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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 36, n° 1
pages 12-18 (janvier 2013)
Doi : 10.1016/j.jfo.2012.04.017
Received : 3 December 2011 ;  accepted : 10 April 2012
Néovaisseaux choroïdiens du myope fort naïfs traités par injections intravitréennes de bévacizumab : résultats à plus de 12 mois
Intravitreal injection of bevacizumab for naive myopic choroidal neovascularization: 19-month results
 

F. De Bats , J.-D. Grange, P. Denis, L. Kodjikian
Service d’ophtalmologie, hôpital de la Croix-Rousse, 103, Grande-Rue de la Croix-Rousse, 69317 Lyon cedex 4, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

La myopie forte est la première cause de néovascularisation choroïdienne chez les patients de moins de 50ans. Malgré l’absence d’étude prospective, l’injection intravitréenne d’anti-VEGF est largement utilisée dans cette indication. Le but de ce travail est d’évaluer l’efficacité du bévacizumab en injections intravitréennes utilisé en première intention pour le traitement de néovaisseaux choroïdiens rétro- et juxtafovéolaires du myope fort.

Patients et méthodes

Nous rapportons les résultats d’une étude rétrospective incluant les patients myopes forts atteints de néovaisseaux rétro- et juxtafovéolaires traités en première intention par injections intravitréennes de 1,25mg (0,05 cm3) de bévacizumab ou Avastin® à l’hôpital de la Croix-Rousse, Lyon, entre janvier 2009 et juin 2010. La visite initiale comportait pour chaque patient un interrogatoire à la recherche d’un syndrome maculaire, une mesure de l’acuité visuelle, une mesure de la pression intraoculaire, un fond d’œil, une angiographie à la fluorescéine et une optical coherence tomography (OCT) maculaire. Les patients étaient suivis chaque mois et retraités en cas de persistance ou récidive de l’exsudation néovasculaire.

Résultats

Huit yeux de huit patients présentant un néovaisseau choroïdien naïf de tout traitement ont été traités et suivis au minimum 12 mois avec un suivi moyen de 19 mois. L’âge moyen des patients était de 49ans avec une erreur réfractive moyenne de −11 dioptries. Dans 75 % des cas, une fibrose du néovaisseau a été obtenue à 12 mois pour une moyenne de trois injections. À un an, tous les patients sauf un avaient stabilisé ou amélioré leur vision. Les métamorphopsies avaient disparu dans plus de 50 % des cas après la première injection et dans 100 % des cas à un an. Aucun effet indésirable n’a été constaté au cours du suivi.

Conclusion

Dans ce travail, l’injection intravitréenne de bévacizumab ou Avastin® semble efficace et bien tolérée dans le traitement des néovaisseaux choroïdiens rétro- et juxtafovéolaires naïfs du myope fort. Il persiste, cependant, de nombreuses incertitudes quant à l’utilisation hors AMM des anti-VEGF dans cette indication. Des études prospectives à grande échelle pourront peut-être, un jour, nous apporter des réponses plus précises.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Purpose

The purpose of this study was to evaluate the efficacy and safety of bevacizumab in the first-line treatment of myopic choroidal neovascularization.

Patients

We report a retrospective study of patients with subfoveal or juxtafoveal choroidal neovascularization associated with pathologic myopia treated with intravitreal injection of bevacizumab in Lyon, France, from January 2009 to June 2010. Best-corrected visual acuity, ocular pressure, fundus examination, optical coherence tomography, and fluorescein angiography were performed for each patient at baseline and monthly. Indications for retreatment were persistent or recurrence of exsudative activity.

Results

The study included eight eyes of eight patients. The mean follow-up time was 19 months. The mean number of intravitreal injections was three at the end of the first year. Six patients maintained or improved their vision. No injection complications or drug-related side effects were noted during the follow-up period.

