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Journal de Gynécologie Obstétrique et Biologie de la Reproduction Vol 28, N° 2 - mai 1999 p. 118
Doi : JGYN-05-1999-28-2-0368-2315-101019-ART1 Mise à jour
Grossesse et plongée sousmarine : quelles précautions ? | |
M. Morales [1], P. Dumps [1], P. Extermann [1][1] Département de GynécologieObstétrique, Hôpitaux universitaires de Genève.
La plongée sousmarine est devenue une activité de loisirs pratiquée par un nombre croissant de femmes. Beaucoup d'entre elles s'interrogent sur les risques encourus en cas de pratique de la plongée lors d'une grossesse connue ou souhaitée. Afin de mieux conseiller les jeunes femmes pratiquant ce sport, nous avons revu la littérature concernant la femme et la plongée ainsi que les données animales disponibles sur le sujet. Les différentes fédérations internationales et la Undersea and Hyperbaric Medical Society recommandent de déconseiller la plongée aux femmes enceintes ou désirant une grossesse, mais aucune étude randomisée ou effectuée sur un effectif suffisant ne permet d'être catégorique. La circulation ftale présente la particularité d'exclure la circulation pulmonaire par 2 shunts droitgauche. Comme le poumon semble agir comme un filtre stoppant la progression des microbulles dans la grande circulation, le ftus apparaît donc particulièrement exposé aux embolies gazeuses. Cependant, le placenta pourrait jouer ce rôle de filtre dans certaines espèces animales. La plongée au Nitrox semble très prometteuse, mais les études sur le sujet sont encore insuffisantes pour la recommander aux femmes enceintes.
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<B>Pregnancy and scuba diving: what advice can be given?</B> |
Scuba diving is a leisure activity increasingly popular amongst women. Many women are concerned about the risks associated with diving and a known or planned pregnancy. In order to advise these young women, we have reviewed the literature concerning women and diving as well as animal studies on the subject. The different international federations and the Undersea and Hyperbaric Medical Society advise against scuba diving for pregnant women or those planning a pregnancy, but no randomized trials or trials provide a solid scientific basis. The fetal circulation is caracterized by the exclusion of the pulmonary circulation by 2 right to left shunts. As the lung appears to act as a filter against the progression of microbubbles to the main circulation, the fetus may be therefore particularly exposed to gas emboli. However, the placenta could play this role in certain animal species. Nitrox diving appears to be particularly promising, but studies on the subject are still insufficient to recommend it for pregnant women.
Mots clés :
Plongée sousmarine.
,
Grossesse .
,
Maladie de décompression .
,
Femme .
,
Nitrox. .
Keywords:
Scuba diving.
,
Pregnancy .
,
Decompression sickness .
,
Woman .
,
Nitrox. .
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Considérée à ses débuts comme un sport typiquement masculin, la plongée sousmarine est devenue une activité de loisirs pratiquée par un nombre croissant de femmes. En effet, le nombre de femmes plongeuses certifiées par la PADI (Professional Association of Diving Instructors), la plus grande organisation mondiale de plongée, a plus que doublé au cours des 10 dernières années. Elles représentaient 35 % des 6,25 millions de plongeurs certifiés par cette organisation en 1995 contre 27 % des 1,61 million de plongeurs il y a 10 ans. Comme 85 % des individus pratiquant la plongée ont moins de 39 ans, bien des femmes s'interrogent sur les risques encourus en cas de pratique de la plongée lors d'une grossesse connue ou souhaitée. Afin de mieux conseiller les jeunes femmes pratiquant ce sport, nous avons revu la littérature concernant la femme et la plongée. La pression à la surface de la mer est de 1 atmosphère absolue (ATA) ou 760 mmHg et augmente de 1 ATA tous les 10 m sous la surface. Lorsque le plongeur remonte vers la surface, la pression diminue également de 1 ATA tous les 10 m tableau I . Le plongeur respire de l'air comprimé contenant 79 % d'azote et 21 % d'oxygène par l'intermédiaire d'un détendeur. Le détendeur est constitué d'un 1 er étage qui ramène l'air comprimé à une