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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 36, n° 1
pages 5-11 (janvier 2013)
Doi : 10.1016/j.jfo.2012.06.017
Received : 10 December 2011 ;  accepted : 1 June 2012
Apport du bilan des anomalies de la coagulation et de la fibrinolyse dans les occlusions de la veine centrale de la rétine chez les sujets de moins de 60ans
Evaluation of coagulopathies and fibrinolytic abnormalities in central retinal vein occlusion in patients under 60years of age
 

S. Tea a, , M. Barrali a, E. Racadot b, B. Delbosc a
a Service ophtalmologie, centre hospitalier universitaire Jean-Minjoz, 3, boulevard Alexandre-Fleming, 25030 Besançon cedex, France 
b Laboratoire de thérapeutique immuno-moléculaire, EFS Bourgogne Franche-Comté, 1, boulevard Fleming, BP 1937, 25030 Besançon cedex, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Objectif

Évaluer l’intérêt du bilan des facteurs de la coagulation et de la fibrinolyse chez les sujets de moins de 60ans ayant une occlusion de la veine centrale de la rétine (OVCR).

Patients et méthode

Étude observationnelle et prospective de 21 cas d’OVCR comparés à un groupe de 23 témoins apparié pour l’âge et le sexe. Facteurs étudiés : cholestérol, tension artérielle, facteurs VIII, IX, et XI, homocystéine, antithrombine III, protéines C et S, protéine Z et anticorps anti-protéine Z, anticorps antiphospholipides, résistance à la protéine C activée, mutations du facteur V et de la prothrombine, polymorphisme du facteur XIII, mutations de la MTHFR, polymorphismes du PAI-1 et du t-PA.

Résultats

La fréquence de l’hyperhomocystéinémie était significativement plus élevée dans le groupe OVCR (p =0,018). L’élévation du facteur VIII était significativement plus élevé dans le groupe OVCR au moment du diagnostic (p =0,018) mais était non significative à un mois (p =0,1). La fréquence d’hypercholestérolémie était plus élevée dans le groupe OVCR (42,8 % versus 17,4 %, p =0,09). La fréquence d’hypertension artérielle était de 38 % dans le groupe OVCR. Les autres facteurs de thrombophilie étaient rares. Il n’avait pas de différence significative pour les anomalies héréditaires de la fibrinolyse.

Discussion et conclusion

Parmi les facteurs de la coagulation étudiés, l’hyperhomocystéinémie apparaît comme un facteur de risque d’OVCR du sujet de moins de 60ans. En revanche, les polymorphismes des facteurs de la fibrinolyse ne semblent pas intervenir dans cette population.

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Summary
Purpose

To investigate the association of thrombophilic and fibrinolytic factors with central retinal vein occlusion (CRVO) in patients under 60years of age.

Materials and methods

A prospective, observational study of 21 patients with CRVO compared with an age- and sex-matched control group of 23 volunteers was performed. All participants were tested for: cholesterol, hypertension, factors VIII, IX, and XI, homocysteine, antiphospholipid antibodies, antithrombin III, proteins C and S, protein Z and protein Z antibodies, resistance to activated protein C, factor V Leiden mutation, prothrombin mutation, MTHFR genotypes, plasminogen activator inhibitor-1 (PAI-1) and tissue plasminogen activator (t-PA) polymorphisms.

Results

There was a significantly higher rate of hyperhomocysteinemia (23.8% versus 0%, P =0.018) in CRVO patients. Increased level of factor VIII was more common in the CRVO group at diagnosis (23.8% versus 0%, P =0.018) but no significant difference was observed after one month (P =0.1). Hypercholesterolemia was more common in the CRVO group (42.8% versus 17.4%, P =0.09). Thirty-eight percent of patients with CRVO were hypertensive. Frequencies of other hypercoagulable states were rare. No significant differences were observed for hereditary fibrinolytic abnormalities.

