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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 1
pages 64-72 (janvier 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2013.09.002
Received : 17 June 2013 ;  accepted : 25 September 2013
Chirurgie esthétique des paupières
Cosmetic eyelid surgery
 

J.-M. Ruban a, b, J. Barbier a, , b , T. Malet c, E. Baggio a, b
a Centre ophtalmologique Kléber, 50, cours Franklin-Roosevelt, 69006 Lyon, France 
b Service d’ophtalmologie, hôpital Édouard-Herriot, 5, place d’Arsonval, 69003 Lyon, France 
c Centre d’ophtalmologie Monticelli-Paradis, 13008 Marseille, France 

Auteur correspondant.
Résumé

La chirurgie esthétique des paupières est de plus en plus demandée. Elle permet de rajeunir le regard au prix d’effets secondaires relativement minimes. Son rapport bénéfices escomptés/risques encourus est l’un des plus favorables de la chirurgie esthétique du visage. Cependant, la disgrâce palpébrale présentée par le patient n’est pas toujours correctement évaluée par ce dernier. C’est dire l’importance de l’examen clinique qui permet de cerner la demande du patient, puis de porter un diagnostic précis afin de poser une indication opératoire adaptée. On oppose globalement à l’heure actuelle les techniques de réductions tissulaires, consistant en une résection cutanéo-orbiculaire et/ou graisseuse aux techniques de remodelage palpébral consistant à “redistribuer” de la graisse par transposition des logettes adipeuses et à la lipostructure permettant d’apporter au sein d’une paupière creuse de la graisse autologue prélevée par lipo-aspiration. Par ailleurs, la place des traitements adjuvants à la blépharoplastie qui sont représentés essentiellement par les traitements de surface (peelings et lasers), les traitements volumateurs (produit de comblement), ainsi que le traitement des rides par contractions musculaires péri-orbitaires à l’aide de la toxine botulique, augmente régulièrement dans la prise en charge de l’esthétique palpébrale. Ils sont d’ailleurs de plus en plus utilisés de manière isolée dans les formes débutantes. Dans tous les cas, une bonne connaissance de l’anatomie, ainsi qu’une maîtrise parfaite des techniques restent nécessaires.

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Summary

Cosmetic eyelid surgery is becoming increasingly popular. It can rejuvenate the patient's appearance with relatively minor side effects. Its risk/benefit ratio is one of the best in facial cosmetic surgery. However, the patient does not always accurately assess the aesthetic appearance of his or her eyelids. This underscores the importance of clinical examination in order to determine the patient's wishes, and then make an accurate diagnosis and potential surgical plan. We currently oppose, in general, surgical techniques involving tissue removal (skin-muscle and/or fat) in favor of those involving tissue repositioning and grafting (autologous fat pearl transposition, obtained by liposuction, and lipostructure). Furthermore, the place of adjuvant therapies to blepharoplasty is steadily increasing. They mainly include surface treatments (peels and lasers), dermal fillers and anti-wrinkle botulinum toxin injections. They are also increasingly used in isolation in novel ways. In all cases, a perfect knowledge of anatomy and relevant skills and experience remain necessary.

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Mots clés : Blépharoplastie esthétique, Lipostructure, Lasers, Peelings, Toxine botulique, Acide hyaluronique

Keywords : Cosmetic blepharoplasty, Lipostructure, Lasers, Peelings, Botulinum toxin, Hyaluronic acid


Introduction

La chirurgie esthétique des paupières permet de rajeunir et/ou modifier le regard. Son rapport bénéfices escomptés/risques encourus est l’un des plus favorables de la chirurgie esthétique du visage, ce qui explique la forte demande de blépharoplasties de la part de nos patients.

Si, jusqu’ à la fin du siècle dernier, la réponse à la demande en esthétique péri-oculaire était synonyme de chirurgie, l’avènement de la médecine esthétique depuis les années 2000 avec en particulier la toxine botulique et les produits de comblement a modifié considérablement la prise en charge de ces affections. Seules seront abordées dans cet article les techniques chirurgicales des blépharoplasties esthétiques, ainsi que leurs traitements adjuvants. Nous verrons successivement les principales indications des blépharoplasties esthétique supérieures et inférieures, puis les principales techniques de ces blépharoplasties, et enfin leurs traitements adjuvants.