pression respirable ; cet air est ensuite délivré à la pression environnante par un 2 e étage lors d'une inspiration. Selon la loi de Henry, la concentration (C) d'un gaz dissout dans un liquide est directement proportionnelle à la pression (P) que ce gaz exerce sur le liquide : C gaz = α × P gaz α est un coefficient de solubilité. L'azote contenu dans l'air que le plongeur respire n'est pas consommé par l'organisme et sa distribution se fait dans des proportions variables selon le degré d'affinité et l'irrigation sanguine des tissus ainsi qu'en fonction de la profondeur tableau II . On recommande une vitesse de remontée inférieure à 18 m/min. Lorsque la pression diminue lentement, comme cela se produit au cours d'une remontée contrôlée, l'azote contenu dans les tissus va se mettre en solution dans le plasma et diffuser au niveau alvéolaire où il sera expiré. Des microbulles peuvent cependant se former, même lors de plongée courte et peu profonde [ [1Spencer MP. Decompression limits for compressed air determined by ultrasonically detected blood bubbles. J Appl Physiol 1976; 40 : 22935.
Cliquez ici pour aller à la section Références]], [ [2Vik A, Brubakk AO, Hennessy TR, Jenssen BM, Ekker M, Slordahl SA. Venous air embolism in swine: transport of gas bubbles through the pulmonary circulation. J Appl Physiol 1990; 69 : 23744.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. L'organisme peut tolérer une certaine quantité de microbulles sans pour autant provoquer de perturbation car il semble que les poumons agissent comme un filtre stoppant la progression des microbulles dans la grande circulation [ [3Butler BD, Hills BA. The lung as a filter for microbubbles. J Appl Physiol 1979; 47 : 53743.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. En cas de remontée précipitée cependant, la diminution de la pression se fait trop rapidement et l'azote dissout dans les tissus ou le sang va former de nombreuses microbulles. Elles peuvent alors excéder la quantité maximum que l'organisme peut tolérer et fusionner, formant ainsi des bulles qui vont obstruer des vaisseaux ou dilacérer des tissus, pouvant provoquer alors un accident de décompression. En fait, ce processus ne permet pas d'expliquer à lui seul tous les accidents de décompression et il a été démontré que les microbulles peuvent activer certaines cytokines, le système du complément et l'agrégation plaquettaire, induisant ainsi des thromboses. On distingue 2 types d'accidents de décompression. Le type I se manifeste par des arthralgies prédominant au niveau des genoux et des coudes, consécutives à l'apparition de bulles d'azote dans les tissus dans lesquels l'élimination est lente. Ces arthralgies peuvent survenir plusieurs heures après une plongée unique ou répétitive, même si l'on a respecté les prescriptions de sécurité habituelle. Le type II est provoqué par une obstruction de la circulation sanguine au niveau du SNC ou au niveau spinal. Dick et al. [ [4Dick APK, Massey EW. Neurologic presentation of decompression sickness and air embolism in sports divers. Neurology 1985; 35 : 66771.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] ont revu 117 cas d'accident de décompression chez des victimes présentant des symptômes neurologiques. Ils différencient la maladie de décompression à présentation neurologique périphérique rencontrée chez 70 patients, de l'embolie gazeuse cérébrale retrouvée dans 39 cas. Dans les 8 cas restants, l'étiologie n'était pas clairement établie. Le tableau clinique de la première se caractérise par une perte progressive de la sensibilité ou de la motricité des membres. Cela débute par des paresthésies accompagnées d'une sensation de chaleur ou de brûlures, suivies par un engourdissement pouvant aller jusqu'à la paralysie du membre atteint. Les symptômes progressent du niveau distal jusqu'au niveau proximal et régressent en sens inverse. La fréquence de l'atteinte des membres supérieurs et inférieurs est similaire. Dans plus de 80 % des cas, les symptômes ont débuté plus d'une heure après la plongée. Les symptômes de l'embolie gazeuse cérébrale apparaissent dans 91 % des cas dès le retour à la surface ou dans les minutes qui suivent la sortie de l'eau. Il s'agit le plus souvent d'une perte de conscience, d'une aphasie ou dysarthrie, d'un