Discussion and conclusion

Among the coagulopathies studied, hyperhomocysteinemia appears to be a risk factor for central retinal vein occlusion in patients under 60years of age. Conversely, polymorphisms of fibrinolytic factors do not appear to play a role in this population.

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Mots clés : Occlusion veine centrale de la rétine, Hyperhomocystéinémie, Coagulation, Fibrinolyse

Keywords : Central retinal vein occlusion, Thrombophilia, Fibrinolysis, Hyperhomocysteinemia


Introduction

L’occlusion de la veine centrale de la rétine (OVCR) est une pathologie complexe impliquant de multiples facteurs étiologiques. Plus fréquente chez le sujet âgé, 7,9 à 19,8 % des OVCR se produisent chez les personnes de moins de 50ans [1]. Certains auteurs considèrent même l’OVCR du sujet jeune comme une entité à part entière [1, 2]. Si les facteurs de risque traditionnels de l’OVCR sont l’hypertension artérielle, le diabète, l’hyperlipidémie, le glaucome et l’athérosclérose, chez les sujets jeunes, il est malgré tout difficile de déterminer les facteurs favorisants [2]. Les études précédentes qui ont analysés les facteurs de thrombophilie dans l’OVCR des sujets jeunes retrouvent des résultats contradictoires [3, 4, 5, 6, 7]. L’association entre l’hypofibrinolyse et l’OVCR a déjà été évoquée dans quelques articles, mais non étudiée spécifiquement dans cette population [8, 9]. Le but de notre étude est de déterminer l’apport du bilan des anomalies constitutionnelles et acquises de la coagulation ainsi que des anomalies de la fibrinolyse dans la prise en charge des OVCR des sujets de moins de 60ans.

Patients et méthode

Nous avons réalisé une étude cas-témoins prospective et observationnelle entre novembre 2008 et novembre 2010 des cas d’OVCR survenus avant l’âge de 60ans. Vingt et un patients ont été inclus dans cette étude et ont été comparés à un groupe de 23 sujets sains apparié pour l’âge et le sexe. Aucun témoin n’a eu d’antécédent de thrombose veineuse profonde personnelle ou familiale. Le diagnostic d’occlusion de la veine centrale de la rétine a été déterminé par la présence d’œdème papillaire, d’hémorragies rétiniennes, de veines dilatées dans les quatre quadrants, et confirmé par l’angiographie à la fluorescéine. Les données relevées comprenaient : l’âge, le sexe, les antécédents personnels et familiaux, le tonus oculaire, le traitement général lors de la découverte de l’OVCR, la présence d’une hypertension artérielle par enregistrement d’un holter tensionnel et le bilan lipidique.

Les éléments biologiques analysés comprenaient :

anomalies constitutionnelles de la coagulation : antithrombine III (ATIII), protéine C (PC), protéine S (PS), résistance à la protéine C activée (RPCA), mutation du facteur V de Leiden, mutation 20210A du facteur II, mutation C667T et A1298C du gène codant pour la méthyltétrahydrofolate-réductase (MTHFR), polymorphisme du facteur XIII ;
anomalies acquises de l’hémostase : homocystéine, facteur VIII, facteur IX, facteur XI, anticorps anti-cardiolipines, anticorps anti-phospholipides (anticorps anti-bêta2 glycoprotéine 1, anticorps anti-prothrombine, anticorps anti-annexine V, anticorps anti-phospholipides anioniques et neutres, anticorps anti-coagulants circulants, anticorps anti-phospholipides), protéine Z, anticorps anti-protéine Z ;
anomalies génétiques de la fibrinolyse : polymorphisme de l’inhibiteur du plasminogène activé de type 1 (PAI-1) et du facteur tissulaire du plasminogène activé (t-PA).

Les analyses génétiques ont été effectuées après recueil du consentement écrit du patient (conformément au décret no 2000-570 du 23/06/2000 encadrant les analyses génétiques). Nous avons utilisé le test exact de Fisher et le logiciel de statistique R pour déterminer la présence de différences entre les deux groupes. p <0,05 était considéré comme statistiquement significatif.