Indications, classification des blepharoplasties

Dans l’ensemble, en paupières supérieures, les principales disgrâces palpébrales rencontrées sont les suivantes [1] :

l’excès cutanéo-orbiculaire isolé ou classique dermatochalasis ;
la lipoptose isolée affectant en règle générale la loge graisseuse interne ;
l’excès cutanéo-orbiculaire associé à une lipoptose, cas le plus fréquemment rencontré à partir de la quarantaine ;
les problèmes de pathologie du pli de la paupière supérieure ;
les paupières creuses, qu’elles soient d’origines constitutionnelles ou plus souvent post-opératoires ;
enfin, des cas particuliers : les poches « symptômes », témoins d’une pathologie générale sous-jacente (orbitopathie dysthyroïdienne, tumeurs).

En paupières inférieures, schématiquement, il est possible de classifier les principales indications de blépharoplasties en plusieurs groupes [1] :

l’excès cutané pur ;
les troubles de la trophicité cutanée (paupières froissées et/ou fripées) qui relèveront plus d’un traitement par peeling cutané ou par resurfacing que d’un traitement chirugical ;
la lipoptose isolée représentée par la lipoptose juvénile ;
l’excès cutanéo-orbiculaire associé à une lipoptose sans trouble de la statique palpébrale ;
la lipoptose associée à un excès cutanéo-orbiculaire et à des troubles de la statique palpébrale par distension de la sangle tarso-tendineuse ;
les problèmes de lymphœdèmes et de poches malaires ;
les paupières creuses ;
enfin, les poches « symptômes ».

Examen clinique

Il doit être précédé d’un interrogatoire minutieux qui va permettre de dépister d’éventuels facteurs de risques et/ou des contre-indications opératoires. Il recherche tout d’abord les motivations et désirs du patient. Cela permettra parfois de dépister des troubles psychologiques sous-jacents pouvant par exemple se manifester par une demande disproportionnée. La notion d’autres interventions de chirurgies esthétiques pratiquées antérieurement sur le reste du corps doit également être connue.

Parmi les antécédents médicaux sont recherchés les allergies, ainsi que la prise de médicaments source de saignements potentiels per- ou post-opératoires (anticoagulants, antiagrégants plaquettaires). La consommation de tabac sera notée car elle est peut être source de retard à la cicatrisation. Le patient monophtalme doit être impérativement dépisté car il représente une contre-indication opératoire médico-légale à toute forme de blépharoplastie esthétique comportant une lipectomie. Il faut rechercher un syndrome sec, le port de lentilles de contact et enfin des problèmes cornéens.

Parmi les antécédents chirurgicaux, on recherchera l’existence d’autres interventions de chirurgie ophtalmologique pouvant poser des problèmes en cours ou en post opératoire : chirurgie réfractive, strabisme, chirurgie rétinienne (indentation) ou du glaucome (bulle de filtration).

L’examen clinique doit être méthodique, bilatéral, comparatif. Il est d’abord statique, puis dynamique [1]. Il est effectué de face (position primaire, regard vers le haut et vers le bas), de profil et de 3/4, afin de dépister toute asymétrie. Il appréciera l’importance de l’excès cutanéo-orbiculaire, l’importance de l’excès ou à l’inverse la quantité de tissu adipeux à apporter.

Au niveau de la paupière supérieure, il est nécessaire de rechercher un ptosis ou une rétraction, une ptose de la portion palpébrale de la glande lacrymale ou encore une anomalie du pli. En paupières inférieures, il est primordial d’évaluer la tonicité de la sangle tarso-tendineuse afin de dépister toute laxité qui pourra éventuellement être traitée dans le même temps chirurgical que celui de la blépharoplastie esthétique.

L’examen ophtalmologique doit être complet : acuité visuelle, recherche d’un syndrome sec, mesure de la pression intra-oculaire et examen du fond d’œil.

Au terme de ce bilan, des photographies (de face, de profil et de ¾) seront systématiquement prises. Il faut remettre au patient un formulaire de consentement éclairé, un devis et le revoir au cours d’une deuxième consultation après un délai minimal de quinze jours de réflexion.

Techniques chirurgicales

Les techniques chirurgicales vont permettre en cas d’excès tissulaires de réduire les volumes au prix de résections palpébrales, et au contraire en cas de déficits, soit de transposer certains volumes palpébraux de voisinage en cas de déficits partiels, soit au contraire d’apporter du volume en plus grande quantité en cas de déficits plus importants, par ajout de tissus graisseux autologue (lipostructure).

Techniques de résection tissulaire (techniques conventionnelles)

Ces techniques sont très nombreuses [2] et l’anesthésie locale pure ou potentialisée par une sédation sera préférée.

En paupières supérieures, la voie d’abord est toujours antérieure (cutanée) et le geste opératoire consiste en la résection d’un excès tissulaire, qu’il soit cutanéo-orbiculaire pur ou associé à une lipectomie. Il commence par le dessin qui sera effectué sur un patient dont l’état de vigilance est intact en position alternativement couchée et assise. Il doit être réalisé de manière bilatérale et symétrique (Figure 1). Si l’importance du dermatochalasis nécessite que sa limite externe dépasse l’aplomb du rebord osseux latéro-orbitaire, il est important que ce trait soit dissimulé dans un pli naturel de la patte d’oie. Il est nécessaire le plus souvent de garder une distance constante d’environ un cm entre le trait supérieur et la partie inférieure du sourcil (Figure 1). L’incision est réalisée soit à la lame Parker (no 15), soit au bistouri monopolaire muni d’une pointe Colorado, soit au bistouri à radio-fréquence, soit encore au laser CO2 . L’excision tissulaire est cutanéo-orbiculaire (Figure 2) et suivie d’une hémostase soigneuse. En fonction de l’examen clinique pré-opératoire, une excision de la graisse orbitaire peut être réalisée et intéresse alors le plus souvent la loge médiale (un geste sur la loge moyenne-organe en rouleau peut y être associé). La graisse de la loge médiale est organisée en de multiples logettes graisseuses entourées chacune d’une capsule qu’il est nécessaire d’ouvrir avant toute résection graisseuse (Figure 3). De couleur plus blanche que celle de la graisse moyenne, sa texture est plus dense, et sa vascularisation plus abondante. C’est dire l’importance à ce niveau de l’hémostase qui doit être parfaite. La fermeture de l’incision peut être réalisée soit par des points séparés, soit par un surjet intra-orbiculaire de monofil 5 ou 6/0. (Figure 4). Le résultat définitif est dans l’ensemble évalué au 3e mois post-opératoire (Figure 5a et b). On peut citer les techniques particulières qui s’adressent à toutes les pathologies associées du pli palpébral supérieur (qui doit parfois être réformé), aux paupières orientales, ainsi qu’aux asymétries associées minimes du bord libre palpébral (ptosis minime associé).



Figure 1


Figure 1. 

Blépharoplastie supérieure, le dessin.

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Figure 2


Figure 2. 

Excision cutanéo-orbiculaire.

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Figure 3


Figure 3. 

Blépharoplastie supérieure, mise en évidence de la graisse médiale.

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Figure 4


Figure 4. 

Fermeture cutanée par surjet intra-orbiculaire.

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Figure 5


Figure 5. 

Blépharoplastie inférieure, lipoptose isolée (voie conjonctivale) : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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En paupières inférieures, l’exérèse d’un excédent cutané seul (ou plutôt cutanéo-orbiculaire) est assez rare. On utilise alors la « pinch technique  » [3] qui consiste à pincer l’excès tégumentaire entre les 2 mors d’une pince, puis à réséquer l’excès cutané sans dissection associée. (Figure 6a et b). En cas de lipoptose isolée, dont la forme clinique typique est représentée par la lipoptose juvénile, une voie conjonctivale sera en général préférée. Décrite par Bourguet en 1928, cette technique peut être réalisée au laser CO2  ou de manière classique [4]. Elle nécessite une anesthésie locale potentialisée ou générale, ainsi qu’une bonne connaissance de l’anatomie de la région du fait de l’étroitesse de l’incision et des rapports de proximité avec le muscle oblique inférieur, le globe oculaire, et la voie lacrymale. Nous préférons la voie conjonctivale rétro-septale car elle évite d’ouvrir le septum (qui pourrait avoir des conséquences potentielles sur la statique de la future paupière opérée (développement d’un œil rond, voire d’une malposition du bord libre de type ectropion, par exemple).



Figure 6


Figure 6. 

Blépharoplastie inférieure (voie cutanée) : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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Ses avantages, comparés à la voie antérieure, sont nombreux. Outre l’absence de cicatrice cutanée, la voie conjonctivale permet d’éviter toute rétraction palpébrale secondaire. Enfin, du fait de l’absence de décollement de la lamelle antérieure, les suites sont en règle générale plus simples qu’avec la voie cutanée classique avec en particulier moins d’ecchymoses, d’hématomes et bien entendu, absence de complications éventuelles liées à la présence d’une cicatrice en position sous ciliaire (Figure 7a et b).