Conclusions

In this study, intravitreal injection of bevacizumab seems to be a safe and effective treatment for myopic choroidal neovascularization.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Bévacizumab, Myopie, Anti-VEGF, Néovascularisation, Dégénérescence maculaire

Keywords : Bevacizumab, Myopia, Anti-VEGF, Neovascularization, Macular degeneration


Introduction

La myopie forte est la première cause de néovascularisation choroïdienne chez les patients âgés de moins de 50ans. Cette complication néovasculaire concerne 5 à 10 % des patients myopes forts [1]. Il s’agit d’une néoangiogenèse choroïdienne dont la croissance est pré-épithéliale. Le pronostic à long terme est sévère avec une baisse d’acuité visuelle essentiellement due à l’apparition d’une atrophie rétinienne périlésionnelle. Dès l’an 2000, la photothérapie dynamique (PDT) permet un traitement adapté des néovaisseaux choroïdiens rétrofovéolaires inaccessibles à une photocoagulation laser. Cependant, les résultats à un an très prometteurs de l’étude VIP ne sont pas confirmés aux deux ans de suivi [2].

Depuis 2005, l’utilisation des anti-VEGF a révolutionné la prise en charge des patients présentant une dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) exsudative rétrofovéolaire. Pour la première fois, les patients traités par ranibizumab ou Lucentis® regagnent des lignes d’acuité visuelle [3, 4]. Un autre anti-VEGF, le bévacizumab ou Avastin®, sans AMM dans cette indication, est aussi largement utilisé dans la DMLA, notamment par nos confrères américains. Les résultats à un an de la CATT study américaine montrent une non-infériorité de l’Avastin® versus le Lucentis® en termes de gain d’acuité visuelle dans le traitement de la DMLA exsudative [5]. Depuis quelques années, l’utilisation de ces deux molécules a été étendue, hors AMM, à de nombreuses pathologies oculaires se compliquant de néovascularisation choroïdienne, notamment la myopie forte. La littérature rapporte des résultats anatomiques et fonctionnels très prometteurs dans cette indication [6, 7, 8]. Cependant, l’absence d’étude prospective randomisée sur l’utilisation des anti-VEGF dans le traitement des néovaisseaux du myope fort laisse de nombreuses questions en suspens : quelle molécule anti-VEGF doit-on injecter : ranibizumab ou bévacizumab ? Quelle est la dose adéquate à injecter ? Quel est le meilleur schéma thérapeutique et protocole de retraitement des patients ? Le but de ce travail est d’évaluer, de façon rétrospective, l’efficacité et la tolérance des injections intravitréennes de bévacizumab en première intention dans le traitement des néovaisseaux choroïdiens naïfs du myope fort.

Patients et méthode

Nous avons inclus pour cette étude rétrospective tous les patients myopes forts consultant pour la première fois, entre janvier 2009 et juin 2010 dans le service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon pour un néovaisseau choroïdien naïf, extra- ou juxtafovéolaire. Les patients présentant un néovaisseau choroïdien extrafovéolaire accessible à un traitement par laser, une autre pathologie oculaire susceptible de se compliquer de néovascularisation choroïdienne ou une contre-indication au traitement par bévacizumab (examen cardiologique réalisé dans le bilan initial systématique) ont été exclus. Un examen clinique et paraclinique initial complet, réalisé pour chaque patient, permettait de poser le diagnostic de néovascularisation choroïdienne secondaire à la myopie forte. Cet examen comportait un interrogatoire recherchant un syndrome maculaire, une mesure de la meilleure acuité visuelle corrigée, une mesure de la pression intraoculaire et un examen du fond d’œil. Une tomographie en cohérence optique ou optical coherence tomography (OCT) (Cirrus HD-OCT, Carl Zeiss Meditec, Inc) était réalisée à chaque visite à la recherche d’un néovaisseau choroïdien et de signes exsudatifs associés. Une angiographie à la fluorescéine (HRA Heidelberg) était aussi réalisée de façon systématique à la visite initiale puis à la demande de l’examinateur au cours du suivi pour rechercher une diffusion du néovaisseau. Les injections intravitréennes de 1,25mg de bévacizumab étaient réalisées selon les recommandations de l’Afssaps après information du patient sur l’utilisation hors AMM de cette molécule. Les bénéfices et risques de ce traitement étaient expliqués et un consentement devait être signé par chaque patient inclus.

Chaque patient était examiné après la première injection à j8, puis de façon systématique après chaque injection à M1.

Après la réalisation de la première injection de bévacizumab, les patients étaient revus chaque mois. Un retraitement était décidé en cas de persistance ou de récidive du néovaisseau sur l’examen clinique (syndrome maculaire persistant ou récidivant, baisse d’acuité visuelle) et sur l’imagerie maculaire : OCT (réapparition ou persistance de fluide et/ou augmentation de l’épaisseur rétinienne de plus de 50μm) et/ou angiographie à la fluorescéine si elle était réalisée (diffusion du néovaisseau).