état confusionnel ou des convulsions. Dick et al. rapportent une perte de conscience dans 16 cas (41 %) associée dans 50 % des cas à un arrêt cardiorespiratoire. Chez les 8 patients ayant nécessité une réanimation cardiopulmonaire, 5 sont décédés et 1 présente des troubles cognitifs persistants. Chez les 8 autres, aucun n'est décédé mais on relève 3 cas de déficits résiduels sans autres précisions. Les 23 patients n'ayant pas présenté de perte de conscience ont tous complètement récupéré. Une autre complication possible est le barotraumatisme pulmonaire. La loi de BoyleMariotte stipule qu'à température constante (T), le volume (V) d'un gaz est inversement proportionnel à la pression (P) qui s'exerce sur lui : PV = nRT ou V = nRT/P R est la constante des gaz parfaits et n la masse exprimée en moles. Comme cité plus haut, la pression augmente d'une ATA à chaque fois que l'on descend de 10 m sous la surface. L'air respiré par le plongeur est délivré à la pression environnante par le 2 e étage du détendeur. S'il remonte en bloquant sa respiration, la pression va diminuer brutalement provoquant une hyperinflation des alvéoles pulmonaires pouvant conduire à des ruptures alvéolaires. L'air peut alors diffuser dans l'organisme depuis les veines pulmonaires vers la circulation systémique. Les embolies gazeuses, décrites cidessus, ne sont pas les seules à mettre en danger la vie du plongeur. Des embolies coronaires responsables d'une ischémie myocardique, d'arythmies et d'un arrêt cardiaque sont possibles. Un pneumothorax sous tension peut survenir en cas de rupture alvéolaire importante. Enfin, l'air peut également diffuser dans le médiastin et, de là, provoquer un emphysème souscutané de la région supraclaviculaire ou encore un pneumopéricarde [ [5Héritier F, Feihl F. La plongée : Bases physiques et physiologiques. Rev méd Suisse rom 1994 ; 114 : 50516.
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EN PLONGÉE, LES FEMMES SONTELLES L'ÉGAL DES HOMMES ? |
Les femmes ont un seuil anaérobie inférieur à celui des hommes. De plus, leur capacité pulmonaire maximum est également inférieure en raison d'un plus petit volume pulmonaire moyen. Leur consommation d'air par minute est donc moindre par rapport aux hommes. Toutefois, ces différences sont sans importance pour la plongée de loisir, en particulier pour la consommation d'air. En effet, celleci est davantage influencée par la profondeur, l'expérience, l'entraînement, le niveau de stress, la température de l'eau et du corps, le mauvais entretien du détendeur et d'éventuelles fuites d'air que par le sexe. Les tissus graisseux ont une affinité 5 fois supérieure pour l'azote que le sang et peuvent donc en retenir davantage. Les femmes ont en moyenne 10 % de tissus graisseux de plus que les hommes, ce qui peut laisser supposer que les femmes seraient plus sujettes que les hommes aux accidents de décompression. Plusieurs études se sont penchées sur le sujet. L'étude de Zwingelberg et al. [ [6Zwingelberg KM, Knight MA, Biles JB. Decompression sickness in women divers. Undersea Biomed Res 1987; 14 : 3117.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] portant sur 28 plongeuses entraînées par l'U.S Navy n'a pas démontré de susceptibilité augmentée dans ce collectif. Toutefois, 2 auteurs mettent en doute les résultats obtenus par cette étude. Robinson [ [7Robinson TJ. Decompression sickness in women divers. Undersea Biomed Res 1988; 15 : 65.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] souligne le fait que le collectif est insuffisant pour être conclusif. Pour sa part, Robertson [ [8Robertson AG. Decompression sickness in women. Undersea Biomed Res 1992; 7 : 2178.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] estime, sur la base de 111 cas d'accident de décompression traités par l'unité de recompression de la Royal Australian Navy, que les femmes ont 4,3 fois plus de risque de faire un accident de type II que les hommes, cela indépendamment de l'âge ou de l'expérience de la plongée. Enfin, rappelons que l'incidence de la persistance d'un foramen ovale, permettant souvent d'expliquer les embolies gazeuses lors d'accident de type II [ [9Moon RE, Camporessi EM, Kisslo JA. Patent foramen ovale and decompression sickness in divers. Lancet 1989; 1 : 5134.
