Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 3
pages 220-225 (mars 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2013.06.006
Received : 7 Mars 2013 ;  accepted : 21 June 2013
Prise en charge thérapeutique d’une hypertonie oculaire post-kératoplastie transfixiante : à propos de 73 cas
Post-penetrating keratoplasty glaucoma management: Report of 73 cases
 

H. Lajmi , M.A. El Afrit
 Service d’ophtalmologie, hôpital Habib Thameur, 8, rue Ali Ben Ayed Montfleury, 1008 Tunis, Tunisie 

Auteur correspondant.
Résumé
Introduction

L’hypertonie oculaire post-kératoplastie transfixiante (KPT) est une menace réelle pour le pronostic visuel. Les moyens thérapeutiques sont multiples mais l’absence d’un arbre décisionnel bien codifié et les résultats variables des différentes techniques rendent la prise en charge très difficile.

Patients et méthodes

Étude rétrospective, portant sur 73 yeux ayant bénéficié d’une KPT. Les patients qui présentent une hypertonie oculaire sont mis initialement sous traitement médical et en cas d’échec, ils bénéficient d’un traitement chirurgical à type de trabéculectomie ou d’implant de drainage. Pour chaque traitement, nous avons surveillé : le tonus oculaire (TO) par tonomètre à applanation, les effets indésirables ainsi que la survenue d’un échec de la greffe.

Résultats

Le traitement médical utilisé en première intention était un bêtabloquant. Il a permis le contrôle du TO dans 80,6 % des cas. La valve d’Ahmed a été utilisée pour deux patients avec succès sans opacification du greffon. La trabéculectomie a été préconisée pour cinq patients. Nous avons noté la survenue d’un rejet immunologique chez trois patients au bout de 6 à 9 mois. Nous avons aussi constaté que l’hypertonie tardive était liée à l’échec anatomique de la greffe, et ce indépendamment des autres facteurs préopératoires.

Discussion et conclusion

Le traitement médical reste le traitement de première intention en cas d’hypertonie après KPT mais il n’est pas rare d’avoir recours à la chirurgie. La trabéculectomie reste de pratique courante et donne de bons résultats avec un risque de rejet moins important en association à la mitomycine C. La mise en place de dispositifs de drainage devient une alternative fiable à la trabéculectomie avec de bons résultats post-opératoires. Les techniques de cyclodestruction, elles, sont réservées aux échecs de la chirurgie avec altération importante de l’acuité visuelle.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Purpose

To report our experience in the therapeutic management of post-penetrating keratoplasty glaucoma.

Introduction

Post-penetrating keratoplasty (PK) glaucoma is a true threat to visual prognosis. Therapeutic modalities are many, but the absence of a well-defined decision tree and the variable results of the various techniques renders management very difficult.

Patients and methods

This is a retrospective study including 73 eyes of 71 patients undergoing a penetrating keratoplasty. Patients who developed post-operative ocular hypertension were treated first with eye drops. In the case of failure, surgical procedures were recommended including trabeculectomy or glaucoma drainage devices. The intraocular pressure (IOP) assessed with applanation tonometer, side effects and graft failure were monitored.

Results

The first medical treatment used for all patients was a betablocker, which allowed control of intraocular pressure in 80.6 % of eyes. Ahmed glaucoma valve was used in two cases with success and without graft failure. Trabeculectomy was necessary for five patients, three of whom developed immunological graft rejection within 6 to 9 months. We also observed that late ocular hypertension was statistically related to anatomic graft failure, independently of other preoperative factors.

Discussion and conclusion

Although hypotensive medication is still the first treatment for ocular hypertension after penetrating keratoplasty, a surgical procedure is sometimes required. Glaucoma drainage devices and trabeculectomy are widely practiced, leading to good outcomes, with the risk of rejection lower in cases involving mitomycin C. Cyclodestructive procedures should be reserved for surgical failures with significant visual loss.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Kératoplastie transfixiante, Hypertonie oculaire, Glaucome, Implant de drainage, Cycloaffaiblissement, Trabéculectomie, Rejet de greffe

Keywords : Penetrating keratoplasty, Glaucoma, Ocular hypertension, Glaucoma drainage devices, Trabeculectomy, Cyclodestructive procedure, Graft rejection


Introduction

L’hypertonie oculaire (HTO) post-kératoplastie transfixiante (KPT) est une complication grave de cette chirurgie. En effet, elle peut engager le pronostic visuel par l’altération du nerf optique, d’une part, et l’échec de la greffe, d’autre part. Le traitement de cette complication est donc impératif et les moyens thérapeutiques sont multiples. Cependant l’absence d’un arbre décisionnel bien codifié et les résultats variables des différentes techniques rendent la prise en charge très difficile. Le but de notre étude était de rapporter notre expérience dans la prise en charge de cette complication.

Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude rétrospective portant sur 71 patients (73 yeux) ayant bénéficié d’une KPT dans notre service d’ophtalmologie à l’hôpital Habib Thameur de Tunis sur une période de 11ans, allant de janvier 2000 à décembre 2011. Tous nos patients ont bénéficié d’un interrogatoire minutieux et d’un examen ophtalmologique complet et bilatéral avant la chirurgie. La KPT a été réalisée seule ou en association à d’autres procédures dans le but d’éviter toute réintervention. Il s’agit surtout de chirurgie de la cataracte, aucune chirurgie filtrante concomitante n’ayant été réalisée. Tous les patients ont été hospitalisés jusqu’à la réépithélisation complète (minimum 24heures) avec un pansement pendant une semaine associé à des instillations pluriquotidiennes de collyres corticoïdes, antibiotiques, et d’agents mouillants.

Le rythme de surveillance était d’abord quotidien jusqu’à la réépithélisation du greffon puis hebdomadaire jusqu’au premier mois pour devenir mensuel pendant les 6 mois suivants. Par la suite ce rythme devient trimestriel au bout de la première année, puis semestriel. Nous avons évalué à chaque visite : l’acuité visuelle sans et avec correction, l’astigmatisme post-opératoire, un examen à la lampe à fente avec prise de pression intraoculaire par tonomètre à applanation de Goldmann et un fond d’œil. L’hypertonie oculaire tardive est définie par une pression supérieure à 21mmHg au-delà de 3 mois post-opératoires avec ou sans traitement. Par ailleurs, nous n’avons pas pu disposer de la pachymétrie pour tous nos patients.

En cas de glaucome post-opératoire diagnostiqué, les patients ont été mis sous traitement antiglaucomateux. Les bêtabloquants ont été utilisés de première intention en l’absence de contre-indications. En cas d’échec du traitement médical, le traitement chirurgical a été préconisé. Il consistait soit à la réalisation d’une trabéculectomie associée au 5-fluoro-uracile (5FU) si ce dernier était disponible, soit à la mise en place d’une valve d’Ahmed au niveau de la chambre antérieure en présence d’une conjonctive cicatricielle ou d’une chambre antérieure étroite associée à de nombreuses synéchies antérieures. Nous avons alors procédé à une surveillance clinique de la pression intraoculaire et de l’état du greffon vu le risque majoré de rejet et des effets indésirables de chaque type de traitement.

Les données étaient saisies au moyen du logiciel Excel et analysées au moyen du logiciel SPSS version 11.5. Nous avons calculé des fréquences simples et des fréquences relatives (pourcentages) pour les variables qualitatives. Nous avons calculé les moyennes, médianes et écarts-types et déterminé les valeurs extrêmes pour les variables quantitatives. Une valeur de p inférieure à 0,05 a été retenue comme significative. Afin d’identifier les facteurs de risque directement liés à l’événement, nous avons conduit une analyse multivariée en régression logistique selon une méthode pas à pas descendante.

Résultats

Nous avons suivi nos patients sur une durée moyenne de 45,95±36,41 mois, avec des extrêmes allant de 6 mois à 10ans. Les caractéristiques de nos patients sont résumées dans le Tableau 1.

L’équilibre des chiffres pressionnels était une condition obligatoire avant la KPT, le tonus préopératoire moyen mesuré variant de 12 à 16mmHg avec une moyenne de 13,83±6,45mmHg. Les bêtabloquants ont été utilisés dans 14 cas (toujours en première intention), les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique dans 5 cas, les analogues des prostaglandines dans 5 cas (dont 1 cas en monothérapie et en première intention). La chirurgie était nécessaire dans 4 cas soit 26,7 % (2 cas de sclérectomie profonde non perforante et 2 cas de trabéculectomie dont 1 cas au cours duquel nous avons utilisé du 5 FU). Une HTO post-opératoire tardive a été retrouvée dans 31 cas soit 42,4 %. Tous les patients développant une HTO tardive ont bénéficié d’un traitement médical pendant une durée moyenne de 52,52±37,29 mois (de 8 mois à 10ans) et qui était suffisant dans 80,6 % des cas (25 patients) permettant ainsi de réduire la pression moyenne de 26,71±3,28 mmHg à 13,92±1,88mmHg (Tableau 2).

