Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 4
pages 303-312 (avril 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2013.12.007
Received : 24 September 2013 ;  accepted : 19 December 2013
Évaluation des moyens modernes de prise en charge du dysfonctionnement meibomien
Meibomian gland dysfunction: A comparative study of modern treatments
 

A. Baumann , B. Cochener
 Hôpital Morvan, CHU de Brest, 2, avenue Foch, 29609 Brest, France 

Auteur correspondant. Allée des Albatros, 29280 Locmaria-Plouzané, France.
Résumé
Objectif

Évaluer un nouveau dispositif permettant de chauffer et de masser les paupières en un traitement unique de 12 minutes comparé à un masque chauffant utilisé de façon quotidienne.

Patients et méthode

Trente patients ont été randomisés en deux groupes : le premier a eu un traitement par MeiboPatch® de façon quotidienne pendant trois mois alors que le second a eu un traitement unique par LipiFlow®. L’évaluation a porté sur une approche classique mais aussi sur une approche moderne de la surface oculaire (interférométrie de la couche lipidique par LipiView®, analyse du film lacrymal par Oquas® (osmolarité par TearLab®) avant le traitement, puis un mois et trois mois après.

Résultats

Les deux traitements s’avèrent être efficaces avec quasiment trois fois plus de glandes de Meibomius fonctionnelles à 3 mois dans le groupe LipiFlow et quasiment deux fois plus dans le groupe MeiboPatch (p <0,05) mais le LipiFlow permet une amélioration plus rapide dès le premier mois de traitement. Les scores fonctionnels et les tests classiques d’exploration de la surface oculaire hormis le Schirmer bénéficient également d’une amélioration significative dans les deux groupes après les trois mois de traitement.

Conclusion

La combinaison de chaleur appliquée sur la surface interne de la paupière, avec l’expression simultanée des glandes, au cours d’un seul traitement de 12minutes montre une grande efficacité dans le traitement des dysfonctions des glandes de Meibomius. Alors que les résultats des deux groupes étaient excellents, et la poursuite de l’hygiène palpébrale restant conseillée, l’avantage d’être en mesure de régler les problèmes potentiels de compliance est important. La commodité d’un seul traitement par rapport à un traitement quotidien s’est avérée hautement souhaitable et un soulagement bienvenu dans la vie trépidante de nos patients.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Purpose

To evaluate a thermal pulsation treatment compared to a warming eyelid device for the management of meibomian gland dysfunction.

Methods

Thirty patients were randomized into two groups: the first had a treatment with MeiboPatch® on a daily basis for three months while the second had a single treatment with LipiFlow®. The evaluation focused on a classical approach but also on a modern approach of the ocular surface (interferometry lipid layer LipiView®), analysis of the tear film by Oquas® (osmolarity by TearLab®) before treatment, then a month and three months later.

Results

Both treatments proved to be effective with almost three times more functional meibomian glands at 3 months in the LipiFlow group and almost twice more in the MeiboPatch group (P <0.05) but the LipiFlow allows a more rapid improvement at the first month of treatment. Functional scores and classic exploration of the ocular surface except the Schirmer test also undergo a significant improvement in both groups after three months of treatment.

Conclusion

The combination of heat applied to the inner eyelid surface, together with simultaneous expression of the glands, during a single 12-minute treatment shows to be highly effective in treating cases of meibomian gland disease. Whilst results were excellent, and continued lid hygiene remains advised, the benefit of being able to simultaneous address potential compliance issues relating to ongoing treatment is significant. The convenience of a single 12-minute treatment versus an ongoing daily heating regime was shown to be highly desirable and a welcome relief in our patients’ busy lifestyles.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Dysfonctionnement des glandes de Meibomius, Surface oculaire, Osmolarité, Film lacrymal, Interférométrie

Keywords : Meibomian gland dysfunction, Ocular surface, Osmolarity, Tear film, Interferometry


Introduction

Un cinquième à un quart de la population se plaint de sècheresse oculaire, quelle qu’en soit l’étiologie [1]. La plupart des gens ne souffrent que d’irritation chronique, mais l’impact sur leur qualité de vie est souvent très important [2]. Deux tiers de ces cas est en rapport avec un dysfonctionnement des glandes de Meibomius [1, 3].

