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Gastroentérologie Clinique et Biologique
Vol 22, N° 1  - février 1998
p. 13
Doi : GCB-02-1998-22-1-0399-8320-101019-ART79
Les cancers superficiels de l'estomac : évolution de leurscaractéristiques sur une période de 20 ans dans une population
 
Les cancers superficiels de l'estomac : évolution de leurscaractéristiques sur une période de 20 ans dans une population

Anne-Marie BENHAMICHE, Jean FAIVRE, Mohamed Adnane TAZI, Ryad DARSOUNI,Anne-Laure VILLING, Christine COUILLAULT Registre des Cancers Digestifs(Registre associé INSERM-DGS CRI 95 05).

RÉSUMÉ

Objectifs. -- Le but de ce travail était d'étudier auniveau d'une population non sélectionnée l'incidence, le traitementet le pronostic des cancers superficiels de l'estomac ainsi que l'évolutionde ces caractéristiques au cours du temps.

Méthodes. -- Sur une période de 20 ans (1976-1985),80 cancers gastriques superficiels ont été diagnostiquésen Côte-d'Or (493 000 habitants). Les taux d'incidence ontété calculés par sexe, groupes d'âge et périodesde 5 ans. Les facteurs de pronostic ont été déterminésen utilisant la méthode de Kaplan-Meier et le modèle de Cox.

Résultats. -- Les taux d'incidence standardisés étaientde 0,8/100 000 chez l'homme et 0,3/100 000 chez la femme. L'incidencea faiblement augmenté (NS), et la proportion parmi les cancers del'estomac est passée de 3,4 % (1976-1980) à 7,9 %(1991-1995) (P < 0,01). Parmi ces cancers, 25 étaientintra-muqueux (31,3 %), 55 envahissaient la sous-muqueuse (68,8 %)et 8 s'accompagnaient d'un envahissement ganglionnaire (10,0 %).Au total, 21 malades (24,1 %) avaient déjà ététraités pour une ulcération gastrique. Le taux de survie observéeà 5 ans était de 63,1 % et le taux de survie nettecorrespondant était de 86,3 %. Le pronostic dépendaitde l'existence ou non d'un envahissement ganglionnaire, du sexe, de la localisationet de la taille du cancer.

Conclusions. -- Bien qu'elle soit en augmentation, la proportion descancers superficiels de l'estomac reste faible parmi l'ensemble des cancersgastriques. Ce travail confirme l'importance de réaliser une endoscopieavec biopsies lors de chaque poussée d'ulcère gastrique etindique que le pronostic est moins bon que ne le suggèrent les sérieshospitalières.

    Mots-clés : Cancer superficielestomac -- Incidence -- Traitement -- Pronostic -- Conditions précancéreuses-- Evolution temporelle.

SUMMARY

Early gastric cancer : results of a 20-year population-basedsurvey.

Objectives. -- The aim of this study was to analyse the incidence,treatment and prognosis of early gastric cancer in a population-based seriesand to draw a picture of time trends.

Methods. -- Over a 20-year period (1976-1995), 80 early gastriccancers were diagnosed in the Côte-d'Or area (493,000 residents).Incidence rates were calculated by sex, age groups and 5-year periods. Prognosticfactors were determined using the Kaplan-Meier method and the Cox model.

Results. -- Age-standardized incidence rates were 0.8/100,000 in menand 0.3/100,000 in women. Incidence increased slightly over time (NS) andtheir proportion among gastric cancers increased from 3.4 % (1976-1980)to 7.9 % (1991-1995) (P < 0.01). Among these cancers,25 were intramucosal (31.3 %), 55 were submucosal (68.8 %)and 8 had lymph node metastases (10.0 %). Overall, 21 patients(24.1 %) had already been treated for a peptic ulcer. The 5-year crudesurvival rate was 63.1 % and the corresponding net survival rate was86.3 %. Lymph node metastases, location, sex and cancer extension andage were independent prognostic factors.

Conclusions. -- Though it is on the increase, the proportion of earlygastric cancers remains low among gastric cancers. This study confirms theimportance of performing a gastroscopy with biopsy upon each bout of ulcerand that the prognosis is lower than suggested by hospital based series.

    Key words: Early gastric cancer -- Incidence-- Treatment -- Prognosis -- Preneoplastic conditions -- Evolution.

