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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 5
pages 400-406 (mai 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2014.02.001
Received : 27 November 2013 ;  accepted : 10 February 2014
Analyse à long terme de la bulle de filtration après chirurgie de glaucome, par échographie ultrasonore
Ultrasound biomicroscopy long-term study of filtering belbs
 

S. Premy, F. Tréchot, K. Angioi, J.-L. George, T. Maalouf
 Département d’ophtalmologie, CHU Brabois-Nancy, rue du Morvan, 54500 Vandoeuvre-Lès-Nancy, France 

Auteur correspondant.
Résumé
Objectif

Analyser la fonctionnalité de la bulle de filtration par UBM (Ultrasound Biomicroscopy) et la confronter à la mesure de la pression intraoculaire (PIO), au type de chirurgie réalisé et à la mesure de l’angle iridocornéen.

Patients et méthodes

Il s’agit d’une étude longitudinale observationnelle, incluant 46 yeux de 42 patients opérés de chirurgie de glaucome, entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2010. 17 chirurgies combinées (glaucome et cataracte) et 29 chirurgies filtrantes seules (16 sclérectomies et 13 trabéculectomies) ont été réalisées par le même opérateur avec instillation de Mitomycine C durant l’intervention. La PIO a été relevée à j5, M1 et au moment de la pratique de l’UBM. Nous avons classé les bulles de filtration selon la classification échographique de Yamamoto et al. : bulles fonctionnelles (type L–hyporéflective) et bulles non fonctionnelles (type H–hyperréflective, type E–encapsulée et type F–plate).

Résultats

Le suivi moyen était de 21 mois (±3,7). Une baisse significative de la PIO postopératoire a été notée, PIO préopératoire moyenne de 23,2mmHg (± 9,4) et PIO postopératoire moyenne de 14,7mmHg (±3,3) (p <0,0001). Ont été identifiées : 36 bulles fonctionnelles (typeL), 10 bulles non fonctionnelles (dont 1 de type H, 7 de type F et 2 de type E). Nous n’avons pas retrouvé de différence morphologique significative entre les bulles de filtration après chirurgie combinée et après chirurgie filtrante seule (p =0, 072) ni entre les bulles de filtration après trabéculectomie et après sclérectomie non perforante (p =0,394). Les bulles de filtration étaient significativement plus fonctionnelles lorsque la PIO postopératoire immédiate était inférieure ou égale à 6 mmHg (p =0,028). Nous n’avons pas trouvé de différence entre la fonctionnalité des bulles de filtration et la mesure moyenne de l’angle iridocornéen.

Discussion

Notre étude rapporte 78 % de bulles fonctionnelles après un délai moyen de 21 mois après la chirurgie. Le type de chirurgie ne semble pas interférer avec le type morphologique de la bulle de filtration à distance, cependant la PIO postopératoire immédiate inférieure ou égale à 6 mmHg est un facteur de bon pronostic. L’UBM aide à comprendre le mécanisme d’échec d’une chirurgie filtrante en montrant des bulles non fonctionnelles et suggère une prise en charge adaptée.

Conclusion

L’UBM est un très bon outil pour le suivi des patients opérés de chirurgie de glaucome. En mettant en évidence les complications spécifiques aux bulles de filtration, l’échographie ultrasonore permet une prise en charge adaptée à chaque patient.

The full text of this article is available in PDF format.
Summary
Purpose

To study aspect of filtering blebs by Ultrasound Biomicroscopy (UBM) and to compare it to intraocular pressure (IOP), to type of surgery performed and to the measurement of the anterior chamber angle after glaucoma surgery.

