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Préface - 22/09/11

Doi : 10.1016/B978-2-294-71290-6.50027-3 
Jacques Rodineau, Sylvie Besch

C’est sous le terme d’impingement syndrome – et à propos de l’épaule – qu’en 1972 la notion de conflit a été développée par Charles S. Neer dans un article du célèbre « Bone and Joint » : Anterior acromioplasty for chronic impingement syndrome in the shoulder. Cette notion de conflit entre deux structures anatomiques a ensuite été largement développée au niveau de l’épaule dans différentes publications consacrées à l’identification d’autres conflits : sous-coracoïdien, postérosupérieur, sous-acromioclaviculaire.

Devenue « une grande classique » au niveau de l’épaule, cette pathologie de conflit ou d’accrochage a également été décrite, parfois depuis fort longtemps, mais sous d’autres noms au niveau du coude et du poignet.

Le diagnostic de ces différents syndromes, essentiellement tendineux à l’épaule et au poignet et osseux au niveau du coude, est avant tout clinique. Il ne saurait être évoqué sans une anamnèse détaillée, englobant les motifs actuels de consultation, les antécédents médicaux et chirurgicaux, les résultats des examens réalisés antérieurement et des traitements préalablement effectués. Au cours de cette anamnèse, un certain nombre de points doivent être retrouvés :

le début des douleurs est insidieux dans la plupart des cas ;
l’intensité des douleurs est relativement modérée hormis les cas à début brutal ;
les douleurs, notamment au niveau des épaules, sont souvent profondes, sourdes mais relativement localisées ;
elles sont pratiquement toujours liées à une activité prolongée et ou répétitive ;
elles sont régulièrement exacerbée par les activités sportives ;
elles sont soulagées par le repos.

L’examen clinique doit être systématique et complet. Il est avant tout fondé sur l’étude des mobilités active, passive et contrariée ; la recherche approfondie de signes de conflit mais aussi de laxité uni- ou multidirectionnelle ; la palpation.

La « popularisation » du terme de conflit au niveau de l’épaule a conduit à regrouper sous cette appellation d’autres pathologies qui étaient traditionnellement connues sous le nom de syndromes canalaires. Ces syndromes canalaires sont des manifestations en rapport avec la compression d’un nerf dans un défilé anatomique.

Les syndromes canalaires et des défilés du membre supérieur sont nombreux : compression radiculaire (« névralgie » cervicobrachiale) ; compression plexique (syndrome de la traversée thoracobrachiale) ; compressions du nerf suprascapulaire, du nerf axillaire, du nerf thoracique long et du nerf musculocutané (tronc ou branche sensitive) ; compressions du nerf radial (tronc, branche profonde, branche superficielle) ; du nerf ulnaire (au coude, au Guyon) et du nerf médian (au bras, au coude et à l’avant-bras, au canal carpien).

Leur diagnostic est clinique. Il faut, dans un premier temps, affirmer que les « douleurs » dont se plaint le patient sont bien d’origine neurologique (diagnostic d’appareil). Il s’agit en fait de paresthésies, d’engourdissements nocturnes et/ou positionnels. La symptomatologie apparaît parfois au cours d’activités précises. Les troubles sont d’installation progressive. Il peut s’y associer des douleurs vraies et parfois un déficit sensitivomoteur objectif. Il faut ensuite affirmer que cette pathologie neurologique est bien d’origine périphérique. La symptomatologie subjective et les signes déficitaires éventuels correspondent précisément à une topographie systématisée (diagnostic topographique) : le plus souvent tronculaire mais qui peut être plexuelle ou même radiculaire.

L’examen clinique doit toujours être complet et comporter un examen moteur et sensitif, sans oublier la recherche des réflexes ostéotendineux. Cet examen permettra dans certains cas difficiles de différencier une atteinte périphérique tronculaire d’une atteinte radiculaire.

Il ne faut jamais oublier que le syndrome canalaire, même lorsqu’il est au premier plan, peut être associé :

à une autre compression nerveuse et il faut toujours penser à la possibilité de syndromes canalaires étagés ou double crush-syndrome (Upton et McComas, 1973) ;
mais aussi à l’atteinte d’un autre appareil (intrication possible avec une pathologie tendineuse, musculaire ou ostéoarticulaire).

Enfin, la compression peut être favorisée ou sensibilisée par une pathologie inflammatoire, infectieuse, métabolique ou tumorale, qu’il faut penser à rechercher (diagnostic étiologique).

Les compressions nerveuses étagées sont fréquentes et sous-évaluées. Ce diagnostic de compression étagée ne peut être évoqué d’emblée que si l’examen du membre supérieur est systématique. Sinon, la compression proximale est méconnue. C’est ainsi que le syndrome de la traversée thoracobrachiale est fréquemment associé à une compression distale (syndrome du canal carpien, du tunnel ulnaire ou du tunnel radial). Une situation habituelle est celle de paresthésies qui siègent dans tous les doigts. Souvent, l’EMG ne retrouve qu’une compression du nerf médian au canal carpien et le traitement du SCC va faire disparaître toute la symptomatologie. Mais, parfois, le syndrome de la traversée thoracobrachiale associé explique la persistance de paresthésies et le caractère incomplet de l’amélioration est vécu comme un échec si le patient n’a pas été prévenu de cette éventualité.

Enfin, il ne faut jamais oublier qu’une compression radiculaire peut être associée à une compression plus distale. Seul un examen systématique du rachis cervical et la recherche des réflexes ostéotendineux peuvent minimiser le risque de la méconnaître.



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