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Gynécologie Obstétrique & Fertilité
Volume 43, n° 2
pages 95-96 (février 2015)
Doi : 10.1016/j.gyobfe.2014.12.002
Received : 16 November 2014 ; 
Gestation pour autrui : crime contre l’humanité ou traitement de l’infertilité utérine ?
Is surrogacy a crime against humanity or a treatment for uterine infertility?
 

J. Belaisch-Allart
 Service de gynécologie obstétrique et médecine de la reproduction, centre hospitalier des 4 Villes, site de Sèvres, 141, Grande-Rue, 92318 Sèvres cedex, France 


Mots clés : Gestation pour autrui, Procréation pour autrui, AMP sociétale

Keywords : Surrogacy, Social ART, Surrogate mother


La naissance du premier bébé obtenu après greffe d’utérus en Suède a remis dans l’actualité la question de la gestation pour autrui (GPA) et on a vu refleurir dans les médias les débats entre philosophes, politiques, éthiciens, religieux, psychologues parfois et (rarement) médecins. Dans ces débats on se demande parfois si les interviewés savent de quoi ils parlent (ou plutôt on ne se le demande même plus, le débat étant noyé sous les grands mots : marchandisation du corps humain, esclavage des femmes, viol, chosification, instrumentalisation, déshumanisation…).

Tout débat sur la GPA devrait commencer par rappeler qu’il existe deux grands type de gestation pour autrui, totalement différents, selon la provenance de l’ovocyte à l’origine de l’embryon porté. Dans le premier cas, la mère porteuse prête son utérus et accueille l’embryon d’un autre couple dont la femme possède des ovaires mais pas d’utérus ou pas d’utérus fonctionnel. Il s’agit pour certains de la véritable grossesse ou gestation pour autrui. Soutenue par de nombreux médecins, c’est celle qui soulève le moins de réticences. Le ou les embryons transférés à la mère porteuse proviennent de l’ovocyte et du spermatozoïde du couple qui va accueillir l’enfant. Les parents sociaux sont les parents génétiques. Variante, l’ovocyte peut aussi provenir d’un don d’ovocyte et le sperme du futur père. Seul le père est alors le parent génétique. Totalement différent est l’autre type de mère porteuse, celle qui prête (ou loue) son utérus et donne (ou vend) ses ovocytes. Elle porte donc un embryon issu de son propre ovocyte, certains parlent alors de procréation pour autrui [1].

Tout débat devrait aussi, avant de se lancer dans les grands principes, rappeler les indications de la GPA. La gestation pour autrui n’est pas toujours une assistance médicale à la procréation (AMP) sociétale [2]. La GPA qui permet à un couple homosexuel d’avoir un enfant, la GPA qui permettrait à une femme refusant les contraintes de la grossesse de l’éviter, sont certes des AMP sociétales, mais l’absence d’utérus congénitale ou acquise, les utérus multi-opérés, inaptes à l’implantation, représentent de véritables infertilités médicales, tout comme l’infertilité liée à l’absence d’ovaire ou à leur non-fonctionnement. Nul ne trouve à redire au don d’ovocyte : les grands mots deviennent alors altruisme, générosité, don… Pourquoi une sœur, une amie ne pourrait-elle pas porter l’enfant de sa sœur, née sans utérus par altruisme… ?

Les indications indiscutables de GPA sont peu nombreuses : femmes nées avec ovaires mais sans utérus (syndrome de Rokitansky-Kuster) ou celles ayant subi une hystérectomie avec conservation ovarienne. Le syndrome de Rokitansky affecte moins de 100 filles nées par an (une femme sur 4500) et les hémorragies de la délivrance ont été estimées à moins de 200 femmes par an par l’Agence de la biomédecine (toutes ne souhaiteront pas avoir un nouvel enfant). Quant aux indications carcinologiques d’hystérectomie avec conservation ovarienne, elles restent rares. D’autres indications médicales émergent : les utérus très altérés par des cures multiples de synéchies ou de fibromes voire les femmes pour lesquelles la grossesse serait médicalement dangereuse.

Beaucoup plus discutables sont les échecs répétés de FIV malgré transfert de multiples embryons de bonne qualité. On peut alors s’interroger sur la qualité de l’endomètre et se demander si ces embryons s’implanteraient mieux chez une autre femme, mais la prééminence de l’embryon sur l’endomètre dans les taux de succès de l’AMP est bien démontrée par le modèle du don d’ovocyte.

