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Sommario Acquistare il libro Acquistare nel capitolo

Préface - 27/09/11

Doi : 10.1016/B978-2-225-85565-8.50010-1 
Bernard Honoré
 Président de l’Institut de Formation, et d’Études psychosociologiques et pédagogiques, (IFEPP) 

Le livre que nous donne aujourd’hui Walter Hesbeen sera certainement pour tous les hospitaliers, mais aussi pour tous ceux, préoccupés par l’avenir des organisations et des pratiques de santé, une source d’espoir, en ces temps où les références à la technoscience et à l’économie laissent dans l’ombre la question du sens des actions entreprises pour porter secours, sauver, délivrer de la souffrance, surmonter le mal et pour cultiver la santé.

Prendre soin à l’hôpital aurait pu avoir pour sous-titre «Penser le soin» ou encore «Éthique et esthétique du soin». Walter Hesbeen nous invite, en effet, à une méditation sur le sens de l’action de soigner et suggère des chemins et perspectives pour une évolution des pratiques de ceux qui exercent un métier du soin.

Mais Prendre soin à l’hôpital n’est ni un livre de philosophie ni un manuel de méthodes et techniques à l’usage des infirmiers. Cet ouvrage est l’expression questionnante d’un professionnel du soin et d’un formateur aux carrières de santé, qui dit le besoin de penser son action et de joindre sa réflexion à celle de ses collègues (souvent cités), en mettant en valeur l’expérience des soignants et celle des malades, pour contribuer à un enrichissement des conceptions et des pratiques du soin.

Walter Hesbeen n’énonce pas une nouvelle théorie du soin. Il ne s’éloigne pas dans la contemplation platonicienne d’un soin idéalisé, en un lieu distancié et sous quelque éclairage métaphysique ou divin, d’où il rapporterait des préceptes édifiants pour ses collègues restés au fond de la caverne dans l’ignorance de la vérité. Il ne cède pas à la tentation de la polémique en opposant son point de vue à celui d’autres penseurs. Il adopte une approche critique (au sens phénoménologique de krisis) des actions de soin, en les abordant dans une intention d’évaluation et d’émancipation par rapport aux références à prédominance technico-scientifique sans pour autant dénier leur incontestable richesse. Il écrit un essai, en une langue claire et accueillante aux propos des autres, pour dire, souvent avec bonheur, me semble-t-il, le sens que prend pour lui l’action de soigner, lorsqu’il pense aux aspects les plus authentiquement humains de la rencontre entre un soignant et un soigné. Il écrit en s’engageant de façon résolue pour l’accomplissement d’une profession — les infirmiers — dans l’accomplissement d’une œuvre de santé. Mais ce ne sont pas seulement les infirmiers qui sont interpellés, ce sont tous les professionnels de la santé et en particulier les médecins. L’intention la plus forte exprimée dans l’ouvrage est bien la mise en évidence que le soin infirmier s’inscrit dans une perspective soignante qui concerne toutes les professions impliquées dans les actions auprès des malades. «La logique soignante nécessite de réunir tous les acteurs dans une même perspective et de ne pas limiter le soin à une seule catégorie d’entre eux». Une telle perspective concerne aussi, fondamentalement, chacun de nous dans la rencontre de celui dont la santé est en question.

Tout au long des chapitres se manifeste une recherche de cohérence et de lien dans la diversité des situations et des acteurs. «Relier, non pas disjoindre» — Cohérence de la mission de l’hôpital et de son organisation — Cohérence des conceptions des diverses catégories professionnelles — Cohérence du discours et de la pratique — Cohérence de la formation et de l’action sur le terrain — Cohérence des méthodes de recherche et de leur objet. Et une référence constante à ce qui est vécu par des personnes — soignants et soignés — dans des situations toujours particulières. «Penser les structures à partir des personnes auxquelles elles s’adressent et des différents soignants dans les situations concrètes qu’elles vivent tous les jours».

Walter Hesbeen esquisse une révision et une réorientation des conceptions, des conditions et des pratiques du soin infirmier en resituant tous ses aspects par rapport à la personne (la personne soignante et la personne soignée), trop souvent oubliée, depuis que la science et les techniques dominent la scène hospitalière.

Dans la richesse des réflexions proposées, certaines me semblent particulièrement fécondes pour l’avenir de la profession infirmière mais aussi pour l’avenir de toutes les pratiques de santé. Je les cite comme des chemins possibles pour une pensée de l’action soignante.

La différence entre faire des soins et prendre soin, notions complémentaires comme la poiesis et la praxis dans la compréhension du sens de toute action.
La distinction entre le corps-objet ou corps que Von a et le corps-sujet ou corps que Von est, distinction qui pose, à propos de l’action de soin, la question de la place du sujet dans toutes les formes d’intervention.
La non-opposition entre la santé et la maladie, notion-clé pour l’ouverture de nos systèmes de soins sur la santé, comme l’indique la nouvelle appellation des hôpitaux comme établissements de santé. Et une conception globale, non morcelée, de la santé publique intégrant ses aspects individuels et collectifs.
Une conception de la démarche de soin comme accompagnement, un faire un bout de chemin avec l’autre en difficulté de santé. Un mouvement qui porte vers l’autre pour aller à sa rencontre sur le chemin qui est le sien.
La réhabilitation de la parole et des divers moyens d’expression dans la pratique soignante. Réhabiliter la parole sur les choses de la vie... Il ne s’agit pas de faire du relationnel, mais d’être relationnel.
L’intérêt porté à la vie quotidienne faite de mille petites choses qui sont bien des choses de la vie, sources de gênes mais aussi de réconfort possible dans l’attention portée à celui qui, de quelque manière, est en souffrance ou en souci de sa santé.
L’affirmation que l’avenir du soin infirmier ne peut être construit sur les failles de l’approche médicale dominée par la scientificité, la technicité, les catégorisations.
La nécessité pour la profession infirmière de dépasser les tiraillements entre ceux qui vivent la pratique et ceux qui pensent le développement. Penser la pratique quotidienne des soignants, dont la richesse et l’utilité sociale sont si peu réalisées, et non la constituer sur des vues théoriques s’imposant à la pratique. Il s’agit bien de reconnaître aux soignants la capacité de penser leur action.
Envisager la formation initiale et continue comme la contribution au développement d’une personne infirmière dont le profil est déterminé tant par des connaissances que par des habiletés et des qualités humaines.
Valoriser dans le domaine du soin, la recherche exploratoire comme première phase, heuristique, de recherches ayant un caractère expérimental, afin d’élaborer des hypothèses pertinentes fondées sur la pratique.

Toutes ces réflexions sont exposées par Walter Hesbeen en un style limpide, fait de propos riches en nuances, abondamment documentés, toujours inspirés par ce qu’il comprend dans l’attention portée à l’expérience de ses collègues et à celle des patients, sans négliger les dimensions historiques et culturelles du champ qu’il explore.

Oui, ce livre donne à penser... Ce dont nous avons le plus besoin aujourd’hui lorsqu’il est question de la santé.



© 1997  Masson. Pubblicato da Elsevier Masson SAS. Tutti i diritti riservati.
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