Methods

An observational study, conducted between January and December 2010 on 46 eyes of 42 patients who underwent glaucoma surgery. 17 combined surgeries (14 non-penetrating deep sclerectomy (NPDS) with phacoemulsification and 3 trabeculectomy with phacoemulsification) and 29 filtering surgeries alone (16 NPDS and 13 trabeculectomy) were performed by the same surgeon with application of mitomycin C for 1.30minutes during surgery. After surgery, IOP was controlled at day 5, day 30 and at UBM realisation. Filtering blebs were classified according to Yamamoto's study: functional blebs (L: Low-reflective) and non-functional blebs (H: High-reflective, E: Encapsulated and F: Flattened).

Results

Mean follow-up was 21 months (± 3.7). We noted a significant decrease in IOP, mean preoperative IOP 23.2mmHg (± 9.4), mean post operative IOP 14.7mmHg (± 3.3) (P <0.001). We identified 36 functional blebs (36L type) and 10 non-functional blebs (including 1 H, 7 F and 2 E). There was no significant morphological differences between filtering blebs after combined surgery and filtering surgery alone (P =0.072). We did not find any morphological difference between filtering blebs after trabeculectomy and NPSD (P =0.394). Blebs are significantly more functional with an IOP less or equal to 6mmHg after surgery (P =0.028). We didn’t find any difference between efficacy of filtering blebs and depth of the anterior chamber angle.

Conclusion

Our study reports 78% of functional blebs after glaucoma surgery (mean duration of 21 months). Type of surgery does not seem to interfere with the long-term morphological type of the bleb, however the immediate postoperative IOP less than or equal to 6mmHg is a factor of good prognosis. UBM appears to be an interesting tool for monitoring patients undergoing glaucoma surgery.

The full text of this article is available in PDF format.

Mots clés : Chirurgie du glaucome, Trabéculectomie, Sclérectomie profonde, PIO, UBM

Keywords : Glaucoma surgery, Deep sclerectomy, Trabeculectomy, IOP, UBM


Introduction

Le succès à long terme d’une chirurgie de glaucome est fortement conditionné par la cicatrisation. En effet, une cicatrisation excessive au niveau du site opératoire entraîne une mauvaise filtration [1]. Le suivi d’un patient opéré d’une chirurgie filtrante paraît ainsi essentiel pour : optimiser le succès opératoire, maîtriser au mieux le processus de la cicatrisation, et agir sur la bulle de filtration dans les meilleurs délais (lyse des sutures, needling ). Jusqu’à présent, ce suivi chirurgical était basé sur la mesure de la pression intraoculaire (PIO) et l’analyse de la bulle de filtration à la lampe à fente (vascularisation conjonctivale, taille de la bulle et présence ou non de microkystes) [2, 3, 4, 5, 6]. Depuis l’avènement de l’UBM (Ultrasound biomicroscopy), l’analyse morphologique et fonctionnelle de la bulle de filtration est possible.

L’objectif de notre étude était d’analyser grâce à l’UBM, le devenir à long terme des bulles de filtration chez une série de patients opérés de glaucome et de corréler cet aspect échographique à la valeur de la PIO.

Patients et méthode

Il s’agit d’une étude longitudinale unicentrique. Quarante-six yeux de 42 patients, atteints de glaucome chronique à angle ouvert (GCAO) et opérés entre le 1er janvier 2010 et le 31 décembre 2010, par le même chirurgien ont été inclus. Tous les patients présentaient un glaucome chronique à angle ouvert. L’indication opératoire était posée devant une pression intraoculaire (PIO) et une progression de l’atteinte du champ visuel insuffisamment contrôlées par un traitement médical maximal toléré.

Tous les patients ont été opérés selon les techniques classiques de chirurgie filtrante (sclérectomie profonde non perforante SPNP, trabéculectomie, associées ou non à une phacoémulsification) avec application de mitomycine C 0,2mg/mL pendant 1minute et 30 secondes puis rinçage abondant au BSS® (Alcon, Rueil-Malmaison, France) sous anesthésie générale. Le choix entre la SPNP et la trabéculectomie, ainsi que le choix entre la chirurgie filtrante seule et la chirurgie combinée était fait par le chirurgien en fonction de l’examen clinique préopératoire (aspect de l’angle irodocornéen et importance de la phacosclérose).

