revues des maladies respiratoires - Organe officiel de la Société de Pneumologie de Langue Française (SPLF)

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Revue des Maladies Respiratoires
Vol 20, N° 5-C2  - novembre 2003
pp. 675-
Doi : MR-10-2003-20-5-C2-0761-8425-101019-ART20
Pathologies infectieuses

Bioterrorisme
 

C. Chouaid [1], C. Pinet [2]
[1]  Service de Pneumologie, Hôpital Saint-Antoine, 75571 Paris Cedex 12, France.
[2]  Service de Pneumologie, Hôpital Sainte-Marguerite, 13274 Marseille Cedex 09, France.

Une session entière a été consacrée au bioterrorisme. Les exposés et les questions ont été dominés par les problèmes soulevés par l'information à destination du grand public et la nécessité d'une collaboration étroite entre forces de police et professionnels de santé [1] [2] [3] [4] [5] [6] [7] [8] [9] [10]. Un représentant du CDC (Perkins B, Atlanta, USA) a rappelé les conséquences de la première alerte au charbon. Le cas 0 est un homme de 63 ans, admis dans un hôpital de Palm Beach en Floride, pour ce qui s'est avéré être une pneumonie associée à une méningite. Le bacille du charbon a été retrouvé dans le LCR, mais également en cultures (cultures positives en 6 heures). Les procédures d'alerte autour de ce premier cas n'ont pas fonctionné de manière satisfaisante. Le CDC a été averti après les médias, l'investigation sur les lieux de travail où le patient avait reçu la lettre n'a commencé que lorsqu'une seconde personne du même bâtiment a été hospitalisée. Les premiers prélèvements réalisés n'ont pas été associés à des mesures de précaution pour les personnels du CDC. Le CDC a fait une importante analyse de ces dysfonctionnements et a profondément revu le système de signalement. Une des conclusions est qu'il faut pouvoir rapidement mobiliser plusieurs équipes qui travaillent en parallèle pour effectuer les différentes actions : investigation du cas, recherche d'autres foyers sur le territoire national, mise en place d'un partenariat important avec les cliniciens, coordination locale, régionale et nationale en cas de nécessité des laboratoires et des pharmacies. Une cellule spéciale doit être chargée de la communication.

Le bilan final est de 22 personnes atteintes de charbon (11 atteintes cutanées et 11 pulmonaires donc 5 décès). Ces 22 cas ont été infectés à partir de 6 patients sources et il y a probablement deux origines différentes des lettres. Il y a eu 3,5 millions de traitements antibiotiques distribués à titre préventif. Un programme de recherche massif est en cours comprenant en particulier un suivi d'une cohorte de 10 000 patients qui ont eu une antibioprophylaxie par la ciprofloxacine pour évaluer les effets secondaires et les conséquences, en particulier sur l'acquisition de résistance. En revanche, en réponse à une question de la salle, aucun travail n'est en cours sur les conséquences psychologiques de ces traitements chez ces patients.

Une seconde communication (Berg DE, New York, USA) a détaillé la préparation des établissements de santé à la prise en charge d'une alerte bioterroriste [11] [12] [13] [14] [15]. Chaque hôpital doit maintenant des procédures écrites. Compte tenu de la symptomatologie clinique, les urgentistes, les réanimateurs, mais aussi les pneumologues sont au premier rang en cas de crise. En effet, les principales caractéristiques des agents biologiques adaptés pour une attaque bioterroriste sont d'être faciles à produire, difficilement détectables, peu coûteux, stables, aérosolisables, mortels et de préférence avec un délai d'incubation avant l'apparition des symptômes. Idéalement, il ne doit pas pouvoir être traité facilement, et doit pouvoir entraîner un effet de panique ou des effets psychologiques graves dans la population. Les principaux agents ayant ces caractéristiques sont le charbon, la peste pulmonaire, le botulisme, la tularémie [16], la variole et la fièvre hémorragique. La plupart de ces agents donnent des tableaux de grippe peu sévères avec des adénopathies médiastinales pour le charbon, une paralysie descendante pour le botulisme, une pleuro-pneumopathie mortelle en 48 heures pour la peste pulmonaire.

Les axes principaux d'un plan contre le terrorisme pour l'hôpital sont des procédures d'isolement précises, une notification rapide et adaptée des cas, la documentation microbiologique. Il est également important d'avoir un axe d'éducation et d'information du personnel de soins, des procédures de rappel du personnel, de pouvoir rapidement mettre en place une cellule de communication permettant information et transparence pour le public. La gestion d'un grand nombre de décès et l'accueil des familles des victimes doivent être anticipés. Le facteur temps est fondamental ; 50 kg de charbon aérosolisé dans une grande métropole sur 2 kilomètres atteindraient 500 000 personnes et entraînerait 220 000 décès avec la dynamique suivante : 3 000 personnes présentant un syndrome grippal au 2 e jour, 20 000 personnes au 3 e jour, 30 000, dont 600 morts, au 4 e jour. D'où l'importance d'un système de surveillance réactif qui doit permettre de détecter et de réagir au plus tard à 10 000 cas.

Une dernière communication (Weiden M, New York, USA) a porté sur le risque d'utilisation malveillante de souches multirésistantes de tuberculose. Pour beaucoup, cela reste de la science-fiction, mais les autorités américaines travaillent très sérieusement sur cette hypothèse. Des extrémistes infectés par des souches multirésistantes circulant dans des lieux publics de grandes métropoles pourraient entraîner de véritables foyers épidémiques. Il ne s'agit plus de bioterrorisme (qui suppose une action violente frappant en peu de temps un grand nombre de personnes), mais de guerre biologique visant à désorganiser progressivement une société [17] [18]. Cette hypothèse est d'autant plus prise au sérieux que les pays de « l'axe du mal » ont naturellement des taux élevés de multirésistances : Afghanistan (7 %), l'Irak (14 %), Ouzbékistan et Kazakhstan (14 %). La détection de ces personnes est quasi impossible, à moins de pratiquer une radio pulmonaire à chaque nouvel entrant aux États-Unis. Les conséquences seraient majeurs en termes de morbidité, de mortalité, mais aussi psychologique et financières (on estime à 200 000 dollars le coût de traitement d'une tuberculose multirésistance aux États-Unis).

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Références

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