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Circonstances diagnostiques et caractéristiques des déficits sélectifs en anticorps anti-polysaccharides : à propos d’une cohorte régionale de 52 patients adultes - 24/11/21

Doi : 10.1016/j.revmed.2021.10.263 
N. Perrard 1, , S. Stabler 2, S. Sanges 1, L. Terriou 1, D. Launay 1, F. Vuotto 2, C. Chenivesse 3, E. Hachulla 1, M. Labalette 4, G. Lefèvre 4
1 Médecine interne et immunologie clinique, CHU de Lille, Lille 
2 Maladies infectieuses et tropicales, CHU de Lille, Lille 
3 Pneumologie et immuno-allergologie, CHU de Lille, Lille 
4 Institut d’immunologie, centre de biologie-pathologie-génétique, Lille 

Auteur correspondant.

Resumen

Introduction

Le déficit sélectif en anticorps anti-polysaccharides (SPAD) est un déficit immunitaire primitif méconnu prédisposant les patients à des infections à bactéries encapsulées (Streptococcus pneumoniae, Streptococcus pyogenes, Haemophilus influenzae et Neisseria meningitidis) [1]. Dans une étude régionale prospective multicentrique, sa prévalence a été estimée à 32 % des patients présentant de telles infections inexpliquées, c’est-à-dire sans facteur local ou général. Cette prévalence importante rejoint celle d’autres études précédentes [2]. Nous proposons ici de décrire les caractéristiques d’une cohorte de patients adultes porteurs d’un SPAD.

Patients et méthodes

Le diagnostic de SPAD a été retenu sur un contexte infectieux compatible, une normalité du bilan immunologique d’orientation (dosage pondéral des immunoglobulines (Ig) et des sous-classes d’IgG, immunophénotypage lymphocytaire, dosage du complément C3, C4, CH50 et électrophorèse des protéines sériques) et un défaut de réponse vis-à-vis des antigènes polysaccharidiques (PS) du pneumocoque, par analyse du titre d’anticorps anti-PS pré et post vaccinal après PNEUMOVAX (vaccin polysaccharidique non conjugué), ce en dehors de toute corticothérapie ou traitement immunosuppresseur. Les anticorps anti-PS étaient mesurés par ELISA de référence « OMS », sérotype par sérotype [3]. Les patients étaient classés selon les infections présentées: infections ORL et/ou broncho-pulmonaire récurrentes (≤2/an) et/ou graves nécessitant une hospitalisation et une antibiothérapie intraveineuse, ou encore une infection invasive documentée à bactérie encapsulée. Un test de Wilcoxon a été utilisé pour comparer la fréquence des cures d’antibiotiques avant et après supplémentation en Ig polyvalentes.

Résultats

Nous rapportons 52 observations (37 issues de l’étude régionale et 15 de la file active de notre service), dont 76 % de femmes. Trente-huit patients (73 %) présentaient des infections récidivantes (parfois graves et requérant une hospitalisation), 13 patients (25 %) présentaient des infections invasives documentées à bactéries encapsulées, ainsi qu’une patiente (2 %) ayant présenté plusieurs méningites à bactéries encapsulées ainsi que des infections récidivantes dont plusieurs graves.

Quinze patients (28 %) présentaient des manifestations inflammatoires ou dysimmunitaires, telles qu’un asthme allergique (n=7), une thyroïdite (n=3), un syndrome de Gougerot-Sjögren (n=2), un rhumatisme inflammatoire (n=3), un psoriasis cutané (n=2).

Parmi les 38 patients présentant des infections récidivantes et/ou graves, 11 d’entre eux (30 %) ont reçu une antibiothérapie par AZITHROMYCINE à visée « anti-inflammatoire bronchique » avec une efficacité nulle (n=4), partielle (n=6) ou complète (n=1) sur les épisodes infectieux respiratoires.

Vingt d’entre eux ont été traités par Ig polyvalentes au long cours avec une efficacité remarquable dans tous les cas. Six patients (30 %) présentaient des dilatations bronchiques. La fréquence moyenne des cures d’antibiotiques était de 6.1/an avant substitution puis de 0.6/an (p<0,05) sous Ig polyvalentes, avec un suivi moyen de 33 mois.

Parmi les 13 patients présentant des infections invasives documentées à bactéries encapsulées, la prise en charge reposait sur une prévention des infections par vaccins conjugués et sur l’éducation du patient sur les signes d’alerte devant l’amener à consulter rapidement. Il n’a pas été constaté de récidive d’infection invasive à bactérie encapsulée.

À noter que la patiente ayant présenté plusieurs méningites, ainsi que des infections récidivantes et graves, a elle aussi été traitée par Ig polyvalentes au long cours. La fréquence moyenne des cures d’antibiotiques passait alors de 3/an à 1/an, sans récidive de méningite au cours du suivi de 40 mois.

Conclusion

Ces observations de patients adultes avec un diagnostic de SPAD montrent la diversité des phénotypes infectieux, et suggèrent un terrain dysimmunitaire au-delà du déficit en anticorps. L’efficacité des Ig polyvalentes chez les patients avec infections récurrentes démontre l’importance de faire ce diagnostic difficile. Une étude nationale prospective multicentrique est actuellement en cours d’élaboration, visant à déterminer la prévalence des SPAD au sein d’une population sélectionnée sur une fréquence élevée d’infections, avec dilatations bronchiques et/ou infections graves associées. Les caractéristiques de ces patients ainsi que la fréquence des infections, des recours aux antibiotiques et l’impact sur la qualité de vie seront collectés.

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