Les glandes de Meibomius sécrètent des lipides formant la couche antérieure du film lacrymal retardant l’évaporation des larmes. Les dysfonctionnements des glandes de Meibomius ont pour effet d’altérer l’excrétion des lipides, menant à une rupture prématurée du film lacrymal et ainsi à une irritation chronique de la surface oculaire [3].

Réchauffer et masser les paupières permettrait d’améliorer le flux sanguin, de provoquer la fusion des lipides des glandes de Meibomius afin de faciliter leur excrétion. C’est pourquoi les soins de paupières sont très fréquemment recommandés aux patients. Cependant, il n’y a pas de consensus établi concernant la fréquence, la durée ou la façon de masser les paupières. Les patients développent leur propre technique et les soins de paupières sont souvent peu ou pas efficaces et arrêtés prématurément [4].

Notre étude, monocentrique, prospective et randomisée, propose d’évaluer un traitement novateur s’affranchissant de ce problème de compliance en proposant le traitement de la dysfonction meibomienne en une fois [5], le LipiFlow®, comparé à un traitement classique du dysfonctionnement meibomien consistant en un masque chauffant, le MeiboPatch®, appliqué quotidiennement et associé à des massages palpébraux. L’objectif secondaire sera d’évaluer des nouveaux outils d’exploration de la surface oculaire.

Patients et méthode

Le questionnaire SPEED (Standard Patient Evaluation of Eye Dryness) [6] a été proposé à des patients se plaignant de sècheresse. Il évalue la fréquence et la sévérité de leurs symptômes. Trente personnes ayant un score supérieur ou égal à 7 sur 28 traduisant une symptomatologie modérée à sévère ont été incluses dans notre étude après avoir vérifié à la lampe à fente qu’elles présentaient un dysfonctionnement meibomien (déficit dans la qualité ou la quantité des sécrétions meibomiennes).

Les patients remplissaient également le questionnaire de référence OSDI (Ocular Surface Disease Index) [7] qui est également un score de qualité de vie composé de 12 items en relation avec les symptômes d’œil sec, et les facteurs déclenchant la gêne oculaire (vent, humidité, environnement sec, air climatisé). Pour chaque item, les sujets doivent indiquer la fréquence à laquelle ils l’ont expérimenté durant la semaine passée. Le score OSDI s’échelonne de 0 à 100. Plus le chiffre est élevé, plus il témoigne d’une atteinte sévère.

Ont été exclus de l’étude les patients présentant des pathologies pouvant affecter la surface oculaire ou porteurs de lentilles de contact. Toute chirurgie oculaire devait avoir eu lieu au moins une année avant.

L’ensemble des patients a ensuite eu une évaluation spécifique de leurs glandes de Meibomius :

une analyse grâce au MGE (Meibomian Gland Evaluator®) [8]. Appliqué pendant 15 secondes sur chaque tiers de la paupière inférieure, il permet d’effectuer une pression calibrée simulant la pression du clignement sur 5 glandes et de compter de façon standardisée parmi ces trois fois cinq glandes le nombre de glandes sécrétantes. Le total des glandes par paupière est obtenu : supérieur à 10, il est considéré comme normal ; en dessous de 4, comme témoin d’une sècheresse très importante ;
une mesure quantitative de l’épaisseur de la couche lipidique du film lacrymal par interférométrie LipiView® [9]. Cet appareil étudie les images d’interférence générées par réflexion spéculaire d’une lumière froide sur le film lacrymal. Le déphasage des rayons lumineux selon les indices de réfringence des couches lipidiques traversées est exprimé par une échelle d’équivalence colorimétrique et est corrélé à l’épaisseur du film lipidique (inférieure à 70 nanomètres, elle est de mauvaise qualité) ;
l’analyse au ralenti des séquences vidéo du LipiView® renseigne également sur la dynamique du clignement et le degré de fermeture palpébrale. Plus de 50 % de clignements incomplets sont considérés comme pathologiques [10].

