« Ce qui m’émeut si fort de ce petit Prince endormi, c’est la fidélité pour une fleur, c’est l’image d’une rose qui rayonne en lui comme la flamme d’une lampe, même quand il dort […] il faut bien protéger les lampes : un coup de vent peut les éteindre […] »
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

La médecine des enfants ne se définit pas comme l’étude particulière d’un organe ou d’un système biologique.

Elle est une médecine générale appliquée à une période de l’existence située de la conception à la fin de l’adolescence…

Elle peut être considérée aussi dans tous les pays et à toutes les époques comme l’ensemble des recherches et des actions ayant comme objectif premier la protection de la santé de l’enfant au sein de son environnement humain.

L’enfant est en lui-même le symbole du croisement d’une verticalité de croissance et de développement et d’une horizontalité protectrice de sa vulnérabilité.

Développement et environnement sont les mots clés de la médecine des enfants.

La médecine des enfants, qu’elle soit évaluée dans son abord généraliste ou surspécialiste « au sein de la spécialité », est :

une médecine clinique ;
une médecine inquiète ;
une médecine de la « vraie vie ».

Une médecine clinique

Le schéma primordial de toute démarche médicale est une chaîne de « temps » successifs et intriqués : anamnèse ; examen physique, examens complémentaires utiles et décisions thérapeutiques.

Avec ses variantes, ses rétrocontrôles, ses échappées et ses redites, c’est au sein des deux premiers temps, que s’exprime tout « l’art de la clinique… et des cliniciens ».

Le temps d’écoute est tel que celui parfois attribué à l’ouverture d’une symphonie : « un mouvement immense et rempli d’énergie créatrice » à la fois maîtrisé et libre, programmé et improvisé, ordonné et indiscipliné

un temps de respect et non d’aveux ;
un temps d’approche qui permet à l’enfant de se familiariser (étymologiquement : « entrer dans la maison d’un proche ») et au médecin d’accueillir les symptômes ;
un temps de déculpabilisation et de réconfort au sein de l’extraordinaire et spécifique relation triangulaire : parents/enfant/médecin.

Écoutez et vous entendrez… y compris les silences

Mais aussi,
Regardez et vous devriez voir… auscultez et vous devriez entendre… Palpez et vous devriez apprivoiser des langages corporels rebelles.

L’art du médecin qui regarde, écoute, palpe, tourne et retourne l’enfant et le regarde encore (un ensemble de précautions et de méfiances) est essentiel aujourd’hui comme hier et le demeurera éternellement.

Notre clinique ne doit pas oublier les acquis de son passé.

Ni davantage refuser de se soumettre à l’observation nouvelle.
« Elle est au quotidien un acte gai… mais aussi un acte grave »

Un acte déterminant pour acquérir la clé d’un diagnostic choisi.

Un mélange de bon sens, d’instinct, d’observation… et d’expérience.

Une science et un art.

Une médecine « inquiète »

Au Moyen Âge, avoir soin d’une personne était s’en inquiéter, se faire du souci.

Soigner visait à agir pour que cesse ce souci…
« En regardant chaque enfant, je me demande quel adulte il sera… comment sera fait son esprit lorsqu’il aura atteint sa (ses) maturité(s)… comment il pourra exprimer son niveau d’intelligence »
Pierre Royer

Les inquiétudes des médecins de l’enfant se situent autour de la crainte de la méconnaissance de signes cliniques spécifiques parfois étrangers à leur expérience (clinique néonatale, dépistage des handicaps sensoriels ou locomoteurs, approche d’un adolescent, « rencontre possible de pièges et d’impasses »).

Toutes ignorances susceptibles de constituer pour l’enfant une perte de chance.

Inquiétudes liées enfin aux questions parfois les plus fondamentales posées par l’enfant.
« Qu’est-ce que l’adulte croit que l’enfant sait, qu’est-ce que l’enfant ne sait pas que l’adulte croit ? »

À ces questions, le plus terrible serait de ne pas répondre alors que l’enfant nous attend pour s’assurer de notre solidité et de notre tranquillité.

S’assurer et se rassurer.
« Il est dur d’être adulte et plus encore face à un enfant qui nous regarde »
Bernard Golse

Une médecine de la « vraie vie »

Vrai : vérité… conformité à la réalité.

Vie : « au figuré : réalité ».

Vraie vie… vrai ou faux pléonasme.

Vécu quotidien de situations fréquentes dans des contextes « parfois inhabituels ».

La vraie vie exige du médecin de l’enfant une capacité de réponse retirée d’une expérience « ordinaire » face à des interpellations parfois extraordinaires.

« Entre la vie rêvée et la vie vécue »… la vraie vie ne se situe le plus souvent pas dans les livres… mais dans la vie.

Et parfois dans les rêves !

En guise de conclusion… « un pari passionné »

Il peut apparaître à un pédiatre hospitalier généraliste comme un défi d’avoir dans cet ouvrage :

autonomisé sous la responsabilité de spécialistes de renom des chapitres spécifiques et harmonisés ;
intégré à une expérience hospitalière les acquis des enseignements recueillis au quotidien auprès des médecins libéraux ;
associé à l’évaluation de ce livre l’expertise de médecins internistes d’adulte.

Cette 6e édition a ainsi conduit à une nouvelle rédaction totalement réactualisée et élargie des divers chapitres proposés au cours des éditions précédentes.

Chacun des auteurs s’est attaché à :

témoigner de ses acquis de praticien, en échappant à une quelconque recette ;
schématiser son expérience en évitant toute simplification excessive ;
analyser le contenu des spécificités de sa spécialité.

Il convient d’adresser le lecteur à d’autres ouvrages, pour mieux comprendre les acquis et les progrès sans cesse renouvelés des surspécialités pédiatriques.

Je remercie chacun des auteurs d’avoir livré, à la fois avec passion et avec humilité, les enseignements apportés par les enfants que nous avons appris à connaître.

Avec les émotions qu’ils nous transmettent.

Et le respect qu’on leur doit.



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