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La Presse Médicale
Volume 38, numéro 10
pages 1456-1462 (octobre 2009)
Doi : 10.1016/j.lpm.2009.06.011
Mises au point

Médecine 2.0 : les enjeux de la médecine participative
Medicine 2.0: the stakes of participatory medicine
 

Denise Silber
Basil Strategies, F-75016 Paris, France 

 Denise Silber, Basil Strategies, 1 rue Jacques Offenbach, F-75016 Paris, France.
Points essentiels

Le Web  2.0  : de simple consommateur, l’internaute devient acteur par le développement d’outils interactifs et coopératifs comme les wikis , réseaux sociaux, forums, blogs , mondes virtuels...

La « médecine 2.0 » : les mentalités, les approches, et les pratiques de la médecine évoluent, grâce à l’accès à l’information, aux échanges communautaires, à la confrontation des expériences.

Au-delà des nombreux wikis , blogs et autres outils de partage, le site PatientsLikeMe.com se distingue, grâce à son logiciel de visualisation des résultats cliniques, indiqués par les patients. Des réalisations européennes commencent à apparaître.

Les risques : ils résident dans la fiabilité de l’information et des participants ? le maintien de la confidentialité ?

Les enjeux : mettre ces nouveaux moyens au service de la qualité des soins et – à terme – d’un changement profond du système de soins.

Key points

Web 2.0: interactive, collaborative tools (wikis, social networks, blogs, virtual worlds) make Internet users active participants rather than simple consumers.

Medicine 2.0: mentalities, approaches, and medical practices are changing, thanks to greater access to information, communal exchanges, and the comparison of personal experiences.

Beyond the many wikis, blogs, and other collaborative tools, the site PatientsLikeMe.com stands out from the 2.0 crowd by its graphic representation of the clinical results entered by patients. Various European Web 2.0 sites exist as well.

The risks reside in the reliability of information and the privacy of patient data.

The challenges are to use these new resources to improve the quality of care and participate in the profound change they are bringing to the healthcare system.

Web  2.0  : innovation technologique et sociétale

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont devenues théoriquement accessibles à tous depuis l’apparition du World Wide Web en 1994. Mais, l’interactivité entre internautes était limitée à l’échange par e-mail ou sur des forums, car publier et mettre à jour son site Web demandait soit une connaissance minimale du langage de programmation HTML, soit la possibilité financière de faire appel à un webmaster externe.

Tout ceci change avec l’arrivée d’une nouvelle génération de technologies Web , dite Web  2.0 , dont le terme a été utilisé pour la première fois en 2004. L’expression Web  2.0 est attribuée à Dale Dougherty, collaborateur du fondateur des premières conférences Web  2.0 , Tim O’Reilly. Cette nouvelle génération Web  2.0 doit son existence aux entreprises et technologies qui survivent à l’éclatement de la bulle Internet en 2000 [1] et qui donnent un nouvel élan au World wide web .

Ces technologies Web 2.0 , accessibles gratuitement, permettent une réelle interactivité permanente entre internautes et de ce fait mènent à la constitution de communautés. Les outils du Web  2.0 donnent aux internautes non seulement la possibilité de produire du contenu, mais aussi de commenter et d’évaluer le contenu des autres, et d’appartenir de façon transitoire ou permanente à de nombreuses communautés simultanées.

Mais ce serait une erreur majeure de limiter notre observation du Web  2.0 à l’aspect technologique. Le Web  2.0 révèle et accélère une transformation profonde de notre société. Le « User-generated content  » ou « Contenu généré par l’utilisateur » qui caractérise les sites Web  2.0 génère un nouveau dialogue permanent non seulement entre les consommateurs, mais aussi entre les consommateurs devenus partenaires et les producteurs des biens et services. Le pouvoir de communiquer à grande échelle n’est plus réservé aux acteurs traditionnels. Les données concernant la qualité des produits et services circulent vite, ce qui était inimaginable il y a quelques années. De ce fait, il devient impossible de cacher des faits et la transparence devient la règle.

