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Nutrition clinique et métabolisme
Volume 28, n° 4
pages 257-258 (décembre 2014)
Doi : 10.1016/j.nupar.2014.10.001
Les enjeux de l’activité physique : de l’enfant au senior, du sportif au malade
The challenges of physical activity in the young and the old, in sportsmen and ill patients
 

Agathe Raynaud-Simon
 Département de gériatrie Bichat – Beaujon – Bretonneau AP–HP, hôpital Bichat, 46, rue Henri-Huchard, 75877 Paris cedex 18, France 

Auteur correspondant.
Christian Aussel
 PUI, UF nutrition, centre hospitalier universitaire Henri-Mondor, 51, avenue du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny, 94010 Créteil, France 

Il est reconnu depuis bien longtemps que l’activité physique régulière est associée à un bon état de santé. La Grèce Antique, qui s’appuyait sur les forces physiques et spirituelles, favorisait l’ouverture de gymnases (de gymnazein « endroit pour être nu »), afin de pratiquer de l’exercice physique, des jeux ou se baigner. En Chine ancienne, Confucius (551–479 av. J.-C.) considéré comme le premier « éducateur » de la Chine, prônait un style de la vie fondé sur la simplicité et la maîtrise de l’effort grâce à l’exercice physique régulier. François Rabelais, médecin et humaniste de la Renaissance, prescrivait à Gargantua de jouer à la balle ou à la paume, « s’exerçant le corps aussi lestement qu’ils l’avaient fait auparavant de leur esprit ». En 1869, Victor Duruy, ministre de l’Instruction publique et des Cultes, rend la gymnastique obligatoire dans les lycées, les collèges et les écoles normales de garçons.

De fait, la majorité des études observationnelles dont nous disposons maintenant confirment ce lien étroit entre l’activité physique et la « bonne santé ». Après l’âge de 40ans, marcher rapidement pendant 75min par semaine pourrait allonger la durée de la vie de deux ans ; avec l’équivalent d’une heure de marche rapide par jour, c’est quatre ans de vie supplémentaires qui seraient gagnées [1]. L’activité physique pratiquée régulièrement au cours de la vie limite l’incidence du diabète et de l’obésité, et réduit le risque de pathologies liées au vieillissement, comme les pathologies cardiovasculaires, les cancers et les troubles cognitifs. Chez les personnes âgées fragiles, l’activité physique, en prévenant notamment la sarcopénie, permet de limiter le déclin fonctionnel. Bouger pour mieux vieillir, mais aussi bouger pour mieux grandir : selon l’OMS, les enfants et adolescents devraient avoir une activité physique, modérée à élevée, pendant 60min par jour au minimum.

Ce sont les études interventionnelles concernant l’activité physique chez les malades souffrant de pathologies chroniques qui ont le plus spectaculairement changé l’approche médicale ces dernières années. Après avoir longtemps conseillé aux malades de « garder le lit », les médecins doivent maintenant inciter les malades à se mobiliser, à pratiquer des efforts physiques pour conserver ou récupérer leurs fonctions motrices et cardio-respiratoires. Par exemple, le bénéfice d’un réentraînement à l’effort chez le patient avec bronchopneumopathie chronique obstructive dans le cadre d’une réhabilitation respiratoire a été régulièrement évalué par des méta-analyses et il existe un niveau d’évidence élevé d’amélioration de la tolérance à l’effort. En cas d’insuffisance cardiaque avec une diminution de la fraction d’éjection ventriculaire gauche, l’entraînement physique est bien toléré et permet d’améliorer la capacité d’exercice, la qualité de vie et la morbi-mortalité. Dans le cancer, les premières études randomisées suggèrent que l’activité physique améliore la composition corporelle, l’insulinémie, l’inflammation et possiblement l’immunité ; il est trop tôt pour mesurer l’effet sur l’évolution du cancer et la mortalité. Enfin, même les malades en situation médicale aiguë et grave pourraient bénéficier d’activité physique, en luttant contre l’apparition d’une faiblesse musculaire. Chez les patients ventilés, la mobilisation passive puis active permettrait de limiter le nombre de jours de ventilation artificielle et de restaurer plus rapidement le statut fonctionnel [2].

Dans certaines pathologies, l’activité physique a longtemps été perçue comme délétère, mais l’approche médicale pourrait changer. Ainsi, dans l’anorexie mentale, l’hyperactivité physique représente un symptôme de la maladie et un sevrage total a longtemps été préconisé. Cependant, il semble maintenant que des séances d’activité physique, adaptée à chaque patient, puisse être intégrées à la prise en charge de l’anorexie mentale, sans effet nuisible sur le poids, et associées à une atténuation de la préoccupation du poids corporel et de la dépression. Dans le cas particulier de la sclérose latérale amyotrophique, l’activité physique intense a été suspectée de favoriser l’apparition de la maladie. Les données de la littérature scientifique écartent maintenant cette hypothèse, et même si les études cliniques concernant des programmes d’activité physique modérée n’aboutissent pas à des résultats très positifs, elle n’est pas contre-indiquée.

En conclusion, si la prévention et la prise en charge nutritionnelle reste le cœur de notre métier, il apparaît clairement qu’une approche thérapeutique comprenant l’activité physique est essentielle dans de nombreuses maladies. Il reste à mieux définir le type d’activité physique (résistance, endurance), sa fréquence, sa durée, le délai par rapport à l’alimentation et son intensité optimale en fonction de la situation clinique. Enfin, une étude plus fine des interactions entre la nutrition et l’activité physique permettra d’augmenter leur synergie, comme chez le sportif, dans l’objectif d’améliorer la composition corporelle, la fonction musculaire et le statut fonctionnel de nos malades, avec in fine un allongement de la survie avec une amélioration de leur qualité de vie.

Références

Moore S.C., Patel A.V., Matthews C.E., Berrington de Gonzalez A., Park Y., Katki H.A., and al. Leisure time physical activity of moderate to vigorous intensity and mortality: a large pooled cohort analysis PLoS Med 2012 ;  9 : e1001335
Schweickert W.D., Pohlman M.C., Pohlman A.S., Nigos C., Pawlik A.J., Esbrook C.L., and al. Early physical and occupational therapy in mechanically ventilated, critically ill patients: a randomized controlled trial Lancet 2009 ;  373 : 1874-1882 [cross-ref]



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