Figure 7


Figure 7. 

Blépharoplastie inférieure avec transposition graisseuse : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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Si la lipoptose est associée à un excès cutané et à une laxité de la sangle tarso-tendineuse (comme cela peut être le cas chez un patient plus âgé), la technique la plus logique est la voie antérieure cutanée (Figure 8a et b).



Figure 8


Figure 8. 

Lipostructure : réinjection de graisse.

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Elle associe une résection des poches graisseuses associée au renfoncement préventif de la sangle tarso-tendineuse par plicature du tendon canthal externe à l’aide d’un fil résorbable 5/0 ou par une autre procédure afin de limiter au maximum les risques d’oeil rond et/ou d’ectropion post-opératoires. L’importance de la résection cutanée sera évaluée en liftant un lambeau myocutané vers le haut et le dehors tout en demandant au patient d’ouvrir la bouche et de regarder en haut. Seul l’excès cutané drapant le siège de l’incision sera réséqué.

Les soins post-opératoires font partie intégrante de l’intervention et leur qualité dépendra en partie celui du résultat final [4]. Le traitement associe la prescription d’agents mouillants (sous forme de collyres, de gels, voire de pommades) pour l’œil et de pommades (cortisonées ou non) pour les paupières. Il est par ailleurs conseillé de recourir à l’application de lunettes glacées toutes les deux ou trois heures, dans les deux à trois premiers jours suivant l’intervention chirurgicale, afin de diminuer l’œdème palpébral post-opératoire.

Le patient est revu le lendemain (chaque fois que possible) et l’ablation des fils se fait entre le 4e et le 7e jour. Le patient est ensuite revu entre la 3e et la 4e semaine afin de dépister une éventuelle phase rouge cicatricielle exubérante, devant être traitée par des massages locaux à l’aide d’une pommade cortisonée. Le résultat définitif peut être apprécié entre le 3e et le 6e mois post-opératoire.

Techniques de transposition

En paupière supérieure, Sozer [5] a décrit en 2009 le transfert d’un lambeau graisseux provenant soit de la poche graisseuse médiale, soit de la graisse pré-aponévrotique vers la région latérale de la paupière au niveau du sourcil en cas de paupière supérieure creuse.

En paupière inférieure, la transposition graisseuse est utilisée depuis les années 1990 [6, 7] afin d’éviter les yeux creux post-opératoires. Ces techniques dites conservatrices sont de plus en plus utilisées (Figure 9a et b). Ellles peuvent être réalisées soit par voie antérieure, soit par voie postérieure qui sera ici pré-septale. Un lambeau septo graisseux est disséqué, de manière à ce que le transfert de ce dernier puisse se faire soit en sous-périosté (après dissection d’une loge sous-périostée étendue au niveau du sillon palpébro jugal), soit en sus-périosté, après dissection sus-périostée au niveau de la graisse sus-périostée (SOOF ou sub orbicularis ocular fat des auteurs anglo-saxons). La fixation du lambeau est ici nécessaire afin d‘éviter la mobilisation de ce dernier lors des mouvements du globe oculaire.



Figure 9


Figure 9. 

Lipostructure des paupières inférieures : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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Techniques d’apport tissulaire (lipostructure)

L’apport de graisse d’une région où elle est en excès (comme l’abdomen ou la cuisse) n’est pas une idée nouvelle [8, 9]. Coleman [10] décrit en 1995 la technique de lipostructure® avec ses différents temps (prélèvement, centrifugation, réinjection) avant que Trepsat ne complète ces travaux dans la région périorbitaire [11]. La lipostructure est réalisée selon un protocole strict permettant une greffe de cellules graisseuses, effectuée la plupart du temps en fin de geste de la blépharoplastie. L’intervention se déroule par un prélèvement de graisse, soit à la face interne ou externe des cuisses, soit sur l’abdomen par une lipo-aspiration douce à la main. La graisse est ensuite centrifugée, ce qui permet d’éliminer les adipocytes détruits, ainsi que le sang et le produit d’anesthésie. Il persiste alors uniquement des lobules graisseux fonctionnels qui sont alors réinjectés dans différents plans au niveau de la région médio faciale et péri-orbitaire, toujours en profondeur sous et dans le muscle orbiculaire (Figure 10). Les suites opératoires sont marquées dans l’ensemble par un œdème associé à des hématomes qui disparaissent le plus souvent en l’espace de 10 à 15 jours. Le résultat définitif est obtenu à trois mois (Figure 11a et b).