Les « grands » experts n’ont plus le monopole du savoir et des contacts que cela soit par rapport aux autres professionnels ou par rapport à l’individu motivé par la prise de décision concernant son propre cas ou celui de ses proches. Transparence des résultats, évaluation, comparaison s’intègrent au décor. Les États doivent trouver de nouvelles façons de cohabiter avec leurs citoyens et entreprises.

Dans la santé, cette nouvelle accessibilité de l’information accompagnée de la possibilité de faire part de son avis, et de constituer des groupes va modifier, comme dans tous les domaines, la vie au quotidien.

France, Français et Internet

La France n’a pas été parmi les premiers pays à se mettre fortement à l’Internet, ralentie par une certaine appréhension culturelle à l’égard des technologies informatiques et de l’accès libre pour tous à l’information, même si certains disent que ce retard était dû au développement du minitel.

Quant à l’Internet santé, il a rapidement suscité des réflexions, voire des inquiétudes. Les patients allaient « prendre le pouvoir ». L’information sur l’Internet n’était pas « validée ». « N’importe qui pouvait écrire n’importe quoi ». Une minorité seulement pensait que le partage plus grand de l’information médicale, grâce aux nouvelles technologies, allait participer à l’amélioration la qualité des soins. Mais la situation n’en est pas restée là. La France a rattrapé son retard dans la consommation de l’Internet : en 2009, 34 millions de Français sont devenus internautes ; 90 % des foyers abonnés le sont à haut-débit grâce aux offres intéressantes. En 2008 l’Internet est devenu le premier média en France, en termes du temps passé chaque jour par les Français. Les Français sont les champions du blog en Europe. La plupart des professionnels de santé se connectent quotidiennement. La France est devenue le premier pays au monde à proposer à ses citoyens un outil de certification des sites santé, le HONCode (HON pour Fondation health on the net ) [2]. Des programmes sociaux tentent d’enrayer la fracture numérique.

Outils et technologies Web  2.0

Les technologies Web  2.0 les plus répandues sont les blogs , les wikis , les fils RSS, les réseaux sociaux, le partage de fichiers déposés dans des banques de données « cherchables ».

Les blogs permettent à un internaute sans connaissances du langage HTML de créer sa page, de s’exprimer par l’intermédiaire de billets qui apparaissent de façon chronologique, et d’autoriser d’autres internautes de déposer des commentaires sur la page.

Les wikis permettent la création de pages encyclopédiques qui peuvent être modifiées par d’autres auteurs. L’éditeur du wiki peut autoriser l’anonymat ou exiger l’identification des auteurs.

Les fils RSS, symbolisés par un logo de couleur orange, permettent à un internaute de s’abonner anonymement aux mises à jour des sites. L’internaute peut également se servir d’un agrégateur ou collecteur de fils RSS, une autre page Web qui lui permet de rassembler en un lieu les fils qui l’intéressent. Ces fils peuvent également être introduits de façon visible sur d’autres sites, mettant l’actualité publiée sur le premier site à la disposition des internautes du second site.

Les sites de partage de fichiers se limitent le plus souvent aux partages d’éléments d’un médium : photos, vidéos, enregistrements audio, favoris ou signets, diaporamas power-point et pdf ; musique. Les principes de fonctionnement suivants caractérisent les sites de partage :

l’internaute crée un compte avec un nom ou pseudonyme et sa photo, voire une photo de quelque chose d’autre ;
il télécharge ses propres fichiers auxquels il affecte des mots-clés ;
le site permet la recherche par mot-clé des fichiers des autres auteurs, le dépôt de commentaires, le signalement du fichier en tant que favori.

Le réseau social est un site qui se développe par la production de nouvelles de ses abonnés. Les abonnés créent un compte sous pseudonyme ou nom réel, incluent une photo de leur choix, et fournissent des informations sur leur situation, des photos, des liens. Le réseau le plus important, Facebook , a fêté son 200 millionième abonné en avril 2009. Il existe aussi des réseaux spécialisés qui visent un segment de la population.