Les chirurgies étaient réparties de la façon suivante : 17 chirurgies combinées (14 SPNP associées à une phacoémulsification et 3 trabéculectomies associées à une phacoémulsification), et 29 chirurgies filtrantes simples (16 SPNP et 13 trabéculectomies). Tous les patients opérés de glaucome pendant cette période ont été inclus sans critères d’exclusion. Tous ont bénéficié d’un suivi médical postopératoire classique (biomicroscopie, PIO, gonioscopie) et d’un examen UBM à distance de la chirurgie avant toute autre manipulation de type needling , y compris les patients avec des bulles fines.

L’appareil utilisé était l’UBM Quantel Medical, sonde Aviso de 50MHz. L’échographiste, qui avait bénéficié d’une formation spécifique, n’était pas l’opérateur. Les patients étaient allongés dans une pièce avec des conditions d’éclairage constantes. Après instillation d’oxybuprocaïne, le ClearScan® monté sur la sonde était posé sur l’œil du patient permettant de réaliser plusieurs coupes :

une première coupe transpupillaire a permis de mesurer l’ouverture de l’angle iridocornéen (SSA, scleral spur angle ). Les mesures ont été réalisées en nasal, après repérage de l’éperon scléral et à une distance d’ouverture de l’angle de 500μ (AOD 500, angle opening distance ) (Figure 1) ;
plusieurs autres coupes passant par la bulle de filtration ont été réalisées. Ces coupes ont permis de classer la bulle selon la classification de Yamamoto et al. [7] en bulles fonctionnelles de type L Hypoéchogène (Low-Reflective) et non fonctionnelles réparties en trois catégories : le type H, Hyperéchogène (High-Reflective ), le type F Plate (Flattened ) et le type E, Encapsulée (Encapsulated ) (Figure 2, Figure 3, Figure 4, Figure 5).



Figure 1


Figure 1. 

UBM en coupe transpupillaire, mesure de l’ouverture de l’angle iridocornéen.

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Figure 2


Figure 2. 

À droite : image biomicroscopique d’une bulle de filtration élevée avec vascularisation modérée. À gauche : image UBM d’une bulle type L (fonctionnelle). Il s’agit d’une SPNP, On note le mur trabéculaire persistant.

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Figure 3


Figure 3. 

À droite : image biomicroscopique d’une bulle plate non fonctionnelle avec vascularisation normale. À gauche : image UBM montrant l’absence de bulle (type F) de filtration après une SPNP.

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Figure 4


Figure 4. 

À droite image biomicroscopique d’une bulle surnommée « bulle Mitomycine », Encapsulée et avasculaire. À gauche image UBM d’une bulle encapsulée après trabéculectomie (type E).

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Figure 5


Figure 5. 

À droite : image biomicroscopique d’une bulle de filtration peu élevée avec vascularisation active. À gauche : image UBM d’une bulle type H.

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Le classement de la bulle a été réalisé par le médecin qui a pratiqué l’examen UBM et indépendamment par le chirurgien.

Nous avons réalisé une analyse descriptive des caractéristiques suivantes : l’âge, le sexe, le type de chirurgie, la valeur de la PIO, le type de la bulle et le délai entre la chirurgie et l’examen UBM. Puis nous avons recherché l’existence d’une corrélation entre le type de bulle et la PIO postopératoire, d’une part, et entre la valeur de l’angle iridocornéen mesurée à l’UBM et la fonctionnalité de la bulle. Aucune corrélation avec l’aspect observé avec un OCT du segment antérieur n’a été réalisée.