Résultats

Nous avons inclus 21 patients malades comprenant 14 hommes (66 %) et sept femmes (33 %) et 23 témoins comprenant 15 hommes (65 %) et huit femmes (35 %) (Tableau 1). La moyenne d’âge était de 46±10,8ans dans le groupe malade, et de 46±11ans dans le groupe témoin.

Les facteurs VIII, IX et IX ont été considérés élevés si leur taux était supérieur à 150 %. Ils ont été contrôlés à un mois s’ils étaient initialement élevés. Une élévation du facteur VIII a été retrouvée chez cinq patients du groupe OVCR au moment de la thrombose, soit 23,8 % et chez aucun patient témoin sur 21 avec une différence significative entre les deux groupes (p =0,018). Les taux variaient de 156 à 226 %. Le contrôle de ce facteur à un moins retrouvait trois élévations dans le groupe OVCR, soit 14,3 % cette fois sans différence significative (p =0,1). Deux cas d’élévation du facteur IX ont été constatés chez les patients (9,5 %) et un cas chez les témoins (4,3 %) (p =1) qui se sont tous normalisés à un mois. Aucune élévation du facteur XI n’a été constatée dans les deux groupes.

L’hyperhomocystéinémie a été définie par une concentration supérieure à 13μmol/L chez la femme et supérieure à 15μmol/L chez l’homme. Une hyperhomocystéinémie a été notée chez cinq sujets du groupe OVCR (23,8 %) et chez aucun dans le groupe témoin (p =0,018). Sur ces cinq sujets, aucun déficit en vitamine B12 n’a été relevé, un sujet était tabagique, et deux possédaient la mutation C667T à l’état homozygote. Les autres n’avaient pas de facteur d’élévation de l’homocystéine (carence vitaminique, anomalies enzymatiques, insuffisance rénale, tabagisme, traitement antihypertenseur). Aucun anticorps anti-phospholipide n’a été retrouvé dans les deux groupes.

Pour les inhibiteurs de la coagulation, le déficit d’antithrombine III était défini par un taux inférieur à 80 %, le déficit de protéine C par un taux inférieur à 70 % et le déficit de protéine S par un taux inférieur à 60 %. Le déficit en antithrombine III a été constaté chez trois patients du groupe OVCR, soit une prévalence de 14,2 % et chez un témoin, soit une prévalence de 4,3 %. La différence est non significative (p =0,6). Le déficit en protéine C est retrouvé chez un patient du groupe OVCR (5 %) et chez aucun témoin (p =0,47). Aucun déficit en protéine S n’a été retrouvé dans les deux groupes. Un cas de déficit de protéine Z (inférieur à 1μg/mL) a été retrouvé chez un patient du groupe OVCR qui présentait également une élévation des facteurs VIII et XI élevé et chez aucun patient du groupe témoin. Un cas d’anticorps anti-protéine Z chez un patient différent a été constaté et aucun dans le groupe témoin. Deux cas de résistance à la protéine C activée ont été retrouvés parmi les patients malades (9,5 %) et un cas parmi les patients sains (4,3 %) (p =0,6). Ces mêmes sujets avaient une mutation du facteur V Leiden associée. Aucune mutation 20210A de la prothrombine n’a été constatée.

La mutation C667T l’état homozygote de la MTHFR était présente chez deux patients du groupe OVCR (9,5 %) et trois patients du groupe témoin (13,6 %) (p =1). La double hétérozygotie C677T/A1298C de la MTHFR a été retrouvée dans 9,5 % du groupe OVCR (2/21) et dans 34 % (8/23) du groupe témoin (p =0,07). Aucune hyperhomocystéinémie n’y était associée.

Concernant les mutations génétiques de la fibrinolyse, la fréquence de l’allèle 4G à l’état homozygote du PAI-1 était de 24 % chez les patients du groupe OVCR (5/21) et de 27,2 % des patients du groupe témoin (6/22) (p =1). Cinquante-sept pour cent des patients du groupe OVCR avait un polymorphisme 4G/5G du PAI-1 contre 59 % du groupe témoin (p =0,79).

