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Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction
Volume 42, n° 7
pages 671-677 (novembre 2013)
Doi : 10.1016/j.jgyn.2013.03.004
Received : 13 November 2012 ;  accepted : 4 Mars 2013
Rupture prématurée des membranes à terme sur col défavorable : quel délai pour déclencher ?
Premature rupture of membranes at term on unfavourable cervix: Immediate or delayed induction?
 

P. Zelli a, , B. Boussat b, J.-C. Reynaud c, J.-C. Pons a, d, e, F. Sergent a, d, e
a Service de gynécologie et obstétrique, clinique universitaire de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction, CHU de Grenoble, C.S. 10217, 38043 Grenoble cedex 9, France 
b Service de santé publique et médecine sociale, centre d’investigation clinique 003, CHU de Grenoble, C.S. 10217, 38043 Grenoble cedex 9, France 
c Service de gynécologie-obstétrique, groupe hospitalier Mutualiste, 8, rue Docteur-Calmette, 38000 Grenoble, France 
d Clinique universitaire de gynécologie-obstétrique et médecine de la reproduction, CHU de Grenoble, C.S. 10217, 38043 Grenoble cedex 9, France 
e Université Joseph-Fourier, B.P. 53, 38041 Grenoble cedex 9, France 

Auteur correspondant.
Résumé
But

Définir le délai de déclenchement optimal dans les ruptures prématurées des membranes (RPM) à terme sur col défavorable permettant de réduire le risque de césarienne et le risque d’infection materno-fœtale.

Patientes et méthodes

Étude rétrospective réalisée dans deux maternités sur quatre ans comparant trois cohortes homogènes. Toutes les patientes ayant présenté une RPM à terme sur col défavorable (Bishop<6) sur la période donnée ont été incluses. Trois délais d’expectative ont été définis après la rupture : inférieur à sept heures (groupe 1), entre sept et 12heures (groupe 2) et supérieur à 12heures (groupe 3). Les conséquences obstétricales, maternelles et fœtales ont été étudiées dans les trois groupes.

Résultats

Les groupes 1, 2 et 3 comprenaient respectivement 60, 49 et 46 patientes. Concernant le taux de césarienne, aucune différence significative n’a été observée entre les trois groupes mais il demeurait plus bas dans le groupe 2 : 6,1 % versus 18,3 % dans le groupe 1 et 21,7 % dans le groupe 3. Les morbidités maternelle et fœtale étaient identiques dans les trois groupes.

Conclusion

En cas de RPM à terme sur col défavorable, ni notre étude ni les données de la littérature ne permettent de définir un délai de déclenchement optimal.

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Summary
Objectives

To define the optimal delay before inducing labor in the management of premature rupture of the membranes (PRM) at term with unfavourable cervix in order to reduce the risk of caesarean section as well as the risk of maternal and foetal infection.

Materials and methods

Retrospective study of three homogeneous groups carried out over on a period of 4years in two centres. All the patients were included after premature rupture of membranes at term with unfavourable cervix (Bishop score<6). We defined three expected delays after PRM at term: less than 7h (group 1), between 7 and 12h (group 2) and more than 12h (group 3). We have assessed the obstetrical, maternal and foetal consequences for each group.

Results

Sixty patients were allocated in group 1, 49 in group 2 and 46 in group 3. There was no significant difference in the rate of caesarean between the three groups but it was lower in group 2: 6.1% versus 18.3% in group 1 and 21.7% in group 3. No statistical difference was observed concerning maternal or foetal infections.

Conclusion

In PRM at term, neither our study nor literature data allow us to conclude about the optimal delay before inducing labor.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Rupture prématurée des membranes à terme, Col défavorable, Césarienne, Infection materno-fœtale

Keywords : Premature rupture of membranes at term, Unfavourable cervix, Caesarean section, Maternal and foetal infection


Introduction

La rupture prématurée des membranes (RPM) à terme est définie par l’ouverture de la poche des eaux avant le début du travail. Elle survient pour 5 à 10 % des grossesses à terme. La conduite obstétricale qu’il convient d’adopter face à cette situation fréquente, à savoir déclenchement immédiat ou différé de l’accouchement, expectative jusqu’à l’entrée spontanée en travail demeure un sujet de controverse, en particulier quand le col est défavorable. Les risques supposés seraient un excès de césariennes en cas de prise en charge activiste versus un excès d’infection materno-fœtale en cas d’attentisme.