Pour les patients ayant gardé un TO élevé, la chirurgie a été préconisée avec un recul moyen de 39,1±24,45 mois (Tableau 3). Nous n’avons pas eu recours au cycloaffaiblissement des corps ciliaires.

Nos résultats sur le plan anatomique ont montré la survenue de 33 cas d’échec anatomique (45,2 %) (greffons opaques) durant la période d’étude. Le délai d’échec moyen était de 28,17±30,86 mois. L’hypertonie oculaire tardive était la deuxième cause de cet échec (30,4 %). Dans notre série, nous avons obtenu 40 succès anatomiques soit 54,8 % de cas de cornées transparentes avec 38,7 % chez les sujets ayant développé une hypertonie oculaire post-opératoire contre 66,6 % en absence d’hypertonie post-opératoire. Dans le cas d’un échec de la greffe, l’étude univariée a trouvé une relation statistiquement significative entre cette complication et le glaucome en préopératoire (p =0,015) ainsi que l’HTO post-opératoire tardive (p =0,016). L’étude multivariée a montré que seule l’HTO tardive était liée à l’échec anatomique de la greffe de façon indépendante des autres facteurs, avec un odds ratio de 5,67.

Sur le plan fonctionnel, la meilleure acuité visuelle corrigée post-opératoire moyenne était de +1,05±0,94 Log MAR. Chez les patients présentant une HTO post-opératoire, la moyenne d’acuité visuelle était de +1,01±0,94 Log MAR en post-opératoire contre +1,08±0,95 Log MAR chez les patients sans HTO post-opératoire. La différence entre les deux groupes était non significative (p =0,753). Le gain moyen de l’acuité visuelle en post-opératoire était de +0,77±1,13 Log MAR soit environ 2/10.

Discussion

Le diagnostic de l’HTO post-kératoplastie transfixiante peut être délicat et il est important de s’interroger sur la fiabilité de la mesure du tonus oculaire dans les suites opératoires. En effet, les contraintes biomécaniques de la cornée, ainsi les variations de son épaisseur modifient la rigidité cornéenne (la variation de l’épaisseur cornéenne peut faire modifier la pression intraoculaire de −6 à +24mmHg). Il existe une relation entre l’épaisseur cornéenne et la pression intraoculaire évaluée par cette formule : PIO (mmHg)=2,43+(24,90×épaisseur cornéenne centrale) [1].

Le deuxième problème est celui du traitement en absence d’un arbre décisionnel bien codifié. En effet, le traitement médical représente la première étape de notre prise en charge comme préconisé par plusieurs auteurs [2, 3]. Cette réponse aux antiglaucomateux a été vérifiée par plusieurs séries [4, 5] rejoignant les conclusions de notre étude puisque le traitement médical seul était suffisant dans 80,6 % des cas. Les produits topiques doivent être utilisés avec précaution à cause des conservateurs. Les bêtabloquants interviennent dans l’inhibition de la sécrétion de l’humeur aqueuse réduisant efficacement le TO même en présence d’une fermeture chronique de l’angle [6, 7]. Cependant, ce traitement peut par l’intermédiaire de certains de ses effets indésirables compromettre la fonction du greffon (diminution de la production aqueuse, altération de la qualité et la quantité du mucus aboutissant à une sécheresse oculaire, anesthésie cornéenne) [8]. Les agonistes alpha-2-adrénergiques permettent une réduction efficace du TO mais ils sont incriminés dans la genèse d’œdème maculaire cystoïde chez les aphaques et les pseudophaques [9]. Lorsque le traitement au long cours est envisagé, la brimonidine est préférée à l’apraclonidine vue l’incidence élevée de réactions allergiques ainsi que de la survenue d’un syndrome sec et de kératite ponctuée superficielle avec cette dernière [8]. Les prostaglandines augmentent l’incidence des inflammations ce qui compromet la transparence du greffon et réduit l’acuité visuelle par le biais de l’œdème maculaire. De plus les prostaglandines ont été incriminées dans l’apparition de récidives herpétiques [8, 10, 11]. Enfin, les inhibiteurs de l’anhydrase carbonique peuvent être utilisés par voie topique ou générale. Le dorzolamide doit être cependant utilisé avec précaution chez les sujets présentant une HTO post-opératoire avec une histoire de rejet de greffe ou de comptage limité de cellules endothéliales. En effet, certains auteurs ont rapporté le cas de patients ayant présenté une décompensation endothéliale irréversible par inhibition de l’anhydrase carbonique endothéliale [2, 8]. Ils peuvent aussi donner des réactions allergiques dans 5 à 10 % et un goût amer dans 25 % des cas. La forme orale est efficace dans le contrôle des pics hypertensifs en post-opératoire immédiat ; cependant son usage prolongé est grevé de plusieurs effets indésirables systémiques (paresthésies, troubles gastro-intestinaux, fatigue, anorexie, perte de poids…) [12].