Cliquez ici pour aller à la section Références]], [ [10Wilmshurst PT, Byrne JC, WebbPeploe MM. Relation between interatrial shunts and decompression sickness in divers. Lancet 1989; 2 : 13026.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] est la même dans les 2 sexes [ [11Fisher DC, Fischer EA, Budd JH, Rosen SE, Goldman ME. The incidence of patent foramen ovale in 1000 consecutive patients. A contrast transeosophageal echocardiography study. Chest 1995; 107 : 15049.
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PARTICULARITÉS DE LA CIRCULATION FTALE ET DONNÉES ANIMALES |
La circulation ftale présente plusieurs différences par rapport à celle du nouveauné. Elle se caractérise par un circuit extracorporel constitué par le placenta et présente la particularité d'exclure la circulation pulmonaire par les shunts droitgauche que sont le foramen ovale et le canal artériel. De ce fait, le poumon ne peut agir comme un filtre en cas de formation de bulles d'azote. Le ftus semble donc particulièrement exposé aux embolies gazeuses, qui pourraient provoquer des malformations organiques ou des extrémités par obstruction de la vascularisation. Toutefois, les quelques études animales sur le sujet semblent contredire cette hypothèse. Chez le rat par exemple, aucune différence dans le taux de mortalité périnatale, de faussescouches, de retard de croissance intrautérin ou de malformations ne fut démontrée après exposition maximum tolérée à de l'air à 6 ATA ce qui correspond à une profondeur de 50 m [ [12Bolton ME, Alamo AL. Lack of teratogenic effects of air at high ambient pressure in rats. Teratology 1995; 24 : 1815.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. De plus, chez les rats décédés de maladie de décompression, des bulles massives étaient présentes dans la circulation maternelle, de même que dans les vaisseaux utérins et la face maternelle du placenta. Aucune bulle ne put être retrouvée chez le ftus ou à la surface ftale du placenta. Cette constatation étaie l'hypothèse que la barrière placentaire du rat agirait comme un filtre protégeant le ftus des bulles d'origine maternelle, le rendant moins vulnérable aux bulles que sa mère [ [12Bolton ME, Alamo AL. Lack of teratogenic effects of air at high ambient pressure in rats. Teratology 1995; 24 : 1815.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. Chez le mouton, le ftus ne semble pas plus à risque que la mère de développer des bulles intravasculaires [ [13BoltonKlug ME, Lehner CE, Lanphier EH, Rankin JHG. Lack of harmful effects from simulated dives in pregnant sheep. Am J Obstet Gynecol 1983; 146 : 4851.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] mais rien ne prouve qu'il soit plus résistant. Aucune anomalie importante ne fut trouvée après exposition quasi maximum en début de grossesse chez la brebis portante. Nemiroff et al. [ [14Nemiroff MJ, Willson JR, Kirschbaum TH. Multiple hyperbaric exposures during pregnancy in sheep. Am J Obstet Gynecol 1981; 140 : 6515.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] étudièrent 11 brebis portantes soumises à des pressions équivalentes à des plongées à 54 m à 31 reprises au cours des 112 e à 137 e jours de grossesse. Au cours de 13 plongées, la circulation maternelle et ftale fut monitorée pour détecter la formation de bulles au cours de la décompression. Des bulles furent détectées par Doppler chez 8 des 12 brebis mais aucune chez le ftus. L'une des brebis fut césarisée au 120 e jour de grossesse immédiatement après la décompression. Aucune bulle ne fut retrouvée lors de l'autopsie. L'auteur conclut ainsi, par analogie, que la plongée en cours de grossesse ne semble pas être un risque pour le ftus.
