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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 3
pages e43-e47 (mars 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2013.06.008
Lettres à l'éditeur

Excavation choroïdienne focale : apport de l’analyse en OCT-en face et revue de la littérature
Focal choroidal excavation: Role of en-face OCT analysis and review of the literature
 

D. Guindolet , R. Leze, A. Affortit, C. Faure
 Fondation ophtalmologique Adolphe-de-Rothschild, service du Dr CAPUTO, 25, rue Manin, 75019 Paris, France 

Auteur correspondant.
Introduction

Le perfectionnement et la large diffusion des OCT (optical coherence tomography ) permettent maintenant de mettre en évidence, en particulier chez des patients asymptomatiques, des variations anatomiques parfois surprenantes. Jampol et al. sont les premiers en 2006 a avoir décrit les images d’une excavation choroïdienne de découverte fortuite. L’objectif de ce cas clinique est de faire la synthèse de la littérature et de présenter l’apport des nouvelles techniques d’OCT, le mode EDI (enhanced depth imaging ) et « en face », pour l’étude des excavations choroïdiennes.

Cas clinique

Il s’agit d’un patient de 47ans myope de −4,25 dioptries au niveau des deux yeux. Un an auparavant, il avait présenté un décollement de rétine par déchirure géante sur l’œil droit traité par vitrectomie, cerclage laser et tamponnement par silicone. Après réapplication rétinienne, une chirurgie combinée de la cataracte et ablation de silicone avaient été effectuée. Les suites opératoires avaient été marquées par l’apparition d’un syndrome d’Irvine Gass sur l’œil droit ayant motivé la réalisation d’un OCT. Des coupes OCT avaient alors été réalisées de manière systématique sur l’œil adelphe. La découverte d’anomalie OCT sur l’œil gauche était donc fortuite.

L’acuité visuelle de l’œil gauche était de 10/10e P2 après correction. Le patient était asymptomatique. Il ne présentait en particulier pas de métamorphopsies. L’examen du segment antérieur et sa pression intraoculaire étaient normaux. Le fond d’œil ne mettait en évidence qu’un granité maculaire un peu hétérogène (Figure 1). L’OCT (Heidelberg OCT Spectralis) mettait en évidence une double excavation choroïdienne rétrofovéolaire avec respect de l’intégrité des différentes couches de la rétine en regard (Figure 2). La couche nucléaire externe semble un peu plus épaisse, en particulier sur la coupe OCT horizontale. L’entonnoir fovéolaire apparaissait un peu élargi avec un décollement postérieur du vitré en regard de la macula. En OCT-EDI (enhanced depth imaging ), l’épaisseur choroïdienne était normale (aux environs de 280μm en périmaculaire) (Figure 3). Par contre, le mode EDI (enhanced depth imaging ) permettait de mieux visualiser une tubulation intrachoroïdienne (marquée par une flèche rouge sur la coupe verticale) déjà visible sur la Figure 2. La courbure sclérale était régulière sans zone d’ectasie. L’OCT « en face » retrouvait la double excavation choroïdienne (Figure 4). Le cliché en autofluorescence mettait en évidence une discrète hyperautofluorescence inhomogène centrale (Figure 5). L’angiographie à la fluorescéine retrouvait une hyperfluorescence hétérogène par effet fenêtre présente dès les temps précoces sans modification au cours de la séquence angiographique (Figure 5). L’angiographie au vert d’indocyanine retrouvait une hyperfluorescence précoce par effet fenêtre sans autre anomalie (Figure 6).



Figure 1


Figure 1. 

Rétinophotographie couleur de l’œil gauche avec hétérogénéité du pigment maculaire.

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Figure 2


Figure 2. 

Coupe maculaire horizontale (en haut) et verticale (en bas) en spectral OCT avec présence d’une double excavation choroïdienne avec respect de la lamination rétinienne. La couche nucléaire externe semble légèrement plus épaisse sur la coupe horizontale. Le décollement postérieur du vitré est fait en regard de la macula.

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Figure 3


Figure 3. 

Coupes OCT-EDI horizontale (en haut) et verticale (en bas). L’épaisseur choroïdienne est normale (caliper vert à 278μm en périmaculaire). La flèche rouge situe l’emplacement d’une tubulation intrachoroïdienne. Il n’y a pas d’ectasie sclérale visible.

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Figure 4


Figure 4. 

OCT en face de l’excavation choroïdienne avec coupe au niveau des couches rétiniennes internes et de la choriocapillaire (en haut et à gauche), puis au niveau de la couche des moyens vaisseaux choroïdiens de Sattler (en haut à droite), puis de la couche des gros vaisseaux choroïdiens de Haller (en bas à gauche) et coupe postérieure à l’excavation choroïdienne (en bas à droite).

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Figure 5


Figure 5. 

Cliché en autofluorescence (à gauche) et en angiographie à la fluorescéine (à droite) : hyperautofluorescence et hyperfluorescence hétérogènes respectives par effet fenêtre.

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Figure 6


Figure 6. 

Angiographie en ICG (temps précoce à gauche et temps tardif à droite) avec hyperfluorescence hétérogène maculaire. Il n’y a pas d’anomalie de la vascularisation choroïdienne associée.

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Discussion

Jampol et al. ont rapporté le premier cas d’excavation choroïdienne chez une patiente de 62ans, myope de −4,00 dioptrie, asymptomatique [1]. Au fond d’œil, la lésion apparaissait jaunâtre. Une hyperfluorescence sans diffusion était notée sur l’angiographie à la fluorescéine. En OCT, la rétine neurosensorielle était intacte. L’excavation choroïdienne unique prenait une forme en U rétrofovéolaire. La rétine n’était plus au contact de l’épithélium pigmentaire en regard de l’excavation, une zone hyporéflective les séparait. La sclère n’était pas étudiée (pas de notion d’échographie ou de TDM/IRM).

Wakabayashi et al. ont détaillé les cas de trois patients explorés pour des métamorphopsies [2]. Contrairement au cas de Jampol et al., la rétine externe, la ligne IS/OS et la limitante externe suivaient l’épithélium pigmentaire dans l’excavation. Dans un cas, la ligne IS/OS était interrompue en regard de l’excavation. Le champ visuel automatisé 10−2 était normal dans tous les cas. Les ERG multifocaux (ERGmf), réalisés chez 2 des 3 patients, étaient eux aussi normaux. L’angiographie à la fluorescéine était normale dans 2 cas sur 3, un cas présentait une hyperfluorescence sans diffusion. L’angiographie au vert d’indocyanine (ICG) montrait une hyperfluorescence tardive dans les 3 cas. L’échographie en mode B, réalisée chez les 3 patients, ne mettait pas en évidence d’ectasie sclérale.

Katome et al. ont exposé les cas de deux patients se plaignant de métamorphopsies avec une acuité visuelle conservée [3]. Un des patients présentait une atteinte bilatérale, remettant en cause l’appelation unilateral choroidal excavation , auquelle on lui préfère actuellement le terme de focal choroidal excavation . L’OCT en mode EDI était normal en dehors de la zone d’excavation choroïdienne. L’électrorétinogramme multifocal (ERGmf) mettait en évidence une réduction des ondes P1 dans un cas. De même, la micropérimétrie était altérée chez un patient. Pour les 2 yeux sans néovascularisation choroïdienne associée, l’excavation contenait l’épithélium pigmentaire, la ligne de jonction des segments externes/internes des photorécepteurs et la limitante externe. La lamination des couches rétiniennes était conservée avec augmentation focale de l’épaisseur de la couche nucléaire externe. Un œil se compliquait de néovaisseau choroïdien traité par injection intravitréenne de bevacizumab avec une bonne réponse.

Margolis et al. ont décrit une série de 12 patients (13 yeux) [4]. Ils distinguaient deux groupes de patients. Sept yeux sur 13 présentaient des excavations dites « conformes » où les photorécepteurs épousaient la courbure de l’épithélium pigmentaire dans l’excavation sans hiatus. Dans les 6 cas restants, une zone optiquement vide en OCT séparait les photorécepteurs de l’épithélium pigmentaire. Cette dernière configuration était qualifiée de « non conforme ». Dans les formes non conformes, la ligne de jonction entre segments externes/internes était parfois interrompue mais avec préservation de la limitante externe, ainsi que de la couche nucléaire externe. L’épaisseur choroïdienne mesurée en EDI était normale dans tous les cas. L’excavation choroïdienne était unique pour 10 yeux sur 13 et double pour 3 yeux.

Le cas d’une patiente japonaise âgée de 57ans avec une excavation choroïdienne non conforme compliquée d’une vasculopathie polypoïdale est également cité par Kobayashi et al. [5]. La patiente a bénéficié d’une série de 3 injections intravitréennes d’anti-vascular endothelial growth factor (VEGF) avec diminution du décollement séreux rétinien après la troisième injection.

L’étiologie des excavations choroïdiennes, en particulier leur caractère inné ou acquis, reste inconnue. Le recul maximal dans les différentes études est de 3ans. L’âge médian de découverte semble se situer autour de 40ans avec des extrêmes allant de 22 à 62ans (Tableau 1). La petite taille des séries ne permet pas de conclure sur l’existence d’une prédilection en termes de sexe ou d’origine ethnique. La taille des excavations ne semble pas variée dans le temps et aucun passage de la forme « conforme » à la forme « non conforme » n’a été rapporté. Il est intéressant de noter qu’aucune anomalie sclérale n’a été notée en particulier dans l’étude de Wakabayashi et al. où tous les patients avaient bénéficié d’une échographie oculaire. La présence d’une tubulation choroïdienne chez notre patient, mais aussi l’association à des choriorétinites séreuses centrales, à un cas de vasculopathie polypoïdale ou à des néovaisseaux choroïdiens, plaide plutôt en faveur d’une anomalie choroïdienne pure. Le suivi longitudinal des patients porteurs d’excavation choroïdienne nous fournira d’autres éléments de réponse.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

Jampol L., Shanke J., Schroeder R., Tornambe P., Spade R.F., Hee M.R. Diagnostic and therapeutic challenges Retina 2006 ;  26 : 1072-1076 [cross-ref]
Wakabayashi Y., Nishimura A., Higashide T., Ijiri S., Sugiyama K. Unilateral chorodial excavation in the macula detected by spectral cohérence tomography Arch Ophthalmol 2010 ;  88 : e87-e91
Katome T., Mitamura Y., Hotta F., Niki M., Naito T. Two cases of focal choroidal excavation detected by spectral-domain optical coherence tomography Case Rep Ophthalmol 2012 ;  3 : 96-103
Margolis R., Mukkamala S.K., Jampol L.M., Spaide R.F., Ober M.D., Sorenson J.A., and al. The expanded spectrum of choroidal excavation Arch Ophthalmol 2011 ;  129 : 1320-1325 [cross-ref]
Kobayashi W., Abe T., Tamai H., Nakazawa T. Choroidal excavation with polypoidal choroidal vasculopathy: a case report Clin Ophthalmol 2012 ;  6 : 1373-1376 [cross-ref]



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