Le « microblogging  » communautaire est proposé par le site Twitter . Les internautes publient des phrases ne dépassant pas 140 signes, souvent incluant un lien vers une page ou un fichier à partager. Ces « microbloggeurs » se suivent et ce suivi réciproque créé un effet de communauté. Certaines plateformes de blog permettent aux auteurs d’envoyer le titre de leur billet automatiquement sur Twitter . Il existe aussi des groupes de « microbloggeurs » (voir le glossaire de termes Web 2.0 dans Encadré 1).

Encadré 1

Glossaire de termes du Web 2.0

Blog : raccourci de Web +log. Le mot blog a commencé à être utilisé en 1999. Le blog est un outil de publication ou site Web constitué par la réunion de billets agglomérés au fil du temps et souvent classés par ordre antéchronologique (les plus récents en premiers). Chaque billet est, à l’image d’un journal de bord, un ajout au blog .
Microblogging  : les affichages sont limités en nombre de signes.
Moblog  : blogging par l’intermédiaire de son mobile.
Vlog : vidéo-blog  ; l’entrée du blog se présente sous forme de vidéo.
Podcast  : fichier numérique audio ou vidéo, syndiqué sur le Web.
Contenu généré par l’utilisateur : traduction de « user-generated content  ». L’internaute ne se contente pas de télécharger des informations ; il en produit.
Journalisme participatif : l’internaute muni d’un caméscope simple, souvent intégré à son téléphone mobile, relaye des informations et points de vue.
Réseau social en ligne : un site qui permet l’échange entre membres ayant créé chacun son compte sur le site, et le peuplant de ses « nouvelles », constitue un réseau social. Une plateforme peut également permettre à ses membres de publier sur d’autres sites, créant un effet de communauté entre les plateformes.
Wiki  : site permettant aux utilisateurs d’ajouter, retirer, modifier le contenu.
Widget  : petites applications interactives qui peuvent être rajoutées à un site ou blog , afin de véhiculer des informations dynamiques.
Tagging  : le procédé par lequel on affecte des mots-clés à des objets numériques (une page Web , un document, une photo). Un objet peut être associé à plusieurs tags . Le tagging collectif s’appelle « folksonomy  ».
Bookmarks sociaux : le partage en ligne de favoris auxquels les utilisateurs ont souvent affecté des mots-clé facilitant la recherche de favoris pertinents.
Fil RSS : RSS désigne une famille de formats XML utilisés pour la syndication de contenu Web . L’internaute peut s’abonner à une page et être notifié des mises à jour de cette page. Dans d’autres termes, les fils RSS sont utilisés pour communiquer aux abonnés des fils les dernières informations affichées;
Agrégateur de fils RSS : un agrégateur est un logiciel qui permet de suivre de nombreux fils de syndication en même temps.

Application du Web  2.0 à la santé

Les outils, technologies, et plateformes Web  2.0 sont utilisés par les internautes concernés par la santé à titre personnel ou professionnel. Le terme « Santé 2.0 » ou « Médecine 2.0 » se réfère donc à une santé ou médecine participative, grâce au partage d’informations et expériences, entre professionnels, entre patients, entre tous [3] moyennant un accès au Web que cela soit par ordinateur ou par téléphone intelligent.

De nouvelles applications de santé pour IPhone et Blackberry génèrent de nouvelles communautés et de nouveaux services pour le professionnel comme pour le consommateur, avec l’avantage de l’ubiquité du téléphone par rapport à son propriétaire.

La recherche de mots-clés sur Google [4] confirme que « Web 2.0 and Health  » ou « Health  2.0  » sont plus fréquemment employés en anglais que « Medicine 2.0  », alors que « Médecine 2.0 » est plus utilisé en français que « Santé 2.0 » (Tableau I).

Le partage communautaire d’information permet aux professionnels comme aux patients de bénéficier de l’intelligence collective. Les professionnels vont bénéficier des outils collaboratifs [5]. Les patients pourront mieux connaître leurs options, la nature des décisions à prendre. Et la science va progressivement réaliser que l’observation libre par les patients est aussi importante que l’information structurée précédemment collectée. Tous vont donc pouvoir accéder à une information précédemment réservée à quelques uns. L’asymétrie de l’information entre professionnel et non professionnel va encore perdurer mais elle sera réduite. De plus en plus de patients atteints d’une maladie grave vont « réseauter » et impacter favorablement leur condition. Le rôle du médecin évoluera de façon saine, puisque le partage de la décision entre médecin et patient favorisera une meilleure mise en œuvre.