Les indications « sociétales » sont probablement celles qui inquiètent le plus la société : les femmes souhaitant un enfant génétique mais refusant les contraintes de la grossesse (forme moderne des nourrices d’antan ?) ne représenteraient probablement que de très exceptionnels cas mais la vraie indication sociétale ce sont les couples homosexuels hommes. Or il ne s’agit plus là de gestation pour autrui mais bien de procréation pour autrui. On pourrait parfaitement imaginer une loi autorisant la gestation mais pas la procréation pour autrui…

Toute technique médicale peut conduire à des dérives, faut-il pour autant en refuser l’usage ?

Les risques physiques de la grossesse bien que rares sont réels : grossesse extra-utérine et fausses couches, HTA, accident thromboembolique, hémorragie de la délivrance, mort maternelle mais leur fréquence est fonction de l’âge et de l’état de santé de la femme enceinte. Les futures mères porteuses devraient être informées de ces risques avant de donner leur consentement.

Donner son utérus selon la technique décrite récemment par Brännstrom semble bien plus risqué (10 à 12heures de chirurgie et d’anesthésie, complications possibles pour la donneuse, la receveuse et l’enfant, sans oublier l’hystérectomie finale obligatoire du greffon [3]).

Les problèmes sociétaux de la GPA sont réels, nul ne peut les nier : comment une femme qui vit durant 9 mois avec son fœtus, le sent bouger, et le fait naître, peut-elle s’en séparer [4] ? Comment va-t-elle expliquer cette grossesse sans bébé à sa famille, à ses propres enfants, à son employeur, à ses voisins qui tous demanderont des nouvelles du bébé ? Les questions soulevées sont nombreuses : compensation financière (indemnisation ou véritable rémunération ?), absence quasi obligatoire d’anonymat, devenir d’un enfant anormal, délai de rétractation, assurances mais peuvent se prévoir, dans les pays qui autorisent ou encadrent la GPA. Il est possible que les valeurs essentielles auxquelles nous tenons tous collectivement puissent être bel et bien respectées dans la GPA à condition de l’encadrer correctement, comme l’affirme Nisand [5].

Les publications récentes montrent que pour les gestations pour autrui réalisées dans les pays qui l’encadrent (Grande Bretagne, Grèce, Belgique, Pays bas, Canada, certains états des États-Unis), les enfants y compris les autres enfants de la mère porteuse vont bien [6, 7], et qu’il en va de même pour les mères porteuses [8].

Les derniers sondages montrent que le peuple français n’est plus hostiles à la GPA (55 % des français sont favorables à l’autorisation de la GPA dans un cadre réglementé, sondage IFOP, octobre 2014) ; certes, comme toujours, les opposants s’expriment plus que les favorables mais faut-il toujours écouter la rue ?

La question n’est donc plus de refuser la GPA, les couples qui le peuvent vont la pratiquer à l’étranger ; mais que les institutions de notre pays, en collaboration avec les médecins de la femme et de la reproduction, la société civile et les personnes concernées y réfléchissent sans arrière-pensées religieuse ou autres, en ne prenant en compte que le bien des couples et des enfants et sans se laisser intimider par des réactions de la rue parfois violentes [2].

Déclaration d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

Références

Belaisch-Allart J. L’accès à l’assistance médicale à la procréation, la gestation pour autrui, l’homoparentalité Gynecol Obstet Fertil 2012 ;  40 NS : 3-7 [cross-ref]
Belaisch-Allart J. AMP sociétale pourquoi tant de peur ? Gynecol Obstet Fertil 2014 ;  42 : 557-558 [inter-ref]
Gauthier T., Piver P., Pichon N., Essigd M., Marquet P., Aubard Y. Transplantation utérine : pour demain ? Gynecol Obstet Fertil 2014 ;  42 : 741-743 [inter-ref]
Frydman R. Contre la grossesse pour autrui Gynecol Obstet Fertil 2010 ;  38 : 224-225 [inter-ref]
Nisand I. Grossesse pour autrui : pour le cas par cas Gynecol Obstet Fertil 2010 ;  38 : 226-229 [inter-ref]
Golombok S., Blake L., Casey P., Roman G., Jadva V. Children born through reproductive donation: a longitudinal study of psychological adjustement J Child Psychol Psychiatry 2013 ;  54 : 653-660 [cross-ref]
Jadva V., Imrie S. Children of surrogate mothers psychological well-being, family relationships and experiences of surrogacy Hum Reprod 2014 ;  29 : 90-96
Imrie S., Jadva V. The long-term experiences of surrogates: relationships and contact with surrogacy families in genetic and gestational surrogacy arrangements Reprod BioMed Online 2014 ;  29 : 424-435 [cross-ref]



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