Bien sûr, une évaluation classique de la surface oculaire est également proposée aux patients, avec :

une mesure du temps de rupture du film lacrymal [11]. Un TBUT (Tear Film Break Up Time) est considéré comme anormal en dessous de 10 secondes et signe une atteinte importante en dessous de 5 secondes ;
un score d’Oxford [11] après marquage à la fluorescéine et au vert de lissamine. Il est gradé de 0 (pas de marquage) à 5 (marquage très important sur la cornée et la conjonctive). Un score supérieur ou égal à 1 est pathologique ;
le test de Schirmer sans anesthésie, pathologique en dessous de 10mm en 5minutes ;
une mesure de la meilleure acuité visuelle corrigée.

Sont enfin réalisées deux mesures plus modernes :

l’osmolarité lacrymale par TearLab®, pathologique en dessous de 308m Osm/l [12, 13], marqueur de l’inflammation. L’hyperosmolarité des larmes est la conséquence d’une augmentation de l’évaporation ou d’une diminution de la production lacrymale. Plus l’osmolarité est élevée plus la sécheresse oculaire est sévère. Par ailleurs une variabilité significative des résultats chez un même patient est un signe de dysfonctionnement du film lacrymal ;
une analyse de la qualité du système optique par l’OQAS®. Cet aberromètre double passage permet d’étudier l’impact de l’altération du film lacrymal sur la qualité de vision par une évaluation dynamique. Les principaux indices utilisés dans notre étude sont :
une courbe MTF (Modulation Transfer Function) : elle représente le pourcentage d’atténuation du contraste de l’image rétinienne pour différentes résolutions. Elle intègre également les effets combinés de la diffusion et des aberrations optiques de haut degré,
un indice de diffusion OSI (Objective Scattering Index, appelé dans notre étude OSI Scatter) : cet indice est utile pour quantifier le degré de diffusion causé par la perte de transparence des structures oculaires,
une analyse du film lacrymal : ce même OSI est mesuré pendant 20 secondes à raison d’une mesure toutes les 0,5 secondes en demandant au patient de tenir le plus longtemps possible sans cligner. Il s’agit donc d’un OSI pondéré par le temps de rupture du film lacrymal (appelé dans notre étude OSI Tear) [14, 15, 16].

Les patients ont été ensuite randomisés en deux groupes selon leur prise en charge thérapeutique : un groupe traité par MeiboPatch® (3 hommes et 12 femmes) et un traité par LipiFlow® (6 hommes et 9 femmes). La moyenne d’âge était de 64,6±11,48ans pour le groupe MeiboPatch et de 64,93±12,04ans pour le groupe LipiFlow.

Le groupe MeiboPatch avait pour consigne d’utiliser quotidiennement le masque chauffant pendant 3 mois. Ce dernier se chauffe au micro-ondes puis s’applique pendant 10minutes sur les paupières fermées. Chaque application doit être suivie d’un massage des paupières pendant 10minutes.

L’autre groupe a bénéficié d’un traitement unique par LipiFlow® de 12minutes. Le LipiFlow® est composé de deux parties [17, 18, 19]. La première qui permet le réchauffement des paupières ressemble à une lentille sclérale dessinée pour reposer sur la sclère et passer en pont par-dessus la cornée et positionnée après anesthésie topique. La partie concave est isolée, ce qui, en plus de la lame d’air créée par la voûte, prévient le réchauffement de la surface oculaire. La partie convexe de la lentille sclérale chauffe la conjonctive palpébrale à 42,5°C. Cette température permet de liquéfier le contenu des glandes de Meibomius, sans risquer des dommages thermiques.

La seconde partie du LipiFlow® contient un ballonnet d’air gonflable qui reste positionné sur les paupières fermées une fois que la lentille sclérale a été insérée sur l’œil. Pendant le chauffage, le ballonnet se gonfle et se dégonfle pour évacuer le matériel ramolli obstruant les glandes.

Les patients utilisant déjà des substituts lacrymaux ont pu les poursuivre durant l’étude. Ils ont juste pour consigne de ne pas en utiliser le jour des mesures.

