Une étude portant sur 17 patients montre que les signes de malignité et de bénignité sont identiques à ceux des lésions du sein chez la femme [21]. L’IRM n’a actuellement pas d’indication reconnue pour le bilan du cancer du sein masculin.

Diagnostic différentiel
Lésions bénignes

Le diagnostic de gynécomastie à forme nodulaire ou dendritique est le plus souvent clinique (contexte, masse mobile non indurée, souvent douloureuse, sans écoulement mamelonnaire, sans signes associés). L’imagerie montre le caractère toujours centré par rapport au mamelon de la gynécomastie, sans signes associés (Figure 2, Figure 3, Figure 4, Figure 5) [1].

Les lipomes se présentent à la mammographie sous la forme d’une image bien limitée radiotransparente. L’échographie montre une masse ovalaire discrètement hyperéchogène souvent encapsulée [1].

Les kystes d’inclusion épidermiques correspondent à des dépôts de kératine dans un follicule pileux obstrué. La mammographie montre une masse ovalaire dense bien limitée, superficielle, se présentant en échographie sous la forme d’une masse hypo-échogène, avec renforcement postérieur. La lésion est toujours en continuité avec l’épiderme en échographie, ce qui permet de la différencier des lésions kystiques potentiellement malignes chez l’homme [1, 7].

L’abcès rétro-aréolaire est une lésion rare, fréquemment chronique, associée à une ectasie galactophorique. Il apparaît en imagerie sous la forme d’une masse mal limitée, hypo-échogène, pouvant être associée à un épaississement cutané, difficile à différencier d’une lésion maligne et nécessitant le plus souvent une biopsie. Il est souvent récidivant jusqu’à l’exérèse chirurgicale [7].

Toutes les lésions bénignes décrites chez la femme peuvent également se rencontrer chez l’homme et sont d’aspect similaire (Figure 11, Figure 12, Figure 13) [1, 8] : cytostéatonécrose, hyperplasie stromale pseudo-angiomateuse (souvent associée à une gynécomastie), papillomes, ganglions intramammaires, lésions inflammatoires…



Figure 11


Figure 11. 

Nodule inflammatoire sous-cutané sans cellule tumorale chez un patient de 75ans insuffisant rénal chronique. Mammographie de face du sein droit : masse externe ovalaire dense, de contours circonscrits.

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Figure 12


Figure 12. 

Calcification bénigne : a : mammographie oblique du sein droit ; b : mammographie oblique du sein gauche : adipomastie bilatérale. Macrocalcification du sein gauche bénigne.

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Figure 13


Figure 13. 

Adénomégalie axillaire et ganglion intramammaire. Patient porteur d’une dermatite atopique sévère avec multiples adénomégalies : a : mammographie du sein droit oblique : volumineuse adénomégalie axillaire ; b : mammographie du sein gauche oblique : masse ovalaire dense de contours circonscrits correspondant en anatomopathologie à un ganglion intramammaire de lymphadénite dermatopathique ; c : échographie du creux axillaire droit : adénomégalie présentant un épaississement cortical ; d : échographie du sein gauche, région paramamelonnaire : masse hypo-échogène ovalaire de contours circonscrits sans atténuation des faisceaux postérieurs (ganglion intramammaire de lymphadénite dermatopathique).

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Lésions malignes

Les métastases dans le sein de lésions extra-mammaires sont rares. Elles proviennent le plus souvent de cancers du poumon, de la prostate, de mélanome, de lymphome. Elle sont volontiers multiples, de forme ronde, bien limitées (Figure 14) [7].



Figure 14


Figure 14. 

Métastases ganglionnaire d’un mélanome du bras gauche chez un patient de 64ans. Mammographie oblique du sein gauche : deux masses rondes : une masse rétromammelonnaire dense à contours microlobulés, et une masse dans le quadrant supéro-externe moins dense, de contours postérieurs flous.

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Conclusion

La plupart des symptômes mammaires chez l’homme correspondent à des processus bénins (gynécomastie, adipomastie) qui peuvent être suspectés sur l’histoire et l’examen clinique. L’imagerie peut alors conforter le diagnostic mais apporte peu d’information diagnostique supplémentaire. Le diagnostic de lésion maligne est souvent évident en clinique et l’apport de l’imagerie préopératoire n’est pas établi.

Il n’existe pas actuellement de consensus sur les indications d’imagerie devant une anomalie du sein chez l’homme, ni sur le type d’examen à réaliser en première intention. L’échographie peut aider au diagnostic de gynécomastie suspecté à l’examen clinique, en particulier chez les patients jeunes, mais il n’y a pas à notre connaissance d’évaluation de l’échographie seule ou en première intention devant une anomalie clinique. La mammographie ne devrait pas être réalisée de façon systématique mais doit être réservée aux patients pour lesquels le diagnostic clinique est incertain, et pour lesquels plusieurs diagnostics sont possibles. Elle permet dans la très grande majorité des cas de différencier la gynécomastie des lésions malignes [1]. Elle doit être réalisée de façon bilatérale, car les facteurs prédisposant à la gynécomastie et au cancer affectent les deux seins [1]. L’imagerie a également un intérêt pour guider les biopsies, pour le bilan d’extension local des lésions malignes et la recherche d’adénomégalies axillaires si la technique du ganglion sentinelle est envisagée. Le compte rendu du bilan d’imagerie peut se présenter comme celui de l’imagerie de la femme, en utilisant la classification de l’ACR des images en fonction du degré de suspicion de leur caractère pathologique. Munn propose une conduite à tenir devant la présence d’une lésion palpable du sein chez l’homme [22] :

les patients présentant une masse volumineuse, une ulcération ou des phénomènes inflammatoires doivent bénéficier d’une biopsie d’emblée ;
pour les patients dont la clinique est évocatrice de gynécomastie : s’ils sont âgés de moins de 40ans, et sans facteur de risque de cancer du sein, l’imagerie n’est pas nécessaire. Si le patient a plus de 40ans ou présente des facteurs de risque de cancer du sein, une mammographie sera réalisée pour confirmer une gynécomastie ou adipomastie ;
pour les patients présentant une masse indurée ou ferme non typique de gynécomastie, la mammographie peut être utile, et son résultat conditionnera la réalisation de prélèvements. Si le patient a plus de 40ans et/ou des facteurs de risque, une biopsie peut être indiquée d’emblée avec ou sans bilan d’imagerie.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.


 Ne pas utiliser, pour citation, la référence française de cet article, mais celle de l’article original paru dans Diagnostic and Interventional Imaging , en utilisant le DOI ci-dessus.

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