Bien que les études portant sur le sujet soient nombreuses, elles se révèlent contradictoires. Il faut souligner qu’au sein de ces études, on observe bien souvent un mélange entre déclenchement immédiat et différé et entre déclenchement différé et expectative. Les délais de déclenchement sont très variables d’une étude à l’autre, le degré de maturité cervical avant déclenchement n’est pas toujours recherché et le déclenchement de l’accouchement se fait tantôt avec des prostaglandines, tantôt avec des ocytociques. L’antibioprohylaxie n’est pas nécessairement renseignée et, quand bien même elle existe, n’est pas nécessairement documentée. Si bien que des groupes non homogènes de patientes sont comparés.

En avril 2008, la Haute Autorité de santé (HAS) a édicté des recommandations professionnelles sur le déclenchement artificiel du travail à partir de 37semaines d’aménorrhée (SA) [1]. Cependant, l’HAS s’est bien gardée de conclure sur l’attitude à adopter vis-à-vis d’une RPM à terme sur col défavorable. Tout au plus, elle nous informe que la conduite à tenir doit prendre en compte le risque infectieux qui augmente avec la durée d’ouverture de l’œuf et le délai d’expectative qui, sauf exception, ne doit pas excéder 48heures. Pour terminer, elle ajoute que si l’accouchement n’a pas eu lieu dans les 12heures qui suivent la RPM, il est recommandé d’instaurer une antibioprophylaxie.

Si bien qu’à ce jour, en cas de col défavorable, la question du délai de déclenchement par rapport à la survenue de la rupture reste entière. Faut-il déclencher le travail sans délai, pour limiter le risque d’infection materno-fœtale sévère ou peut-on se permettre d’attendre, afin de diminuer le risque de césarienne ?

L’objectif de notre étude est de définir le délai de prise en charge optimal dans les RPM à terme sur col défavorable, permettant de réduire ces deux risques.

Patientes et méthodes

Nous avons réalisé une étude rétrospective de décembre 2006 à décembre 2010, sur deux centres périnataux dont l’attitude vis-à-vis du délai de déclenchement dans un contexte de RPM à terme sur col défavorable différait. Un centre déclenchait systématiquement l’accouchement dans un délai inférieur à sept heures alors que l’autre s’octroyait un délai d’expectative pouvant aller jusqu’à 12heures et plus.

Nous avons inclus toutes les patientes ayant rompu la poche des eaux à terme (≥37SA), non en travail, avec un col défavorable (Bishop<6) lors de l’examen d’entrée à la maternité, dans un contexte de grossesse unique non compliquée.

Trois cohortes homogènes ont été constituées en fonction du délai d’expectative avant déclenchement de l’accouchement, à savoir :

déclenchement de l’accouchement dans les sept heures suivant la rupture des membranes (groupe 1) ;
déclenchement de l’accouchement dans un délai compris entre sept et 12heures suivant la rupture des membranes (groupe 2) ;
déclenchement de l’accouchement dans un délai supérieur à 12heures suivant la rupture des membranes mais inférieur à 24heures (groupe 3).

Au-delà des attitudes propres à chacun des centres, pour chacun des trois groupes, le délai d’expectative a pu être conditionné par le moment où la patiente a bien voulu se présenter à la maternité.

Ont été exclues de l’étude les patientes présentant un ou plusieurs des critères suivants : utérus cicatriciel, infection d’emblée, présentation dystocique, grossesse multiple, diabète gestationnel ou préexistant à la grossesse, restriction de croissance fœtale, bassin rétréci et toute pathologie maternelle déséquilibrée durant la grossesse.

Les patientes ont été retrouvées à partir des bases de données informatiques des deux centres par un seul et même investigateur (Cristal net, CHU de Grenoble, La Tronche, France ; DIAM, groupe hospitalier Mutualiste, Grenoble, France).

Pour chaque patiente, nous avons noté son âge, sa parité, le terme de la rupture des membranes, le score de Bishop à l’entrée à la maternité, le délai avant déclenchement de l’accouchement ainsi que le mode d’entrée en travail. Ce dernier pouvait être spontané ou déclenché par dinoprostone (Propess®, laboratoire Ferring, 94250 Gentilly, France) ou par ocytocine (Syntocinon®, laboratoire Sigma-Tau, 92130 Issy-les-Moulineaux, France).