Tous les patients étaient sensibilisés à leur qualité de clignement palpébral grâce à la vidéo de la séquence enregistrée sur le LipiView®. Des exercices de rééducation au clignement leur ont été proposés, à réaliser de façon quotidienne.

Les patients étaient ensuite revus à 1 mois et à trois mois. L’ensemble des tests étaient à nouveau réalisés. Le seuil de significativité retenu pour cette étude est inférieur ou égal à 0,05. Les mesures à l’état de base sont notées M0, celles à un mois post-traitement, M1 ; et celles à trois mois, M3. Les statistiques ont été faites à partir d’analyses de variance (Anova avec des corrections post hoc Bonferroni) et des tests t . Les comparaisons sont faites à l’intérieur de chaque groupe et entre les groupes. Le logiciel utilisé est le SPSS Statistics 17.

Résultats

Les résultats sont listés dans les Tableau 1, Tableau 2, Tableau 3. Des notes de tableau signalent les valeurs statistiquement significatives (a) et les non-significatives (b). Le Tableau 1 donne les résultats à différents moments pour le groupe LipiFlow, le Tableau 2 pour le groupe MeiboPatch. Le Tableau 3 compare les résultats entre les deux groupes.

Scores fonctionnels

Il y a une diminution significative des scores SPEED pour les deux groupes dès le premier mois de traitement, ainsi qu’à trois mois (Figure 1). Il y a également une diminution significative des scores OSDI dès le premier mois pour le groupe LipiFlow et à trois mois pour le groupe MeiboPatch (Figure 2). Le LipiFlow® semblerait donc améliorer plus rapidement les symptômes des patients que le MeiboPatch®.



Figure 1


Figure 1. 

Score SPEED (1er graphe en orange : groupe MeiboPatch, 2e graphe en bleu : groupe LipiFlow).

Zoom



Figure 2


Figure 2. 

Score OSDI (1er graphe en orange : groupe MeiboPatch, 2e graphe en bleu : groupe LipiFlow).

Zoom

Évaluation des glandes de Meibomius
MGE : Meibomian Gland Evaluator®

Il y a une amélioration significative du nombre de glandes fonctionnelles dès le premier mois de traitement pour le groupe LipiFlow, alors qu’il faudra attendre les trois mois de traitement pour le groupe MeiboPatch (Figure 3).



Figure 3


Figure 3. 

Nombre de glandes fonctionnelles (MGE) (1er graphe en orange : groupe MeiboPatch, 2e graphe en bleu : groupe LipiFlow).

Zoom

LipiView®

Il n’y a pas de modification significative du LipiView® après le traitement ni pour le groupe MeiboPatch, ni pour le groupe LipiFlow, même si les valeurs s’améliorent pour ce dernier.

Clignements incomplets

On note une diminution significative du nombre de clignements partiels sur la séquence filmée dans le groupe LipiFlow uniquement. Au début de l’étude, plus de la moitié des clignements sur la séquence enregistrée étaient incomplets dans les deux groupes. Pourtant les deux groupes de population ont été sensibilisés de la même façon au cours de l’étude.

Approche classique de la surface oculaire
Temps de rupture du film lacrymal BUT

Le temps de rupture du film lacrymal augmente de façon significative après les trois mois de traitement pour les deux groupes, ce qui suppose une moindre évaporation des larmes due à une meilleure couche lipidique. Cependant, l’amélioration est déjà significative dès le premier mois de traitement pour le groupe LipiFlow, alors qu’elle ne le devient qu’au bout de trois mois pour le groupe MeiboPatch. Le LipiFlow agirait donc plus rapidement sur ce paramètre.

Imprégnation fluorescéinique

Le score d’Oxford baisse de façon significative dans le groupe LipiFlow et dans le groupe MeiboPatch. L’amélioration se fait de manière significative dès le premier mois de traitement pour le groupe MeiboPatch, alors qu’elle ne le sera qu’au bout des trois mois pour le groupe LipiFlow.

Imprégnation au vert de lissamine

Il y a une amélioration significative du score d’Oxford dès le premier mois de traitement pour les deux groupes.