Figure 10


Figure 10. 

Traitement du cerne creux des paupières inférieures par mise en place d’acide hyaluronique : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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Figure 11


Figure 11. 

Lipostructure des paupières inférieures : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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En paupière supérieure, la réinjection de graisse peut être réalisée dans les paupières creuses ou en cas de perte de volume au niveau de la partie latérale du sourcil. Les points d’injections se font en latéral au niveau de la partie externe du sourcil dans une ride de la patte d’oie et en médial au-dessus de la tête du sourcil dans une ride du lion. Il est nécessaire d’être prudent dans la partie médiale du fait de la présence des troncs vasculo-nerveux supra-orbitaire, supra- et infra-trochléaire). En effet, il a été décrit des embols graisseux soit dans l‘artère centrale de la rétine, soit en intra-cérébral avec ce type d’injection. La quantité injectée est en moyenne d’environ 2 à 4 cc dans cette région supérieure.

En paupière inférieure, la lipostructure consiste à redonner du volume dans la région péri-orbitaire et en particulier médio faciale [3]. La réinjection est située dans la région du cerne, de la vallée des larmes, dans la région péri-orbitaire inférieure et de la pommette. Les points d’injections se font au niveau de la partie basse de la vallée des larmes et en latéral au niveau de l’arcade zygomatique, soit dans une ride de la patte d’oie, soit au niveau de l’implantation du cuir chevelu. Les quantités réinjectées sont variables : environ 1cc pour le cerne et la vallée des larmes, 2cc pour la région du rebord orbitaire inférieur et entre 5 et 10 cc pour la région de la pommette et de la zone médio faciale.

Traitements adjuvants à la blepharoplastie

Les principaux traitements adjuvants que nous pouvons proposer lors d’une blépharoplastie se répartissent en trois groupes :

le traitement de surface (peelings ou lasers) ;
les traitements volumateurs (produits de comblement) ;
le traitement des contractions musculaires péri-orbitaires (toxine botulique).

Traitement de surface (peeling et laser)

Les peelings sont des traitements médicaux, réalisant une brulure chimique de la partie superficielle de l’épiderme consécutive [12]. Cette brûlure de l’épiderme induit une régénération tissulaire avec néocollagénèse. L’efficacité et les complications des peelings augmentent avec la profondeur de pénétration. Ils ne pourront être réalisés que chez les patients avec un phototype clair selon la classification de Fitzpatrick (de 1 à 3), les phototypes foncés (4 à 6) représentant des contre-indications. Les peelings utilisés lors d’une blépharoplastie [13] sont au minimum des peelings moyens (à l’acide trichloracétique à 30 %) qui agissent sur la partie superficielle du derme réticulé, ou des peelings profonds (peelings au phénol) qui agissent jusqu’à la partie moyenne du derme réticulé. L’éviction sociale est comprise entre 7 et 10 jours au minimum et augmente avec la profondeur du peeling réalisé. Il est nécessaire de la protéger du soleil pendant les deux à trois mois qui suivent avec un écran total.

Différents types de lasers ont été utilisés en ophtalmologie comme traitement de surface en association aux blépharoplasties par voie conjonctivale pour améliorer l’aspect cutané. Les premiers lasers étaient les lasers CO2  équivalents aux peelings profonds [14]. Ces lasers nécessitaient une éviction sociale longue d’environ 15 jours avec des risques infectieux et de cicatrisation anormale. Pour ces différentes raisons, le laser Erbium, plus doux et dont l’efficacité est comparable à celle des peelings moyens leur est préféré [15].

Les lasers aujourd’hui sont des lasers CO2  fractionnés. Il est réalisé à la fin de la blépharoplastie et les suites post-lasers sont marquées par l’apparition d’une rougeur d’une durée d’environ quatre à cinq jours, nécessitant la mise en place de traitements lubrifiants (Figure 12a et b). Il est souvent nécessaire de réaliser des séances complémentaires après la chirurgie pour obtenir un résultat tout à fait satisfaisant. Les contre-indications du laser sont les mêmes que celles du peeling.



Figure 12


Figure 12. 

Resurfacing des paupières inférieures au laser CO2  : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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La restauration des volumes, le traitement volumateur

Dans cette région ou la peau est fine comme le muscle orbiculaire, seuls les acides hyaluroniques, résorbables en environ quelques mois, peuvent être utilisés [16].