Le cancer de l'estomac, bien que son incidence ait diminuéde moitié au cours des 40 dernières années, restefréquent (1). En France, il se situe encore au 5e rangdes cancers. Le pronostic du cancer de l'estomac est défavorable,avec des taux de survie observée à 5 ans se situant entre15 et 20 % (2, 3). Les données disponibles indiquent quel'extension du cancer au moment du diagnostic est le facteur pronostiqueprincipal. De nombreux auteurs, en particulier à la suite des travauxde la Société Japonaise d'Endoscopie en Gastroentérologie,ont porté un intérêt particulier aux cancers limitésà la muqueuse et à la sous-muqueuse, indépendammentde leur extension lymphatique (4). Il les ont appelé « earlygastric cancer ». La plupart des travaux qui leur ont étéconsacrés ont porté sur des séries hospitalières,dont les recrutements sont souvent très sélectionnés,interdisant de les extrapoler à l'ensemble de la population. En particulier,elles ne permettent pas de connaître leur fréquence réelle,ou leur pronostic qui peut être affecté par des biais de sélection.Elles ne permettent pas non plus de savoir si les modifications observéesau cours du temps sont réelles ou liées à une modificationdu recrutement. L'objectif de ce travail était donc d'étudierau niveau d'une population non sélectionnée l'incidence, letraitement et le pronostic des cancers superficiels de l'estomac ainsi quel'évolution de ces caractéristiques au cours du temps.

MALADES ET MÉTHODES

MALADES

    Le Registre des Tumeurs Digestives de la Côte-d'Orcollecte tous les nouveaux cas de cancers digestifs chez les sujets résidantdans ce département (493 000 habitants selon le recensementde 1990). Au total, 1 459 cancers gastriques ont étéenregistrés entre janvier 1976 et décembre 1995. Parmi eux,87 étaient des cancers superficiels. Sept cas étaientdes lymphomes et ont été exclus de l'étude.

    Pour tous les cas, nous disposons des résultatsdes examens diagnostiques réalisés (transit oeso-gastrique,gastroscopie et examen anatomo-pathologique), des modalités thérapeutiquesretenues (gastrectomie partielle, totale, ou exérèse endoscopique),et de leurs différentes caractéristiques anatomo-cliniques.Le siège du cancer a été défini selon la ClassificationInternationale des Maladies (10e révision) (5). Toutesles lésions ont été classées selon leur aspectmacroscopique, d'après la classification de Murakami (4) en quatrecatégories : type I: polypoïde, type II: superficiel (subdiviséen IIa: surélevé, IIb: plan, II c: déprimé),type III: ulcéré, et type mixte. Les cancers ont étéclassés histologiquement selon la classification de l'OrganisationMondiale de la Santé (6). En ce qui concerne l'extension du cancer,les cancers muqueux purs ont été distingués des cancersatteignant la sous-muqueuse. La taille du cancer, le nombre de ganglionsexaminés et leur envahissement éventuel a étéprécisé pour chaque cas. Les 20 années de l'étudeont été réparties en quatre périodes de 5 ans.

ANALYSE STATISTIQUE

    La population de la Côte-d'Or a étéestimée par année par interpolation d'après les donnéesdes recensements de population de 1975, 1982 et 1990, puis par extrapolation.Le taux d'incidence du cancer gastrique a été déterminépour 100 000 personnes-année, par tranches d'âgede 10 ans, par sexe, et par périodes de 5 ans. Afin depouvoir comparer les taux entre des populations de structure démographiquedifférente, ces taux ont été standardisés pourl'âge.

    Les taux de survie observés ont étécalculés selon la méthode de Kaplan-Meier et les courbes desurvie ont été comparées à l'aide du test duLog rank (programme 1L BMDP). Pour le calcul des taux de survie spécifique,c'est-à-dire faisant abstraction des décès pour d'autrescauses que le cancer gastrique, les sujets décédésd'une autre cause que leur cancer superficiel étaient considéréscomme exclus-décédés à la date du décès.Les taux de survie ont été comparés à l'aidedu test de Mantel-Cox. L'analyse multivariée par la méthodemultidimensionnelle des risques proportionnels de Cox a étéeffectuée pour les variables significatives du modèle univarié(programme 2L BMDP) (variable incluse au seuil de 0,10 en analyse univariée).