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LA FEMME ENCEINTE ET LA PLONGÉE |
Les différentes fédérations internationales et la Undersea and Hyperbaric Medical Society (UHMS) recommandent de déconseiller la plongée aux femmes enceintes. Plusieurs modifications physiologiques doivent en effet dissuader les plus enthousiastes. Les nausées et vomissements du 1 er trimestre, qui touchent 50 % des femmes enceintes, vont décourager bon nombre de candidates. De plus, la turgescence des muqueuses de la sphère ORL rend plus difficile l'équilibrage de la pression au niveau du tympan au cours de la descente [ [15Newhall JF. Scuba diving during pregnancy: A brief rewiew. Am J Obstet Gynecol 1981; 140 : 8934.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. Il s'agit là d'un risque théorique car aucune étude sur les barotraumatismes ORL chez la femme enceinte n'est disponible. En fait, les données humaines sont rares. L'étude rétrospective de Bolton et al. [ [16Bolton ME. Scubadiving and fetal wellbeing: A survey of 208 women. Undersea Biomed Res 1980; 7 : 1839.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] portant sur 109 femmes ayant plongé au cours de leurs grossesses montre que 38,7 % ont plongé au cours du 1 er trimestre uniquement, 41,4 % au cours du 2 e trimestre et 20 % pendant le 3 e trimestre. Le taux de malformation révélé par cette étude était de 5,5 %. Les malformations rapportées sont les suivantes : une communication interventriculaire, une coarctation de l'aorte, une sténose du pylore, un angiome, l'absence d'une main et des hémivertèbres multiples. Aucune mère d'enfant présentant une malformation n'a eu d'accident de plongée. Chez un groupe de 69 plongeuses n'ayant pas pratiqué ce sport pendant leur grossesse, aucune malformation n'a été observée. Toutefois, il faut rappeler que le taux de malformations spontanées est de 2 à 5 % dans la population générale [ [17Shepard TH. Human teratogenicity. Adv Pediatr 1986; 33 : 225.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. Parmi les 20 femmes ayant plongé à plus de 30 m au cours du 1 er trimestre, 2 ont accouché d'enfants présentant respectivement l'absence d'une main et des hémivertèbres multiples. Le taux de petit poids à la naissance était de 5,5 % chez les plongeuses contre 0 % chez les nonplongeuses. Dans cette étude, le petit poids de naissance était défini comme un poids inférieur à 2 500 g. Si l'on considère que le taux d'enfants présentant un poids de naissance défini comme un poids de naissance inférieur aux 10 e percentile est estimé entre 3 et 10 % dans la population générale [ [18Divon MY, Hsu HW. Maternal and fetal blood flow velocity waveforms in intrauterine growth retardation. Clin Obstet Gynecol 1992; 35 : 15671.