Résultats

Les principales caractéristiques initiales et de suivi des huit patients inclus sont résumées dans le Tableau 1. Au total, huit yeux de huit patients, se présentant entre janvier 2009 et juin 2010 pour un néovaisseau choroïdien du myope fort naïf de tout traitement ont été suivis et traités dans le service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon. Tous les patients ont été suivis au minimum un an avec un suivi moyen de 19 mois. Les patients étaient en majorité de sexe féminin (sept femmes et deux hommes), âgés en moyenne de 49ans (de 30 à 70ans). Tous les patients étaient myopes forts avec une erreur réfractive moyenne de −11 dioptries. Deux patients sur sept avaient un antécédent de complication néovasculaire sur l’œil controlatéral avec une acuité visuelle résiduelle inférieure à la cécité légale. Trois patients avaient un antécédent de chirurgie oculaire : une chirurgie réfractive par Lasik et deux chirurgies de cataracte sans complication. Aucun de ces patients myopes forts n’avait d’antécédent de décollement de rétine, d’hypertonie intraoculaire ou de glaucome chronique. La plainte fonctionnelle datait en moyenne de trois mois avant la première consultation. Une patiente avait présenté les premiers symptômes maculaires alors qu’elle était enceinte et avait préféré attendre la fin de sa grossesse et de son allaitement maternel pour consulter (retard diagnostique et thérapeutique de 18 mois). La plainte fonctionnelle initiale était dominée par des métamorphopsies. L’angiographie à la fluorescéine retrouvait les signes classiques de néovascularisation choroïdienne visible du myope fort avec une petite lésion hyperfluorescente rétro- ou juxtafovéolaire dès les temps précoces diffusant de façon modérée aux temps tardifs. Le néovaisseau choroïdien était dans tous les cas de petite taille, toujours inférieur à un diamètre papillaire. L’OCT maculaire mettait en évidence le néovaisseau comme une lésion hyperréflective pré-épithéliale avec souvent peu de signes exsudatifs associés (Figure 1). Un décollement séreux rétinien accompagnait rarement le néovaisseau. On retrouvait une augmentation de l’épaisseur maculaire centrale initiale chez tous les patients, en moyenne de 310μm.



Figure 1


Figure 1. 

Patiente no 1 : aspect angiographique à la fluorescéine aux temps précoces et tardifs à la visite initiale j0 (premier rang) et OCT maculaire à acuité visuelle (deuxième rang) date de la première injection de bévacizumab, M1 (troisième rang) et M12 (quatrième rang). La lésion est stabilisée à un an sans aucun signe exsudatif associé.

Zoom

Au terme de la première année de suivi, la lésion était contrôlée dans 75 % des cas pour une moyenne de 3,4 injections de bévacizumab. Deux patients ont eu besoin d’injections supplémentaires après la première année de suivi.

Le traitement par injection intravitréenne de bévacizumab a permis un gain moyen de deux lignes ETDRS à 12 mois (augmentation de l’acuité visuelle moyenne de loin de 0,7 à 0,5 équivalent Log MAR à 12 mois et de l’acuité visuelle moyenne de près de 0,7 à 0,6 équivalent Log MAR à 12 mois). Quatre-vingt-cinq pourcent des patients ont stabilisé ou amélioré leur vision à un an et 50 % des patients ont gagné plus de trois lignes à un an (ou en équivalent Log MAR une perte de ≥ 0,3). Les métamorphopsies ont disparu dans plus de 50 % des cas après la première injection et dans 100 % des cas à un an. Le traitement par bévacizumab a montré une réduction de l’épaisseur maculaire centrale moyenne de 310 à 294μm à un an (non cliniquement significative car inférieure à 50μm). Un décollement séreux rétinien persistait à un an chez un seul patient. La fibrose du néovaisseau sans aucun signe exsudatif à l’OCT était retrouvée chez 75 % des patients à un an. On ne retrouvait aucune atrophie périlésionnelle autour du néovaisseau après un an de suivi et de traitement par bévacizumab. La pression intraoculaire était normale chez tous les patients au terme du suivi, sans aucun épisode d’hypertonie oculaire.