Collaboration Web  2.0 entre professionnels de santé

Selon une étude réalisée aux États-Unis en 2007 par un cabinet spécialisé [6], de nombreux médecins américains participent au Web  2.0  :

245 000 médecins déclarent afficher du contenu professionnel en ligne ou participer à des communautés avec d’autres médecins ;
100 000 médecins consultent des podcasts .

Une autre étude [7] publiée en janvier 2009, par le même cabinet, conclut que deux tiers des médecins européens sont désireux d’appartenir à une communauté de médecins en ligne.

Le pionnier en matière de communautés aux États-Unis est le site Sermo.com créé en 2006, initialement pour faire une veille de pharmacovigilance, et depuis élargi à tout sujet médical. Sermo déclare que 3 millions de commentaires ont été déposés par des médecins sur le site à fin avril 2009. Le modèle économique est basé sur l’achat de réponses de médecins par des clients institutionnels. Les médecins, à leur tour, sont rémunérés pour des réponses utiles.

Notons qu’Asklepios , lancé par l’Association canadienne de médecins, est l’exception de la liste. Les autres sites sont créés par des éditeurs privés (Encadré 2).

Encadré 2

Communautés réservées aux médecins, en dehors des États-Unis

Canada
Communauté : Asklepios
Allemagne, Espagne, France
Communauté : Esanum
France
Communauté : Docatus
Communauté : Santelog (toutes professions de santé)
Dix langues européennes dont le français
Communauté : DocCheck

Blogs publiés par des professionnels de santé

Lagu et al. , en 2008 aux États-Unis, ont examiné [8] le contenu de blogs de professionnels de santé identifiés par des recherches à l’aide du mot-clé « blog  » et médecin ou infirmier. Ils ont sélectionné seulement les blogs rédigés par un médecin ou une infirmière, et en langue anglaise, soit 271 blogs .

Ils ont observé que :

57 % des auteurs ont donné des informations permettant de les identifier ;
des patients ont été décrits dans 42 % de ces blogs  ;
lorsque le blog décrivait une interaction entre médecin et patient, le patient pouvait identifier le médecin ou le patient dans 17 % des cas ;
des patients ont été décrits négativement dans 18 % des blogs  ;
blogs affichaient des photos de patients ;
des produits de santé étaient promus dans 11 % des blogs .

L’étude a confirmé que, si les blogs médicaux faisaient partie des outils des professionnels, les règles de bon usage en termes de confidentialité et de transparence de l’information médicale n’étaient pas toujours respectées. Notons que les médecins auteurs de blog aux États-Unis ont tendance à être plus âgés et chevronnés que les non-auteurs.

Il existe en France diverses listes de blogs médicaux produits par des professionnels [9]. Aucune liste n’atteint 200 blogs  ; les médecins français n’ont le plus souvent pas le temps de créer et publier régulièrement sur un outil de ce type. Quant aux blogs existants, certains font part du vécu du professionnel de santé. D’autres diffusent de l’information médicale au grand public. Une plateforme blog pour médecins, portant sur le thème de la formation médicale continue réunit divers auteurs, ce qui mutualise le travail de publication [10].

Wikis médicaux

Les wikis posent un problème de transparence puisque les textes, qui prennent souvent la forme d’une encyclopédie en ligne, peuvent être modifiés de façon anonyme. D’autre part, le contenu n’est soumis à aucune contrainte réglementaire. Une étude portant sur les médicaments décrits dans Wikipedia en anglais montre que les textes sont incomplets [11]. Pour pallier les défauts de ce genre, quelques wikis exigent que l’auteur soit un professionnel de santé, médecin ou docteur en science (PhD). C’est le cas notamment de wikis en anglais tels que Wiki surgery , Healtheva , Ganfyd , Medpedia . Cela ne résout pas toutes les questions posées par la nouvelle frontière du Web  2.0 et notamment celle de l’évolution dans le temps des recommandations de bonne pratique.

Les outils collaboratifs sont néanmoins recherchés par un nombre croissant de cliniciens.

Clinfowiki [12] facilite le partage d’informations concernant l’aide à la décision et est ouvert au public ;
Partners healthcare , réservé aux professionnels de Partners healthcare , fournit un environnement 2.0 pour le partage d’outils de la gestion de connaissance. Des « eRooms  » permettent de tenir une réunion pendant des mois si nécessaire. Chaque nuit, un rapport de l’activité de la journée est envoyé aux participants. Lorsque des décisions sont prises, elles sont formalisées et diffusées.

En France, le nombre de wikis professionnels augmente, mais il n’est pas facile de les repérer [13]. Wikipédia en français inclut un portail médecine [14] comportant plus de 9200 articles dénombrés en février 2009. Il publie une mise en garde tellement forte qu’elle mérite d’être citée. Cette mise en garde résume les principales préoccupations générées par les Wikis , voire plus globalement par l’Internet. Le même avertissement existe dans la version anglaise [15] : « … pas plus que pour d’autres sujets, aucune quelconque garantie n’est offerte sur l’exactitude de ces articles. Il n’y a aucune certitude qu’une phrase quelconque contenue dans ces articles soit vraie, correcte, précise, ou soit à jour. La plupart d’entre elles sont écrites, en partie voire en totalité, par des non professionnels de la santé. Elles peuvent être modifiées par des personnes promouvant des traitements inefficaces, par des adeptes de théories marginales et controversées ou par des farceurs. Gardez à l’esprit que, même lorsqu’une affirmation médicale s’avère exacte, elle peut pour autant ne pas s’appliquer à votre cas particulier ou à vos symptômes … »

Multimédia médical communautaire

Le partage de vidéos figure parmi les usages professionnels du Web 2.0 Santé. Burke et al. ont évalué l’usage de YouTube par les professeurs universitaires aux États-Unis [16] lors d’une étude pilote qui a confirmé son intérêt. Sur YouTube , au 12 avril 2009, 97 000 vidéos sont associées au mot-clé « vidéo médical ».

Le partage de cas et d’images multimédia a également donné lieu à des sites spécialisés :

ClinicalCases.org est un site de partage de cas archivés par organe, et créé par des médecins à la Cleveland clinic et par Case western reserve university , tous deux à Cleveland, Ohio ;
Radiopedia.org est la création d’un radiologue qui a voulu qu’il y ait un site où tous les confrères peuvent collaborer, soumettre des images, échanger, corriger des erreurs.

Partage de favoris scientifiques

Le site de partage de signets ou favoris le plus connu est Delicious . Les utilisateurs peuvent « tagger » leurs favoris et ceux des autres. Ce site est ouvert à tous. Deux sites de partage de favoris sont connus dans le monde académique (Tableau II). CiteULike comprend plus de 2 millions d’articles [17].

Mondes virtuels

Le monde virtuel le plus connu est « Second life  », portail Internet où chaque participant crée son personnage ou « avatar » et façonne une vie autour de lui. Le monde virtuel de Second life et de ses concurrents est en quelque sorte une planète numérique où les avatars, dirigés par leurs créateurs, modélisent à leur façon des lieux et structures connus et en inventent d’autres. Selon Kamel Boulos et al. [18], le grand intérêt des mondes virtuels dans la Santé est de permettre aux professionnels d’expérimenter, de modéliser, de simuler des scénarios médicaux ou de santé publique, qu’il serait impossible de mettre en œuvre au quotidien.

Échanges Web 2.0 entre patients

La plateforme Web 2.0 d’échange entre patients la plus remarquée est PatientsLikeMe , lancé en 2006  [19]. Le site contient aujourd’hui 18 maladies et syndromes et introduit de nouvelles maladies régulièrement. PatientsLikeMe fournit aux internautes inscrits des outils de visualisation des résultats par maladie, afin de leur permettre de mieux comprendre et partager de l’information concernant leur état. Les données portent sur les traitements, les symptômes, les résultats, et sont agrégées par maladie. Les utilisateurs peuvent examiner ces informations, les commenter dans le forum, poster des commentaires, envoyer des messages privés. Cette plateforme est basée sur deux hypothèses :

les patients pourront interpréter et apprendre des choses grâce aux tableaux qui servent à visualiser ;
la mise à disposition des données entraîne une modification bénéfique du comportement des patients.