Six patients dans chaque groupe avaient un polymorphisme I/I du t-PA, soit 28,5 % pour le groupe OVCR et 27,2 % pour le groupe témoin (p =1). La fréquence du polymorphisme I/D était de 42,8 % dans le groupe OVCR (n =9/21), versus 59 % dans le groupe témoin (n =13/22) (p =0,54). Pour ces deux polymorphismes, il n’existait pas de différence significative entre les deux groupes.

Une hypercholestérolémie a été retrouvée chez 42,8 % des patients du groupe OVCR (9/21) et chez 17,4 % des témoins (4/23), sans différence significative entre les deux groupes (p =0,09).

Une HTA était présente chez huit des 21 cas d’OVCR (38 %). Une primo découverte d’hypertension artérielle a été réalisée chez six patients parmi les huit diagnostiqués (75 %) dans le groupe OVCR.

Discussion

Il n’existe actuellement aucune recommandation sur les explorations de laboratoire à réaliser dans l’OVCR des sujets jeunes. La plupart des études analysant les facteurs de risque de cette population sont des études rétrospectives avec de faibles effectifs, expliquant la discordance de leurs résultats. Les études prospectives traitant ce sujet sont rares. Dans la littérature, peu d’auteurs ont analysé à la fois les facteurs de thrombophilie et les facteurs d’hypofibrinolyse. Le but de notre étude était de déterminer la place du bilan des anomalies de la coagulation et de la fibrinolyse dans l’OVCR des sujets jeunes.

Dans la coagulation, le facteur VIII joue un rôle central. Son augmentation est un facteur de risque connu de thrombose veineuse, dont cependant la genèse n’est pas clairement établie. On ne sait si cette élévation est due à une augmentation constitutionnelle de sa synthèse, à une augmentation du facteur VIII activé circulant, ou à une phase de réponse aiguë [10]. Une association entre l’OVCR et l’élévation du facteur VIII a été retrouvée par certains auteurs sans toutefois d’analyse spécifique des patients de moins de 60ans [11, 12]. L’élévation du facteur VIII a été constatée dans notre étude (23,8 % des malades versus aucun témoin ; p =0,018) au moment du diagnostic, mais s’est normalisée ensuite dans la plupart des cas (trois cas sur cinq, p =0,1). Ce résultat montre la présence d’un état procoagulant lors de la survenue d’une OVCR et soutient l’hypothèse d’une élévation transitoire aiguë et non constitutionnelle du facteur VIII dans les OVCR du sujet jeune.

La prévalence de l’élévation du facteur IX dans le groupe OVCR était rare (9,5 % contre 4,3 % des témoins, p =1) lors du diagnostic et nulle à un mois. Celle du facteur XI était nulle dans les deux groupes. Ces facteurs ne semblent donc pas influents pour cette population.

L’hyperhomocystéinémie est un facteur de risque bien identifié dans les thromboses veineuses. Les concentrations d’homocystéine sont déterminées par des facteurs environnementaux et génétiques. Parmi les anomalies génétiques impliquées, la mutation C667T de la 5,10-méthylène-tétrahydrofolate réductase (MTHFR) est associée dans un tiers des cas à une hyperhomocystéinémie. Cette mutation, présente à l’état homozygote chez plus de 10 % de la population générale, a été trouvée avec une fréquence plus élevée chez les patients porteurs de maladies vasculaires. Seule la forme homozygote représente un facteur de risque significatif de thromboses veineuses [13]. Dans les OVCR des sujets jeunes, l’association avec l’hyperhomocystéinémie est discutée. Wenzler et al. [14] ont retrouvé une élévation significative de l’homocystéine chez les patients de moins de 50ans (p =0,01). À l’inverse, l’étude de Larsson et al. [15] ne retrouve aucune association entre les OVCR des patients de moins de 50ans et l’hyperhomocystéinémie (p =0,37), ou la mutation de la MTHFR (p =0,34). Dans notre travail, nous avons constaté une augmentation significative de l’homocystéine (23,8 % contre 0 %, p =0,018), et une fréquence de la mutation C667T de la MTHFR sensiblement identique dans les groupes OVCR et témoin (9,5 et 13,6 % ; p =1) ; nous laissant supposer le rôle de l’homocystéine dans la survenue des OVCR de cette population. Selon Parodi, l’hyperhomocystéinémie serait plus un facteur d’athérosclérose qu’un facteur de risque d’OVCR chez les sujets jeunes [16]. Les apports vitaminiques (acide folique, vitamine B12) sont des moyens efficaces et peu coûteux de réduction de l’homocystéinémie, mais leur rôle dans le traitement ou la prévention des OVR reste à démontrer [17].