Test de Schirmer

Le test de Schirmer ne subit pas de variation significative au cours du traitement dans aucun des deux groupes. Les valeurs moyennes des deux groupes sont considérées comme normales (supérieures à 10mm en 5 min) à l’état basal et pendant toute la durée du traitement.

Acuité visuelle

Elle est restée stable chez tous les patients au cours du traitement.

Approche moderne de la surface oculaire
Osmolarité

Il n’y a pas de variation significative de l’osmolarité au cours de l’étude. À noter que l’ensemble des moyennes pour les deux groupes est inférieur au seuil considéré comme pathologique. Cependant, une différence d’osmolarité supérieure à 9 mOsm/l entre les deux yeux d’un même patient peut également être considérée comme témoin de sècheresse. Avec ce critère, un tiers de patients du groupe LipiFlow est considéré comme pathologique à l’état de base, mais cette proportion augmente à 7 patients sur 15 après les trois mois de traitement (dont 4 qui l’étaient dès le départ). Dans le groupe MeiboPatch, 7 patients sur 15 sont également considérés comme pathologiques en prétraitement, contre 6 après les trois mois de traitement (dont 4 depuis le départ).

MTF

Il y a une variation significative après un mois de traitement, mais pas à trois mois pour le groupe LipiFlow avec une amélioration à un mois puis un retour à l’état de base à trois mois. Il n’y a pas de variation significative pour le groupe MeiboPatch mais on note tout de même une tendance à la hausse.

OSI Scatter, OSI Tear, écart-type de l’OSI Tear

Il n’y a pas de variation significative de ces scores dans aucun des deux groupes.

Discussion

Deux tiers des syndromes d’œil sec seraient dus au dysfonctionnement meibomien. Les massages de paupières après réchauffement sont très fréquemment recommandés aux patients pour faciliter la vidange des glandes de Meibomius mais sont mal suivis [4].

Il existe également des effets indésirables liés à l’application de chaleur ou au massage des paupières :

induction d’irrégularités topographiques cornéennes [20] par les microtraumatismes engendrés, à éviter, surtout chez des patients porteurs d’un kératocône ou à risque d’en développer un ;
élévation de la pression intraoculaire [21] jusqu’à la doubler, à risque chez les patients glaucomateux ;
dégradation temporaire de la vision [22].

Notre étude a porté sur une population de dysfonctionnements meibomiens avérés. Elle a pour objectif principal de comparer l’efficacité d’un nouvel appareil de traitement des dysfonctionnements meibomiens, le LipiFlow®, à un traitement classique par masque chauffant, le MeiboPatch®. L’objectif secondaire sera d’évaluer la valeur des nouveaux outils diagnostiques qui ont été développés dans le but de s’affranchir des tests jusqu’alors utilisés en surface oculaire et jugés subjectifs.

L’appareil utilisé dans notre étude, le LipiFlow [18], est novateur dans son principe de fonctionnement :

le globe oculaire est isolé de la chaleur pendant le traitement qui associe simultanément une pression sur les paupières ;
le massage n’est exercé que sur les paupières, et pas sur le globe oculaire ;
il propose le traitement en une seule fois [5] ;
contrairement à l’expression manuelle des glandes de Meibomius, qui peut être très douloureuse et rarement utilisée en pratique, ce traitement ne génère aucun inconfort [23].

Dans notre étude, les deux groupes de l’étude ne sont pas homogènes à la base bien que randomisés. Avant tout traitement, l’atteinte est plus sévère dans le groupe LipiFlow. En effet, il existe une différence significative en prétraitement pour 5 critères : score SPEED, LipiView, MTF, Schirmer et MGE (Tableau 4).

Par contre, il n’y a pas de différence significative (p =0,939) dans l’âge moyen des patients (groupe LipiFlow : 64,60±11,48ans ; groupe MeiboPatch : 64,93±12,04ans). En conséquence, même si l’âge engendre des modifications des glandes de Meibomius [24], celles-ci seront supposées être comparables pour les deux groupes de l’étude.

La déficience en androgènes est un facteur de risque connu dans le développement du dysfonctionnement meibomien, puisque ces hormones contrôlent le développement, la différenciation et la production des lipides des glandes sébacées [1]. La répartition homme/femme n’est pas équivalente dans les deux groupes de notre étude, avec 20 % d’hommes dans le groupe MeiboPatch contre 40 % dans le groupe LipiFlow. Cette répartition serait plutôt en défaveur du groupe MeiboPatch, ce qui pourrait expliquer l’amélioration plus tardive du MeiboPatch sur le fonctionnement des glandes par rapport au LipiFlow.

La mesure de l’acuité visuelle dans les différents groupes de syndrome sec a été stable pour chaque patient, tout au long de l’étude. C’est un mauvais indicateur du retentissement du dysfonctionnement meibomien sur la qualité de vision.

Par contre l’utilisation de questionnaires spécifiques est intéressante. Les questionnaires SPEED et OSDI ont subi des variations similaires au nombre de glandes de Meibomius fonctionnelles, ce qui rejoint d’autres études dans la littérature [6, 7].

L’amélioration significative du Break Up Time et du score d’Oxford avec la fluorescéine et le vert de lissamine dans les deux groupes témoigne de l’intérêt des tests classiques dans l’évaluation de la surface oculaire puisqu’ils sont corrélés à l’amélioration du nombre de glandes de Meibomius fonctionnelles.

L’osmolarité sous-estime un certain nombre de patients symptomatiques dans notre étude. Des résultats similaires ont déjà été trouvés dans d’autres études1 .

Les résultats concernant le test de Schirmer ont également été retrouvés dans la littérature [25]. Une hypothèse est que le dysfonctionnement meibomien affecte la structure du film lacrymal, comme mesurée par le TBUT, mais pas la capacité à produire des larmes.

Le traitement par LipiFlow® paraît être plus rapidement efficace sur les glandes de Meibomius que le MeiboPatch®. En effet, le LipiFlow® entraîne une amélioration plus rapide des symptômes et du nombre de glandes fonctionnelles par rapport au MeiboPatch, ce qui a également été retrouvé dans d’autres études [17, 18, 19]. Par contre cette différence tend à se lisser après trois mois de traitement, puisqu’on ne retrouve plus de variations significatives entre les deux groupes. Toutefois, seules les glandes de Meibomius de la paupière inférieure ont été examinées. Les résultats étaient d’autant meilleurs que le nombre de glandes de Meibomius fonctionnelles était élevé au départ.

L’analyse de la moyenne de l’OSI Scatter ne reflète pas nécessairement l’instabilité lacrymale. En revanche, une augmentation de l’écart-type (ou de la variance) de l’OSI sur 20 secondes ne peut être imputée qu’à des modifications dynamiques du film lacrymal. L’analyse de la variance de l’OSI semble donc être le facteur le plus pertinent pour évaluer l’instabilité lacrymale induite par la sécheresse oculaire et les troubles visuels en rapport [14, 26].

Nous n’avons pas pu confirmer ces résultats dans notre étude. À noter cependant que l’OQAS® a été en réparation pendant 6 semaines durant l’étude, empêchant son utilisation lors d’inclusion de patients ou de témoin à 1 mois ou 3 mois. L’analyse statistique concernant les paramètres étudiés par l’OQAS n’a été réalisée que sur les patients ayant l’ensemble des mesures (M0, M1 et M3), réduisant ainsi de façon assez drastique le nombre de patients pour l’analyse statistique. Nous ne pouvons pas apporter de conclusion pour ce paramètre dans notre étude.

Aucun changement significatif n’a pu être mesuré pour le LipiView®. Cependant, les valeurs tendaient à l’amélioration dans les deux groupes à 3 mois. Peut-être le LipiView® permet-il plus d’avoir une approche anatomique du film lipidique lacrymal qu’une approche fonctionnelle ? Toutefois il trouve au moins déjà son intérêt dans un rôle éducatif. En effet, tous les patients ont pu se rendre compte sur la vidéo de l’importance d’une bonne qualité de clignements.