Discussion

La PDT étudiée de façon prospective et à grande échelle dans l’étude VIP est actuellement le seul moyen valide dont nous disposons pour traiter les néovaisseaux choroïdiens rétrofovéolaires du myope fort. Cependant, les résultats à un an de l’étude VIP montrant une stabilisation de la vision des yeux traités par PDT comparativement au placebo ne se sont pas confirmés après deux ans de suivi. En effet, 58 yeux traités (72 %) comparés à 17 yeux (44 %) placebo ont perdu moins de huit lettres après un an de suivi. En revanche, à deux ans il n’y a plus de différence statistiquement significative entre la PDT et le groupe placebo [2].

Les injections intravitréennes d’anti-VEGF, hors AMM dans cette indication, semblent être une alternative thérapeutique très intéressante au traitement des néovaisseaux survenant chez le myope fort. Ces molécules ont révolutionné le traitement de la DMLA exsudative depuis quelques années en diminuant la croissance et la perméabilité des néovaisseaux choroïdiens. Deux molécules sont principalement utilisées : le ranibizumab ou Lucentis® et le bévacizumab ou Avastin®, qui n’a pas d’AMM en ophtalmologie. Depuis plusieurs années, le bévacizumab est largement utilisé dans de nombreuses pathologies oculaires néovasculaires et notamment dans la DMLA. L’Avastin® est une alternative au traitement de la DMLA exsudative, utilisée depuis 2005 aux États-Unis. De nombreuses études et récemment, la CATT study américaine, prospective et contrôlée, ont montré son efficacité et sa tolérance dans le traitement de la DMLA [5]. Parallèlement, de nombreux ophtalmologistes se sont intéressés à son utilisation dans le traitement des néovaisseaux choroïdiens liés à la myopie forte. La littérature rapporte plusieurs travaux montrant une bonne efficacité anatomique et fonctionnelle ainsi qu’une bonne tolérance oculaire et systémique de la molécule Avastin® en intravitréen in vitro et in vivo. Dès 2005, Nguyen et al., sont les premiers à décrire l’intérêt du bévacizumab dans le traitement des néovaisseaux du myope fort et le rôle du VEGF dans la physiopathologie de ces néovaisseaux [9]. De même, en 2008, Chan et al. montrent une baisse du taux du VEGF dans l’humeur aqueuse de patients myopes forts ayant reçu une injection intravitréenne d’Avastin® et une augmentation du taux du pigment epithelial-derived factor (PEDF) [10].

Notre étude, rétrospective, rapporte une efficacité en termes de gain d’acuité visuelle et une tolérance satisfaisante du bévacizumab 1,25mg dans le traitement des néovaisseaux choroïdiens du myope fort sur huit patients traités et suivis pendant plus de 12 mois. Les résultats en termes de gain d’acuité visuelle n’étaient pas influencés par le jeune âge des patients contrairement à ceux de la PDT dans l’étude VIP [2]. Compte tenu du petit échantillon de patients de cette étude, nous ne pouvons pas conclure sur la tolérance de cette molécule. Le suivi moyen de nos patients était de 19 mois (de 12 à 36 mois) avec une moyenne de 3,4 injections à un an. Ces résultats sont cohérents avec les données de la littérature. En 2010, Gharbiya et al., retrouvent des résultats comparables dans leur étude prospective sur 20 yeux, avec une efficacité de l’Avastin® en termes d’acuité visuelle et de diminution de l’épaisseur maculaire centrale pour une moyenne de quatre IVT la première année. Leurs résultats seront confirmés à deux ans [11]. Yamamoto et al., dans leur série rétrospective de 11 yeux traités par bévacizumab 1,25mg, ont montré une efficacité en termes d’acuité visuelle après un suivi moyen de 153jours. Seulement trois des 11 yeux ont reçu deux injections, les autres ont reçu une seule injection [12].

Comme dans la littérature, nous n’avons pas retrouvé d’effets secondaires oculaires ou systémiques chez nos patients [13, 14, 15, 16]. En effet, il n’y a pas eu de déchirure rétinienne iatrogène ou de décollement rétinien secondaire chez ces patients à risque. Aucun cas d’hypertonie intraoculaire ou inflammation intraoculaire n’a été retrouvé tout au long du suivi. Ce travail, malgré son petit échantillon de patients, se rajoute à la littérature et renforce l’utilisation des anti-VEGF dans cette indication. En effet, nous ne disposons pas, à ce jour, de données à grande échelle concernant le traitement par injection d’anti-VEGF des néovaisseaux du myope fort.