Quand le traitement médical est incapable de juguler l’HTO, le traitement chirurgical s’impose. Les dispositifs de drainage permettent de créer un shunt de l’humeur aqueuse par l’intermédiaire d’un tube relayé à un support permettant de préserver la bulle de filtration. Les techniques sont variables, les plus utilisés sont la valve d’Ahmed qui a permis dans notre série une réduction significative du TO chez 2 patients. D’autres séries ont également démontré l’intérêt de cette technique. Dans la série de Panda et al., la valve d’Ahmed a permis un contrôle de TO dans 100 % des cas (une diminution de 47±12,53mmHg à 21,5±12,9mmHg en 6 mois) dont 55 % des cas sans traitement additionnel [13]. Le taux de contrôle du TO est variable d’une série à une autre (62 à 96 %) [14]. Cependant les risques de cette intervention peuvent être sérieux. En effet, des taux de rejet de greffe de 15 à 41 %, voire 74 %, ont été rapportés [15, 16, 17]. Dans notre série aucun cas n’a été rapporté. Le mécanisme du rejet est multifactoriel [17]. L’introduction d’un tube au niveau de la chambre antérieure peut augmenter les phénomènes inflammatoires déjà existants. Kirkness et al. ont émis l’hypothèse que l’implant de drainage met en contact l’humeur aqueuse avec les lymphocytes circulants au niveau de la bulle de filtration et permet un courant rétrograde des cellules inflammatoires à l’intérieur de la chambre antérieure. Ils ont également proposé qu’un infime courant cellulaire puisse être visualisé à l’intérieur et à l’extérieur du tube soulignant l’intérêt d’utiliser de fortes doses de stéroïdes pour contrôler cette complication [15]. Le rejet peut être expliqué également par un traumatisme de l’endothélium cornéen associé à la procédure de filtration [18]. D’autres complications dues aux dispositifs de drainage ont été décrites : l’érosion conjonctivale, l’hypertonie prolongée, le contact tube-endothélium, l’extrusion du dispositif et les infections [8].

L’implantation de la valve peut être concomitante avec la KPT, avant ou après, pour les patients déjà glaucomateux. Les résultats sont très variables selon les séries. Beebe et al. [19] ont rapporté un taux de survie du greffon meilleur lorsque le drainage est posé après la KPT. Alvarenga et al. n’ont pas trouvé de corrélation entre le moment de la chirurgie et l’implantation du drain. Rapuano et al. [20] ont démontré une meilleure survie avec un drainage avant ou concomitant à la KP avec un taux de rejet à 44 % après la KPT [8]. Parmi les dispositifs de drainage l’EX-PRESS™ mini-glaucoma shunt a permis un taux de contrôle de 93,3 % avec ou sans traitement associé sans cas de rejet de greffe dans la série de Ates et al. [21]. Pour la trabéculectomie, les résultats étaient plutôt décevants sans utilisation d’antimétabolites ou d’agents alkylants [21, 22]. Le 5-fluoro-uracile et la mitomycine C (MMC) ont permis d’améliorer le contrôle pressionnel de cette procédure [8] La MMC permet un meilleur contrôle pressionnel que le 5-fluoro-uracile [23, 24] et a considérablement amélioré le pronostic des greffes de cornée en absence de notion de toxicité. Les taux de contrôle rapportés dans la littérature par cette technique varient entre 50 et 94 % contre 40 à 50 % en absence de MMC. Dans notre série, la trabéculectomie a été utilisée dans 5 cas avec usage de 5-fluoro-uracile dans un seul cas. Le contrôle du TO a été obtenu dans tous les cas. Trois patients seulement ont développé un rejet immunologique au bout de 6 et 9 mois. Ces patients n’ont pas eu d’antimétabolite. Cette technique aurait des résultats plus satisfaisants en absence de chirurgie antérieure du glaucome et serait ainsi préférée par certains auteurs dans le traitement de l’HTO post-KPT en première intention après échec du traitement médical [8].