RÉSULTATS

Incidence selon le sexe et l'âge

    Entre 1976 et 1995, 80 cas de cancers gastriquessuperficiels ont été diagnostiqués chez des maladesrésidant en Côte-d'Or. Ils représentaient 5,5 %des cancers de l'estomac. Il s'agissait de 54 hommes et 26 femmes.Le taux d'incidence brut annuel moyen pour 100 000 habitants étaitde 1,2 pour les hommes et de 0,5 pour les femmes. Les taux standardisésselon la population mondiale de référence, étaientrespectivement de 0,8 et 0,3. Le sex ratio calculé sur les taux standardisésétait de 2,7.

    Tous les cas ont été diagnostiquésaprès 30 ans. L'incidence était très faible jusqu'à50 ans (8,7 % des cas). L'incidence augmentait ensuite plus vitechez l'homme que chez la femme jusqu'à 79 ans. Elle diminuaitlégèrement dans la tranche d'âge la plus avancée(fig. 1). L'âge moyen au moment du diagnostic était de68,7 ± 11,3 dans le sexe masculin et de 68,6 ± 15,2dans le sexe féminin. (Voir Figure)

Evolution de l'incidence

    Les taux d'incidence ont faiblement augmentédurant les 20 années de l'étude dans les deux sexes (NS).Leurs valeurs, par période de 5 ans, sont données dansla figure 2. (Voir Figure)

    Les cancers superficiels représentaient3,4 % des cancers de l'estomac au cours de la période 1976-1980(13 cas sur 382), 4,4 % au cours de la période 1981-1985(18 cas sur 405), 6,8 % au cours de la période 1986-1990(24 cas sur 354) et 7,9 % au cours de la période 1991-1995(25 cas sur 318) (P < 0,01).

Moyens diagnostiques

    Les conditions du diagnostic ont étéprécisées pour 79 malades. Six cas ont étédécouverts de manière fortuite et 73 avaient des signesd'appel digestifs. Parmi les signes cliniques présents au momentdu diagnostic, les douleurs épigastriques étaient les plusfréquentes : syndrome ulcéreux dans 16 cas (21,9 %),épigastralgies sans caractère particulier dans 21 cas(28,8 %). Il y avait une atteinte de l'état généraldans 16 cas (21,9 %). Les autres symptômes étaientplus rares : anémie : 7 cas, hématémèse :3 cas, méléna : 4 cas, troubles dyspeptiques :4 cas, diarrhée : 1 cas, dysphagie : 1 cas.

    Tous les malades, sauf un, ont eu une gastroscopieau moment du diagnostic de leur cancer ; la proportion des endoscopiesréalisées sans association à un transit oeso-gastriquea augmenté de manière significative au cours des 4 périodesde l'étude, respectivement 0 %, 28 %, 67 %, 80 %(P < 0,001).

Topographie et histologie

    Au total, 31 cancers siégeaient dansle tiers inférieur de l'estomac (38,7 %), 35 dans le tiers moyen(43,7 %), 11 dans le tiers supérieur (13,7 %) et 3 cancersétaient multifocaux (3,7 %). La topographie des cancers superficielsa évolué entre les périodes 1976-1985 et 1986-1995.La proportion des cancers du tiers supérieur était respectivementde 6,5 % et 18,4 %, du tiers moyen de 66,6 % et 29,1 %et celle du tiers inférieur de 29,0 % et 44,9 % (P < 0,01).

    Le plus grand diamètre des cancers superficielsétait en moyenne de 27,1 mm ± 2,1 : 50(62,5 %) mesuraient moins de 30 mm, 16 (20,0 %) de 30 à49 mm, 14 (17,5 %) plus de 50 mm. Les tumeurs les plus fréquentesétaient des lésions ulcérées de type III. Ellesreprésentaient 49 % de l'ensemble des cancers (39 cas sur80). Il y avait 21 % de cancers polypoïdes de type I (17 cassur 80), 10 % de cancers de type II (8 cas sur 80) (incluant 6 casde type II a et 2 cas de type II b), et 20 % de cancers de typemixte (16 cas sur 80). Les lésions de plus de 50 mm correspondaientdans 43,8 % des cas à des types ulcérés ;cependant, il n'y avait pas de relation significative entre la taille etl'aspect macroscopique des lésions.

    La majorité des cancers étaientdes adénocarcinomes (n = 55). Les autres se répartissanten carcinomes en bague à chaton (n = 22), carcinomes colloïdes(n = 2) et tumeur carcinoïde (n = 1).