La mutation A1298C de la MTHFR a également été décrite récemment. Selon Weisberg [18], La double hétérozygotie C677T/A1298C a un effet comparable à la mutation homozygote de C677T sur le taux de l’homocystéine. Elle est présente chez 15 % de la population générale. En revanche, le génotype homozygote ou hétérozygote du polymorphisme A1298C n’influence pas la concentration de l’homocystéine si elle n’est pas associée à la mutation C667T [18]. Cette mutation n’a, à notre connaissance, pas encore été étudiée dans les OVCR. Dans notre étude, la fréquence de la double hétérozygotie était plus importante dans le groupe témoin mais ne différait pas entre les deux groupes (9,5 % contre 34,7 %, p =0,07). Cette mutation ne semble pas jouer de rôle dans la survenue des OVCR de notre population étudiée.

Les « anti-phospholipides » constituent une famille hétérogène d’auto- ou d’allo-anticorps qui regroupe des anticorps détectés par des méthodes immunologiques le plus souvent de type Elisa : anti-cardiolipines, anti-bêta2 glycoprotéine 1 (anti-β2 GP1), anti-phosphatidyl éthanolamine, antiprothrombine et des anticorps mis en évidence par des techniques de coagulation, les anticoagulants circulants de type lupique (lupus anticoagulants ). Le syndrome des anticorps anti-phospholipides est souvent cité dans la pathologie veineuse. Il correspond à l’association d’un type d’anticorps anti-phospholipides (anticoagulant circulant lupique, anti-cardiolipines, et anti-β2 GP1) à au moins une manifestation clinique. Dans les OVCR, les anticorps antiphospholipides ont été cités comme facteurs favorisants, notamment dans la méta-analyse de Janssen et al. [19] comportant sept études cas-témoins ; chez le sujet jeune, cette association a également été retrouvée [20]. Selon Scott et al. [21], les anticorps anti-phospholipides dans les OVCR du sujet jeune représenteraient plus une réponse non spécifique à une lésion vasculaire. Dans notre série, pour tous les patients, la recherche d’anticorps anti-phospholipides s’est avérée négative, contrairement aux données de la littérature. Ce résultat peut être expliqué par l’effectif réduit de nos patients.

Les déficits héréditaires en ATIII, protéines C et S sont des facteurs de risque de maladie thromboembolique veineuse. Dans les études de Larsson et al. [5] et Gottlieb et al. [3] pour les patients de moins de 50ans, et la notre pour les patients de moins de 60ans, la fréquence de ces déficits est rare (trois déficits en ATIII dans le groupe OVCR (14,2 %) versus un témoin, p =0,6 ; un déficit en protéine C dans le groupe OVCR (5 %) contre aucun témoin (p =0,47) ; 0 déficit en protéine S dans les deux groupes). Ces facteurs inhibiteurs de la coagulation n’apparaissent donc pas comme facteurs de risque d’OVCR des sujets jeunes.

La protéine Z est une protéine vitamine K dépendante. Elle intervient comme cofacteur pour l’inactivation du facteur Xa en se liant à la protéase protéine Z-dépendante (ZPI). Des études récentes ont prouvé son rôle dans les thromboses surtout artérielles (accidents vasculaires cérébraux ischémiques, infarctus du myocarde) [22]. Dans les occlusions vasculaires rétiniennes, le rôle du déficit en protéine Z a été étudié par Koren-Michowitz et al. [23], mais sans différencier dans son analyse les atteintes artérielles des atteintes veineuses. Selon les auteurs, le déficit en protéine Z serait un risque majeur d’occlusion vasculaire rétinienne chez les sujets n’ayant pas d’autre facteur de risque de thrombose. Les résultats de notre étude sont discordants. Un cas de déficit en protéine Z et un cas d’anticorps anti-protéine Z dans le groupe OVCR a été constaté, versus aucun cas dans le groupe témoin (différence non significative, p =1). Ces facteurs ne semblent donc pas favoriser la survenue des OVCR des sujets jeunes.

La résistance à la protéine C activée (RPCA), principalement induite par la mutation du facteur V de Leiden, est un facteur de risque de développement de thromboses veineuses profondes. Chez les sujets jeunes, des résultats discordant existent. La prévalence de la résistance à la protéine C activée a été retrouvée par Kuhli et al. [4] plus élevée chez les patients du groupe OVCR avant 50ans (8/47, soit 9,1 % versus 4/83, soit 4,8 % des témoins, p =0,028). Au contraire, pour Gottlieb et al. [3], la prévalence de la RPCA des OVCR des sujets de moins de 50ans est la même que dans la population générale. L’étude de Salaun et al. [7] n’a retrouvé aucun cas chez les moins de 60ans (étude rétrospective de 43 patients). Dans notre étude, la RAPC ne semble pas être un facteur favorisant dans cette population. Deux cas de résistance à la protéine C activée ont été retrouvés parmi les patients du groupe OVCR (9,5 %) et un cas parmi les patients témoins (4,3 %) (p =0,6).

Chez les sujets jeunes, des résultats contradictoires existent dans la littérature concernant le facteur V Leiden. Sa prévalence serait la même chez les sujets de moins de 50ans présentant une OVCR et la population générale selon Gottlieb et al. [3]. Pour Linna et al. [6], Scott et al. [21] et notre étude, le facteur V Leiden n’est pas associé aux OVCR de cette population.

Par une augmentation modérée de la concentration circulante de prothrombine, la mutation G20210A de la prothrombine est responsable de thromboses veineuses profondes. Cette mutation a été peu analysée dans les OVCR [19]. Les données disponibles dans la littérature n’étudient pas spécifiquement les sujets jeunes, mais toutes excluent cette mutation des facteurs de risque d’OVCR. Dans notre étude, aucun cas de mutation n’a été constaté.

Nous avons également étudié parmi les anomalies constitutionnelles de l’hémostase, le polymorphisme Val34Leu du facteur XIII. Ce facteur est une protéine plasmatique stabilisatrice du caillot de fibrine. Son déficit représente un facteur de risque d’hémorragie, de mauvaise cicatrisation et de fausses couches. Le retentissement du polymorphisme Val34Leu sur le risque de thromboses veineuses a été étudié récemment. Ce polymorphisme est dû au remplacement de la valine par la leucine en position 34 du peptide activateur. La présence de ce polymorphisme augmente le taux de facteur XIII activé par la thrombine. Il a été démontré que la mutation homozygote ou hétérozygote Val34Leu serait protectrice pour la survenue d’infarctus du myocarde, de thrombose veineuse profonde et d’embolie pulmonaire, et également un facteur de risque d’hémorragie cérébrale [24]. Une seule étude a évalué jusqu’à maintenant le rôle de cette mutation sur la pathologie vasculaire rétinienne, limitée à l’occlusion de l’artère centrale de la rétine. Ce polymorphisme aurait un rôle protecteur contre l’occlusion artérielle rétinienne [25]. Dans notre expérience, nous n’avons pas retrouvé de fréquence du polymorphisme Val34Leu moins élevée dans le groupe OVCR. Le polymorphisme génique Val34Leu à l’état homozygote ou hétérozygote était de 28 % dans le groupe OVCR (six cas) et de 34 % dans le groupe témoin (huit cas). La différence entre les deux n’était pas significative (p =0,9). Le polymorphisme du facteur XIII n’interviendrait donc pas dans la survenue des OVCR des sujets jeunes.