Les procédés de cyclodestruction sont multiples et sont surtout réservés aux cas résistants aux traitements chirurgicaux précédents. Dans la cyclocryodestruction le contrôle pressionnel varie entre 25 et 80 % avec de multiples complications possibles comme l’inflammation, l’hémorragie et l’échec du contrôle du TO, ce qui peut aboutir à l’échec de la greffe. L’incidence de cette complication varie entre 17 et 44 % selon les séries [25]. Certains patients peuvent se plaindre de douleur et de baisse de la vision par le biais de l’œdème maculaire, voire de phtyse [26]. La destruction du corps ciliaire peut se faire par laser Krypton ou Neodymium:Yttrium–Aluminum–Garnet (Nd:YAG) ou au laser diode [8]. La cyclodestruction transclérale au Nd:YAG a permis selon certaines séries un bon contrôle de TO en post-opératoire : 63 % selon Beiran et al. et 77 % selon Threlkeld et Sheilds [27, 28, 29]. Cependant, plusieurs risques sont à considérer notamment le rejet de greffe (11 à 65 %) et la baisse de l’acuité visuelle conséquente (22 à 56 %) surtout chez les patients aux antécédents de chirurgie filtrante ou de cyclocryothérapie. D’autres effets indésirables ont été rapportés tels que la douleur, l’uvéite antérieure, l’hyphéma, l’hémorragie intra-vitréenne, l’ophtalmie sympathique et la phtyse [30]. Le cyclodiode expose à certains risques tels que le rejet de greffe survenant chez 11 à 44 % des patients, la douleur, les uvéites, les ophtalmies sympathiques, l’hyphéma et l’hypotonie. Cette technique a permis d’obtenir un taux de contrôle voisin de 60 %, et de 79 % selon Shah et al. avec un risque d’hypotonie en cas de traitement excessif [31]. Quant à l’acuité visuelle, les études ont monté un pronostic visuel limité après cycloablation avec une perte de 2 lignes ou plus à l’échelle de Snellen chez 22 à 56 % des patients [32]. Une nouvelle technique de cyclophotocoagulation dite endoscopique a été introduite pour minimiser les effets indésirables multiples de la cyclophotocoagulation transclérale. Les résultats de cette technique sont en général bons avec un contrôle de la pression au bout de 2 à 4 semaines ; un seul cas de rejet aigu sur 16 cas a été rapporté selon la série de Chen et al. Elle serait meilleure que les techniques de cyclodestruction trans-sclérales surtout pour les yeux ayant une vision efficace avec une meilleure acuité visuelle et un risque moins important de rejet [33].

Schématiquement, pour les patients présentant une HTO post-opératoire le traitement médical est toujours le traitement de première intention. En cas d’échec, le traitement chirurgical doit être proposé. La trabéculectomie avec MMC a été défendue par plusieurs auteurs, surtout pour des yeux phaques en l’absence d’antécédents chirurgicaux avec des structures conservées de l’angle. Les dispositifs de drainage (notamment la valve d’Ahmed) sont surtout indiqués en présence d’une conjonctive cicatricielle, d’une chambre antérieure étroite ainsi que de nombreuses synéchies trabéculaires. Quant aux procédés de cyclodestruction, ils sont réservés aux échecs après les autres types de traitement vu le risque important d’hypotonie et de perte de la vision. L’hypertonie post-kératoplastie est donc difficile à traiter, certaines mesures préventives sont donc intéressantes afin d’éviter sa survenue. Un glaucome préopératoire est à équilibrer avant ou au cours de l’intervention, la trabéculectomie avec mitomycine C ou un dispositif de drainage sont les plus recommandés. Durant la KPT, des précautions tels qu’un greffon de grande dimension, une goniosynéchiolyse, une iridoplastie en cas d’un iris atrophique et déformé, un lavage complet du viscoélastique et une fermeture adéquate des berges cornéennes aident à prévenir cette complication. La prévention de l’inflammation et de la formation de goniosynéchies se fait par l’usage des stéroïdes et un bon jeu pupillaire par l’usage de cycloplégiques afin de prévenir le bloc pupillaire [34].