Avant tout déclenchement, chaque patiente était réexaminée afin de déterminer le mode de déclenchement. Si le score de Bishop était inférieur à 6, l’accouchement était déclenché par Propess®. Si le score de bishop était supérieur ou égal à 6, l’accouchement était déclenché par Syntocinon®.

Les patientes déclenchées par prostaglandines n’ont reçu qu’un seul dispositif intravaginal de Propess®.

Le statut de la patiente pour le streptocoque B (SB) a été recherché et noté. Ce dernier influait sur le délai de mise en place de l’antibioprophylaxie mais pas sur le délai de déclenchement de l’accouchement.

Une antibioprophylaxie per-partum par amoxicilline par voie intraveineuse, 2g puis 1g toutes les quatre heures jusqu’à l’accouchement était mise en place en fonction du délai de rupture et du statut maternel pour le SB sur le prélèvement vaginal de dépistage (PV) réalisé entre 34 et 38SA.

Si le PV datait de moins de cinq semaines et qu’il était négatif pour le SB, aucune antibioprophylaxie n’était réalisée.

Si le PV n’avait pas été réalisé ou s’il datait de plus de cinq semaines, un PV était réalisé dès l’entrée à la maternité et aucune antibioprophylaxie n’était réalisée sauf si le délai de rupture des membranes était supérieur à 12heures ou que la température maternelle pendant le travail était supérieure ou égale à 38°C.

Si le PV était positif pour le SB, une antibioprophylaxie était débutée dès le diagnostic de rupture des membranes. Il en était de même si la patiente présentait un antécédent d’infection materno-fœtale à SB, de portage vaginal ou de bactériurie à SB pour la grossesse actuelle.

En cas d’allergie à la pénicilline, l’érythromycine intraveineuse (500mg toutes les six heures) ou la clindamycine intraveineuse (deux doses de 600mg à six heures d’intervalle) étaient utilisées.

L’état infectieux maternel en per-partum a été évalué par la température durant le travail. En ce qui concerne le post-partum immédiat, les paramètres suivants ont été contrôlés : fièvre isolée, endométrite, infection urinaire et antibiothérapie.

En ce qui concerne les nouveau-nés, les éléments suivants ont été relevés : pH au cordon inférieur ou égal à 7, 20, score d’Apgar à cinq minutes de vie, réanimation avec intubation à la naissance, transfert en soins intensifs et décès néonatal.

Trois paramètres ont été retenus pour repérer une infection néonatale : hyperthermie à la naissance, mise en place d’une antibiothérapie chez le nouveau-né dans le post-partum immédiat et liquide gastrique à la naissance non stérile.

Le prélèvement du liquide gastrique n’était pas systématique mais réalisé après évaluation du risque infectieux néonatal, lui-même établi devant l’existence de signes anamnestiques maternels et/ou cliniques chez l’enfant. Les critères anamnestiques étaient divisés en critères majeurs (température maternelle supérieure à 38°C avec frissons, température maternelle supérieure à 38°C persistante plus d’une heure pendant le travail ou dans les six heures suivant l’accouchement, RPM supérieure ou égale à 18heures, portage vaginal ou bactériurie à SB ou antécédent d’infection materno-fœtale à SB sans antibioprophylaxie ou antibioprophylaxie incomplète) et en critères mineurs (RPM supérieure ou égale à 12heures et inférieure à 18heures, souffrance fœtale aiguë inexpliquée, liquide amniotique méconial ou teinté). Un liquide gastrique était prélevé devant l’existence d’un critère majeur ou de deux critères mineurs. Les signes cliniques évocateurs chez l’enfant étaient une température supérieure à 38°C à la naissance, une détresse respiratoire à terme ainsi que l’existence de signes hémodynamiques, neurologiques ou cutanés à la naissance.

Les statistiques ont été réalisées sur le logiciel de Statistique R (version 2.15.2 [2012-10-26] – « Trick or Treat ». Copyright [C] 2012 The R Foundation for Statistical Computing. ISBN 3-900051-07-0. Platform : i386-w64-mingw32/i386 [32-bit]).

Les tests statistiques utilisés ont été le test de Chi2 de Pearson (ou le test exact de Fisher selon les conditions de validité du test du Chi2) pour les variables qualitatives et l’analyse de la variance (Anova) (ou le test non paramétrique de Kruskall-Wallis selon la distribution de la variable) pour les variables quantitatives.

Tous les tests utilisés sont bilatéraux. Les résultats sont exprimés sous forme de moyenne±déviation standard (pour les variables quantitatives) ou de pourcentage (pour les variables qualitatives).