Il persiste de nombreuses questions concernant les modalités d’utilisation des anti-VEGF dans cette indication. Ce travail nous amène à discuter certaines questions sur leur utilisation.

Quelle molécule anti-VEGF choisir pour le traitement de ces néovaisseaux du myope fort : Lucentis® ou Avastin® ?

Nous avons à notre disposition deux molécules, le Lucentis® et l’Avastin®, qui n’ont pas d’AMM dans cette indication mais dont les résultats en termes d’efficacité semblent comparables. Notre travail, même s’il est réalisé sur un petit nombre de patients, montre une bonne efficacité et tolérance de l’Avastin® dans cette indication. La littérature rapporte des résultats comparables en termes d’efficacité et de tolérance pour l’Avastin® ou le Lucentis®. En effet, en 2010, Cornut et al., sur une série prospective de sept patients myopes forts traités par ranibizumab, retrouvent une efficacité en termes de gain d’acuité visuelle à 12 mois pour une moyenne de 1,5 injections [17]. De même, Ouhadj et al. retrouvent chez 40 patients, une efficacité similaire avec 2,2 injections en moyenne de Lucentis® sur un suivi moyen de huit mois [18]. Oubraham et al. rapportent chez 21 patients traités par ranibizumab un gain d’acuité visuelle de plus de trois lignes avec un suivi de 12 mois [19]. La littérature ne rapporte aucun effet secondaire sévère après l’injection intravitréenne de ranibizumab ou bévacizumab dans cette indication. Gharbiya et al., dans une étude prospective, retrouvent une efficacité similaire entre le bévacizumab et le ranibizumab dans cette indication [20]. Comme dans le traitement de la DMLA, il existe une différence de coût importante entre ces deux traitements surtout si l’on traite plusieurs patients le même jour avec le même flacon d’Avastin®. Cependant, dans cette pathologie du myope fort, l’enjeu financier n’est pas le même que dans la DMLA exsudative puisqu’il s’agit de néovaisseaux nécessitant classiquement moins de retraitements.

Quelle est la dose d’anti-VEGF à injecter chez ces patients myopes forts dont la longueur axiale est supérieure à la normale ? : 0,5mg de ranibizumab et 1,25mg de bévacizumab ou plus ?

Aujourd’hui, il n’existe pas de consensus sur la dose de bévacizumab à injecter puisque nous ne disposons pas d’étude à grande échelle. Si l’on admet que les yeux myopes forts sont de plus grand volume que les yeux traités pour DMLA, alors à dose égale injectée, la concentration de la molécule active est plus faible dans les yeux myopes. Il semble donc pertinent d’étudier l’efficacité d’une dose d’anti-VEGF supérieure. En 2009, Wu et al. ont étudié l’efficacité d’une dose élevée de bévacizumab à 2,5mg sur huit yeux myopes forts. Ils retrouvaient un gain d’acuité visuelle de plus de trois lignes chez tous les patients avec seulement 1,4 injections en moyenne à un an sans aucun effet secondaire lié à la dose élevée [21]. Il est donc possible que l’injection d’une dose élevée compense un effet de dilution des anti-VEGF dans ces « grands yeux ». Notre travail montre une bonne efficacité du bévacizumab 1,25mg mais avec un nombre de retraitements supérieur à ceux de Wu et al. (3,4 injections en moyenne à 12 mois). À l’inverse, Sakaguchi et al. ont étudié l’efficacité d’une faible dose de bévacizumab 1mg. Ils rapportent aussi une amélioration visuelle de deux lignes ou plus dans six yeux sur huit. Cependant dans cette étude, le suivi n’est que de quatre mois donc il est difficile de conclure sur le long terme [22].

Quel est le suivi de ces patients ? Nécessitent-ils un suivi mensuel strict ?