    Parmi les cancers gastriques superficiels, 25 étaientpurement intra-muqueux (31,3 %) et 55 envahissaient la sous-muqueuse(68,8 %). Parmi les 8 cancers présentant un envahissementganglionnaire (10,5 %), 7 atteignaient la sous-muqueuse. La proportiondes cancers intra-muqueux variait avec la localisation : 60,0 %dans le tiers inférieur, 32,0 % dans le tiers moyen, aucun dansle tiers supérieur (P < 0,01). Il n'y avait pas de modificationsignificative de ces proportions avec les différentes périodes.Toutes les lésions de type II, et près de 60 % des lésionsde type I et de type III envahissaient la sous-muqueuse. La taille du canceret son extension dans la paroi n'étaient pas significativement liées.

Conditions précancéreuses

    Parmi les malades atteints d'un cancer superficiel,21 avaient un antécédent d'ulcération gastrique(26,3 %). L'examen histologique indiquait qu'il s'agissait d'un foyercancéreux localisé sur la berge d'un ulcère chroniquedans 13 cas (61,9 %). Quatre malades avaient des antécédentsde gastrectomie datant de plus de 15 ans (5,0 %), 5 d'adénome(6,3 %), et 1 était atteint d'une maladie de Biermer (1,3 %).

    Au total, 8 malades ont présentéun second cancer extra-gastrique (10,0 %) : pour 2 d'entreeux, il était antérieur ; pour 3 autres, le deuxièmecancer était synchrone ; et pour les 3 derniers, il estapparu après la première localisation gastrique.

Traitement

    Le traitement a consisté en une gastrectomietotale dans 13 cas (16,3 %), une gastrectomie subtotale distaledans 60 cas (75,0 %), une gastrectomie polaire supérieuredans 3 cas (3,8 %) et une polypectomie dans 4 cas (5,0 %).L'indication chirurgicale était liée à la localisationde la tumeur : 23 % des cancers du tiers moyen, 18 % de ceuxdu tiers supérieur et moins de 10 % de ceux du tiers inférieuront eu une gastrectomie totale.

    Les modalités thérapeutiques n'ontpas évolué avec le temps : la proportion des gastrectomiestotales était de 19,4 % au cours de la période 1976-1985et 14,3 % au cours de la période 1986-1995 et celle des maladestraités par polypectomie respectivement de 3,2 % et 6,1 %(NS).

Survie

    Tous les sujets ont été suivis.Cinq sont décédés en période postopératoire,7 sont décédés de leur cancer, 12 d'une autrecause (pathologie cardio-vasculaire, cancer ORL, maladie infectieuse, occlusion,suicide). Le taux global de survie observée à 5 ans étaitde 63,1 %, celui de survie spécifique de 82,6 % (en incluantles décès opératoires). Les taux de survie à5 ans, selon les différentes variables étudiéessont donnés dans le tableau 1. Pour la survie observée,le pronostic était significativement meilleur pour les cancers siégeantau niveau du tiers moyen ou du tiers inférieur par rapport aux cancersdu tiers supérieur. Le sexe, l'extension ganglionnaire et la tailledu cancer, influençaient également la survie. il n'y avaitpas de différence significative entre les courbes de survie spécifique,malgré des différences marquées, en particulier pourl'atteinte ganglionnaire. L'analyse multivariée indique que la topographiedu cancer, et l'extension ganglionnaire influençaient le pronostic,indépendamment des autres critères de pronostic (tableau 2I).(Voir Figure)(Voir Figure)

DISCUSSION

    L'un des intérêts de ce travailest d'indiquer quelle a été l'évolution de l'incidencedes cancers superficiels de l'estomac dans une population françaisebien définie au cours de ces vingt dernières années.Il apparaît que, contrairement à ce qui se passe pour l'ensembledes cancers gastriques, dont l'incidence a diminué, l'incidence descancers superficiels a tendance à augmenter. Mais cette augmentationest peu importante, non statistiquement significative. Cette évolutionopposée de l'incidence des cancers superficiels et des cancers avancésexplique l'augmentation de la proportion des cancers superficiels. Maisdes progrès restent à accomplir : les cancers superficielsne représentent encore que près de 8 % des cancers gastriques.Des résultats comparables sont rapportés en France :9,6 % dans le Finistère au cours de la période 1984-1989(3), 8,7 % dans le Calvados au cours de la période 1978-1987(2). Cette proportion était de 0,9 % à Birmingham aucours de la période 1977-1981 (7). Ces résultats contrastentavec ceux provenant de services spécialisés : la proportiondes cancers superficiels se situe entre 15 % et 20 % en Europe(8, 9), et entre 30 et 35 % au Japon (10). Ces données indiquentqu'il n'est pas possible d'extrapoler les résultats de sérieshospitalières à une population prise dans son ensemble. Ellessuggèrent également que le développement de l'endoscopiea peu contribué à améliorer le stade de diagnosticdu cancer de l'estomac. Plusieurs études avaient déjàsouligné ce fait (11, 12). Ce résultat décevant peuts'expliquer par le fait que le cancer gastrique est souvent déjàavancé lorsqu'apparaissent les symptômes.

