Les sentiments existentiels et les expériences subjectives de la psychose : une description phénoménologique du sens de la réalité - 20/10/15
: Doctorante en psychologie clinique| pages | 13 |
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Résumé |
Objectifs |
La notion de sentiment existentiel a été proposée récemment par M. Ratcliffe pour définir une classe particulière de sentiments corporels, constituant un sens basique de la réalité. Les sentiments existentiels jouent un rôle phénoménologique dans la formation de toute expérience, comme structure d’arrière plan antérieure aux perceptions, émotions ou jugements déterminés. Ancrée dans la perspective de la psychiatrie phénoménologique inspirée de Husserl et Heidegger, cette notion vise à saisir aussi bien les oscillations quotidiennes de la familiarité que ses altérations en psychopathologie, dans les vécus de déréalisation, d’étrangeté, de doute ou de référence. Cet article cherche à introduire à la définition phénoménologique du sentiment existentiel, et à discuter son application dans le champ de la psychiatrie, et en particulier des psychoses.
Méthode |
Une présentation de l’horizon conceptuel de la notion de sentiment existentiel amène à dégager son ancrage dans la tradition phénoménologique, dans son articulation entre philosophie et psychiatrie. Le recours à des descriptions cliniques en première personne met quant à lui en évidence les éléments de cette notion pouvant inviter à un éclairage original des expériences subjectives et des constructions délirantes à l’œuvre en psychopathologie.
Résultats |
L’hypothèse d’un sens préréflexif de la réalité et de la présence au monde amène à décrire des niveaux et des composantes distincts au sein de la vaste catégorie de « perte de la réalité » : il convient notamment de prêter attention à la distinction entre la dimension d’un « sens du réel » conférant à la réalité sa présence, son épaisseur et sa consistance et la dimension du jugement de réalité relevant du registre doxastique de la croyance.
Discussion |
Dans une perspective pluridisciplinaire entre philosophie et psychopathologie, ces distinctions invitent à discuter la pertinence des notions de sentiments existentiels, d’horizon et d’évidences naturelles pour éclairer la clinique des phénomènes de vacillement de la réalité commune. Sur le plan de la clinique des psychoses, ces notions peuvent constituer une armature conceptuelle pour discuter les étapes et processus à l’œuvre dans la formation du délire, en amenant à critiquer l’assimilation du délire à un ensemble de croyances fausses et inadéquates : l’accent placé sur la dimension de l’expérience et sur l’altération d’un cadre d’arrière-plan sous-tendant le rapport à la réalité invite notamment à saisir les phénomènes pré-délirants dans leur spécificité, et à entendre les délires qui peuvent s’y former comme des tentatives de restitution de certaines évidences d’arrière-plan fondamentales pour le sujet. Sur le plan de la clinique différentielle, il convient d’interroger les différents types de variations des sentiments existentiels et la possibilité de dégager des critères proprement phénoménologiques pour opérer des différenciations cliniques au sein des divers vécus de dépersonnalisation, de déréalisation ou d’étrangeté pouvant survenir dans des contextes extrêmement variés.
Conclusions |
La notion de sentiment existentiel, et la perspective phénoménologique dans laquelle elle s’ancre, peuvent présenter un intérêt tant conceptuel que clinique pour l’étude des phénomènes de rupture avec la réalité commune, en invitant, face aux approches contemporaines d’un délire assimilé à une croyance fausse et d’une conception dimensionnelle et continuiste des psychoses, à se focaliser sur la tonalité singulière et spécifique des expériences psychotiques.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Objectives |
The concept of “existential feeling” has been recently suggested by M. Ratcliffe to encompass a specific range of bodily feelings, which constitute a basic sense of reality. Existential feelings play a phenomenological role in all experience, as a background structure prior to definite perceptions, emotions and judgement. Rooted in a phenomenological psychiatry perspective inspired by Husserl and Heidegger's works, this concept attempts to grasp both variations in feelings of familiarity in everyday life, and their alterations in psychopathology, through the experiences of derealization, strangeness, doubt or reference. This paper aims to explore the phenomenological definition of existential feeling, and to discuss its application to the field of psychiatry and especially to psychosis.
Method |
A review of the conceptual background framing the notion of “existential feeling” sheds light on its anchoring in the phenomenological tradition, linking philosophy and psychopathology. Clinical descriptions allow for the exploration of the pertinence of this concept in understanding subjective experiences and delusional phenomena in psychopathology.
Results |
The hypothesis of a pre-reflective sense of reality and presence in the world makes it possible to describe distinct levels within the broad category of “loss of reality”. The dimension of a “sense of reality”, which gives to the experience its presence and consistency, has to be carefully distinguished from the dimension of the judgement of reality, pertaining to the doxastic level of belief.
Discussion |
From a multidisciplinary perspective of philosophy and psychopathology, these distinctions invite discussion of the relevance of the concepts of “existential feeling”, “horizon” or “natural self-evidence” to shedding light on the loss of reality phenomena. In relation to psychosis, these notions can contribute to understanding the formation process of delusion and lead to criticizing its definition as a false belief. Stressing the experiential dimension and the alteration of background frameworks invites an exploration of the specificity of pre-delusional phenomena, and of delusions as attempts to restore some of these background frameworks. Regarding differential diagnosis, one key point is the possibility to point out some phenomenological criteria, relying on different kinds of existential feelings and structures of experience. This could allow clinical distinctions within the range of feelings such as depersonalization or derealization, which can occur in various clinical contexts.
Conclusions |
The notion of existential feeling and the phenomenological perspective can be highly relevant, both conceptually and clinically, to studying the various phenomena of loss of a common reality. In the context of the contemporary definition of delusion as a false belief and the dimensional approach of a psychosis continuum, there is a call for the description of the specific and singular tonality of psychotic subjective experiences.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Sentiment existentiel, Phénoménologie, Atmosphère délirante, Déréalisation, Psychose
Keywords : Existential feeling, Phenomenology, Delusional atmosphere, Derealization, Psychosis
Plan
| ☆ | Toute référence à cet article doit porter mention : Troubé S. Les sentiments existentiels et les expériences subjectives de la psychose : une description phénoménologique du sens de la réalité. Evol Psychiatr XXXX; vol (no) : pages (pour la version papier) ou URL [date de consultation] (pour la version électronique). |
Vol 80 - N° 4
P. 675-687 - octobre 2015 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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