Une analyse univariée a été réalisée afin de déterminer les facteurs associés au délai de prise en charge en cas de RPM à terme.

Nous avons considéré les différences comme significatives lorsque la valeur de p était inférieure à 0,05.

Résultats

Cent cinquante-cinq patientes ont été incluses et réparties comme suit : 60 patientes (groupe 1 – délai inférieur à sept heures), 49 patientes (groupe 2 – délai compris entre sept et 12heures) et 46 patientes (groupe 3 – délai supérieur à 12heures). Aucun accouchement n’a été déclenché au-delà de 24heures.

Les caractéristiques de nos trois groupes figurent dans le Tableau 1.

Les modes d’entrée en travail ainsi que d’accouchement pour chacun des trois groupes sont rapportés dans le Tableau 2.

Les morbidités maternelle et néonatale dans les trois groupes apparaissent dans le Tableau 3.

Une seule patiente a présenté de la fièvre dans le post-partum. Cette patiente appartenait au groupe 1. Elle avait également de la fièvre pendant le travail. Son PV était négatif pour le SB et son nouveau-né a présenté une infection néonatale avec mise sous antibiotiques. Il s’agit de la seule patiente de la série à avoir reçu une antibiothérapie dans le post-partum.

Aucun cas d’endométrite ainsi que d’infection urinaire maternelle en post-partum n’ont été relevé dans chacun des trois groupes.

Parmi les 14 mères qui ont présenté une fièvre en per-partum, quatre avaient un PV positif à SB. Quatre des nouveau-nés de ces mères ont présenté un état infectieux nécessitant la mise sous antibiotiques dont deux qui avaient une mère dont le PV était positif à SB.

Aucun nouveau-né n’a présenté un score d’Apgar inférieur ou égal à 7 à cinq minutes à la naissance dans chacun des trois groupes.

Parmi les six nouveau-nés ayant reçu une antibiothérapie à la naissance, deux liquides gastriques sont revenus positifs, l’un à Escherichia  coli et l’autre à levures, deux PV maternels étaient positifs à SB, quatre mères ont été hyperthermiques pendant le travail dont une également en post-partum et un enfant a été réanimé puis transféré en soins intensifs.

Discussion

L’analyse des trois groupes homogènes de populations de RPM à terme avec col défavorable que nous avons étudiés indique que le délai de déclenchement optimal du travail se situe entre sept et 12heures après la survenue de l’ouverture de l’œuf. Une expectative jusqu’à 12heures, mais pas au-delà, semble raisonnable. En effet, aucune patiente du groupe 1 ne s’est mise en travail spontanément et 96,7 % des accouchements au sein de ce groupe ont été déclenchés par dinoprostone. Cela signifie qu’après un délai de rupture des membranes inférieur à sept heures, la quasi-totalité des patientes avaient toujours un col défavorable contre 38,8 % après un délai de sept à 12heures et 56,50 % après un délai supérieur à 12heures. De plus, 59,2 % des patientes se sont mises spontanément en travail après un délai de sept à 12heures contre 32,6 % après un délai supérieur à 12heures et 0 % après un délai de rupture des membranes inférieur à sept heures. Aussi, bien que nous n’observions pas de différence significative entre nos trois groupes de RPM pour les taux de césarienne, ceux-ci sont apparus plus faibles dans le groupe 2 (6,1 %) par rapport aux groupes 1 et 3 (18,3 et 21,7 %). Notons tout de même que ce résultat apparaît à la limite de la signicativité (p =0,08).

Concernant la morbidité maternelle, nous n’avons constaté aucune différence significative en termes de fièvre entre les trois groupes en per-partum. Un seul cas de fièvre maternelle isolée du post-partum (bilan clinique négatif) a été recensé dans le groupe délai inférieur à sept heures et nous n’avons observé aucun cas d’endométrite, d’infection urinaire ou de chorioamniotite. Concernant la morbidité néonatale, aucun cas de décès néonatal n’a été observé. Il y avait significativement moins de pH artériels au cordon inférieurs à 7 dans le groupe 1. À noter que l’exhaustivité du recueil des pH était bonne dans le groupe 1 et moins bonne dans les deux autres groupes relativisant ce résultat. Pour autant, aucune différence significative entre les trois groupes n’a été mise en évidence en termes de besoins de réanimation avec intubation, de transfert en unité de soins intensifs, d’Apgar inférieur ou égal à 7 à cinq minutes de vie, d’hyperthermie et d’antibiothérapie néonatale.