Cliquez ici pour aller à la section Références]], cette différence n'est donc pas significative, ce d'autant plus que cette étude a été faite indépendamment de l'âge gestationnel et d'un facteur de correction selon le poids de la mère avant la grossesse. À la même époque, Bangasser [ [19Bangasser SA. Medical profile of the women scuba diver. Procceeding of the 10 th International Conference on Underwater Education 1978, NAUI PO Box 14650, Montclair, CA 917631150, USA; No 10: 3140.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] fit une étude rétrospective sur 72 femmes ayant plongé au cours de leur grossesse. Un tiers avait renoncé à la plongée pendant le 1 er trimestre en apprenant qu'elles étaient enceintes, un 2 e groupe d'un peu plus d'un tiers arrêta au cours du 2 e trimestre, essentiellement en raison de l'inconfort dû à l'augmentation du périmètre abdominal. Le reste du groupe continua de plonger au cours du 3 e trimestre. Les plongées de ce collectif s'effectuèrent selon des standards ne nécessitant pas de paliers de décompression à l'exception de 5 plongées. Tous les enfants sont nés sans malformations, selon leurs mères. Turner et Unsworth [ [20Turner G, Unsworth I. Intrauterine bends?. Lancet 1982; 1 : 905.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] rapportèrent en 1982 un cas très bien documenté de malformation ftale après plusieurs plongées au cours du 1 er trimestre. Il s'agissait d'une jeune femme de 22 ans, primigeste, ayant effectué 20 plongées en 15 jours entre le 40 e et le 55 e jour d'aménorrhée, la plupart dans les 20 m, 3 plongées à 33 m et une plongée à 36 m. La vitesse de remontée était de 20 m/min, ce qui est un peu trop rapide par rapport aux normes de sécurité. Une remontée d'urgence décrite comme " très rapide " a eu lieu au cours d'une des plongées en raison d'un problème d'équipement chez le conjoint. La patiente n'a présenté qu'une fatigue comme seul symptôme. Elle ne prit aucun médicament au cours de la grossesse qui fut d'évolution harmonieuse. Les malformations présentées par l'enfant étaient une ptose palpébrale unilatérale, une microglossie, une micrognathie, et un cou court. Le pénis était accolé au scrotum, les doigts étaient en flexion fixée avec des palmures entre les 3, 4, et 5 e doigts. Une hanche était dysplasique, l'autre luxée, les genoux fléchis, fixés et les pieds équins. Le développement moteur était normal à 3 mois. Le caryotype, l'électromyogramme et les biopsies musculaires n'ont révélé aucune anomalie. Les informations concernant les effets de la plongée sur la grossesse sont limitées à des études rétrospectives, avec de petits collectifs, et qui peutêtre surestiment l'événement étudié. Toutefois, on ne peut pas exclure totalement le risque d'issue défavorable chez les plongeuses désirant poursuivre leur activité en cours de grossesse. Un doute subsiste donc, que seules d'autres études prospectives pourraient lever mais qu'il est impossible de conduire pour des raisons éthiques.
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ACCIDENT DE DÉCOMPRESSION : QUEL TRAITEMENT ? |
Les soins d'urgence doivent être entrepris immédiatement. Il ne faut jamais tenter de recomprimer une victime d'un accident de décompression en la réimmergeant dans l'eau. Hormis le fait que son état peut s'aggraver, on ne fait que retarder les soins médicaux indispensables. En cas d'arrêt cardiorespiratoire, une réanimation cardiopulmonaire doit être débutée sitôt le patient installé sur un plan dur. Si la victime est consciente et respire, l'inhalation d'oxygène à 100 % s'avère extrêmement utile [ [4Dick APK, Massey EW. Neurologic presentation of decompression sickness and air embolism in sports divers. Neurology 1985; 35 : 66771.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. Cela a pour effet d'éliminer une partie de l'azote contenue dans l'organisme en créant une différence de pression entre la bulle d'azote et les tissus environnant, favorisant ainsi sa réduction, voire même sa dissolution dans le sang et son élimination par les poumons. L'évacuation vers un centre d'urgence équipé d'un caisson de décompression doit tenir compte du facteur temps. Si l'évacuation a lieu par hélicoptère, l'équipage devra voler à la plus basse altitude autorisée par les règlements de sécurité afin d'éviter d'aggraver les lésions par une diminution de la pression consécutive à l'altitude. Une fois à l'hôpital, on différenciera les barotraumatismes (aéroembolisme, emphysème souscutané, pneumothorax) des maladies de décompression. Le traitement d'un accident de décompression ou d'une embolie gazeuse se fait dans un caisson de décompression, en faisant respirer alternativement de l'oxygène à une pression maximum de 2,8 ATA et de l'air selon une table appelée l'US Navy Table 6. Le but du traitement est de permettre la dissolution des bulles d'azote et de permettre aux différents tissus de se désaturer. L'azote est alors filtré par les poumons puis éliminé par la respiration. À ce jour, aucune femme enceinte n'a eu à être exposée à cette table après un accident de plongée. Seules quelques femmes enceintes intoxiquées par du monoxyde de carbone [ [21Van Hoessen KB, Camporesi EM, Moon RE, Hage ML, Piantadosi CA. Should hyperbaric oxygen be used to treat the pregnant patient for acute carbon monoxide poisoning?. JAMA 1989; 261 : 103943.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] ont eu une oxygénothérapie hyperbare. Aucune malformation ftale n'a été observée dans les rares cas traités. De toute façon, comme pour toutes les pathologies mettant en danger la vie de la mère en cours de grossesse, un accident de décompression devrait être traité de la même manière que chez la femme non enceinte.