Frost et Massagli ont analysé les comportements dans la communauté atteinte d’une maladie neurodégénerative. Après un an, cette communauté anglophone comptait 1570 patients vérifiés, dont 430 habitaient en dehors des États-Unis. Les auteurs se sont intéressés à un sous-ensemble de commentaires des utilisateurs de PatientsLikeMe , les commentaires où les utilisateurs faisaient référence aux données d’un autre membre. Trois thèmes ont émergé : l’utilisateur demande un conseil de quelqu’un qui a eu une expérience particulière, il propose du conseil à une personne ayant un problème précis, il cherche à entrer en relation avec quelqu’un qui partage avec lui une ou des caractéristiques communes. En d’autres termes le site PatientsLikeMe facilite des échanges entre des patients.

D’autres sites ont été organisés aux États-Unis autour du partage d’expérience entre patients. Organized wisdom est un site où des fiches d’information sont créées par des experts à l’attention des patients. L’expert peut être professionnel de santé mais ne l’est pas nécessairement.

Des concours d’idées entre utilisateurs permettent aux internautes de participer à l’avenir des produits et services. La fondatrice de Diabetes mine , communauté de patients diabétiques a réussi à faire produire par Apple un IPhone permettant aux patients diabétiques de mesurer leur glycémie et pouvoir communiquer ces données à une base de données distante.

Les mash-ups permettent d’associer une fonction de géolocalisation, sur un téléphone mobile, à la collecte de données de santé. Une application en phase expérimentale visualise les textos sous forme graphique et de nuage de mots, permettant de déterminer la condition psychologique du texteur…

Patients Opinion (National health service , United Kingdom ) est une entreprise sociale à but non lucratif, créée par un médecin anglais qui souhaitait permettre aux patients d’identifier un service hospitalier dans un lieu géographique, et de lire ou donner un avis sur le service. Le site est financé par des souscriptions de tous les établissements anglais volontaires [20].

En Suède, des chercheurs ont étudié l’intérêt d’un portail 2.0 pour les familles de jeunes diabétiques, portail présenté par les médecins aux familles. L’implication de médecins dans le projet dès ses origines a facilité l’acceptation du portail par les médecins.

En France, le partage d’expérience entre patients s’effectue notamment dans les forums et secondairement sous forme de commentaires placés sur des blogs . Les forums sont fournis soit par des éditeurs commerciaux soit par des associations de patients. Le site Atoute.org est l’œuvre à but non lucratif d’un médecin, le Dr Dupagne, également auteur de textes portant sur le Web 2.0 [21]. Le Guide Santé, site lancé en 2009, permet aux internautes de comparer les établissements de soins, selon des statistiques produites notamment par la Haute autorité de santé, mais peu accessibles aux citoyens. AxaSante.fr propose un site communautaire dans le domaine de la prévention santé avec votes et forums.

Discussion et enjeux

Sur le plan positif, le potentiel du Web 2.0 dans la Santé consiste dans l’accélération du potentiel que l’Internet a déjà permis d’entrevoir. La capacité enrichie d’échanges grâce au Web 2.0 pourra accélérer la diffusion de la recherche, la découverte de nouvelles tendances, la correction d’une erreur. Les patients impliqués dans des communautés vont pouvoir encore mieux mettre en œuvre les programmes qui leur sont proposés et mieux vivre leur condition grâce à l’échange avec leurs pairs. La collecte libre de données observationnelles à grande échelle va ouvrir de pistes nouvelles. De nouveaux termes « observations of daily living  », les observations de la vie quotidienne, et aussi « self-reported patient data  », le recueil de données par le patient, émergent. Ces approches impactent l’avenir de la recherche clinique et vont à terme permettre de réduire l’écart entre les résultats des études et ceux de la vie réelle.

L’un des enjeux est de bien accompagner l’arrivée du Web 2.0 et les nouvelles collaborations entre acteurs de santé. Il va falloir s’intéresser aux méthodes de mises au point des recommandations de bonnes pratiques, à la communication entre médecins et patients, à l’e-learning communautaire (et à bien d’autres…), tous concernés par le Web 2.0 . Les enjeux sont également économiques et technologiques. Les communautés Web 2.0 auront un impact progressif sur l’organisation du système de santé comme nous venons de le voir. D’autre part, elles sont susceptibles de créer de la valeur, comme nous l’avons vu dans l’exemple du téléphone mieux adapté aux besoins des diabétiques.

Un autre enjeu est celui de la fracture sociale qui peut être aggravée par la Médecine 2.0, car la participation régulière aux communautés pour en tirer un vrai bénéfice nécessite un accès à l’Internet à domicile ou par un téléphone mobile. L’enjeu sécuritaire doit être également rappelé. Des utilisateurs non avertis peuvent utiliser un même pseudonyme pour parler de leur santé et pour participer à d’autres sites en dehors de la santé. Les recoupements possibles peuvent nuire à confidentialité, non seulement à celle de l’individu mais à celle de son entourage.

Conclusion

Les échanges communautaires du Web dans la santé vont continuer de croître, comme dans tous les domaines du Web. Cet échange, qui mène à une « médecine participative », nous fait découvrir de nouvelles voies, de nouvelles sources de progrès et répond à des besoins implicites. Les médecins qui ouvrent le dialogue sur ces sujets avec leurs patients et leurs confrères seront mieux préparés aux nouveaux enjeux. L’examen des communautés et outils existants témoigne de l’avancée américaine, berceau de l’Internet puis du Web 2.0 . Mais la France avance aussi, même s’il y a moins de visibilité, et l’année 2010 sera porteuse.

Conflits d’intérêts

Directrice de Basil Strategies, société de conseil auprès du site « Le-Guide-Sante.org », et rédactrice de BlogFMC.fr, site financé par Pfizer, France.



Références

http://www.oreillynet.com/pub/a/oreilly/tim/news/2005/0 9/30/what-is-web-20.html.
http://www.aqis.fr voir communiqué de presse Asso. Qualité Internet Santé ; http://www.hon.ch/HONcode/French/. HonCode en français.
Furst I. Wait Time and Delayed Care. http://waittimes.blogspot.com/ on 15/11/2008.
Hughes B, Joshi I, Wareham J. Health 2.0 and Medicine 2.0. Tensions and Controversies in the Field. J Med Internet Res 2008; 10(3):e23. - http://www.jmir.org/2008/3/e23/.
Giustini D. How Web 2.0 is changing medicine. cliquez ici .
Manhattan Research, LLC 2007. White Paper: Physicians and Web 2.0: 5 Things You Should Know about the Evolving Online Landscape for Physicians. -http://www.manhattanresearch.com/TTPWhitePaper.aspx.
Manhattan Research, White paper: Five Emerging Trends about European Consumer and Physician Use of New Media, white paper. http://www.manhattanresearch.com
Lagu T., Elinore J., Kaufman I., Asch D.A. Content of Weblogs written by health professionals J Gen Intern Med 2008 ;  23 : 1642-1646 [cross-ref]
Wright A, Bates DW, Middleton B, Hongsermeier T, Kashyap V, Thomas SM et al. Creating and sharing clinical decision support content with web 2.0. J Biomed Inform 2008.jbi.2008.09.003.
Burke SC, Snyder S, Rager RC. Assessment of faculty usage of YouTube as a teaching resource. Internet Journal of Allied Health Sciences and Practice 2009; 7: N 1.
Recherche sur http://citeulike.org 13 avril 2009.
Kamel Boulos MN, Ramloll R, Jones R, Toth-Cohen S. Web 3D for Public, Environmental and Occupational Health: Early Examples from Second Life®. International Journal of Environmental Research and Public Health 2008; 5:290-317. www.mdpi.com/journal/ijerph.
Frost J.H., Massagli M.P. Social Uses of Personal Health Information within PatientsLIkeMe, an online patient community: what can happen when patients have access to one another’s data JMIR 2008 ;  10 (3) : e15
Médecine 2.0 cliquez ici . (url vérifié le 10 mai 2009).



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