    Les caractéristiques épidémiologiquesdes cancers superficiels sont proches de celles des autre cancers de l'estomac :on observe une prédominance masculine et les courbes d'incidencepar âge ont le même aspect. L'âge au diagnostic est enmoyenne 3 ans plus jeune que celui des cancers avancés (71,9 ansen Côte-d'Or pour la même période). Ce délai peutcorrespondre à l'avance au diagnostic lié à la découverted'un cancer de l'estomac au début.

    Le mode de révélation le plus fréquentétait la douleur épigastrique (50 %), symptômele plus souvent noté dans les différentes séries. Uneétude allemande suggère que la symptomatologie du cancer gastriqueprécoce est plus proche de celle de l'ulcère que de celledu cancer évolué, où l'amaigrissement et l'anorexiesont plus souvent rencontrés (8). Une hémorragie digestive(9,5 % des cas) ou une anémie (9,5 % des cas) étaientplus rares.

    Dans certaines séries, les cancers gastriquesse situent préférentiellement dans l'antre (9, 13), dans d'autresdans le tiers moyen (8). La localisation préférentielle ducancer superficiel a évolué au cours de la périodecouverte par l'étude. Il était le plus fréquemmentrencontré au niveau du tiers moyen durant les dix premièresannées de l'étude, puis au niveau du tiers inférieurdurant les dix dernières années. La variabilité dessites topographiques principaux les plus souvent rencontrés suggèrel'absence de situation « privilégiée »du cancer gastrique superficiel. Il n'y a pas non plus de relation étroiteavec le siège des cancers avancés (durant la même période18,5 % des cancers évolués ont été diagnostiquésdans le tiers moyen, 30,7 % dans le tiers supérieur et 33,4 %dans le tiers inférieur). Les cancers superficiels sont de plus petitetaille que les cancers avancés : en moyenne 27,1 mm contre79,4 mm en Côte-d'Or. Cependant, certains cancers superficielspeuvent atteindre une grande taille : près de 20 % descas mesuraient plus de 50 mm dans leur plus grand diamètre.Certains auteurs ont observé une relation entre la taille du canceret son pronostic (14) : c'était le cas dans notre série.Les formes ulcérées sont les plus fréquentes dans laplupart des séries (9). Ce n'est pas surprenant car les lésionsulcérées sont probablement plus rapidement symptomatiqueset de manière plus bruyante que les autres types macroscopiques,conduisant plus précocement à la réalisation d'unegastroscopie. Le type histologique des cancers superficiels est un peu différentde celui des cancers avancés. En Côte-d'Or, parmi les tumeursépithéliales, 74 % étaient des adénocarcinomes,13 % des carcinomes indifférenciés (15). Il n'y avaitpas de carcinome indifférencié dans notre série, cequi témoigne probablement du caractère agressif de ces cancersqui restent peu de temps à ce stade. Notre étude confirmeque les cancers gastriques superficiels peuvent s'accompagner de métastasesganglionnaires, surtout en cas d'atteinte de la sous-muqueuse. La proportiondes cancers avec métastases ganglionnaires varie entre 1 % et21 % selon les séries. Les pourcentages de métastasesganglionnaires étaient plus élevés dans les sériespubliées par les auteurs réalisant des exérèsesdes premier et deuxième relais ganglionnaires (16, 17).

    Un point mérite d'être souligné :plus d'un quart des malades de cette série avaient un antécédentd'ulcération gastrique. Il peut s'agir d'un ulcère transformé ;c'était le cas chez 62 % des malades. Il peut aussi s'agir d'unauthentique cancer dont le diagnostic n'a pas été portéantérieurement. Ces données permettent de rappeler qu'en casd'ulcère gastrique une endoscopie est nécessaire àl'issue du traitement pour réaliser de nouvelles biopsies et qu'elledoit être répétée à chaque poussée.