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LE NITROX : SOLUTION D'AVENIR ? |
Le Nitrox est un mélange oxygène/azote enrichi en oxygène. Ce mélange est utilisé depuis des années par les plongeurs professionnels ou militaires avec d'excellents résultats. C'est en 1978 que la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) a défini les modalités et les tables de décompression pour 2 mélanges donnés. Le mélange le plus utilisé s'appelle le Nitrox I et se compose de 32 % d'oxygène et 68 % d'azote. Le Nitrox II se compose de 36 % d'oxygène et 64 % d'azote. En réduisant la fraction d'azote, on diminue la pression partielle de ce gaz et par conséquent, la dissolution de l'azote dans les tissus est également plus faible. Ainsi, les plongées sont plus sûres et les temps de décompression sont diminués par rapport aux plongées utilisant de l'air. Par exemple, le temps de plongée à 22 m sans nécessité d'effectuer un palier de décompression est de 25 min selon la table Buhlmann alors qu'il est de 51 min avec le Nitrox I. Les cosmonautes américains s'entraînent à travailler en apesanteur en piscine, dans des bassins de 12 m de profondeur. Ils respirent un mélange composé de 43 % d'oxygène et 57 % d'azote ce qui leur permet de rester 6 h et 40 min sans avoir à faire de palier de décompression. La pression partielle de l'oxygène augmente avec la profondeur et peut s'avérer toxique audelà d'un certain seuil tableau III . En effet, l'exposition à une pression de 3 ATA entraîne des convulsions et un coma en une heure chez la plupart des individus. Ces convulsions surviennent sans prodromes et peuvent entraîner la noyade du plongeur. De plus, l'effort augmente la susceptibilité individuelle à la toxicité de l'oxygène avec apparition plus précoce des convulsions. Lawrence [ [22Lawrence CH. A diving fatality due to oxygen toxicity during a technical dive. Med J Aust 1996; 165 : 2623.
Cliquez ici pour aller à la section Références]] a décrit un accident de plongée avec décès par noyade d'un plongeur expérimenté après une plongée de 19 min à 47 m alors qu'il avait utilisé un mélange composé de 50 % d'oxygène. Pour déterminer la profondeur maximale de plongée en fonction du mélange, on peut calculer à l'aide d'une formule la pression maximale à laquelle on peut s'exposer sans risquer une toxicité de l'oxygène : Pression maximale autorisée = 1,6 ATA/% d'oxygène du mélange Nitrox Par exemple, pour le Nitrox I : 1,6 ATA/0,32 = 5 ATA ce qui correspond à une profondeur de 40 m. De ce fait, le Nitrox n'est pas un gaz utilisable pour des plongées profondes et devrait être réservé à des plongées entre 16 et 35 m. À ce jour, aucun accident avec le Nitrox n'a été rapporté, à notre connaissance chez la femme enceinte. Si le risque d'embolie gazeuse chez le ftus semble moindre, qu'en estil de la toxicité de l'oxygène ? Aucune donnée chez la femme enceinte n'est disponible. Les résultats chez différents animaux sont contradictoires et obtenus à partir de pressions partielles et de temps d'exposition qui ne sont pas comparables avec ceux d'une plongée normale [ [21Van Hoessen KB, Camporesi EM, Moon RE, Hage ML, Piantadosi CA. Should hyperbaric oxygen be used to treat the pregnant patient for acute carbon monoxide poisoning?. JAMA 1989; 261 : 103943.