Le problème de la prise en charge de ce traitement novateur reste à soulever (1000 € par traitement bilatéral). Cependant, ce coût est à pondérer puisque le coût annuel direct (visites, tests, traitements) par patient a été estimé entre 270 et 1100 $, [2, 27] et le coût indirect (absentéisme) à 11 302 $ par année par patient.

L’étude n’a suivi les patients que sur 3 mois. Le LipiFlow® a un avantage majeur en termes de compliance vis-à-vis d’un MeiboPatch® quotidien. Une étude ayant suivi des patients un an après leur traitement par LipiFlow® [17] a permis de montrer que l’amélioration des symptômes et l’amélioration des sécrétions des glandes de Meibomius obtenues à un mois post-traitement étaient maintenues à un an.

Conclusion

Alors que les résultats sont bons avec le LipiFlow® et le MeiboPatch®, l’avantage d’être en mesure de régler les problèmes potentiels de compliance relatifs au traitement est important. La commodité d’un traitement unique s’est avérée hautement souhaitable et un soulagement bienvenu dans la vie trépidante de nos patients.

Les outils modernes d’exploration de la surface oculaire permettent d’accéder à de nouveaux paramètres indépendants de la subjectivité du clinicien, mais nécessitent d’être encore évalués en raison de reproductibilité et de sensibilité pour l’instant insatisfaisantes. L’intérêt des tests classiques n’est pas à omettre. La quête d’un diagnostic précoce est légitime car l’efficacité est renforcée par l’engagement d’un traitement dès les stades débutants du dysfonctionnement meibomien.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.