    Huit malades (10,0 %) présentaientun cancer antérieur, synchrone ou métachrone au cancer gastriquesuperficiel, ce qui est un taux élevé. Dans d'autres séries,ce taux pouvait atteindre 36,3 % (18). Cette fréquence peuts'expliquer par une susceptibilité individuelle particulière,par exemple une instabilité du génome exposant certains individusà un risque élevé de cancer, ou par une surveillanceclinique plus étroite des sujets ayant présenté uncancer.

    La population des malades traités parexérèse endoscopique reste faible et n'a pas évoluéau cours du temps, contrairement à ce que pourrait laisser penserdes séries très sélectionnées (19). La discussionconcernant le choix du geste chirurgical persiste, ainsi que celle du choixde la lymphadenectomie. La gastrectomie subtotale distale est le geste leplus souvent réalisé, lorsque le siège du cancer lepermet (20). Certains auteurs préconisent une gastrectomie totale« de principe », avec résection du premierrelais ganglionnaire, malgré la morbidité élevéeassociée à ce geste. Toutefois, la gastrectomie totale n'apas fait la preuve de sa supériorité sur la gastrectomie partielledistale dans le cancer de l'estomac (16). Seule la localisation du cancerjustifie ce geste. Le choix d'une lymphadénectomie et ses modalitéssont encore discutés par beaucoup d'auteurs ; certains, et notammentles équipes nippones, préconisent l'ablation en bloc des ganglionsrégionaux, d'autres estiment cette décision agressive et desupériorité non établie (d'autant plus pour les casà faibles facteurs de risque, tels les cancers purement muqueux,de type I ou IIa, de petite taille et lorsque l'histologie est celle d'unadénocarcinome bien différencié). La mortalitéopératoire dans notre série était de 6,5 % (5cas sur 76), comparable à celle des autres études (le plussouvent entre 0 et 6 %) (13, 16, 21).

    Le taux de survie relative, ou mieux le tauxde survie spécifique (qui ne considère que les décèsen rapport direct avec le cancer), permettent de déterminer la mortalitéliée au cancer lui-même. Le taux de survie spécifiqueà 5 ans estimé dans cette étude était de86,3 %. Il est comparable aux taux de survie relative rapportésdans le Calvados, le Finistère ou à Birmingham (2, 3, 7).Ces résultats indiquent que la survie du cancer gastrique superficielest moins bonne que ne le suggèrent certaines séries hospitalières.Nous avons trouvé les facteurs pronostiques habituellement décrits(13, 14, 16). L'extension ganglionnaire est souvent le facteur pronostiquele plus important bien que dans certaines séries elle ne semble pasinfluencer le pronostic. Les cancers intra-muqueux ont habituellement unpronostic un peu meilleur que les cancers envahissant la sous-muqueuse.Il ne s'agit pas d'un facteur significatif dans notre étude. Le tauxde survie du cancer gastrique est meilleur lorsqu'il siège dans lestiers inférieur ou moyen, constatation déjà faite parcertains auteurs (13), probablement parce qu'il est plus rapidement symptomatique.Le type de gastrectomie n'influence pas de manière significativele pronostic. La nécessité de réaliser une gastrectomietotale dans les cancers du tiers supérieur, n'explique pas les tauxde survie plus faibles observés pour cette localisation.

    Au total, la fréquence des cancers gastriquessuperficiels, bien qu'elle ait tendance à augmenter, reste faible(moins de 10 % des cancers de l'estomac) et le pronostic est un peumoins bon que ne le suggèrent les séries provenant des centresspécialisés. La fréquence des antécédentsd'ulcère gastrique confirme la nécessité d'un contrôleendoscopique avec biopsies à l'issue du traitement lors de chaquepoussée douloureuse. C'est ainsi qu'ont été découvertsun quart des cancers superficiels.

Fig. 1. -- Incidence du cancer gastrique superficielpar âgeet par sexe.

Age - specific incidence rates for early gastric cancer by sex.

Fig. 2. -- Evolution de l'incidence du cancer gastrique superficielselon le sexe et par périodes de cinq ans.

Trends in incidence of early gastric cancer by sex and5-year periods.

Tableau 1. -- Survie observée et survie nette à 5 ansdu cancer gastrique superficiel.

5-year crude and net survival rates of early gastric cancer.

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).

Tableau 2. -- Analyse multivariée de la surviedu cancer gastriquesuperficiel (modèle de Cox).

Multivariate survival analysis of early gastric cancer (Cox model)

(Les tableaux sont exclusivement disponibles en format PDF).



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