Pourtant, dans la majorité des études de la littérature, aucune différence significative n’est mise en évidence concernant le taux de césarienne, entre l’expectative et le déclenchement immédiat, quel que soit le degré de maturation du col. Ainsi, Hannah et al. [2], en 1996, ont inclus 5041 patientes après RPM à terme et les ont divisées en quatre groupes sans tenir compte des conditions locales de départ (déclenchement immédiat par ocytociques intraveineux, déclenchement immédiat par prostaglandines intravaginales, et expectative de plus de quatre jours suivie d’un déclenchement par ocytociques intraveineux ou prostaglandines intravaginales).

Aucune différence significative n’a été observée pour Hannah et al. [2] entre les groupes en termes de taux de césarienne mais aucune comparaison n’a été faite pour des groupes d’expectative intermédiaire (déclenchement dans un délai supérieur ou égal à six heures, supérieur ou égal à 12heures et supérieur ou égal à 24heures). Concernant la morbidité materno-fœtale, les taux de chorioamniotite, de fièvre maternelle pendant le travail et en post-partum apparaissaient significativement moins important dans le groupe déclenchement immédiat de l’accouchement par ocytociques par rapport au groupe expectative suivi de déclenchement par ocytociques ; l’expectative pouvant durer quatre jours rappelons-le ! Dans cette étude, moins de nouveau-nés ont reçu d’antibiotiques et ont été admis en soins intensifs dans le groupe déclenchement immédiat de l’accouchement par ocytociques par rapport au groupe expectative puis déclenchement par ocytociques. Mais aucune antibiothérapie maternelle prophylactique n’avait été mise en place de façon systématique pendant le travail et seuls 7,5 à 11,9 % des patientes selon les groupes ont reçu des antibiotiques avant ou durant le travail, sans que soient connus le type, la posologie ou même la voie d’administration de ces antibiotiques. Qui plus est, la décision d’une antibiothérapie était prise au cas par cas, soit par un médecin, soit par une sage femme, soit même par une infirmière.

En 1997, ces patientes du Term PROM Study Group ont été revues afin de réaliser une étude complémentaire dont l’objectif était de déterminer les facteurs prédictifs d’infection néonatale lors des RPM à terme [3]. Cette étude supplémentaire a permis de souligner les insuffisances méthodologiques de la première. Les facteurs reconnus comme significativement associés à un taux plus élevé d’infection néonatale étaient, outre bien sûr la chorioamniotite, le statut positif de la mère pour le SB (non pris en compte dans la première étude), la multiplication des touchers vaginaux pendant le travail, un délai de rupture de la poche des eaux supérieur à 24heures avant le début du travail (non pris en compte dans la première étude) et la prise d’antibiotiques par la mère durant le travail hors antibioprophylaxie, témoin d’une chorioamniotite sous-jacente se constituant.

La méta-analyse de Dare et al. [4], réalisée dix ans plus tard, portant sur 12 études et incluant 6814 patientes ayant rompu la poche des eaux à terme, comparant l’expectative à l’induction immédiate, n’a pas non plus retrouvé de différence significative relative au risque de césarienne entre déclenchement immédiat de l’accouchement par prostaglandines, ocytociques ou homéopathie et expectative (RR : 0,94 ; IC 95 % : 0,82–1,08). Même pour les femmes avec un col défavorable, le risque de césarienne n’était pas diminué après un temps d’expectative (RR : 0,97 ; IC 95 % : 0,69–1,37). Le taux de chorioamniotite ainsi que le taux d’endométrite étaient moins élevés de façon significative dans le groupe déclenchement immédiat (RR : 0,74 ; IC 95 % : 0,5–0,97 pour la chorioamniotite et RR : 0,30 ; IC 95 % : 0,12–0,14 pour l’endométrite). Aucune différence significative n’a été mise en évidence concernant le taux d’infection néonatale et moins de nouveau-nés ont été admis en soins intensifs de façon significative dans le groupe déclenchement immédiat (RR : 0,72 ; IC 95 % : 0,57–0,92). Il est vrai aussi que dans cette méta-analyse, le poids de l’étude d’Hannah et al. [2], avec ses 5041 patientes a pu contribuer à de telles conclusions pour le moins discutables.

Par la suite, six autres études ont encore abouti à des résultats similaires, ne dévoilant aucune différence significative à propos des taux de césarienne entre déclenchement immédiat de l’accouchement et expectative, qu’il s’agisse de rupture des membranes survenant sur col favorable ou défavorable, quel que soit le mode de déclenchement (ocytociques ou prostaglandines) mais avec encore une fois des délais d’expectative allant jusqu’à 24heures voire plus [5, 6, 7, 8, 9, 10].

Même la récente étude néerlandaise, prospective et multicentrique PPROMEXIL [11, 12] portant sur une population légèrement différente mais proche de la nôtre (RPM entre 34 et 37SA), incluant 536 patientes et comparant le déclenchement de l’accouchement dans les 24 premières heures suivant la RPM et l’expectative, n’a pas non plus permis de conclure quant au délai de déclenchement optimal afin de réduire la morbidité materno-fœtale.

En fait, peu d’études comparables à la nôtre, c’est-à-dire comportant un groupe d’expectative intermédiaire par rapport au déclenchement du travail (inférieur à 24heures voire inférieur à 12heures) et clairement individualisé, ont été retrouvées dans la littérature.

En 2011, Li et al. [13] ont réalisé une étude rétrospective sur 579 femmes ayant rompu la poche des eaux à terme qui retrouvait un taux de césarienne significativement moins élevé dans le groupe des patientes s’étant mis spontanément en travail dans les 12heures par rapport au groupe des patientes dont l’accouchement avait été déclenché par ocytociques après 12heures d’expectative (p <0,05). Ces résultats sont conformes aux nôtres, même si nous en partageons les insuffisances méthodologiques à savoir : le caractère rétrospectif des études et des échantillons limités de patientes.

Akyol et al. [14] ont en revanche effectué une étude prospective randomisée incluant 126 patientes et ont observé un taux de césarienne significativement plus bas dans le groupe déclenchement immédiat par ocytociques versus le groupe expectative de 24heures puis déclenchement par ocytociques (p <0,05). Cela nous autorise à considérer qu’un délai d’expectative supérieur ou égal à 24heures pour optimiser les chances de réussite d’un déclenchement a peu d’intérêt. Cette notion a récemment été émise par où le taux de césarienne était différent au-delà de 24heures de RPM en faveur du déclenchement immédiat post-RPM pour diminuer le taux de césarienne (13 % versus 32 %) malgré l’absence de significativité des résultats. Ces données sont en accord avec celles maintenant anciennes de Zlatnik [15], pour qui la plupart des patientes entre spontanément en travail entre six et 12heures après la rupture des membranes et pour qui aussi le pronostic obstétrical est mauvais pour celles qui ne se mettent pas en travail au-delà de 12heures, ce que reflète l’étude de Akyol et al. [14] et que nous constatons effectivement pour notre groupe 3. Notre étude confirme ainsi qu’il n’y a pas d’avantage à maintenir l’expectative au-delà de 12heures après la RPM pour diminuer le taux de césarienne.

Deux autres études récentes portant sur des patientes ayant rompu les membranes à terme sur col défavorable confortent cette idée en retrouvant des taux de césarienne statistiquement plus faibles (p <0,05) dans le groupe déclenchement immédiat par prostaglandines que dans le groupe expectative ; l’expectative allant de 12 à 24heures [16, 17].

Et a contrario, une étude française de 2001, prospective et multicentrique, retrouve un taux de césarienne significativement plus élevé dans le groupe expectative de six heures par rapport aux groupes expectative de 12 et 24heures (12,6 % versus 5,5 % et 7,9 %, p <0,05) [18]. Un délai d’expectative trop court majore donc effectivement les taux de césarienne.

Conclusion

Les résultats de notre étude ne nous permettent pas de conclure à un délai de déclenchement optimal dans les RPM à terme sur col défavorable.

Cependant, selon notre expérience, il n’y aurait pas d’indication à déclencher immédiatement l’accouchement ni d’indication à trop attendre avant de déclencher. En effet, bien que nos résultats ne soient pas significatifs, le taux de césarienne le plus bas a été observé dans le groupe intermédiaire (déclenchement de l’accouchement dans un délai compris entre sept et 12heures) sans augmentation de la morbidité materno-fœtale et cela en accord avec les données de la littérature.

De larges études prospectives et multicentriques sont néanmoins requises pour confirmer ces impressions. Étant donné la fréquence de l’évènement, celles-ci pourraient être rapidement conduites. Elles permettraient peut-être de clore définitivement un sujet de controverse obstétricale maintenant bien ancien.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

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