Dans ce travail, un seul patient a perdu de l’acuité visuelle à 12 mois. Une hypothèse est le non-suivi mensuel de ce patient pendant plus de six mois après sa première injection, alors que le néovaisseau n’était probablement pas stabilisé. Les données de la littérature renforcent l’intérêt du suivi mensuel de ces patients comme dans la DMLA exsudative. Malgré qu’il soit classique de moins réinjecter les patients myopes forts que ceux atteints de DMLA, cela ne les dispense en aucun cas d’un suivi régulier et mensuel. Le retraitement est d’autant plus efficace qu’il est réalisé au plus tôt après la récidive exsudative, c’est-à-dire avant que la rétine ne soit endommagée. Cela n’est possible que si le patient est revu de façon régulière et rapprochée.

La phase d’induction de trois injections initiales mensuelles est-elle nécessaire comme dans la DMLA exsudative ?

Dans notre travail, les patients n’avaient pas de protocole d’induction obligatoire. Tous les patients avaient une injection d’Avastin® initiale puis étaient retraités en fonction de la clinique et de l’OCT sur leur suivi mensuel. Contrairement à la DMLA, où la phase d’induction par trois injections mensuelles d’anti-VEGF a montré son efficacité (étude PRONTO) [23], il n’existe pas de protocole validant cette dose d’induction chez le myope fort. En 2011, Wakabayashi et al. confirment l’absence de bénéfice de cette phase d’induction initiale de bévacizumab dans le traitement des néovaisseaux du myope fort [24]. De même pour le ranibizumab, Cornut et al. montrent un gain d’acuité visuelle à un an sans phase d’induction initiale [17]. En effet, la physiopathologie de la DMLA et de la myopie forte sont différentes pouvant entraîner une cinétique d’efficacité différente des anti-VEGF dans ces deux maladies. La néovascularisation choroïdienne du myope fort est un phénomène aigu, focal, souvent associé à une rupture de la membrane de Brüch contrairement à la DMLA qui est une maladie chronique, diffuse et qui nécessite souvent plus de retraitements.

Une dernière question concerne l’utilisation des anti-VEGF chez la femme enceinte myope forte présentant un néovaisseau rétrofovéolaire ?

Cette situation est d’autant plus fréquente que cette pathologie touche des patientes plus jeunes et en âge de procréer que dans la DMLA. Dans notre travail, une des patientes, enceinte au moment du diagnostic, n’avait pas été traitée pendant sa grossesse et son allaitement. Ce retard de prise en charge peut entraîner des lésions irréversibles rétiniennes. Lors de l’initiation d’un traitement anti-VEGF chez une femme en âge de procréer présentant un néovaisseau choroïdien, il est classique d’introduire un traitement contraceptif. Cependant, quelle est l’attitude thérapeutique à adopter face à une femme qui présente un néovaisseau choroïdien rétrofovéolaire pendant sa grossesse ? À ce jour, compte tenu de l’absence de données de pharmacovigilance et du caractère potentiellement tératogène des anti-VEGF, la PDT reste peut-être le traitement à proposer. Cependant, ce choix est difficile puisque l’utilisation de la visudyne est contre-indiquée chez la femme enceinte. Une information du patient avec prise en compte des bénéfices et risques de chaque traitement et signature d’un consentement éclairé devront être réalisées. Il faut toujours informer ces patientes du caractère urgent de la prise en charge de ces néovaisseaux pour ne pas laisser s’installer des lésions rétiniennes irréversibles.

Conclusion

Cette étude malgré son petit échantillon de patients, en accord avec les résultats de la littérature, montre une efficacité du traitement des néovaisseaux du myope fort par Avastin® en termes de gain d’acuité visuelle. Nous n’avons pas rapporté d’effets secondaires systémiques et oculaires secondaires à l’injection intravitréenne de bévacizumab (Avastin®) à plus d’un an de suivi. Compte tenu du petit échantillon de patient, nous ne pouvons pas conclure sur la tolérance de cette molécule. De plus, il persiste à ce jour de nombreuses incertitudes quant à la place et les modalités thérapeutiques de ces anti-VEGF et notamment de l’Avastin®, hors AMM, dans cette indication. La mise en place d’études prospectives, à grande échelle, sur l’usage des anti-VEGF dans le traitement des néovaisseaux choroïdiens du myope fort pourrait nous apporter des réponses plus précises. Nous commençons à voir apparaître de nouvelles molécules anti-angiogéniques pour le traitement de la DMLA, par exemple le VEGF-Trap®. Dans un avenir proche, celles-ci auront peut-être aussi un intérêt chez le patient myope fort ?

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.

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