Ils le sont à la fin du geste chirurgical de blépharoplastie ou de manière isolée. L’acide hyaluronique est un produit naturel qui est présent dans le derme. Il est constitué de glycoaminoglycanes qui présentent des propriétés visco-élastiques. Ces molécules vont capter l’eau, donner un volume dans la région injectée et hydrater la peau. Ils peuvent être injectés au niveau du cerne, de la vallée des larmes, de la région péri-orbitaire inférieure ou au niveau de la région supérieure du sourcil comme pour une lipostructure [17], mais les quantités injectées sont moindre que lors d’une lipostructure. Ces injections se feront en sous-musculaire au contact du périoste en périorbitaire pour la vallée des larmes, dans la partie profonde du derme ou en sous dermique pour les pommettes et au niveau du muscle temporal pour les tempes.

Les contre-indications de ces produits sont représentées par les maladies auto immunes, les femmes enceintes ou allaitantes, ainsi que les dermatoses infectieuses locales en évolution. La durée d’action de ces produits est d’environ 9 à 12 mois (Figure 13a et b). Il est important de ne pas surcorriger les zones péri-orbitaires inférieures qui peuvent être le siège d’œdèmes persistants, nécessitant le cas échéant l’utilisation de hyaluronidase.



Figure 13


Figure 13. 

Traitement du cerne creux des paupières inférieures par mise en place d’acide hyaluronique : a : aspect pré-opératoire ; b : aspect post-opératoire.

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Le traitement des contractions musculaires

La toxine botulique entraîne une dénervation chimique par blocage de l’acétyl choline au niveau de la jonction neuromusculaire [18]. Aujourd’hui, il existe plusieurs types de toxine sur le marché.

L’injection se fait au niveau du pourtour péri-orbitaire afin de décontracter les régions musculaires de la glabelle, de l’orbiculaire externe et du muscle frontal. Grâce à la balance musculaire entre le muscle frontal qui est élévateur et les muscles de la région glabellaire et l’orbiculaire qui sont des muscles abaisseurs, une ascension du sourcil est possible. Le délai d’action est de trois quatre jours et l’effet maximum est obtenu au 15e jour. Une retouche est parfois nécessaire après le 15e jour afin de symétriser si besoin le patient. La durée d’action est d’environ 6 mois [19].

Il est nécessaire d’éliminer les contre-indications qui sont représentées par les pathologies neuromusculaires, en particulier la myopathie, la myasthénie et le syndrome de Lambert-Eaton. Les femmes enceintes et les femmes allaitantes constituent des précautions d’emploi. L’injection se déroule à la fin de l’acte opératoire ou de manière isolée. Il est préférable de ne pas injecter de toxine botulique si une blépharoplastie par une voie antérieure est réalisée. Par contre, tous les patients ayant une chirurgie de blépharoplastie supérieure peuvent bénéficier de ce type de traitement avec réalisation d’une injection essentiellement dans la région glabellaire et au niveau de l’orbiculaire externe.

Conclusion

Les différentes disgrâces esthétiques rencontrées au niveau des paupières sont multiples.

Les principales techniques de base des blépharoplasties esthétiques permettent de traiter la majorité des demandes en pratique courante. Il est nécessaire néanmoins d’indiquer que la tendance actuelle est d’être de plus en plus conservateur au niveau de la graisse, afin de ne pas s’exposer au développement d’un œil creux, soit en post-opératoire immédiat, soit au contraire de manière retardée et pouvant être dans ce cas majoré par une éventuelle atrophie graisseuse physiologique liée à des phénomènes de vieillissement, source de regard vide et « déshabillé », particulièrement inesthétique. Les traitements adjuvants à la blépharoplastie permettent d’optimiser ou d’améliorer les résultats de cette intervention. Signalons que seule la réalisation d’un examen oculo-palpébral complet va permettre de dépister une éventuelle pathologie sous-jacente et de proposer un traitement adapté à chaque cas. Enfin, si la réalisation technique doit être irréprochable, les soins post-opératoires et la gestion « psychologique » du patient sont également importants afin d’obtenir un résultat final satisfaisant [20].

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.


 Retrouvez cet article, plus complet, illustré et détaillé, avec des enrichissements électroniques, dans EMC Ophtalmologie  : Ruban J.M., Malet T. Chirurgie esthétique des paupières. EMC Ophtalmologie 2013; 10(1):1–12 [Article 21-100-D-20]. Publication avec l’autorisation de reproduction.

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Ruban J.M., Malet T. Chirurgie esthétique des paupières EMC Ophtalmol 2013 ;  10 : 1-12[Article 21-100-D-20].

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