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Journal Français d'Ophtalmologie
Volume 37, n° 8
pages e119-e121 (octobre 2014)
Doi : 10.1016/j.jfo.2014.01.013
Lettres à l'éditeur

Vasculopathie polypoïdale asymptomatique compliquant un nævus choroïdien
Asymptomatic polypoidal choroidal vasculopathy associated with choroidal nevus
 

E. Diwo a, , G. Querques b, B. Rioux a, F. Perrenoud c, E. Barreau a, M. Labetoulle a, A. Rousseau a
a Service d’ophtalmologie, CHU de Bicêtre, Assistance publique–Hôpitaux de Paris, université Paris-Sud, 78, rue du Général-Leclerc, 94275 Le Kremlin-Bicêtre, France 
b Service d’ophtalmologie, CHI de Créteil, 40, avenue de Verdun, 94000 Créteil, France 
c Centre explore vision, 12, rue Croix-des-Petits-Champs, 75001 Paris, France 

Auteur correspondant.

La néovascularisation choroïdienne est une complication rare des nævi choroïdiens, potentiellement pourvoyeuse de baisse visuelle. Dans cette situation, les néovaisseaux visibles et occultes sont les plus souvent décrits [1, 2]. À notre connaissance, un seul cas de vasculopathie polypoïdale associée à un nævus a été rapporté dans la littérature [3]. Nous rapportons un second cas chez un patient asymptomatique.

Un patient âgé de 55ans nous était adressé pour exploration d’une lésion pigmentée de découverte fortuite de l’œil gauche. Son acuité visuelle corrigée était de 10/10 P2. La lésion sus-papillaire mesurait environ 3 diamètres papillaires, présentait des drusen et pas de pigment orange (Figure 1). En échographie en mode B avec une sonde de 20MHz (Aviso, Quentel, France), on mesurait des diamètres transversal de 5,30mm, sagittal de 3,95mm. L’épaisseur variait entre 0,77 et 1,02mm (Figure 2). L’échostructure hyper-échogène et l’absence d’excavation choroïdienne étaient en faveur d’un nævus choroïdien.



Figure 1


Figure 1. 

Rétinophotographie : nævus choroïdien supéro-papillaire de 3 diamètres papillaires avec drusen à sa surface.

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Figure 2


Figure 2. 

Échographie en mode 20 MHz : coupes sagittales et transversales du nævus. La lésion est hyper-échogène, sans excavation choroïdienne.

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La lésion était explorée par une imagerie multimodale couplant angiographie à la fluorescéine, au vert d’indocyanine (ICG) et OCT (Spectralis, Heidelberg Engineering Gmbh, Allemagne). En angiographie à la fluorescéine, le nævus apparaissait hypofluorescent avec des zones hyperfluorescentes et une zone de diffusion juxta-papillaire supérieure. Au niveau de cette zone, l’angiographie ICG mettait en évidence deux lésions hyperfluorescentes à bords nets sous la forme de dilatations polypoïdales. L’OCT retrouvait à ce niveau un décollement de l’épithélium pigmentaire (DEP) à bords abrupts, entouré d’une fine lame de décollement séreux rétinien (Figure 3) et confirmait par ailleurs la présence de drusen. Nous retenions le diagnostic de nævus choroïdien compliqué d’une néovascularisation choroïdienne à type de vasculopathie polypoïdale.



Figure 3


Figure 3. 

Angiographie à la fluorescéine à 1minute (A) et 5minutes (B). Lésion hypofluorescente avec zones hyperfluorescentes et zone de diffusion juxta-papillaire supérieure (flèche). C. Coupe OCT passant par la zone de diffusion : DEP à bords abrupts avec fine lame de décollement séreux rétinien. Angiographie au vert d’indocyanine (ICG) à 2minutes (D) et 10minutes (E). Présence de deux hyperfluorescences de forme polypoïdale (flèches). E. Coupe OCT correspondante.

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Étant donné la localisation et le caractère asymptomatique de la lésion, nous décidions d’une simple surveillance. À 3 mois et à 6 mois, l’acuité visuelle corrigée restait inchangée à 10/10 P2, l’examen clinique et les examens complémentaires étaient stables (Figure 4).



Figure 4


Figure 4. 