Références

Schaumberg D.A., Nichols J.J., Papas E.B., Tong L., Uchino M., Nichols K.K. The international workshop on meibomian gland dysfunction: report of the subcommittee on the epidemiology of, and associated risk factors for, MGD Invest Ophthalmol Vis Sci 2011 ;  52 : 1994-2005 [cross-ref]
Uchino M., Schaumberg D.A. Dry eye disease: impact on quality of life and vision Curr Ophthalmol Rep 2013 ;  1 : 51-57 [cross-ref]
Knop E., Knop N., Millar T., Obata H., Sullivan D.A. The international workshop on meibomian gland dysfunction: report of the subcommittee on anatomy, physiology, and pathophysiology of the meibomian gland Invest Ophthalmol Vis Sci 2011 ;  52 : 1938-1978 [cross-ref]
Blackie C.A., Solomon J.D., Greiner J.V., Holmes M., Korb D.R. Inner eyelid surface temperature as a function of warm compress methodology Optom Vis Sci 2008 ;  85 : 675-683 [cross-ref]
Friedland B.R., Fleming C.P., Blackie C.A., Korb D.R. A novel thermodynamic treatment for meibomian gland dysfunction Curr Eye Res 2011 ;  36 : 79-87 [cross-ref]
Ngo W., Situ P., Keir N., Korb D., Blackie C., Simpson T. Psychometric properties and validation of the standard patient evaluation of eye dryness questionnaire Cornea 2013 ;  32 : 1204-1210 [cross-ref]
Schiffman R.M., Christianson M.D., Jacobsen G., Hirsch J.D., Reis B.L. Reliability and validity of the Ocular Surface Disease Index Arch Ophthalmol 2000 ;  118 : 615-621 [cross-ref]
Korb D.R., Blackie C.A. Meibomian gland diagnostic expressibility: correlation with dry eye symptoms and gland location Cornea 2008 ;  27 : 1142-1147 [cross-ref]
Szczesna D.H., Jaronski J., Kasprzak H.T., Stenevi U. Interferometric measurements of dynamic changes of tear film J Biomed Opt 2006 ;  11 : 34028
McMonnies C.W. Incomplete blinking: exposure keratopathy, lid wiper epitheliopathy, dry eye, refractive surgery, and dry contact lenses Cont Lens Anterior Eye 2007 ;  30 : 37-51 [cross-ref]
Bron A.J., Evans V.E., Smith J.A. Grading of corneal and conjunctival staining in the context of other dry eye tests Cornea 2003 ;  22 : 640-650 [cross-ref]
Nelson J.D., Shimazaki J., Benitez-del-Castillo J.M., Craig J.P., McCulley J.P., Den S., and al. The international workshop on meibomian gland dysfunction: report of the definition and classification subcommittee Invest Ophthalmol Vis Sci 2011 ;  52 : 1930-1937 [cross-ref]
Jacobi C., Jacobi A., Kruse F.E., Cursiefen C. Tear film osmolarity measurements in dry eye disease using electrical impedance technology Cornea 2011 ;  30 : 1289-1292 [cross-ref]
Nochez Y., Habay T., Bellicaud D., Favard A., Pisella P.J. Evaluation of tear film quality with a Double-Pass Scattering Index presented at Lacrimal Gland and Tear Film session  Fort Lauderdale, Florida, USA: Association for Research in Vision and Ophthalmology (2011). 
Artal PMP, Fernández M, Mirabet S, Marín JM. Evaluating tear film quality with a double-pass based scattering index. Poster presented at Cornea Session, American Society of Cataract and Refractive Surgery April 3–8 2009, San Francisco, USA.
Perez G.M., Fernandez M., Mirabet S., Diaz-Douton F., Pujol J., Marin J.M., and al. Quality of the tear film measured with an objective optical method  Fort Lauderdale, Florida, USA: Association for Research in Vision and Ophthalmology (2009). 
Greiner J.V. Long-term (12-month) improvement in meibomian gland function and reduced dry eye symptoms with a single thermal pulsation treatment Clin Experiment Ophthalmol 2013 ;  41 : 524-530 [cross-ref]
Korb D.R., Blackie C.A. Case report: a successful LipiFlow treatment of a single case of meibomian gland dysfunction and dropout Eye Contact Lens 2013 ;  39 : e1-e3
Lane S.S., DuBiner H.B., Epstein R.J., Ernest P.H., Greiner J.V., Hardten D.R., and al. A new system, the LipiFlow, for the treatment of meibomian gland dysfunction Cornea 2012 ;  31 : 396-404 [cross-ref]
Blackie C.A., McMonnies C.W., Korb D.R. Warm compresses and the risks of elevated corneal temperature with massage Cornea 2013 ; 1-4
McMonnies C.W., Korb D.R., Blackie C.A. The role of heat in rubbing and massage-related corneal deformation Cont Lens Anterior Eye 2012 ;  35 : 148-154 [cross-ref]
Solomon J.D., Case C.L., Greiner J.V., Blackie C.A., Herman J.P., Korb D.R. Warm compress induced visual degradation and Fischer-Schweitzer polygonal reflex Optom Vis Sci 2007 ;  84 : 580-587 [cross-ref]
Korb D.R., Blackie C.A. Meibomian gland therapeutic expression: quantifying the applied pressure and the limitation of resulting pain Eye Contact Lens 2011 ;  37 : 298-301 [cross-ref]
Hykin P.G., Bron A.J. Age-related morphological changes in lid margin and meibomian gland anatomy Cornea 1992 ;  11 : 334-342 [cross-ref]
Eom Y., Lee J.S., Kang S.Y., Kim H.M., Song J.S. Correlation between quantitative measurements of tear film lipid layer thickness and meibomian gland loss in patients with obstructive meibomian gland dysfunction and normal controls Am J Ophthalmol 2013 ;  155 : 1104–10 e2.
Benito A., Perez G.M., Mirabet S., Vilaseca M., Pujol J., Marin J.M., and al. Objective optical assessment of tear-film quality dynamics in normal and mildly symptomatic dry eyes J Cataract Refract Surg 2011 ;  37 : 1481-1487 [cross-ref]
Yu J., Asche C.V., Fairchild C.J. The economic burden of dry eye disease in the United States: a decision tree analysis Cornea 2011 ;  30 : 379-387 [cross-ref]

1  Thèses de doctorat en médecine de Habay T., Qualité de vision et syndrome sec oculaire, 2012 et de Vanimschoot-Bouilland M., L’osmolarité lacrymale dans l’évaluation de la surface oculaire avant chirurgie, 2010.


© 2014  Elsevier Masson SAS. All Rights Reserved.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline