Article

PDF
Access to the PDF text
Service d'aide à la décision clinique
Advertising


Free Article !

Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 4
pages e53-e56 (avril 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2013.06.011
Lettres à l'éditeur

Choriorétinite placoïde postérieure syphilitique : aspect en OCT spectral domain
Spectral-domain optical coherence tomography features of acute syphilitic posterior placoid chorioretinitis
 

N. Nabholz , S. Navarre, M. Villain
 Service ophtalmologie, CHRU Gui-de-Chauliac, 80, avenue Augustin-Fliche, 34000 Montpellier, France 

Auteur correspondant.

La syphilis est une infection sexuellement transmissible causée par le spirochète Treponema pallidum . L’atteinte oculaire est une manifestation relativement rare. Elle se produit le plus souvent lors des phases secondaires ou tertiaires de l’infection [1, 2, 3]. De plus, les manifestations oculaires liées à la syphilis sont très variées : kératite, sclérite, conjonctivite granulomateuse, uvéite (antérieure, intermédiaire et postérieure), neuropathie optique, syndrome d’effusion uvéale [4]. La prévalence de la syphilis chez les patients présentant des uvéites a été estimée entre 1 % et 8 % [5, 6].

De Souza et al. sont les premiers à rapporter trois cas de choriorétinite inhabituelle en tant que manifestation de la syphilis secondaire [7]. Mais Gass et al. introduisent en 1990 le terme de acute syphilitic posterior placoid chorioretinitis pour décrire cette manifestation oculaire particulière de la syphilis [1]. Nous rapportons ici un cas illustré d’une iconographie complète avec notamment des clichés en OCT spectral domain.

Il s’agissait d’un homme de 38ans présentant depuis 5jours une baisse d’acuité visuelle de l’œil gauche. À l’examen, on constatait effectivement une acuité limitée à compte les doigts de cet œil (10/10 Parinaud 2 pour l’œil droit). L’examen du segment antérieur était sans particularité. Au fond d’œil, on retrouvait une lésion placoïde, de couleur jaunâtre au niveau maculaire (Figure 1), accompagnée d’une hyalite à une croix.



Figure 1


Figure 1. 

Rétinographie mettant en évidence d’une lésion placoïde, de couleur jaunâtre au niveau maculaire.

Zoom

Cette lésion était hyper-auto-fluorescente (Figure 2), hypo-fluorescente à la phase précoce en fluorescéine comme en vert d’indocyanine (ICG) (Figure 3). À la phase tardive, cette hypo-fluorescence persistait en ICG tandis que l’on observait une hyper-fluorescence « léopard » en fluorescéine (Figure 4).



Figure 2


Figure 2. 

Cliché en auto-fluorescence, constatation d’une hyper-auto-fluorescence de la lésion placoïde.

Zoom



Figure 3


Figure 3. 

Cliché précoce d’angiographie à la fluorescéine et au vert d’indocyanine. Hypo-fluorescence de la lésion au temps précoce avec les deux types de produit de contraste.

Zoom



Figure 4


Figure 4. 

Cliché tardif d’angiographie à la fluorescéine et au vert d’indocyanine. Persistance de l’hypo-fluorescence en ICG tandis ce que l’on observe une hyper-fluorescence « léopard » en fluorescéine.

Zoom

L’OCT réalisé retrouvait une perte de la ligne ellipsoïde, un épaississement irrégulier de l’épithélium pigmentaire et des points hyper-réflectifs prédominant dans la couche nucléaire externe (mais présent dans toutes les couches) (Figure 5). Ces anomalies étaient limitées strictement à la zone hypo-fluorescente en angiographie ICG (Figure 6).



Figure 5


Figure 5. 

OCT spectral domain centré sur la fovea. Perte de la ligne ellipsoïde, un épaississement irrégulier de l’épithélium pigmentaire et des points hyper-réflectifs prédominant dans la couche nucléaire externe (mais présent dans toutes les couches).

Zoom



Figure 6


Figure 6. 

Co-acquisition OCT spectral domain et ICG temps tardif. Les anomalies observées en OCT sont limitées strictement à la zone hypo-fluorescente en angiographie ICG.

Zoom

Le bilan biologique réalisé mettait en évidence des TPHA à 20 000 et des VDRL>32, le reste du bilan était normal avec notamment une sérologie VIH négative. À la reprise de l’interrogatoire, le patient nous rapportait effectivement un épisode de chancre cinq mois auparavant. Les sérologies syphilitiques réalisées par le médecin traitant étaient alors négatives (sans doute trop précoce) et le patient n’avait pas effectué de contrôle comme préconisé devant la régression spontanée du chancre.

Devant ce tableau de CPPS compliquant une syphilis secondaire, un traitement par Ceftriaxone 2g par jour durant 21jours en intraveineux accompagné par une corticothérapie les trois premiers jours (prévention de la réaction d’Herxheimer) a était mis en place. Nous avons réalisé de plus une IRM cérébrale pour éliminer une vascularite.

Au contrôle à 1 mois, l’acuité visuelle remontait à 10/10 Parinaud 2. On notait une normalisation de l’aspect du fond d’œil aux rétinophotos (Figure 7), par contre, en infrarouge on observait l’apparition de zone anormale (Figure 8). En OCT on constatait une disparition des points hyper-réflectifs et une réapparition à minima de la ligne ellipsoïde (Figure 8).



Figure 7


Figure 7. 

Rétinophoto : normalisation à 1 mois du début du traitement.

Zoom



Figure 8


Figure 8. 

Co-acquisition OCT spectral domain et cliché infrarouge. Le cliché infrarouge met en évidence l’apparition de zone anormale (non visible au fond d’œil). En OCT on constate une disparition des points hyper-réflectifs et une réapparition à minima de la ligne ellipsoïde.

Zoom

La lésion placoïde jaunâtre typique de la CPPS est probablement liée à une réaction inflammatoire active au niveau du complexe choriocapillaire-épithélium pigmentaire-photorécepteur [1]. Bien qu’aucune analyse histopathologique ne soit disponible, les arguments cliniques et paracliniques étayent cette hypothèse [8].

Chez les patients présentant des signes cliniques et angiographique compatibles avec une CPPS, une recherche de neuro-syphilis et de co-infection VIH doit être effectuée. Le pronostic visuel chez les patients atteints CPPS est généralement bon après un traitement antibiotique rapide et adapté.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.

Références

Gass J.D., Braunstein R.A., Chenoweth R.G. Acute syphilitic posterior placoid chorioretinitis Ophthalmology 1990 ;  97 : 1288-1297 [cross-ref]
Margo C.E., Hamed L.M. Ocular syphilis Surv Ophthalmol 1992 ;  37 : 203-220 [cross-ref]
Tamesis R.R., Foster C.S. Ocular syphilis Ophthalmology 1990 ;  97 : 1281-1287 [cross-ref]
Les uvéites Rapport SFO :  (2010). 
Schlaegel T.F., Kao S.F. A review (1970–1980) of 28 presumptive cases of syphilitic uveitis Am J Ophthalmol 1982 ;  93 : 412-414
Barile G.R., Flynn T.E. Syphilis exposure in patients with uveitis Ophthalmology 1997 ; 1605-1609 [cross-ref]
de Souza E.C., Jalkh A.E., Trempe C.L., Cunha S., Schepens C.L. Unusual central chorioretinitis as the first manifestation of early secondary syphilis Am J Ophthalmol 1988 ;  105 : 271-276
Brito P., Penas S., Carneiro A., Palmares J., Reis F.F. Spectral-domain optical coherence tomography features of acute syphilitic posterior placoid chorioretinitis: the role of autoimmune response in pathogenesis Case Rep Ophthalmol 2011 ;  2 : 39-44 [cross-ref]



© 2014  Elsevier Masson SAS. All Rights Reserved.
EM-CONSULTE.COM is registrered at the CNIL, déclaration n° 1286925.
As per the Law relating to information storage and personal integrity, you have the right to oppose (art 26 of that law), access (art 34 of that law) and rectify (art 36 of that law) your personal data. You may thus request that your data, should it be inaccurate, incomplete, unclear, outdated, not be used or stored, be corrected, clarified, updated or deleted.
Personal information regarding our website's visitors, including their identity, is confidential.
The owners of this website hereby guarantee to respect the legal confidentiality conditions, applicable in France, and not to disclose this data to third parties.
Close
Article Outline
You can move this window by clicking on the headline