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Diabetes & Metabolism
Vol 27, N° 2  - avril 2001
p. 233
Doi : DM-04-2001-27-2-1262-3636-101019-ART9
Article

Insulinosensibilité et situations de stress
 

A. AVIGNON [1], L. MONNIER [1]
[1] Service des Maladies Métaboliques, Hôpital Lapeyronie, 34295 Montpellier Cedex 5, FRANCE

Abstract

Metabolic adaptation is part of the response to stress and participate to produce a favorable state for cure. Carbohydrate metabolism is profondly altered with an increase in basal cellular glucose uptake and utization and in endogenous glucose production; insulin sensitivity is decreased. Glucose tolerance is altered and hyperglycemia develops. This state of hyperglycemia is most obviously directed to satisfy the increased need of the injured organs and of the inflammatory cells. The role of the cytokines in association to the stress hormones is important to these metabolic adaptations. This article reviews the main features of glucose homeostasis and the potential mechanisms leading to stress induced insulin resistance.

Abstract

Les patients qui font face à une situation de stress (agression de l'organisme) présentent une adaptation de leur métabolisme destinée à créer les conditions nécessaires à la guérison. Le métabolisme glucidique est profondément modifié. La capture et l'utilisation cellulaire basale du glucose ainsi que sa production endogène sont augmentés ; la sensibilité à l'insuline est diminuée. La conséquence directe est le développement d'une intolérance au glucose et d'une hyperglycémie qui permet de redistribuer l'utilisation du glucose au profit des tissus lésés et des cellules de l'inflammation qui ont un besoin augmenté. Les cytokines libérées par les cellules de l'inflammation en association aux hormones du stress jouent un rôle important dans cette adaptation métabolique. Dans cet article, nous nous proposons de faire le point sur les principaux éléments impliqués dans l'insulinorésistance et le maintien de l'homéostasie glucidique au cours des situations de stress.


Mots clés : Insulinorésistance. , Glucose. , Stress.

Keywords: Insulinresistance. , Glucose. , Stress.


Métabolisme glucidique et stress

L

e terme de stress recouvre l'ensemble des réactions de l'organisme face à toute agression. John Hunter a dés 1794 rapporté dans son traité sur les blessures par balle que l'organisme agressé modifie son métabolisme de façon à créer les conditions nécessaires à sa guérison [ [1]]. La réponse au stress comprend un hypermétabolisme (augmentation de la consommation d'oxygène, hyperglycémie, hyperlactatémie, catabolisme protéique), une réaction d'hyperactivité cardio-vasculaire et des réactions cliniques telles que fièvre, hypothermie, tachycardie, tachypnée et hyperleucocytose. Ces manifestations sont généralement transitoires, atteignent un maximum dans les jours qui suivent l'agression puis s'améliorent avec la résolution de l'affection causale. Les neuromédiateurs et cytokines libérés à la phase initiale de l'agression stimulent le métabolisme de façon à subvenir aux besoins de réparation du tissu lésé. La réaction peut dans certains cas se prolonger et conduire à des perturbations de la régulation métabolique et à des défaillances viscérales.

Le métabolisme glucidique est modifié au cours de la réponse au stress. La capture et l'utilisation périphérique de glucose, les taux d'acide lactique et la production de glucose sont augmentés à l'état basal alors que la glycogenèse, la tolérance au glucose et la réponse à l'insuline sont diminués (insulinorésistance).

L'augmentation de la capture et de l'utilisation basale du glucose prédomine dans les tissus riches en macrophages (rate, iléon, foie et poumons), se fait de façon indépendante de l'insuline et n'est que très peu influencée par la glycémie ambiante. Ces éléments suggèrent l'implication de l'isoforme GLUT-1 des transporteurs du glucose qui assure le transport basal de glucose, de façon indépendante de l'insuline [ [2]]. Les mécanismes impliqués restent incomplètement compris, mais il est fort probable que les cytokines libérées par les macrophages [ [3]] comme le

tumor necrosis factor

(TNF) [ [4]], [ [5]], l'interleukine 1 [ [6]] et les autres jouent un rôle important. Elles modifient en effet la synthèse, la distribution et l'activité intrinsèque des transporteurs du glucose. Le TNF augmente le transport basal du glucose dans les cellules musculaires et son utilisation dans les tissus riches en macrophages comme la rate et le foie ainsi que dans le diaphragme [ [5]]. L'administration expérimentale à l'animal de TNF combinée à de l'IL-1 produit par ailleurs des effets métaboliques analogues à ceux observés au cours d'une infection aiguë avec augmentation du transport basal du glucose dans les tissus périphériques [ [7]] et diminution de sa réponse à l'insuline dans le muscle squelettique [ [8]].

Les voies moléculaires impliquées dans l'action des cytokines sur le métabolisme glucidique sont en cours d'exploration. L'une des hypothèses avancées est l'implication de la voie de synthèse du monoxyde d'azote (NO). Il a par exemple été montré sur les cellules musculaires de la lignée L6 que les cytokines induisent l'expression de la NO synthase inductible (iNOS) parallèlement à une augmentation du transport basal du glucose et à une diminution de sa réponse à l'insuline [ [9]]. De façon concomitante et concordante, l'expression des transporteurs GLUT-1 qui assurent le transport basal augmente alors que les taux protéiques des transporteurs GLUT-4 dont l'activité est contrôlée par l'insuline diminuent. Le lien causal entre la synthèse de NO et le transport du glucose est fortement suggéré par l'abolition des effets des cytokines lors de l'utilisation conjointe de NG-nitro-L-arginine methyl ester, inhibiteur de la synthèse du NO.

Le stress, via son action sur la capture et le transport cellulaire du glucose, augmente le flux basal de glucose dans les cellules. Ce dernier va alors subir la glycolyse et conduire à la production de pyruvate qui pourra être oxydé, converti en lactate, transaminé en alanine ou recyclé en glucose par la voie des oxaloacétates figure 1

Ces voies métaboliques permettent ainsi de maintenir la synthèse d'ATP dont le turn-over est accéléré. Théoriquement, le glucose intracellulaire pourrait également être stocké sous forme de glycogène, mais cette voie apparaît comme diminuée au cours du stress aussi bien dans le muscle que dans le foie.

La notion de diminution de l'oxydation du glucose au cours du stress est classique [ [10]] mais récemment remise en question. Certains travaux ont par exemple mis en évidence une augmentation de l'oxydation du glucose au niveau de l'organisme entier dans des conditions de stress comme les brûlures [ [11]]. La prépondérance des voies aérobie ou anaérobie ne semble ainsi pas pouvoir être clairement établie dans l'état actuel des connaissances [ [12]]. Il est cependant établi que l'utilisation anaérobie du glucose est activée en cas de blessure ou d'infection sévère, indépendamment de toute diminution de l'oxygénation tissulaire, mais proportionnellement à la présence des cellules inflammatoires dans les tissus lésés [ [13]]. La glycolyse pourrait alors constituer un moyen de maintenir un turnover rapide de l'ATP intracytoplasmique dans les tissus à forte demande. Une production importante de lactates par la voie de la glycolyse pourrait également constituer un avantage pour l'organisme agressé par la fourniture d'un substrat énergétique alternatif au glucose dans les tissus lésés [ [14]], mais aussi dans d'autres tissus comme le myocarde [ [15]].

Production endogène de glucose et stress

Au cours des situations de stress la production endogène de glucose (PEG) est augmentée de 50 à 200 % (chiffre variable en fonction des auteurs) par rapport aux populations contrôle et présente une sensibilité à l'insuline réduite. Chambrier et coll [ [16]] ont cependant montré chez des patients atteints d'affections septiques que l'insuline restait capable de bloquer complètement la PEG, mais à des doses 1,5 à 3 fois supérieures par rapport à une population témoin. La néoglucogenèse est consommatrice de lactate et d'alanine qui, malgré l'augmentation de sa libération à partir du muscle, provient essentiellement de la synthèse de novo à partir du pyruvate dérivé du métabolisme glucidique et de la désamination d'acides aminés ramifiés. La lipolyse induite lors du stress augmente également la disponibilité du glycérol comme substrat néoglucogénique et ce dernier pourra alors être à l'origine de 20 % de la néoglucogenèse. L'augmentation de la disponibilité des substrats néoglucogéniques n'est cependant pas suffisante à elle seule pour expliquer l'augmentation de la PEG [ [17]] et d'autres facteurs comme les hormones du stress doivent entrer en jeu.

Les principales hormones responsables de l'augmentation de la PEG sont le glucagon, l'adrénaline, la noradrénaline et le cortisol. L'administration combinée de ces hormones chez l'homme produit des effets métaboliques comparables à ceux observés lors du stress aigu. Le glucagon est l'hormone la plus importante pour la stimulation de la néoglucogenèse, alors que l'adrénaline joue un rôle majeur sur la glycogénolyse [ [18]], [ [19]]. Les taux élevés d'hormones hyperglycémiantes induisent une résistance à l'action inhibitrice de l'insuline et de l'hyperglycémie sur la néoglucogenèse.

Comme dans le cas du transport basal du glucose, les données expérimentales plaident en faveur du rôle des cytokines dans l'augmentation de la PEG au cours du stress. Leur action pourrait être à la fois centrale et périphérique. L'injection intraveineuse d'endotoxines chez l'animal entraîne une augmentation de la production hépatique et de l'utilisation périphérique du glucose associée à une hyperlactatémie et à une hyperglycémie. L'administration intra cérébroventriculaire (mais pas intraveineuse) d'un inhibiteur spécifique de l'IL-1 inhibe partiellement ces effets [ [20]]. Le TNF est également impliqué dans l'augmentation de la PEG, mais il semble que ses effets soient indirects et passent par une augmentation de la sécrétion de glucagon [ [7]] alors que ses effets directs pourraient être opposés avec une diminution de la néoglucogenèse due à une inhibition de la glucose-6-phosphatase et de la phospho-énol-pyruvate-carboxy-kinase [ [21]]. Parallèlement à l'augmentation de la synthèse de glucose, la glycogénogenèse est diminuée.

Insulinorésistance peripherique et stress

Au cours du stress le transport et le métabolisme du glucose dans les tissus du système immunitaire et dans les tissus lésés sont stimulés indépendamment de l'insulinémie (transport par les GLUT1) et la PEG est augmentée. Le muscle, le foie et dans une moindre mesure le tissu adipeux sont parallèlement le siège d'une insulinorésistance dont témoigne l'association d'une hyperglycémie et d'une hyperinsulinémie. L'utilisation de la méthode du clamp insulinique dans diverses circonstances comme les brûlures [ [22]], les accidents traumatiques [ [23]], les états septiques [ [24]] et en postopératoire [ [25]] confirme cette insulinorésistance qui est proportionnelle à l'intensité du stress initial et qui peut persister pendant 2 à 3 semaines après celui-ci, en dehors de toute complication [ [26]]. Il existe de façon concomitante à l'insulinorésistance une augmentation de la clairance de l'insuline [ [27]]. La stimulation de la PEG associée à l'insulinorésistance périphérique dépassent l'augmentation de l'utilisation non insulinodépendante du glucose comme en témoigne l'hyperglycémie généralement observée au cours des états de stress aigu.

Le mécanisme intime de la diminution de la sensibilité à l'insulinen'est pas précisément élucidé, mais les hormones de contre régulation qui, comme on le sait, sont élevées au cours des états de stress sont certainement impliquées [ [28]], [ [29]]. Les catécholamines stimulent la sécrétion de glucagon par un mécanisme ß-adrénergique ainsi que la glycogénolyse et la néoglucogenèse par un effet direct. La stimulation ß-adrénergique favorise la lipolyse et l'augmentation des taux circulants d'acides gras libres qui diminuent la capture du glucose par le biais du cycle de Randle [ [30]]. Les glucocorticoïdes ont un effet délétère bien connu sur la tolérance au glucose. Ils activent des enzymes clés de la néoglucogenèse et favorisent la libération d'acides aminés glucoformateurs à partir du muscle. Ils diminuent le nombre de récepteurs à l'insuline à la surface cellulaire ainsi que leur affinité pour l'hormone et inhibent le recrutement des transporteurs du glucose de l'intérieur de la cellule vers la membrane cellulaire.

Cependant, les études récentes réalisées après un stress opératoire suggèrent que les hormones du stress ne sont pas les seuls médiateurs impliqués. En effet, du fait des progrès anesthésiques et chirurgicaux, beaucoup d'interventions chirurgicales représentent maintenant un stress au cours duquel la libération d'hormones de contre régulation est devenue négligeable alors que l'insulinorésistance reste marquée [ [31]]. Comme pour la capture cellulaire du glucose et la PEG, les cytokines pourraient également être impliquées à ce niveau figure 2

. Les taux d'IL-6 sont directement proportionnels à l'intensité d'un stress chirurgical et sont corrélés à l'insulinorésistance postopératoire [ [31]]. Le TNF est également impliqué. Del Aguila et coll [ [32]] ont récemment montré qu'un stress musculaire même limité, comme celui induit par l'exercice physique chez l'homme non entraîné de façon à créer une inflammation locale, interfère avec les voies de transduction de l'insuline en diminuant la phosphorylation d'IRS-1 et de la PI3-kinase, enzymes clés dans les voies de transduction du signal de l'insuline qui conduisent au transport du glucose. Dans ces expériences, la production de TNF par les cellules mononuclées est augmentée après le stress musculaire et elle est directement corrélée à la diminution de la sensibilité à l'insuline mesurée par clamp euglycémique. Les données obtenues à partir de la calorimétrie indirecte suggèrent que le déficit de l'utilisation du glucose porte sur le métabolisme non oxydatif plutôt que sur la voie oxydative [ [32]]. Ces modifications sont similaires, au niveau de l'organisme entier, au déficit de l'utilisation non oxydative du glucose observé dans les états infectieux [ [33]]. Les thiazolidinesdiones pourraient constituer un moyen pharmacologique pour moduler l'insulinorésistance au cours du stress. Chez le rat rendu insulinorésistant par administration de TNF, la troglitazone rétablit la sensibilité à l'insuline [ [34]]. Aucun essai avec ces médicaments n'a pour l'instant été effectué chez des patients en état de stress.

Le stress aigu s'accompagne souvent chez l'homme d'une situation d'immobilisation et de diminution des prises alimentaires qui, même si elles sont de courte durée ont un effet péjoratif sur le développement de l'insulinorésistance [ [35]].

Insulinorésistance, stress et métabolisme non glucidique

Les termes d'insulinorésistance et d'insulinosensibilité se réfèrent classiquement aux effets de l'insuline sur le métabolisme glucidique. Cela tient certainement pour partie au fait que ce sont les plus faciles à étudier. Les effets de l'insuline sur les métabolismes protéiques et lipidiques ont par conséquent été beaucoup moins étudiés. L'insuline est une hormone anabolisante importante qui, dans des conditions physiologiques, stimule la synthèse des protéines musculaires et inhibe la protéolyse dans le territoire splanchnique [ [36]]. À l'échelle de l'organisme entier, l'effet de l'insuline est de diminuer la protéolyse, avec pour conséquence une diminution de la concentration des acides aminés sanguins. Les études sur les effets de l'insuline sur la protéolyse dans les états de stress comme les brûlures ou les infections sévères ont donné des résultats contradictoires. Certains travaux n'ont pas retrouvé d'altération du pouvoir anti protéolytique de l'insuline alors que d'autres ont montré qu'il était diminué [ [37]], [ [38]].

Du point de vue lipidique, l'augmentation de la lipolyse est caractéristique des états de stress. L'effet inhibiteur de l'insuline sur la lipolyse et sur la cétogenèse semble clairement diminué [ [16]]. Il existe par conséquent une élévation des acides gras libres qui participe vraisemblablement au maintien de la PEG. Les acides gras libres plasmatiques sont fortement corrélés au taux de corps cétoniques circulants.

Insulinorésistance et stress : implications pratiques

Chez le sujet en phase d'agression, les mécanismes de réparation tissulaire sont consommateurs de glucose. Les priorités métaboliques de l'organisme sont modifiées par rapport à l'individu sain. L'objectif est alors de fournir les tissus lésés en glucose par augmentation de la néoglucogenèse, ce qui est rendu possible en partie aux dépends de la masse musculaire pour fournir les acides aminés nécessaires. Dans ces circonstances, l'insulinorésistance peut être vue comme un facteur bénéfique qui permet dans le muscle de libérer les acides aminés, dans le tissu adipeux de libérer du glycérol et des acides gras et dans le foie d'empêcher l'effet freinateur de l'insuline sur la néoglucogenèse. Elle permet également de freiner l'utilisation de glucose par le muscle et le tissu adipeux au profit des tissus lésés et du système immunitaire. Il est cependant important que les effets de l'insuline ne soient pas complètement supprimés ce qui conduirait au développement d'une cétoacidose. L'insuline présente de plus des effets positifs sur la lutte contre l'infection et sur la cicatrisation qu'il est important de conserver. Ainsi, l'augmentation de l'insulinémie au cours du stress pourrait avoir des effets bénéfiques sous couvert qu'elle s'accompagne d'une insulinorésistance dans certains territoires [ [10]].

Le problème chez les patients en phase d'agression est de déterminer le seuil à partir duquel on bascule d'une insulinorésistance favorable vers une insulinorésistance trop marquée, délétère pour l'organisme. En pratique clinique, le seul témoin d'insulinorésistance utile au cours du stress est la glycémie. Elle est le reflet de l'équilibre entre insulinosécrétion et insulinorésistance et son augmentation excessive traduira une insulinorésistance trop importante ou une mauvaise adaptation de la sécrétion insulinique et devra dans tous les cas justifier de la mise en route d'une insulinothérapie. Un degré d'hyperglycémie à ne pas dépasser compris entre 1,60 et 2,00 g/L a été recommandé par certains auteurs [ [12]] et constitue certainement le but à atteindre. Au-delà de ces valeurs une hyperosmolarité et une déshydratation risquent de s'installer et justifient donc une intervention.

L'accent a été mis sur un certain nombre de situations cliniques où l'hyperglycémie secondaire aux modifications métaboliques induites par le stress pourrait jouer un rôle délétère propre et justifierait peut-être d'un contrôle plus strict. C'est le cas de l'hyperglycémie notée dans les suites de lésions neurologiques comme les traumatismes crâniens ou les accidents vasculaires cérébraux ischémiques [ [39]] et dans les suites d'infarctus du myocarde [ [40]]. Dans ces circonstances, l'importance de l'hyperglycémie en phase aiguë du stress est directement associée à un mauvais pronostic. Il est cependant possible qu'elle ne soit que le reflet de l'intensité du stress initial, expliquant ainsi le caractère péjoratif qui lui est associé. Dans le cadre des infarctus du myocarde, plusieurs études ont montré l'intérêt d'une administration d'insuline combinée à du glucose et à du potassium en phase aiguë sur la morbi-mortalité [ [41]]. Cependant, des travaux cliniques sont encore nécessaires pour justifier le bénéfice potentiel d'une normalisation stricte de la glycémie chez les sujets non diabétiques au cours de ces situations. La notion d'hyperglycémie de stress chez les patients diabétiques est plus difficile à établir car il est le plus souvent impossible de connaître avec certitude la valeur de la glycémie avant le début de l'événement stressant. Il est cependant important de rappeler que l'étude DIGAMI a permis de montrer que la mortalité à long terme des patients diabétiques admis en secteur hospitalier pour un infarctus du myocarde est étroitement corrélée à la glycémie au moment de l'admission et que ces patients étaient susceptibles de bénéficier d'une prise en charge initiale par l'insuline [ [42]].

Il ne faut pas non plus oublier que les patients agressés vont le plus souvent nécessiter des apports glucidiques importants pour couvrir les besoins énergétiques et qu'une insulinothérapie sera alors souvent nécessaire. L'insuline a la propriété théorique de diminuer la protéolyse mais, comme nous l'avons vu, certains travaux suggèrent que cet effet pourrait être amoindri dans les états d'agression [ [37]], [ [38]]. La meilleure prévention de la protéolyse sera donc de veiller à ce que tous les acides aminés nécessaires pour les synthèses protéiques soient apportés en quantités suffisantes.

Conclusions

L'insulinorésistance est un phénomène fréquent souvent rencontré au cours des syndromes de pléthore où elle est le témoin d'un risque cardio-vasculaire accru. L'insulinorésistance qui accompagne les états de stress repose certainement sur des mécanismes physiopathologiques différents encore incomplètement compris. Un certain degré d'insulinorésistance au cours du stress a certainement une action bénéfique sur l'évolution des tissus lésés. Si l'utilisation de l'insuline au cours de l'hyperglycémie induite par le stress prête à controverse, il sera cependant nécessaire d'éviter toute action péjorative, notamment liée aux facteurs nutritionnels ou à une immobilisation trop prolongée. Une attention particulière devra être portée aux patients qui présentent une insulinorésistance antérieure, leur risque de décompensation glycémique étant plus important.

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