Dans la fibrinolyse, le t-PA est codé par le gène plasminogen activator tissue type (PLAT ) situé sur le chromosome 8. Sur ce gène, un polymorphisme de l’insertion de l’intron 8 Alu a été décrit comme associé à la variation du taux plasmatique du t-PA. Dans l’infarctus du myocarde, l’insertion homozygote est un facteur de risque, tandis que l’insertion/délétion est associée à une augmentation de 50 % du risque d’infarctus [26]. Le rôle du polymorphisme du gène du t-PA n’a pas encore, à notre connaissance, été étudié dans les occlusions veineuses rétiniennes (sujets jeunes ou âgés). Dans notre étude, six patients dans chaque groupe avaient un polymorphisme I/I du t-PA, soit 28,5 % pour le groupe OVCR et 27,2 % pour le groupe témoin (p =1). La fréquence du polymorphisme I/D était de 42,8 % dans le groupe OVCR (n =9/21) versus 59 % dans le groupe témoin (n =13/22) (p =0,54). Pour ces deux polymorphismes, il n’existait pas de différence significative entre les deux groupes. Nos résultats laissent supposer que ce polymorphisme n’a pas d’influence sur la survenue des OVCR chez le sujet jeune.

L’insertion ou la délétion de la guanine dans la région promotrice 675 du gène PAI-1, nommée 4G/5G est associée à l’augmentation de la transcription du gène PAI-1  et à l’augmentation de la concentration plasmatique du PAI-1. L’augmentation de l’activité du PAI-1 plasmatique a été démontrée comme facteur de risque d’OVCR (mais sans étude particulière chez les jeunes) [9]. L’étude de Glueck et al. [8] a retrouvé une fréquence de l’allèle 4G du gène PAI-1  chez 74 % des patients du groupe OVR âgés de moins de 55ans et chez 39 % des cas témoins (p =0,0001). Mais cette étude ne distinguait pas les OBVCR des OVCR. Nos résultats sont discordants. La différence entre les deux groupes étudiés pour le polymorphisme 4G/4G et 4G/5G du gène PAI-1  n’est pas significative (p =1 et 1).

Il est à noter que conformément aux études antérieures [1, 2, 7], une fréquence élevée dans le groupe OVCR de l’hypercholestérolémie (42,8 % contre 17,4 %, p =0,09) et de l’hypertension artérielle (38 %), dont 75 % de primo découverte (n =6/8), ont été remarquées dans notre étude.

De plus, parmi les facteurs que nous avons analysés certains n’ont pas encore été étudiés dans l’OVCR ou du moins non spécifiquement chez le sujet jeune : facteurs VIII, IX et XI, protéine Z, mutation de la prothrombine, polymorphisme du facteur XIII, mutation A1298C de la MTHFR, polymorphisme du t-PA. Nos résultats montrent qu’aucun ne semble favoriser la survenue de l’OVCR dans cette population.

La faible incidence de l’OVCR chez le sujet jeune explique l’effectif réduit de notre étude qui en constitue la principale limite. Toutefois afin d’augmenter sa puissance statistique, notre étude pourrait être poursuivie en augmentant l’effectif du groupe témoin.

Conclusion

L’occlusion de la veine centrale de la rétine du sujet jeune est une pathologie multifactorielle dont les facteurs de risque n’ont pas encore été bien définis. Au terme de notre étude prospective, parmi les facteurs de la coagulation analysés, seule l’hyperhomocystéinémie semble favoriser la survenue de l’OVCR du sujet de moins de 60ans. En revanche, le polymorphisme des facteurs de la fibrinolyse (PAI-1 et t-PA), peu étudié en dehors de notre étude, ne paraît pas avoir d’influence sur cette population.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.

Références

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