Cliquez ici pour aller à la section Références]].
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CONCLUSIONS ET RECOMMANDATIONS |
L'incidence des accidents de décompression chez la femme reste très controversée. La pratique de la plongée sousmarine apparaît un peu plus risquée chez la femme que chez l'homme selon certains auteurs [ [7Robinson TJ. Decompression sickness in women divers. Undersea Biomed Res 1988; 15 : 65.
Cliquez ici pour aller à la section Références]], [ [8Robertson AG. Decompression sickness in women. Undersea Biomed Res 1992; 7 : 2178.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. Cependant, aucune étude randomisée ou effectuée sur un collectif suffisant ne permet d'être catégorique. Chez la femme enceinte, le ftus pourrait être particulièrement exposé aux accidents de décompression en raison de l'absence du filtre pulmonaire. Toutefois, pour certaines espèces animales, le placenta pourrait jouer ce rôle [ [12Bolton ME, Alamo AL. Lack of teratogenic effects of air at high ambient pressure in rats. Teratology 1995; 24 : 1815.
Cliquez ici pour aller à la section Références]], [ [13BoltonKlug ME, Lehner CE, Lanphier EH, Rankin JHG. Lack of harmful effects from simulated dives in pregnant sheep. Am J Obstet Gynecol 1983; 146 : 4851.
Cliquez ici pour aller à la section Références]]. Selon les recommandations des spécialistes de l'Undersea and Hyperbaric Medical Society (UHMS), il faut continuer de déconseiller à la femme enceinte ou désirant une grossesse de pratiquer ce sport. En cas de grossesse découverte après des plongées effectuées selon les règles de sécurité, il nous paraît exagéré de recommander une interruption de grossesse au vu des données de la littérature. Si la patiente décide de continuer de plonger malgré sa grossesse, il faut lui conseiller d'éviter de plonger au cours du 1 er trimestre. Par la suite, il lui faudra plonger en respectant les courbes de sécurité et renoncer aux plongées répétitives, évitant ainsi les paliers de décompression. Il n'existe cependant pas de profil de plongée sans risque pour la femme enceinte. Il est impératif de s'assurer que la mère est bien consciente de ce fait. La plongée au Nitrox semble très prometteuse, mais les études sur le sujet sont encore insuffisantes pour la recommander aux femmes enceintes.
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Spencer MP. Decompression limits for compressed air determined by ultrasonically detected blood bubbles. J Appl Physiol 1976; 40 : 22935.
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Vik A, Brubakk AO, Hennessy TR, Jenssen BM, Ekker M, Slordahl SA. Venous air embolism in swine: transport of gas bubbles through the pulmonary circulation. J Appl Physiol 1990; 69 : 23744.
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Butler BD, Hills BA. The lung as a filter for microbubbles. J Appl Physiol 1979; 47 : 53743.
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Dick APK, Massey EW. Neurologic presentation of decompression sickness and air embolism in sports divers. Neurology 1985; 35 : 66771.
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Héritier F, Feihl F. La plongée : Bases physiques et physiologiques. Rev méd Suisse rom 1994 ; 114 : 50516.
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Zwingelberg KM, Knight MA, Biles JB. Decompression sickness in women divers. Undersea Biomed Res 1987; 14 : 3117.
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Robinson TJ. Decompression sickness in women divers. Undersea Biomed Res 1988; 15 : 65.
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Robertson AG. Decompression sickness in women. Undersea Biomed Res 1992; 7 : 2178.
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