Conclusion

Nous constatons au terme de ce travail que la prise en charge de l’HTO post-kératoplastie transfixiante doit être réalisée rapidement et efficacement, tout retard de traitement engageant le pronostic visuel du patient. Le traitement de cette complication reste délicat puisqu’il peut exposer à des risques d’échec de la greffe et d’altération de l’acuité visuelle. Le traitement médical est toujours utilisé en première intention mais il n’est pas rare qu’il soit insuffisant et doive alors être associé à une chirurgie filtrante.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.

Références

Allouch C., Borderie V., Touzeau O., Scheer S., Nordmann J.P., Laroche L. Incidence and factors influencing glaucoma after penetrating keratoplasty J Fr Ophtalmol 2003 ;  26 : 553-561 [inter-ref]
Olson R.J., Kaufman H.E. A mathematical description of causative factors and prevention of elevated intraocular pressure after keratoplasty Invest Ophthalmol Vis Sci 1977 ;  16 : 1085-1092
Clement C.I., Goldberg I. The management of complicated glaucoma Indian J Ophthalmol 2011 ;  59 : 141-147
Sihota R., Singh R., Sharma N., Panda A., Aggarwal H.C. Post-penetrating keratoplasty glaucoma: risk factors, management and visual outcome Aust N Z J Ophthalmol 1998 ;  26 : 305-309 [cross-ref]
McDonnell P.J., Robin J.B., Schanzlin D.J., Minckler D., Baerveldt G., Smith R.E., and al. Molteno implant for control of glaucoma in eyes after penetrating keratoplasty Ophthalmology 1988 ;  95 : 364-369 [cross-ref]
Lass J.H., Pavan-Langston D. Timolol therapy in secondary angle-closure glaucoma post keratoplasty Ophthalmology 1979 ;  86 : 8651-8659
Sihota R., Saxena R., Agarwal H.C., Gulati V. Crossover comparison of timolol and latanoprost in chronic primary angle-closure glaucoma Arch Ophthalmol 2004 ;  122 : 185-189 [cross-ref]
Ayyala R.S. Penetrating keratoplasty and glaucoma Surv Ophthalmol 2000 ;  45 : 91-105 [cross-ref]
Shin D.H., Glover B.K., Cha S.C., Kim Y.Y., Kim C., Nguyen K.D. Long-term brimonidine therapy in glaucoma patients with apraclonidine allergy Am J Ophthalmol 1999 ;  127 : 511-515 [inter-ref]
Wand M., Gilbert C.M., Liesegang T.J. Latanoprost and herpes simplex keratitis Am J Ophthalmol 1999 ;  127 : 602-604 [inter-ref]
Alm A., Stjernschantz J.Scandinavian Latanoprost Study Group Effects on intraocular pressure and side effects of 0.005 % latanoprost applied once daily, evening or morning. A comparison with timolol Ophthalmology 1995 ;  102 : 1743-1752 [cross-ref]
Berson F.G., Epstein D.L. Carbonic anhydrase inhibitors Prospect Ophthalmol 1980 ;  4 : 91-95
Panda A., Prakash V.J., Dada T., Gupta A.K., Khokhar S., Vanathi M. Ahmed glaucoma valve in post-penetrating-keratoplasty glaucoma: a critically evaluated prospective clinical study Indian J Ophthalmol 2011 ;  59 : 185-189 [cross-ref]
Banitt M., Lee R.K. Management of patients with combined glaucoma and corneal transplant surgery Eye 2009 ;  23 : 1972-1979 [cross-ref]
Kirkness C.M., Ling Y., Rice N.S. The use of silicone drainage tubing to control post keratoplasty glaucoma Eye 1988 ;  2 : 588-590
Coleman A.L., Mondino B.J., Wilson M.R., Casey R. Clinical experience with the Ahmed glaucoma valve implant in eyes with prior or concurrent penetrating keratoplasties Am J Ophthalmol 1997 ;  123 : 54-61
Alvarenga L.S., Mannis M.J., Brandt J.D., Lee W.B., Schwab I.R., Lim M.C. The long-term results of keratoplasty in eye with GDD Am J Ophthalmol 2004 ;  138 : 200-205 [inter-ref]
