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Douleurs
Volume 11, numéro 1
pages 3-21 (février 2010)
Doi : 10.1016/j.douler.2009.12.009
Recommandations pratiques

Les douleurs neuropathiques chroniques : diagnostic, évaluation et traitement en médecine ambulatoire. Recommandations pour la pratique clinique de la Société française d’étude et de traitement de la douleur
Chronic neuropathic pain: Diagnosis, evaluation and treatment in outpatient services. Guidelines for clinical practice of the French Society for the Study and Treatment of Pain
 

Valéria Martinez a, Nadine Attal b, Didier Bouhassira b, Michel Lantéri-Minet c,

pour la Société française d’étude et traitement de la douleur

a Anesthésiologie-réanimation, hôpital Raymond-Poincaré, 104, boulevard Raymond-Poincaré, 92380 Garches, France 
b Inserm U792, Centre d’évaluation et de traitement de la douleur, hôpital Ambroise-Paré, 9, avenue Charles-de-Gaulle, 92100 Boulogne-Billancourt, France 
c Département d’évaluation et traitement de la douleur, médecine palliative, pôle des neurosciences cliniques, hôpital Pasteur, CHU de Nice, 30, avenue de la Voie-Romaine, 06000 Nice, France 

 Auteur correspondant.
Résumé
Objectifs

La Société française d’étude et traitement de la douleur (SFETD) a souhaité élaborer des recommandations professionnelles concernant les douleurs neuropathiques chroniques (de durée au moins égale à trois mois) de l’adulte et de l’enfant. Ces recommandations sont destinées à l’ensemble des professionnels de santé confrontés aux douleurs neuropathiques en ambulatoire : généralistes, neurologues, rhumatologues, gériatres, odontologistes, kinésithérapeutes et infirmiers.

Méthode

Un comité d’organisation désigné par la SFETD a mis en place un comité de travail et un comité de lecture. Le groupe de travail a répondu aux trois questions proposées par le comité d’organisation portant sur le diagnostic, l’évaluation et le traitement des douleurs neuropathiques chroniques. Sur la base de l’analyse de la littérature et d’un consensus d’experts, le groupe de travail a proposé des recommandations de grade A, B ou C selon la méthode de l’Anaes 1999. Pour les outils diagnostiques et d’évaluation, en l’absence de critère fourni par l’Anaes, le groupe de travail a adopté les niveaux de preuves recommandées au niveau européen par l’European Federation of the Neurological Society (EFNS).

Résultats

Ce travail a permis l’élaboration des recommandations résumées dans ce texte court.

Conclusion

Ces recommandations pour la pratique clinique synthétisent les données de la littérature relatives au diagnostic, à l’évaluation et aux traitements des douleurs neuropathiques pour faciliter leur reconnaissance et prise leur prise en charge en médecine ambulatoire.

Summary
Objective

The French Society for the Study and Treatment of Pain (SFETD) wished to develop recommendations regarding chronic neuropathic pain in adults and children. These recommendations are intended for all health professionals dealing with patients suffering from neuropathic pain: general practitioners, neurologists, rheumatologists, geriatricians, dentists, physiotherapists and nurses.

Methods

An organizing committee designated by the SFETD has asked a group of experts three questions on the diagnosis, evaluation and treatment of chronic neuropathic pain. Based on literature review and expert consensus, the working group proposed recommendations graded A, B or C according to the method of the French Agency for Accreditation and Evaluation in Health (Anaes). For diagnosis and evaluation, in the absence of criteria provided by the Anaes, the experts adopted the levels of evidence recommended by the European Federation of the Neurological Society (EFNS).

Results

This work has helped to develop recommendations summarized in this article.

Conclusion

These recommendations for clinical practice summarize the data in the literature on the diagnosis, evaluation and treatment of neuropathic pain to facilitate their recognition and implementation in ambulatory care.


Mots clés : Douleur neuropathique, Échelle d’évaluation, Questionnaire, Antidépresseur, Antiépileptique, Opioïde

Keywords : Neuropathic pain, Evaluation, Questionnaire, Antidepressant, Antiepileptic, Opioids


Introduction
Thème et justification des recommandations

Les présentes recommandations professionnelles concernant les douleurs neuropathiques ont été élaborées à la demande de la Société française d’étude et du traitement de la douleur (SFETD) qui a mis en place un comité d’organisation, ce dernier ayant lui-même mis en place un comité de travail et un comité de lecture (Annexe 1).

Ces recommandations concernent essentiellement les douleurs neuropathiques chroniques (de durée au moins égale à trois mois) de l’adulte et de l’enfant. Elles ne concernent pas la névralgie essentielle du trijumeau qui représente une entité spécifique.

Le groupe de travail a répondu aux trois questions suivantes, proposées par le comité d’organisation :

diagnostic des douleurs neuropathiques chroniques ;
évaluation des douleurs neuropathiques chroniques ;
traitement des douleurs neuropathiques chroniques.

Ces recommandations traitent des possibilités et des limites de la prise en charge des douleurs neuropathiques chroniques en médecine ambulatoire. Les traitements par voie veineuse, intrathécale ou par infiltrations ne seront donc pas traités. En revanche, les indications des thérapeutiques spécialisées dont l’indication doit être connue dès le soin ambulatoire seront exposées.

La cible de ces recommandations est représentée par l’ensemble des professionnels de santé confrontés aux douleurs neuropathiques en ambulatoire (généralistes, neurologues, rhumatologues, gériatres, odontologistes, kinésithérapeutes et infirmiers). Ainsi, ces recommandations ne concernent pas la prise en charge réalisée dans les structures d’évaluation et de traitement de la douleur.

Gradation des recommandations

Sur la base de l’analyse de la littérature et d’un consensus d’experts, le groupe de travail a proposé des recommandations de grade A, B ou C selon la méthode de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (Anaes) de 1999 comme indiqué ci-après :

une recommandation de grade A est fondée sur une preuve scientifique établie par des études de fort niveau de preuve (essais comparatifs randomisés de forte puissance, méta-analyse d’essais comparatifs randomisés, analyse de décision basée sur des études bien menées) ;
une recommandation de grade B est fondée sur une présomption scientifique fournie par des études de niveau de preuve intermédiaire (essais comparatifs randomisés de faible puissance, études comparatives non randomisées bien menées, études de cohorte) ;
une recommandation de grade C est fondée sur des études de moindre niveau de preuve, (études cas-témoins, études comparatives comportant des biais importants, études rétrospectives, séries de cas) ;
en l’absence de données suffisantes, les recommandations proposées reposent sur un accord professionnel décidé à la majorité au sein du groupe de travail.

Pour les outils diagnostiques et d’évaluation, en l’absence de critère fourni par l’Anaes, le groupe de travail a adopté les niveaux de preuves recommandées au niveau européen par l’European Federation of the Neurological Society (EFNS) [1].

Définition

Depuis 1994, la douleur neuropathique est définie par l’association internationale pour l’étude de la douleur (International Association for the Study of Pain, IASP) comme une « douleur initiée ou causée par une lésion primitive ou un dysfonctionnement du système nerveux ». Il a été plus récemment proposé de définir la douleur neuropathique comme « une douleur associée à une lésion ou une maladie affectant le système somatosensoriel » [2], mais cette définition n’a pas encore été acceptée officiellement. Les douleurs neuropathiques sont souvent méconnues, sous-estimées et sous-traitées. Cependant, ces douleurs ne sont pas rares, puisque, selon une étude épidémiologique récente en population générale, des douleurs chroniques de caractéristiques neuropathiques affectent 7 % de la population française adulte (5 % pour les douleurs neuropathiques modérées à sévères), ce qui représente un quart des patients douloureux chroniques [3]. Les douleurs neuropathiques ne sont donc pas l’exclusivité du neurologue et n’apparaissent pas seulement dans un contexte neurologique.

À ce jour, suffisamment d’arguments cliniques et scientifiques sont disponibles pour considérer la douleur neuropathique comme une entité spécifique qu’il est possible de diagnostiquer, d’évaluer et de traiter indépendamment de l’étiologie en cause [4]. L’objectif de ces recommandations pour la pratique clinique est de synthétiser les données de la littérature relatives au diagnostic, à l’évaluation et aux traitements des douleurs neuropathiques pour faciliter leur reconnaissance et leur prise en charge en médecine ambulatoire.

Diagnostic
Diagnostic des douleurs neuropathiques chroniques

Devant toute douleur chronique, il est nécessaire de faire la part entre la douleur nociceptive et neuropathique (Tableau 1). En pratique, le diagnostic de douleur neuropathique repose sur un interrogatoire et un examen clinique bien conduits.

L’interrogatoire permet en premier lieu de rechercher une sémiologie douloureuse particulière. En effet, la sémiologie de la douleur neuropathique comporte le plus souvent une composante spontanée (survenant en l’absence de stimulation) continue ou paroxystique, et des douleurs provoquées par des stimulations diverses (tactiles, thermiques). Ces deux composantes peuvent exister seules ou en association chez le même patient.

Le vocabulaire utilisé par le patient doit attirer l’attention, puisque certains descripteurs sont plus fréquemment utilisés que d’autres pour décrire la douleur neuropathique (brûlure, décharge électrique, froid douloureux).

Les symptômes douloureux sont fréquemment accompagnés de sensations anormales (paresthésies, dysesthésies) non douloureuses, mais souvent désagréables, telles que fourmillements, picotements, démangeaisons, engourdissement.

L’interrogatoire recherche en outre un contexte éventuel de lésion ou de maladie du système nerveux. Il peut exister un intervalle libre entre la lésion et l’apparition de la douleur. La chronicité est établie par la persistance de la douleur depuis plus de trois mois.

L’examen recherche l’association de signes neurologiques (déficit sensitif tactile, à la piqûre, au chaud ou au froid) et permet de vérifier que les douleurs spontanées et/ou évoquées (notamment l’allodynie, c’est-à-dire une douleur en réponse à une stimulation qui normalement ne provoque pas de douleur au frottement, plus rarement allodynie ou hyperalgésie, c’est-à-dire une augmentation de la réponse à un stimulus normalement douloureux au chaud ou au froid) sont localisées dans un territoire compatible avec une lésion neurologique périphérique ou centrale.

C’est la convergence des éléments de l’interrogatoire et de l’examen clinique qui permet de reconnaître une douleur neuropathique. L’utilisation d’outils diagnostiques peut à ce stade constituer une aide précieuse au diagnostic.

Il existe à ce jour plusieurs outils d’aide au diagnostic validés pour la douleur neuropathique de l’adulte [5]. Parmi eux, l’outil DN4 (douleur neuropathique en quatre questions) (Figure 1) qui comporte une partie « interrogatoire » fondée sur des descripteurs visant à rechercher la présence de certains symptômes spécifiques et une partie « examen clinique » a fait l’objet d’une validation complète en français [6 et 7] (grade A). Il est simple et rapide d’utilisation. Si le score est égal ou supérieur à 4, le DN4 permet de « dépister » une douleur neuropathique avec une sensibilité et une spécificité excellentes. Cet outil est donc recommandé en pratique clinique pour l’aide au diagnostic de douleur neuropathique (voir aussi les recommandations de la HAS 2007 pour le diagnostic des lésions nerveuses périphériques). En revanche, il n’existe pas d’outil spécifique de la douleur neuropathique ayant fait l’objet d’une validation chez l’enfant ou le patient non communicant. La démarche diagnostique chez l’enfant doit donc se calquer sur celle de l’adulte.



Figure 1


Figure 1. 

Douleur neuropathique en quatre questions.

Zoom

Aucun examen complémentaire n’est nécessaire pour reconnaître la douleur neuropathique et débuter un traitement analgésique adapté. Cependant, devant toute douleur neuropathique, il faut réaliser une enquête lésionnelle et étiologique, en s’aidant des examens complémentaires appropriés, dans le but d’identifier ou de confirmer la lésion neurologique en cause et d’en établir l’étiologie (voir la section Diagnostic lésionnel et étiologique).

En cas d’incertitude ou de difficultés à poser le diagnostic de douleur neuropathique ou d’en établir l’étiologie, le patient doit être adressé au spécialiste (accord professionnel).

Diagnostic lésionnel et étiologique

Les douleurs neuropathiques se rencontrent dans des contextes très divers qu’il est important de connaître pour établir le diagnostic étiologique. Les principales causes des douleurs neuropathiques de l’adulte sont résumées dans le Tableau 2. Pour le diagnostic lésionnel, nous renvoyons le lecteur aux recommandations existantes (voir notamment : les recommandations de la HAS 2007 pour le diagnostic de lésion nerveuse périphérique ; la conférence d’experts Sofmer 2007 pour le diagnostic, l’évaluation des douleurs des blessés médullaires).

En cas d’incertitude ou d’absence de diagnostic étiologique, le patient doit être adressé au spécialiste (accord professionnel).

Chez l’enfant, les étiologies en cause diffèrent de celles de l’adulte. Les pathologies tumorales, les lésions postopératoires et post-traumatiques prédominent.

Évaluation
Objectifs de l’évaluation

L’évaluation d’une douleur neuropathique a pour principaux objectifs, comme pour toute douleur chronique, de mesurer sa sévérité et son retentissement. Elle doit permettre de suivre son évolution, de débuter un traitement symptomatique et d’en évaluer les résultats à court et à long terme (grade A). Cette évaluation comporte une large partie non spécifique, similaire à celle de la douleur chronique en général et qui a déjà fait l’objet de recommandations [8], mais aussi quelques spécificités liées aux caractéristiques cliniques des douleurs neuropathiques.

Outils d’évaluation

Les échelles unidimensionnelles de douleur, validées et faciles d’emploi, peuvent être utilisées pour évaluer les différents aspects de la douleur neuropathique et son retentissement (grade A) et sont recommandées en pratique clinique (Tableau 3) [7 et 9]. Ces échelles peuvent être numériques, visuelles analogiques ou catégorielles (la plus utilisée étant l’échelle en cinq catégories : douleur absente, faible, modérée, forte, extrêmement forte). Il est recommandé d’utiliser une de ces échelles pour évaluer l’intensité globale de la douleur neuropathique, l’intensité des principaux symptômes et son retentissement. Le questionnaire concis sur les douleurs non spécifique mais validé dans la douleur neuropathique du diabète et du zona (version française du Brief Pain Inventory) (grade A), est intéressant à cet égard car il comporte quatre questions permettant d’évaluer l’intensité douloureuse au cours des dernières 24heures (douleur moyenne, minimale, maximale) et au moment présent [10]. À défaut de pouvoir utiliser une échelle d’autoévaluation, les échelles comportementales doivent être utilisées pour l’évaluation de l’intensité chez la personne non communicante, en particulier chez le jeune enfant et la personne âgée (accord professionnel). Il est important au cours du suivi de toujours utiliser la même échelle. La répétition de ces échelles dans le temps a un intérêt pour suivre l’évolution sous traitement.

Pour évaluer spécifiquement l’intensité des symptômes douloureux, il peut être utile, notamment pour le spécialiste, de recourir à des questionnaires spécifiques.

Les questionnaires validés dans la douleur chronique comme le McGill Pain questionnaire [11] disponible en français (questionnaire douleur de Saint Antoine, [12 et 13] ou sa forme abrégée [14]) ne sont pas spécifiques des douleurs neuropathiques [7]. En revanche, certains autoquestionnaires comme le Neuropathic Pain Symptom Inventory (NPSI) ont été spécifiquement validés dans la douleur neuropathique (grade A) [7 et 9]. Le NPSI permet d’évaluer de façon quantifiée les différents symptômes douloureux qui peuvent aussi être regroupés en cinq dimensions (brûlure, douleur profonde, douleur paroxystique, douleurs provoquée, paresthésies/dysesthésies) [4 et 15] et est sensible au changement. D’autres questionnaires ont également été développés dans ce but comme la Neuropathic Pain Scale [16] (grade A) alors que d’autres (non traduits en français) ont été proposés pour évaluer les douleurs neuropathiques et non neuropathiques [17 et 18] (grade B dans les douleurs neuropathiques). Une évaluation plus spécifique des symptômes dans les douleurs neuropathiques a pour avantage d’être plus précise qu’une simple évaluation globale, notamment pour suivre un patient au cours du temps après mise en route d’un traitement. Ainsi, cette évaluation permet d’évaluer si les traitements mis en œuvre améliorent l’ensemble des symptômes douloureux (ce qui est rarement le cas) et de définir quel est le symptôme le plus gênant pour le patient (par exemple : une allodynie au frottement peut être plus gênante que la douleur spontanée notamment dans les douleurs post-zostériennes ou les lésions traumatiques). L’évaluation des symptômes douloureux peut aussi conditionner au départ le choix d’un traitement : par exemple, les emplâtres de lidocaïne ont surtout leur place chez les patients présentant une allodynie au frottement.

Pour évaluer le retentissement des douleurs neuropathiques, plusieurs échelles de qualité de vie et de retentissement émotionnel ont été largement utilisées, notamment l’échelle SF-36 ou sa forme abrégée SF-12 [19 et 20], le questionnaire EruoQol [21] ou le questionnaire concis sur les douleurs [10]. Ce dernier inclut sept questions relatives au retentissement de la douleur (sur l’activité générale, le sommeil, les relations sociales, l’humeur, le goût de vivre, la marche, le travail habituel). Il est simple, rapide, sensible au changement et validé dans les douleurs neuropathiques du diabète et du zona [22 et 23]. Pour l’évaluation des comorbidités anxiodépressives des douleurs neuropathiques, de nombreuses échelles ont été utilisées telles que l’échelle de Beck, de Zung, la Profile Of Mood State (POMS) ou l’échelle Hospital Anxiety and Depression (HAD) [7] (grade A). L’échelle HAD présente l’avantage d’évaluer à la fois l’intensité des symptômes anxieux et dépressifs mais il ne s’agit pas d’un outil diagnostique du trouble [24]. Récemment, une échelle de qualité de vie (Neuropathic Pain Impact on Quality of Life [NeuPiQol]) a été spécifiquement validée pour l’évaluation de la qualité de vie des patients souffrant de douleurs neuropathiques [25] mais n’est pas encore disponible en français.

Pour le suivi, outre les échelles déjà citées, les échelles catégorielles de soulagement (aggravation, pas de changement, soulagement faible, modéré, fort, complet) ou la mesure du pourcentage de soulagement (de 0 % : pas de soulagement, à 100 % : soulagement total) sont toutes deux très sensibles aux traitements des douleurs neuropathiques [7].

En pratique, pour évaluer l’intensité de la douleur neuropathique, nous recommandons l’utilisation d’une échelle catégorielle, numérique ou visuelle analogique (grade A). Il est important au cours du suivi de toujours utiliser la même échelle. Cette évaluation peut être au mieux complétée par des mesures de l’intensité des symptômes douloureux par les mêmes échelles (brûlure, décharge électrique…) ou par des questionnaires spécifiques tels que le NPSI (pour le spécialiste) (grade A). Nous recommandons d’utiliser le questionnaire concis sur les douleurs pour l’évaluation de l’impact des douleurs neuropathiques et le questionnaire HAD (grade A) ou des questions ouvertes pour l’évaluation des comorbidités anxieuse et dépressive des douleurs neuropathiques. Pour le suivi, nous recommandons l’utilisation d’une échelle de soulagement (grade A).

Traitement

Les douleurs neuropathiques ne répondent pas ou peu aux antalgiques de palier 1 tels que le paracétamol et les anti-inflammatoires non stéroïdiens. D’autres classes thérapeutiques doivent êtres envisagées. Les données scientifiques disponibles sur ces classes thérapeutiques concernent, pour l’essentiel, la douleur neuropathique chronique des polyneuropathies diabétiques et les douleurs post-zostériennes.

L’efficacité de ces traitements est modérée dans l’ensemble et semble globalement similaire pour la plupart des étiologies, mais il existe des exceptions comme les radiculopathies chroniques et les neuropathies du VIH qui semblent plus difficiles à soulager avec les traitements existants [26, 27, 28 et 29].

Le choix du traitement médicamenteux des douleurs neuropathiques ne dépend pas de l’intensité des douleurs comme dans les douleurs nociceptives.

Le choix du traitement médicamenteux repose sur l’efficacité la mieux établie, sur le meilleur rapport bénéfice–sécurité d’emploi, sur une éventuelle action conjointe sur les comorbidités (anxiété, dépression, troubles du sommeil) mais les critères économiques peuvent aussi intervenir.

Il est cependant important de souligner les points suivants :

la plupart des donnés d’efficacité ou de tolérance comparative entre les différents traitements émanent de méta-analyses qui sont inférieures aux comparaisons directes. Cependant, le nombre d’études comparatives directes est en augmentation depuis quelques années [30 et 31] ;
les recommandations thérapeutiques sont fondées sur des études utilisant pour la plupart une monothérapie, alors qu’en pratique, la plupart des patients reçoivent des associations thérapeutiques. Des données récentes de traitements en association deviennent disponibles pour certaines classes thérapeutiques [30 et 31] ;
les traitements des douleurs neuropathiques ont une efficacité modérée, ce qui tient à l’effet placebo [32] mais aussi à la difficulté de déterminer des prédicteurs de la réponse aux traitements sur la base des études existantes. Ainsi, il n’est pas exclu que certains traitements dont l’efficacité était considérée comme négative sur la base des études publiées puissent être efficaces sur un sous-groupe particulier de patients. Des prédicteurs de la réponse à certains traitements ont cependant parfois pu être identifiés dans certaines études monocentriques [33 et 34].

Les présentes recommandations s’appliquent aux traitements disponibles en France (éventuellement sous forme d’une procédure d’Autorisation Temporaire d’Utilisation). Le Tableau 4 récapitule le niveau de preuve obtenu pour les classes thérapeutiques évaluées dans les douleurs neuropathiques ainsi que leur statut vis-à-vis de l’Autorisation de Mise sur le Marché.

Traitements dont l’efficacité est démontrée avec un haut niveau de preuve (grade A)
Traitements dont l’efficacité a été établie dans plusieurs étiologies

L’efficacité des antidépresseurs tricycliques et des antiépileptiques gabapentine et prégabaline est bien établie sur les douleurs neuropathiques d’étiologie variée (grade A) (Tableau 5).

L’efficacité des antidépresseurs tricycliques et des antiépileptiques gabapentine et prégabaline est démontrée notamment dans les douleurs neuropathiques du diabète, les douleurs post-zostériennes [29, 35, 36, 37 et 38] et pour la prégabaline dans les douleurs centrales d’origine médullaire [39 et 40]. Notons qu’il existe aussi des études négatives avec ces traitements [26, 41, 42 et 43]. Les posologies des tricycliques varient considérablement selon les études (25–150mg/j) sans net effet dose-réponse démontré du fait de larges variations inter-individuelles. En revanche, il existe une efficacité dose-dépendante établie pour la prégabaline : ainsi, la dose de 150mg/j est inconstamment efficace alors que la dose de 600mg/j s’accompagne du meilleur taux de réponse [36]. Les antidépresseurs tricycliques ont une efficacité démontrée sur la douleur continue et paroxystique (grade A) [26] et, contrairement à une idée reçue, les antiépileptiques (gabapentine, prégabaline) sont efficaces sur la douleur continue (grade A) [26]. L’effet de la prégabaline et des tricycliques sur l’allodynie mécanique au frottement est documenté par de rares études (grade B) [26, 44 et 45]. La gabapentine et la prégabaline ont la même efficacité que les tricycliques tout au moins sur la base de deux études comparatives monocentriques dans les douleurs neuropathiques du diabète et/ou du zona [31 et 46]. Enfin, l’association de la gabapentine avec des tricycliques ou des morphiniques est plus efficace que chacun des traitements seuls et permet une réduction des posologies de chaque molécule selon deux études de niveau 1 [30 et 31].

La prégabaline et la gabapentine sont également bénéfiques sur les troubles du sommeil et la prégabaline est efficace sur les troubles anxieux associés à la douleur (grade A) [47]. Les tricycliques ont une efficacité établie dans la dépression (pour tous) et l’anxiété (pour la clomipramine qui possède une AMM dans le traitement des attaques de panique), mais généralement à des doses plus élevées que celles utilisées pour le traitement de la douleur (≥75mg/j). Certains tricycliques peuvent aussi améliorer le sommeil (amitriptyline).

Les antidépresseurs tricycliques ont de nombreux effets indésirables (Tableau 5) et doivent être utilisés très prudemment chez la personne âgée [28] ; ils ne sont pas recommandés en cas de pathologie cardiaque ischémique, de glaucome à angle étroit et d’adénome de prostate. Leur sécurité d’emploi est donc jugée plus faible que celle de la gabapentine et la prégabaline (accord professionnel). Cependant, ces traitements peuvent être efficaces à faibles doses (dès 25mg/j) et à moindre coût par rapport aux antiépileptiques. Les effets indésirables de la prégabaline et de la gabapentine sont dépendants de la dose, y compris la prise de poids : les taux d’arrêt thérapeutique pour effets indésirables vont d’aucun pour 150mg/j à 20 % pour 600mg/j pour la prégabaline [36]. Les posologies de ces traitements doivent être adaptées en cas d’insuffisance rénale. Dans une étude comparative, seuls deux effets indésirables différenciaient la gabapentine et la nortriptyline : la bouche sèche (plus fréquente avec la nortriptyline) et les troubles de concentration (plus fréquents avec la gabapentine) [31]. En revanche, une étude comparative entre amitriptyline et prégabaline a rapporté moins d’effets indésirables pour la prégabaline (25 % contre 65 % pour l’amitriptyline) malgré des doses faibles d’amitriptyline [46].

En première intention, la prescription en monothérapie d’un antidépresseur tricyclique (exemple : amitriptyline 25–150mg/j) ou d’un antiépileptique gabapentinoïde (gabapentine 1200–3600mg/j ou prégabaline 150–600mg/j) est recommandée dans le traitement de la douleur neuropathique. Le choix entre ces classes thérapeutiques est fonction du contexte, des comorbidités associées, de leur sécurité d’emploi et de leur coût (moindre pour les tricycliques) (Tableau 6).

L’efficacité des opioïdes forts (oxycodone, morphine, méthadone) est établie sur la douleur neuropathique périphérique, notamment diabétique et post-zostérienne (grade A) [27 et 48]. Les doses nécessaires pour obtenir cette efficacité sont souvent élevées et nécessitent une titration individuelle. La prescription des opioïdes forts dans les douleurs chroniques non cancéreuses ne doit être proposée qu’après échec des autres traitements disponibles en s’entourant des précautions d’emploi usuelles de l’utilisation des morphiniques au long cours (accord professionnel, mise au point de l’Afssaps 2004). Le risque d’abus a été estimé à 2,6 % dans une étude systématique au long cours chez des patients suivis de près [49].

La prescription d’opiacés forts est recommandée dans le traitement de la douleur neuropathique chronique (non cancéreuse) après échec des traitements de première intention utilisés en monothérapie et le cas échéant en association (voir l’item e de la section Règles de prescription [accord professionnel]). Cette prescription doit s’entourer des précautions d’emploi usuelles des opiacés au long cours.

Traitements dont l’efficacité a été établie dans un nombre restreint d’étiologies

L’efficacité de la duloxétine et de la venlafaxine est établie dans la polyneuropathie douloureuse du diabète (grade A) [27 et 50], mais seule la duloxétine possède une AMM dans le traitement de la douleur neuropathique du diabète (Tableau 5). Une efficacité comparable à celle de la prégabaline a été suggérée pour la duloxétine tout au moins sur la base d’une méta-analyse subventionnée par le laboratoire [51]. Dans une étude comparative directe, le taux de réponse sous venlafaxine était moindre que sous tricycliques dans les polyneuropathies douloureuses [52]. Ces traitements sont également efficaces sur la dépression et sur l’anxiété généralisée. Les effets indésirables sont dominés par des troubles gastro-intestinaux, mais des modifications cliniquement significatives ont été rapportées dans 5 % des cas sous venlafaxine dans une étude contrôlée, ce qui doit inciter à la prudence en cas d’utilisation de doses élevées notamment chez le sujet âgé [45]. La duloxétine n’est pas recommandée en cas de pathologie hépatique sévère et, comme tous les antidépresseurs, n’est pas recommandée en cas d’hypertension artérielle non stabilisée.

L’efficacité du tramadol y compris en association avec le paracétamol, a été établie essentiellement dans les polyneuropathies sensitives (grade A) [53 et 54]. Il n’améliore pas en revanche les comorbidités (troubles anxieux et dépressifs) associées à la douleur neuropathique [47 et 55]. Son avantage réside dans son action sur les douleurs par excès de nociception, d’où son intérêt dans la prise en charge des douleurs dites « mixtes » (associant une composante neuropathique et par excès de nociception). Le tramadol n’est pas dénué d’effets indésirables (43 % d’arrêt thérapeutique pour effets indésirables dans une étude récente chez les blessés médullaires) [55] et peut notamment entraîner une confusion chez le sujet âgé. La prudence est également de règle en cas d’association avec les antidépresseurs agissant sur la recapture de la sérotonine ou mixtes (risque de syndrome sérotoninergique) [26].

L’efficacité des emplâtres de lidocaïne a été établie essentiellement sur la douleur post-zostérienne chez des patients présentant une allodynie au frottement (grade A) et ce traitement dispose d’une AMM européenne dans cette indication. Cependant, le gain thérapeutique par rapport au placebo est faible [56] et une étude européenne multicentrique récente était négative sur le critère primaire [57]. L’avantage des emplâtres de lidocaïne est lié à leur excellente tolérance (absence d’effets indésirables systémiques) par rapport à des traitements systémiques tels que la prégabaline [58]. Les emplâtres de lidocaïne ne doivent pas être utilisés sur peau lésée (par exemple, à la phase aiguë de l’éruption du zona). Ces traitements ne sont à ce jour disponibles que dans les pharmacies hospitalières et ne peuvent être initiés que par un médecin hospitalier avec renouvellement possible en médecine de ville.

La duloxétine est recommandée en première intention dans la polyneuropathie douloureuse du diabète. La venlafaxine n’est pas proposée en première intention compte tenu de l’absence d’AMM en France.
Le tramadol est recommandé en première intention dans les douleurs neuropathiques associées à une forte composante nociceptive associée à ces douleurs (accord professionnel) et en cas d’accès douloureux.
Les emplâtres de lidocaïne dont l’efficacité est modeste par rapport au placebo, mais dont la tolérance est bonne, sont recommandés en première intention dans la douleur post-zostérienne chez les sujets âgés souffrant d’allodynie au frottement et chez qui les traitements systémiques sont déconseillés ou contre-indiqués.

Traitements dont l’efficacité est démontrée avec un niveau de preuve intermédiaire (grade B - présomption d’efficacité)

Il existe une présomption d’efficacité (grade B) pour l’antidépresseur maprotiline dans les douleurs neuropathiques, pour l’antiépileptique valproate de sodium et le topique local capsaïcine dans les douleurs post-zostériennes (disponible en Autorisation Transitoire d’Utilisation nominative) et pour le cannabinoïde dronabinol (disponible en Autorisation Transitoire d’Utilisation nominative) dans les douleurs de la sclérose en plaques [26].

Traitements dont l’inefficacité est démontrée avec un haut niveau de preuve (grade A) ou un niveau de preuve intermédiaire (grade B)

Plusieurs traitements ont été évalués dans les douleurs neuropathiques avec une efficacité le plus souvent modeste ou négative dans ces douleurs. Il s’agit notamment des antidépresseurs sérotoninergiques qui sont surtout efficaces chez les patients déprimés [26 et 59] et des antiépileptiques bloqueurs des canaux sodiques ou potassiques (lamotrigine, topiramate, oxcarbazépine, lacosamide, lévétiracetam, zonisamide) [27]. L’utilisation de certains de ces traitements par le spécialiste peut cependant être justifiée en cas d’échec des traitements de première et seconde intention en l’absence d’alternative disponible compte tenu d’effets positifs parfois obtenus dans certaines indications : c’est notamment le cas pour la lamotrigine dont l’efficacité a été suggérée dans les douleurs centrales et les douleurs neuropathiques du VIH [26]. Concernant la carbamazépine, bien que ce produit dispose d’une AMM en France pour le traitement des douleurs neuropathiques, son efficacité n’a été suggérée que par des études anciennes de niveau 3 [26]. En outre, ce traitement est souvent mal toléré et comporte un grand nombre d’interactions médicamenteuses. Il n’y a donc pas lieu de le recommander désormais dans le traitement des douleurs neuropathiques (hormis le cas particulier de la névralgie faciale), compte tenu de l’existence d’autres thérapeutiques mieux tolérées et plus efficaces. Enfin, les neuroleptiques, les benzodiazépines (lorazépam, diazépam) et certains antagonistes glutamatergiques (mémantine, riluzole) ont fait la preuve de leur inefficacité dans les douleurs neuropathiques [26].

Traitements dont l’efficacité n’est pas établie (grade C)

De nombreux traitements restent largement utilisés en matière de douleur neuropathique, malgré l’absence de preuve de leur efficacité. C’est notamment le cas du clonazépam, très prescrit dans cette indication en France mais inconnu dans les autre pays pour cette indication. L’utilisation de ce traitement dans les douleurs neuropathiques est vraisemblablement liée à son efficacité sédative et anxiolytique et à sa facilité d’utilisation (en gouttes le plus souvent) mais concernant les douleurs proprement dites, cette utilisation ne repose pas sur une efficacité établie par des études contrôlées (seules quelques études ouvertes anciennes avaient suggéré son efficacité pour traiter les douleurs paroxystiques notamment de la névralgie du trijumeau) [60]. En outre, il s’agit d’une benzodiazépine avec un risque potentiel de dépendance au long cours.

Il n’y a pas lieu de recommander le clonazépam dans le traitement des douleurs neuropathiques du fait de l’absence de preuve d’efficacité dans ces douleurs et du risque potentiel de dépendance au long cours. Si ce traitement à faibles doses est peu coûteux et peut avoir un bénéfice sur les troubles du sommeil ou l’anxiété associés à la douleur, il en est de même d’autres traitements démontrés efficaces dans les douleurs neuropathiques (dont certains sont également peu coûteux comme les tricycliques).

Traitements émergents

Récemment, l’efficacité à long terme (trois mois) d’applications uniques de patches de capsaïcine à haute concentration (8  %) sur la zone douloureuse (pendant 60  ou 90 minutes) a été rapportée sur la douleur post-zostérienne et les neuropathie douloureuses du VIH [61, 62 et 63].

Les patches de capsaïcine viennent d’obtenir une AMM européenne pour le traitement des douleurs neuropathiques périphériques non diabétiques, mais ne sont pas encore disponibles en France. L’intérêt de ces traitements réside dans leur faible risque d’effets indésirables systémiques et leur durée d’efficacité prolongée. Cependant, l’application initiale souvent très douloureuse nécessite une surveillance du patient de préférence en hôpital de jour pendant l’application et l’utilisation de traitements antalgiques. Enfin, les effets à très long terme d’applications répétées de capsaïcine sur la perception ne sont pas non plus clairement établis.

D’autres traitements pharmacologiques potentiellement intéressants sont représentés par la toxine botulinique A dont deux études ont rapporté l’intérêt au long cours après une série d’applications sous-cutanées dans les douleurs de mononeuropathie, notamment traumatique et la neuropathie douloureuse du diabète [33 et 64]. De même, les cannabinoïdes par voie sublinguale (non disponibles en France) semblent prometteurs pour les douleurs neuropathiques réfractaires [26 et 65]. Enfin, des nouvelles formulations de la gabapentine (gabapentine ER) mieux tolérées que la gabapentine sont en cours d’évaluation pour les douleurs neuropathiques [66].

Recommandations établies après accord professionnel
Règles de prescription (accord professionnel) (Tableau 7)

a.
les règles de prescription sont similaires pour tous les traitements. Hormis les traitements topiques, une titration est nécessaire à cause d’une grande variabilité interindividuelle. Il est habituel de commencer par de faibles doses et d’augmenter progressivement par paliers en fonctions de l’efficacité et de la tolérance (accord professionnel) ;
b.
une évaluation régulière de l’efficacité et de la tolérance est nécessaire. Il est recommandé de revoir le patient au cours du premier mois de traitement afin d’évaluer l’efficacité et la tolérance (accord professionnel) ;
c.
la titration doit se poursuivre, si la tolérance le permet jusqu’aux doses maximales reconnues comme efficaces avant de parler d’échec du traitement. Un traitement ainsi débuté et efficace doit être poursuivi pendant plusieurs mois (au moins six mois) (accord professionnel) ;
d.
en cas d’échec complet ou d’effets secondaires importants d’un médicament de première intention, il est légitime de le substituer contre un traitement de classe thérapeutique différente d’efficacité également démontrée (accord professionnel) ;
e.
en cas d’efficacité partielle d’un traitement de première intention, une association médicamenteuse peut être proposée entre médicaments de première intention (accord professionnel). Les associations recommandées doivent respecter les règles suivantes :

associer de préférence des classes thérapeutiques distinctes ou des traitements de mécanismes d’action complémentaire, par exemple :

un antidépresseur tricyclique (imipramine, amitriptyline, clomipramine) et un antiépileptique (gabapentine ou prégabaline),
un antidépresseur inhibiteur de recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (duloxétine) et un antiépileptique (gabapentine ou prégabaline),
un opiacé (tramadol) et un antiépileptique (gabapentine ou prégabaline),
un traitement topique (emplâtres de lidocaïne) et un traitement systémique (antidépresseur, antiépileptique, ou opiacé) ;


tenir compte du risque de certaines associations médicamenteuses. Ainsi, il est conseillé d’éviter d’associer le tramadol avec les antidépresseurs (tricycliques, inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline), ou d’associer deux antidépresseurs de la même classe ;


f.
le traitement de la douleur neuropathique ne doit pas surseoir à une prise en charge des autres symptômes tels qu’une douleur d’un autre type associée, et des troubles de l’humeur ou des troubles du sommeil. De même, ce traitement ne doit pas dispenser d’un traitement de la cause, si cela est possible.

Information à donner aux patients (accord professionnel)

Les mécanismes de la douleur neuropathique et les objectifs des traitements entrepris doivent être expliqués de façon simple et claire pour le patient (Tableau 8).

Demande d’avis spécialisé (accord professionnel)

Le médecin généraliste doit adresser le patient aux spécialistes dans les situations suivantes :

la nécessité d’un soulagement estimée comme urgente en raison de l’intensité des douleurs ou de comorbidités psychiatriques sévères (dépression, anxiété importante) ;
un échec de traitement bien conduit [67] se définissant par :

l’échec de plusieurs classes thérapeutiques différentes du fait d’une inefficacité aux doses maximales tolérées ou d’effets indésirables,
l’efficacité modeste (<30 % d’effet sur la douleur) d’une association médicamenteuse ;


un abus médicamenteux ;
un échec d’une initiation de traitement par morphiniques à des doses de 120mg d’équivalent de morphine par jour [28] ;
en cas de litiges et/ou de facteurs socioprofessionnels prédominants.

Recommandations pour les traitements médicaux non pharmacologiques

La neurostimulation transcutanée est efficace sur la douleur neuropathique périphérique focale, notamment les neuropathies diabétiques et les lésions nerveuses post-traumatiques (grade B) [60] (Tableau 9).

La stimulation magnétique transcrânienne répétitive du cortex moteur n’est pas encore utilisable en routine mais semble efficace tout au moins à court terme dans le traitement des douleurs neuropathiques périphériques ou centrales [64].

La psychothérapie, et en particulier la thérapie cognitivocomportementale, peut être proposée dans la prise en charge de la douleur neuropathique en cas de comorbidité anxieuse et de difficulté d’ajustement à la douleur (grade B).

Il existe une présomption d’efficacité de l’acupuncture dans la douleur post-zostérienne (grade B).

Recommandations pour les traitements invasifs des douleurs neuropathiques

La neurostimulation médullaire peut être proposée après échec des traitements médicamenteux bien conduits dans les lomboradiculalgies chroniques postopératoires (grade B) [60 et 68], les meilleures indications étant représentées par une composante neuropathique (radiculalgie) persistante (grade B) (Tableau 9). Dans les autres types de douleur neuropathique périphérique, les preuves sont encore insuffisantes (grade C).

Dans les douleurs neuropathiques centrales et plexiques, incluant les douleurs de membre fantôme, réfractaires aux traitements médicamenteux, la stimulation du cortex moteur peut être proposée par des centres spécialisés (grade B) [60 et 69].

L’analgésie intrathécale utilisant la morphine, la clonidine, ou plus récemment le ziconotide, peut être proposée en cas de douleur neuropathique réfractaire même si les preuves de l’efficacité de ces traitements sont faibles dans les douleurs neuropathiques proprement dites (grade B pour la morphine intrathécale dans les douleurs chroniques ; grade C pour la morphine et la clonidine dans les douleurs neuropathiques ; grade A pour le ziconotide dans les douleurs chroniques réfractaires) [70].

Enfin, dans les douleurs d’avulsion plexique, la DREZotomie (dorsal root entry zone ) peut être proposée par des centres spécialisés [71] (grade C).


Annexe 1. Composition du comité d’organisation du groupe de travail et du groupe de lecture.

Comité d’organisation
Président

LANTERI-MINET Michel-Neurologue - Nice

Membres

ATTAL Nadine-Neurologue - Boulogne-Billancourt

BLOND Serge-Neurochirurgien - Lille

BERTIN Philippe-Rhumatologue - Limoges

BOUHASSIRA Didier-Neurologue - Boulogne-Billancourt

BRUXELLE Jean-Anesthésiste-réanimateur - Paris

ESCHALIER Alain-Pharmacologue - Clermont-Ferrand

FLETCHER Dominique-Anesthésiste-réanimateur - Garches

LAURENT Bernard-Neurologue - Saint-Étienne

SERRIE Alain-Anesthésiste-réanimateur - Paris

Groupe de travail
Coordination

LANTERI-MINET Michel-Neurologue - Nice

Cellule de rédaction

ATTAL Nadine-Neurologue - Boulogne-Billancourt

BOUHASSIRA Didier-Neurologue - Boulogne-Billancourt

MARTINEZ Valéria-Anesthésiste-réanimateur - rédactrice du draft - Boulogne-Billancourt

Membres

ADAM Fréderic-Anesthésiste-réanimateur - Boulogne-Billancourt

ALCHAAR Haiel-Neurologue - Nice

ESTEBE Jean-Pierre-Anesthésiste-réanimateur - Rennes

MICK Gérard-Neurologue - Voiron

PIONCHON Paul-Odontologiste - Clermont-Ferrand

RACHIERU Petronela-Onco-hématologue/orientation pédiatrie - Angers

RADAT Françoise-Psychiatre - Bordeaux

RAMBAUD Loïc-Neurologue - Saint-Genis Laval

RAT Patrice-Médecin généraliste/orientation gérontologie - Marseille

SERRIE Alain-Anesthésiste-réanimateur - Paris

SICHERE Patrick Sichère-Rhumatologue - Paris

VERGNE-SALLE Pascale-Rhumatologue - Limoges

Groupe de lecture
Anesthésie-réanimation (10)

ALIBEU Jean-Pierre - Grenoble

ANNEQUIN Daniel - Paris

BALLY Jacques - Fort-de-France (Martinique)

BALP Laurent - Lons-Le-Saunier

BOUJU Philippe - Aulnay-Sous-Bois

BRASSEUR Louis - Boulogne-Billancourt

CANTAGREL Nathalie - Toulouse

KONG A SIOU Didier - Montpellier

PERONNET Denis - Macon

WONG FAT Richard - Papeete Tahiti

Gériatrie (3)

BLOCH Frédéric - Paris

CAPRIZ-RIBIÈRE Françoise - Nice

FILBET Marilène - Pierre-Bénite

Médecine générale (9)

CHEMINET Jacques - Poitiers

CHVETZOFF Gisèle (orientation oncologie) - Lyon

DELORME Thierry - Paris

DELORME-MORIN Claire - Bayeux

KARCHER Patrick - Schiltigheim

ROUSSEL Philippe - Marseille

SORIOT Vincent - Abbeville

TEYSSIER Ravo - Aubenas

VUILLEMIN Nicole (orientation oncologie) - Vandœuvre-Les-Nancy

Médecine interne (1)

SOREL Marc - Nemours

Médecine physique et réadaptation fonctionnelle (5)

HEURLEY Gilbert - Hyères

MOREL-FATIO Michel - Coubert

SERGENT Jean-Loup - Ajaccio

VEYS Bruno - Berck-sur-Mer

VOLCKMANN Pierre - Marcy-l’Étoile

Neurochirurgie (2)

MERTENS Patrick - Lyon

PERAGUT Jean-Claude - Marseille

Neurologie (9)

BROCHET Bruno - Bordeaux

CLAVELOU Pierre - Clermont-Ferrand

CREAC’H Christelle - Saint-Étienne

DOUSSET Virginie - Bordeaux

GERAUD Gilles - Toulouse

GIRAUD Pierric - Annecy

GOUJON Colette - Créteil

PEYRON Rolland - Saint-Étienne

VALADE Dominique - Paris

Pédiatrie (3)

FOURNIER-CHARRIÈRE Elisabeth - Le Kremlin-Bicêtre

TOURNIAIRE Barbara - Paris

WOOD Chantal - Paris

Pharmacologie (2)

DUBRAY Claude - Clermont-Ferrand

PICKERING Gisèle - Clermont-Ferrand

Psychiatrie/Psychologie (4)

LESTRADE Cécile - Toulouse

SERRA Eric - Amiens

BIOY Antoine - Le Kremlin-Bicêtre

DEFONTAINE-CATTEAU Marie-Claude - Lille

Rhumatologie (8)

BERA-LOUVILLE Anne - Lille

BODIN Michel - Griselles

DUPLAN Bernard - Aix-Les-Bains

MECHTOUF Kamel - Toulon

MILLETRE-BERNARDIN Marina - Nice

PERROT Serge - Paris

POUPLIN Sophie - Rouen

TREVES Richard - Limoges

Pour la partie démarche évaluation
Soins infirmiers (5)

COULLET Pierre - Nice

GAUTIER Jean-Michel - Montpellier

LE GALL Jocelyne - Rennes

MEASSON Laïlla - Lyon

MOREAUX Thierry - Paris

THIBAULT Pascale - Paris

Secrétariat administratif : Pascaline LAVALADE - Nice.



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