Coupes OCT horizontales initiales (A) et à 6 mois (B). Coupes OCT verticales initiales (C) et à 6 mois (D). Aspect sable du DEP et du décollement séreux rétinien.

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Si les nævi choroïdiens sont les tumeurs intra-oculaires les plus fréquentes, concernant 6,5 % de la population après 50ans, ils ne se compliquent que rarement de néovaisseaux choroïdiens : Shields et al. estimaient leur fréquence à 0,58 % [1, 4]. Les néovaisseaux choroïdiens sus-jacents aux nævi se manifestent par une exsudation sous-rétinienne, un œdème intra-rétinien et des hémorragies. Ils compliquent le plus souvent des nævi du pôle postérieur, rendant compte d’environ 10 % des baisses visuelles associées aux nævi [1, 2, 5, 6]. Le type de néovascularisation choroïdienne compliquant les nævi varie selon les publications : sur une série de 22 cas, Zografos et al. retrouvaient exclusivement des néovaisseaux sus-épithéliaux « classiques » [2] tandis que sur une série de 10 cas, Chiang et al. décrivaient uniquement des néovaisseaux occultes. À notre connaissance, un seul cas de vasculopathie polypoïdale associée à un nævus choroïdien a été précédemment rapporté dans la littérature [3].

Dans les séries de Zografos et al. et Chiang et al., les nævi présentaient pour la plupart des drusen et des altérations de l’épithélium pigmentaire, témoignant de leur ancienneté ainsi qu’un nombre de facteurs de risque de transformation limité (<3 dans tous les cas) [1, 2], si l’on se réfère à la classification de Shields et al. [7]. Zografos et al. estimaient d’ailleurs que la présence d’une membrane néovasculaire à la surface du nævus pourrait constituer un indicateur de bénignité. Dans notre cas, le nævus présentait 2 facteurs de risque : sa proximité du nerf optique et la présence d’un décollement séreux rétinien.

Comme pour les autres néovaisseaux choroïdiens, les traitements mis en œuvre dépendent de la localisation de la membrane néovasculaire. La photocoagulation par laser focal et la photothérapie dynamique ont été employées avec succès dans cette indication, mais sont à réserver aux atteintes extra-fovéales en raison des risques de cicatrice et de baisse d’acuité visuelle secondaire [2, 8]. Pour les néovaisseaux juxta- ou sous-fovéolaires, les anti-VEGF semblent avoir supplanté les autres traitements, mais ils nécessitent le plus souvent des injections répétées [1]. Dans l’unique cas publié de polype compliquant un nævus, le néovaisseau était extra-fovéal, mais responsable de baisse visuelle par extension fovéale de l’exsudation. Querques et al. employaient le laser focal, avec une récupération visuelle stable sur une période de 18 mois [3]. Dans le cas de notre patient, le caractère asymptomatique et la localisation distante du pôle postérieur nous ont fait choisir l’abstention thérapeutique assortie d’une surveillance régulière et d’une information du patient.

En conclusion, la vasculopathie polypoïdale représente une forme possible mais rare de néovascularisation choroïdienne associée aux nævi choroïdiens. En cas de lésion distante de la macula et peu exsudative, une surveillance rapprochée peut être envisagée.

Déclaration d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt en relation avec cet article.

Références

Chiang A., Bianciotto C., Maguire J.I., Park C.H., Baker P.S., Shields J.A., and al. Intravitreal bevacizumab for choroidal neovascularization associated with choroidal nevus Retina 2012 ;  32 : 60-67 [cross-ref]
Zografos L., Mantel I., Schalenbourg A. Subretinal choroidal neovascularization associated with choroidal nevus Eur J Ophthalmol 2004 ;  14 : 123-131
Querques G., Prascina F., Iaculli C. Focal laser photocoagulation for polypoidal choroidal vasculopathy associated with choroidal nevus Retin Cases Brief Rep 2008 ; 216-218 [cross-ref]
Shields C.L., Furuta M., Mashayekhi A., Berman E.L., Zahler J.D., Hoberman D.M., and al. Clinical spectrum of choroidal nevi based on age at presentation in 3422 consecutive eyes Ophthalmology 2008 ;  115 : [546–52 e2].
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