Les variables qualitatives ont été décrites par leurs fréquences et leurs pourcentages associés et les variables quantitatives par la moyenne (±écart-type), le minimum et le maximum. Pour les données sociodémographiques (âge et sexe) la description a été établie pour tous les patients. Une différence entre les groupes de comparaison a été recherchée par un test de Student pour les variables quantitatives et un test de chi2 ou Fisher pour les variables qualitatives. Une valeur de p <0,05 a été considérée comme significative. L’analyse statistique a été réalisée à l’aide du logiciel SAS 9.2 (SAS Institute Inc., Cary, NC) avec l’aide du service d’épidémiologie et évaluation cliniques du CHU de Nancy.

Résultats

Quarante-six yeux de 42 patients opérés par le même opérateur entre janvier et décembre 2010 ont été inclus dans l’étude. L’âge moyen était de 68,9±13,19ans, (25–92), avec 58,5 % d’hommes.

La PIO préopératoire moyenne était de 23,2mmHg (±9,4), avec un traitement médical maximal toléré moyen de 2,84 collyres. À j5 postopératoire, la PIO moyenne était de 6,43±3,65mmHg, à M1 de 10,89±3,21mmHg et au moment de l’UBM de 14,74±3,27 avec un traitement médical maximal toléré moyen de 1,02 collyres.

L’UBM a été réalisé dans un délai moyen de 21 mois (±3,7) après la chirurgie. L’analyse des bulles a été concordante dans 100 % des cas entre les deux lecteurs des images. Nous avons retrouvé 36 (78 %) bulles fonctionnelles (typeL) et 10 bulles non fonctionnelles, (1 de type H, 7 de type F, 2 de type E).

Parmi les patients ayant bénéficié d’une chirurgie combinée, 11 présentaient des bulles fonctionnelles (64,70 %) et 6 des bulles non fonctionnelles (35,29 %). Lorsque les patients avaient été opérés de chirurgie filtrante seule, nous avons retrouvé 25 bulles fonctionnelles (86,20 %) contre 4 bulles non fonctionnelles (23,52 %). Nous n’avons pas mis en évidence de différence significative concernant la fonctionnalité des bulles de filtration après chirurgie combinée et après chirurgie filtrante seule (p =0,072).

Chez les patients opérés de trabéculectomie, nous avons retrouvé 14 bulles fonctionnelles (87,50 %) et 2 bulles non fonctionnelles (11,76 %). Et chez les patients opérés de SPNP, nous avons retrouvé 22 bulles fonctionnelles (73,33 %) contre 8 bulles non fonctionnelles (26,66 %). Nous n’avons pas observé de différence morphologique significative entre les bulles de filtration après trabéculectomie et les bulles post SPNP (p =0,394).

La moyenne de la PIO postopératoire immédiate chez les patients présentant des bulles fonctionnelles était de 5,88mmHg (±3,57), alors que la moyenne de la PIO postopératoire immédiate chez les patients présentant des bulles non fonctionnelles était de 9,4mmHg (±3,37). L’analyse comparative de ces deux groupes est à la limite de la significativité (p =0,0532).

La mesure de l’angle iridocornéen par UBM chez tous les patients inclus a donné une moyenne de 41,47 degrés (±8,01). Nous n’avons pas trouvé de relation entre la mesure moyenne de l’angle iridocornéen et la fonctionnalité de la bulle de filtration à 2ans (p =0,874).

Discussion

La survenue d’une cicatrisation excessive après chirurgie du glaucome peut être source d’échec avec remontée secondaire de la pression intraoculaire. L’analyse biomicrosopique de la bulle de filtration ne suffit pas toujours à comprendre ce mécanisme. Il n’y a pas toujours de parallèle entre l’anatomie et la fonction. La surveillance des patients opérés d’une chirurgie filtrante est ainsi essentielle et cette surveillance doit couvrir la période critique de la cicatrisation. Cette période s’étend au moins sur 30jours et comporte trois phases : la phase initiale exsudative suivie de la phase de prolifération avec la formation d’un bourgeon et comblement progressif de la perte de substance pour finir avec la phase de différenciation et de maturation avec apparition du tissu cicatriciel [8]. Un patient opéré de glaucome doit être suivi pendant toute cette période critique et au delà et doit accepter les consultations répétées postopératoire pour optimiser le succès chirurgical.

Pour analyser la bulle de filtration, nous utilisions jusqu’alors les classifications biomicroscopiques du « Moorfields Bleb Grading System » ou « The Indiana Appearance Grading Scale » [2, 5, 6] basées sur la vascularisation conjonctivale, la taille de la bulle et la présence ou non de microkystes. Ces classifications sont déjà validées et ont montré une bonne reproductibilité et une bonne concordance [6] ; L’acquisition d’un UBM nous a permis de surveiller la bulle de filtration en postopératoire tardif. L’utilisation régulière et systématique de cet outil pour tous nos patients opérés de glaucome nous permettra de définir sur un plus grand effectif la pertinence de cet examen dans ce domaine.

L’échographie ultrasonore ou UBM a été développée par Pavlin et al. en 1990 [9]. Grâce à l’utilisation de fréquences élevées (entre 35 et 100 MHz), l’UBM permet d’obtenir des images de haute résolution de tout le segment antérieur de l’œil de manière peu invasive et avec une haute sensibilité. Nous pouvons obtenir actuellement des images explicites avec une résolution de 25μm avec une sonde de 50MHz [10]. C’est une technique avec contact, simple à acquérir (une période d’apprentissage est néanmoins à envisager) et qui permet d’obtenir facilement des images fiables, mais l’examen doit être réalisé par l’ophtalmologiste lui-même et n’autorise pas une délégation des tâches. L’UBM permet une analyse de la bulle de filtration et autorise un mode vidéo utile dans l’examen dynamique du segment antérieur.

Nous avons analysé dans notre étude un groupe de patients opérés de chirurgie de glaucome chez qui nous avons systématiquement réalisé un examen UBM au cours du suivi postopératoire. Nous nous sommes basés sur la classification de Yamamoto pour décrire les différents types de bulles en fonction de l’échogénicité [7]. Nous avons mis en évidence 78 % de bulles fonctionnelles correspondant au type L. le pourcentage de bulles fonctionnelles était plus élevé avec les chirurgies filtrantes simples (86,20 % avec la SPNP ou la trabéculectomie) par rapport aux chirurgies combinées (64,70 % SPNP ou trabéculectomie et phacoémulsification) et dans les chirurgies filtrantes simples, le pourcentage des bulles fonctionnelles était plus élevé dans les trabéculectomies (87,50 %) que dans les SPNP (73,33 %). Nous n’avons pas noté de différence statistiquement significative en fonction du type de chirurgie, combinée ou non, trabéculectomie ou sclérectomie profonde en termes d’efficacité sur la réduction de la PIO (p =0,0721). Ces résultats concordent avec les données de la littérature [11, 12, 13].

L’UBM nous a permis par ailleurs de retrouver 21,73 % de bulles non fonctionnelles, toutes chirurgies confondues, associée à une remontée de la PIO (7 bulles de type F, 2 de type E et 1 de type H). L’examen clinique de ces patients ne montrait pas d’obstacle interne à la filtration, pouvant expliquer l’augmentation de la PIO. Par conséquent, le mécanisme était probablement lié à l’existence d’un obstacle externe conjonctival ou scléral. L’UBM, en montrant le type de la bulle, aide ainsi à déterminer le mécanisme d’échec. Il suggère donc une stratégie de prise en charge de la chirurgie du glaucome, basée non seulement sur la mesure de la PIO et sur la gonioscopie mais aussi sur l’étude morphologique systématique de la bulle.

La mesure de l’angle iridocornéen est facilitée par l’utilisation des nouvelles technologies (UBM ou OCT de segment antérieur) [14, 15, 16]. En effet, l’OCT du segment antérieur apparaît comme un autre moyen d’exploration des bulles de filtration. L’avantage de l’OCT par rapport à l’UBM réside dans sa pratique plus simple (non-contact), mais les deux techniques diffèrent dans leur niveau de résolution et de pénétration tissulaire. Nous n’avons pas pu comparer ces deux techniques car nous ne disposons pas d’un OCT de segment antérieur.

Certains auteurs ont rapporté un approfondissement du segment antérieur [17] et une ouverture plus large de l’angle iridocornéen après chirurgie filtrante [18]. Nous avons recherché une éventuelle corrélation entre la filtration et l’ouverture de l’angle. Nous avons comparé avec l’UBM, l’ouverture de l’angle iridocornéen avec l’image de la bulle de filtration. Nous n’avons retrouvé aucune différence d’ouverture d’angle entre le groupe des bulles fonctionnelles et le groupe des bulles non fonctionnelles (p =0,874). Notre effectif est insuffisant pour pouvoir tirer des conclusions.

L’efficacité de la SPNP sur la réduction de la PIO s’explique notamment par l’augmentation de la filtration uvéo-sclérale [19, 20, 21]. Bien qu’elle soit assez délicate à explorer, l’UBM permet de mettre en évidence une filtration suprachoroïdienne. Dans notre étude seul un patient présentait ce type de filtration ; alors que certains auteurs, tels que Kazakova et al. retrouvent dans environ 45 % des cas du liquide dans l’espace suprachoroïdien [22] et que d’autres n’en retrouvent aucun [23]. Ces différences sont peu explicables au vu des données disponibles dans ces articles, d’autres études avec des effectifs importants seront nécessaires pour pouvoir répondre à cette question. Cette filtration suprachoroïdienne encore très discutée pourrait expliquer, en partie, le fait que certains patients ne présentent pas de bulle de filtration mais que leur PIO soit très bien contrôlé. Là aussi l’UBM apparaît comme un outil intéressant pouvant mettre en évidence des petites bulles non visibles à la lampe à fente ou une filtration suprachoroïdienne.

Une PIO faible en postopératoire immédiat laisse préjuger d’une évolution favorable à long terme [24, 25]. Downes et al. suggéraient qu’une PIO inférieure à 17mmHg au premier jour postopératoire serait un facteur de bon pronostic [26]. Hara et al. précisaient qu’une PIO inférieure à 8mmHg entre le 9e et le 14e jour serait un objectif acceptable [27]. Dans notre étude, nous avons noté que l’aspect homogène de la bulle de filtration à l’UBM était souvent associé à une PIO faible au 5e jour postopératoire (inférieure ou égale à 6mmHg p =0,028), ce qui concorde avec la littérature.

Notre étude présente certaines limites : nous avons pratiqué l’UBM à distance de la chirurgie filtrante, nous n’avons pas réalisé d’UBM avant la chirurgie, ni de comparaison entre les patients chez qui un traitement local a été repris en postopératoire et d’autres où la reprise thérapeutique n’a pas été nécessaire. Malgré ces limites, cette étude montre le caractère intéressant de la réalisation d’un UBM dans la surveillance des patients opérés de chirurgie filtrante.

Conclusion

L’UBM a montré un pourcentage de 78 % de bulles fonctionnelles dans notre étude avec une réduction significative de la PIO sur un suivi moyen de 21 mois. Nous pouvons retenir comme facteur favorable à une bonne filtration sur le long terme, un chiffre de PIO postopératoire immédiat inférieur ou égal à 6mmHg.

L’UBM est une technique qui permet la surveillance des patients opérés de glaucome et le suivi des bulles de filtration. Elle est d’une aide précieuse dans la prise décisionnelle d’un traitement postopératoire (needling , lyse des sutures…), et de ce fait permet une meilleure adaptation postopératoire avant la reprise d’une thérapeutique médicamenteuse.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.


 Communication orale présentée lors du 119e Congrès de la Société française d’ophtalmologie en mai 2013.

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