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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 36, n° 10
pages e197-e200 (décembre 2013)
Doi : 10.1016/j.jfo.2013.01.013
Received : 25 October 2012 ;  accepted : 21 January 2013
Cas cliniques électroniques

Ptosis révélant un méningiome du sinus caverneux
Ptosis secondary to cavernous sinus meningioma
 

M. Louis , D. Goga, P. François, B. Laure
 Service de chirurgie maxillo-faciale et plastique de la face, CHU Trousseau, route de Loches, 37044 Tours cedex, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

Les méningiomes du sinus caverneux sont souvent à l’origine de manifestations neuro-ophtalmologiques. Cinquante pour cent des patients atteints présentent un ptosis. Nous rapportons un cas de ptosis acquis durant la première année de vie secondaire à une paralysie du nerf oculomoteur commun révélant un méningiome du sinus caverneux. Nous discutons ensuite les étiologies des paralysies du III et les modalités thérapeutiques des ptosis liés à une paralysie du III.

Observation

Une patiente âgée de 15ans nous a été adressée pour un ptosis dû à une paralysie du III apparu pendant la première année de vie. Une imagerie par résonance magnétique (IRM) a montré l’existence d’un méningiome du sinus caverneux. Le ptosis a été traité par une suspension frontale en utilisant du fascia du muscle temporal autologue, le méningiome nécessitant une simple surveillance.

Discussion

Les ptosis par atteinte du III sont rares chez l’enfant. Les étiologies les plus fréquents sont de nature congénitale et représentent selon les études 33 à 40 % des cas. Les autres étiologies sont traumatiques, tumorales, vasculaires et infectieuses. L’étiologie est à rechercher sur les examens d’imagerie sur tout le trajet du nerf. Le méningiome du sinus caverneux est une cause de paralysie du III. Le traitement chirurgical des ptosis par atteinte du III est une résection du muscle releveur ou une suspension frontale avec une bandelette de fascia lata ou de fascia temporal.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Introduction

Meningiomas of the cavernous sinus are often the cause of neuro-ophthalmologic manifestations. Fifty percent of affected patients present with ptosis. We report a case of ptosis acquired during the first year of life due to oculomotor nerve palsy secondary to a cavernous sinus meningioma. We then discuss the causes of third cranial nerve palsy and treatment options for ptosis associated with CN III palsy.

Observation

A fifteen-year-old female patient presented with ptosis due to a third cranial nerve palsy appearing within the first year of life. Magnetic resonance imaging (MRI) revealed a cavernous sinus meningioma. The ptosis was treated by frontalis suspension using autologous temporalis fascia. The meningioma required regular follow-up.

Discussion

Ptosis due to third cranial nerve palsy is rare in children. The most common etiologies are congenital and represent 33 to 40% of cases in various studies. Other etiologies are traumatic, tumoral, vascular and infectious. The cause needs to be found by imaging over the entire course of the nerve. Cavernous sinus meningioma is one cause of third cranial nerve palsy. The surgical treatment of ptosis due to third cranial nerve palsy is levator resection or frontalis suspension with a strip of fascia lata or temporalis fascia.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Ptosis, Paralysie du III, Méningiome, Sinus caverneux

Keywords : Ptosis, Third nerve palsy, Meningioma, Cavernous sinus


Introduction

Les étiologies des ptosis peuvent être myogènes, aponévrotiques ou neurogènes. Une cause de ptosis neurogène est une atteinte du troisième nerf crânien qui innerve le muscle releveur de la paupière. Ce nerf peut présenter une paralysie congénitale ou acquise. Nous rapportons un cas de ptosis acquis lors de la première année de vie secondaire à une paralysie du nerf oculomoteur commun révélant un méningiome du sinus caverneux.

Observation

Une patiente âgée de 15ans nous a été adressée en consultation pour un ptosis gauche avec une paralysie du III survenus lors de sa première année de vie. Des interventions palpébrales avaient déjà été réalisées en 2004 puis en 2007 pour corriger le ptosis, ainsi qu’une chirurgie des muscles oculomoteurs. Un bilan étiologique (scanner et IRM cérébrale) avait été réalisé à cette occasion et aucune étiologie n’avait été retenue. À l’examen clinique, on trouvait un ptosis gauche (Figure 1) avec paralysie de l’élévation, abaissement et adduction du globe oculaire. Il existait une hypoesthésie dans le territoire du V1, mais pas dans le territoire du V2. L’acuité visuelle était nulle à gauche, normale à droite. La relecture de l’ancien scanner montrait la présence de calcifications dans le sinus caverneux gauche. Un nouveau scanner a alors été demandé. Celui-ci montrait une asymétrie des muscles oculomoteurs aux dépens du côté gauche, des calcifications au niveau de la fissure orbitaire supérieure gauche et du sinus caverneux gauche et un aspect élargi, remanié et hypodense du bord latéral du sinus caverneux gauche (Figure 2). Une IRM orientée sur le sinus caverneux concluait à l’existence d’un méningiome de la moitié latérale du sinus caverneux gauche, le nerf III n’étant plus individualisable. On observait aussi une atrophie homolatérale des muscles oculomoteurs (droit supérieur, droit médial, droit inférieur) et du muscle releveur de la paupière (Figure 3).



Figure 1


Figure 1. 

Ptosis gauche.

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Figure 2


Figure 2. 

Tomodensitométrie montrant une calcification au niveau de la fissure orbitaire supérieure gauche et un élargissement latéral du sinus caverneux gauche.

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Figure 3


Figure 3. 

IRM montrant une image de méningiome de la moitie latérale du sinus caverneux gauche.

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Le traitement du ptosis a consisté en une suspension de la paupière supérieure au muscle frontal par bandelette d’aponévrose temporale selon la technique suivante :

incision dans le pli palpébral supérieur à 8mm ;
prélèvement d’une bandelette d’aponévrose de 1cm sur 3,5cm que l’on sépare en deux ;
réinsertion sur le tarse ;
passage des deux languettes en rétroseptal par deux mouchetures de sourcil qui se rejoignent en triangulaire au muscle frontal ;
recréation du pli palpébral supérieur par des points de suture prenant en profondeur l’aponévrose temporale profonde.

Le méningiome nécessitait une simple surveillance, sans traitement, et compte tenu de l’ancienneté des lésions, il n’était pas envisageable de l’opérer pour espérer une amélioration du ptosis.

Discussion

Les ptosis par atteinte du troisième nerf crânien sont rares chez l’enfant. La paralysie est congénitale dans 33 à 40 % des cas [1, 2], suite à une malformation neurologique ou un accouchement traumatique. Les autres causes sont des traumatismes post-natals, tumeurs, anomalies vasculaires, infections [3]. Dans notre cas, il s’agissait d’une atteinte congénitale par un méningiome du sinus caverneux. Cinquante pour cent des patients atteints par un méningiome du sinus caverneux ont un ptosis [4].

Le syndrome du sinus caverneux [5, 6] associe une ophtalmoplégie par paralysie des nerfs oculomoteurs (III, IV et VI), ptosis, une hypoesthésie du territoire du nerf trijumeau et une exophtalmie par compression des veines ophtalmiques. Les méningiomes du sinus caverneux peuvent aussi s’accompagner de céphalées inconstantes, de douleurs trigéminées, d’un signe de Claude Bernard Horner, de syncinésies dues à une réinnervation aberrante des fibres du III.

Les examens radiologiques de choix sont le scanner et l’IRM avec éventuellement angio-scanner et angio-IRM. Le premier objectif devant une paralysie du III récente complète ou incomplète avec atteinte pupillaire est d’exclure un anévrisme intracrânien [7]. L’étiologie est à rechercher sur tout le trajet du nerf, notamment au niveau du sinus caverneux.

Les méningiomes du sinus caverneux peuvent être traités par radiothérapie stéréotaxique fractionnée ou par radiochirurgie stéréotaxique. La radiothérapie stéréotaxique fractionnée permet l’irradiation d’un volume réduit avec un fractionnement standard. Le fractionnement de la dose réduit le risque de lésion sévère des tissus sains (4 % de complications) en comparaison avec la radiochirurgie qui délivre une dose unique élevée (14 à 42 % de complications) [8]. Chez notre patiente, les lésions étant anciennes sans apparition de nouveaux déficits, il a été décidé de surveiller le méningiome.

Le traitement chirurgical de ce ptosis neurogène avait un objectif esthétique. La chirurgie est indiquée lorsque la lésion est stable. L’indication chirurgicale dépend de l’état du muscle releveur. Si celui-ci est encore fonctionnel, une résection du muscle peut être réalisée. Si le muscle est dysfonctionnel, c’est-à-dire lorsqu’il provoque une élévation de moins de 4mm, on pratique une suspension frontale [9, 10]. La suspension frontale suppose un muscle frontal actif.

Les matériaux utilisés pour la suspension sont des autogreffes ou des allogreffes de fascia lata ou d’aponévrose temporale ou des matériaux synthétiques [11, 12]. Notre patiente avait un muscle releveur non fonctionnel. Nous avons réalisé une suspension frontale avec de l’aponévrose temporale. Les récidives sont fréquentes, notamment pour les ptosis congénitaux. Avec des greffes autologues le taux de récidive est de 4 à 20 %. Avec des matériaux synthétiques, on peut observer des taux allant de 40 à 100 % [9]. Les complications possibles de cette chirurgie sont rares.

Dans notre cas, les résultats à un mois sont satisfaisants (Figure 4). On obtient une ascension de la paupière supérieure gauche par contraction du muscle frontal. La suspension frontale est un traitement chirurgical simple et efficace pour corriger les ptosis neurogènes avec un muscle releveur non fonctionnel. On respecte ainsi la structure de la paupière supérieure et on évite des séquelles au niveau des sites donneurs.



Figure 4


Figure 4. 

Résultat postopératoire à un mois.

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Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.


 Le texte de cet article est également publié en intégralité sur le site de formation médicale continue du Journal français d’ophtalmologie www.e-jfo.fr/, sous la rubrique « Clinique » (consultation gratuite pour les abonnés).

Références

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