Wilson M.R., Mendis U., Smith S.D., Paliwal A., Haynatzka V. Long-term follow-up of primary glaucoma surgery with Ahmed glaucoma valve implant versus trabeculectomy Am J Ophthalmol 2003 ;  136 : 464-470 [inter-ref]
Beebe W.E., Starita R.J., Fellman R.L., Lynn J.R., Gelender H. The use of Molteno implant and anterior chamber tube shunt to encircling band for the treatment of glaucoma in keratoplasty patients Ophthalmology 1990 ;  97 : 1414-1422 [cross-ref]
Rapuano C.J., Schmidt C.M., Cohen E.J., and al. Results of alloplastic tube shunt procedures before, during, or after penetrating keratoplasty Cornea 1995 ;  14 : 26-32
Ates H., Palamar M., Yagci A., Egrilmez S. Evaluation of Ex-PRESS mini glaucoma shunt implantation in refractory post penetrating keratoplasty glaucoma J Glaucoma 2010 ;  19 : 556-560 [cross-ref]
Sidoti P.A., Mosny A.Y., Ritterband D.C., Seedor J.A. Pars plana tube insertion of glaucoma drainage implants and penetrating keratoplasty in patients with coexisting glaucoma and corneal disease Ophthalmology 2001 ;  108 : 1050-1058 [cross-ref]
Gandham S.B., Cosca V.P., Katz L.J., Wilson R.P., Sivalingam A., Belmont J., and al. Aqueous tube-shunt implantation and pars planavitrectomy in eyes with refractory glaucoma Am J Ophthalmol 1993 ;  116 : 189-195
Ishioka M., Shimazaki J., Yamagami J., Fujishima H., ShimmuraS, Tsubota K. Trabeculectomy with mitomycin C for post-keratoplasty glaucoma Br J Ophthalmol 2000 ;  84 : 714-717 [cross-ref]
Skuta G.L., Beeson C.C., Higginbotham E.J., Lichter P.R., Musch D.C., Bergstrom T.J., and al. Intraoperative mitomycin versus postoperative 5-fluorouracil in high risk glaucoma filtering surgery Ophthalmology 1992 ;  99 : 438-444 [cross-ref]
Heuer D.K., Parrish R.K., Gressel M.G., Hodapp E., Palmberg P.F., Anderson D.R. 5-Fluorouraciland glaucoma filtering surgery: III intermediate follow-up of a pilot study Ophthalmology 1986 ;  93 : 1537-1546 [cross-ref]
Doyle J.W., Smith M.F. Glaucoma after penetrating keratoplasty Semin Ophthalmol 1994 ;  9 : 254-257 [cross-ref]
Beiran I., Rootman D.S., Trope G.E., Buys Y.M. Long-term results of Transscleral Nd:YAG cyclophotocoagulation for refractory glaucoma post penetrating keratoplasty J Glaucoma 2000 ;  9 : 268-272
Threlkeld A.B., Shields M.B. Noncontact transscleral Nd:YAG cyclophotocoagulation for glaucoma after penetrating keratoplasty Am J Ophthalmol 1995 ;  120 : 569-576
Levy N.S., Bonney R.C. Transscleral YAG cyclocoagulation of the ciliary body for persistently high intraocular pressure following penetrating keratoplasty Cornea 1989 ;  8 : 178-181
Shah P., Lee G.A., Kirwan J., Bunce C., Bloom P.A., Ficker L.A., and al. Cyclodiode photocoagulation for refractory glaucoma after penetrating keratoplasty Ophthalmology 2001 ;  108 : 1986-1991 [cross-ref]
Spencer A.F., Vernon S.A. Cyclodiode: results of a standard protocol Br J Ophthalmol 1999 ;  83 : 311-316 [cross-ref]
Chen J., Cohn R.A., Lin S.C., Cortes A.E., Alvarado J.A. Endoscopic photocoagulation of the ciliary body for treatment of refractory glaucomas Am J Ophthalmol 1997 ;  124 : 787-796
Dada T., Aggarwal A., Minudath K.B., Vanathi M., Choudhary S., Gupta V., and al. Post-penetrating keratoplasty glaucoma Indian J Ophthalmol 2008 ;  56 : 269-277 [cross-ref]



© 2014  Elsevier Masson SAS. All Rights Reserved.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline