Cette rubrique, “questions de comptoir”, est conçue pour vous apporter des éléments de réponse éclairée face aux multiples questions que vous posent quotidiennement vos patients au comptoir de l’officine, dans le vaste domaine de la santé.
Administration de la vitamine D à l’enfant
Comment faut-il utiliser Uvestérol®chez le nourrisson ?
En France, plus d’un million de nouveau-nés et nourrissons prennent chaque jour des médicaments contenant de la vitamine D. Afin de limiter les risques de fausse route et malaise vagal chez les nourrissons de moins de 6 mois, il est particulièrement important de respecter scrupuleusement les modalités d’administration du produit.
Le médicament doit toujours être donné avant la tétée ou le biberon, avec la pipette doseuse fournie dans la boîte (Seringoutte®), les autres seringues n’étant pas adaptées à l’administration orale des nourrissons.
Comme toute forme liquide de médicament, la vitamine D doit être administrée à un nourrisson éveillé, en position semi-assise, la tête fléchie reposée sur le bras. Il est proscrit d’allonger l’enfant juste après.
Chez le nouveau-né à terme et le nourrisson, la dose prescrite doit être introduite à environ 1 cm dans la bouche contre l’intérieur de la joue ; il faut ensuite laisser l’enfant téter. S’il ne tète pas, il est conseillé d’appuyer très lentement sur le piston de la pipette afin que le produit s’écoule goutte à goutte. La solution étant aqueuse, elle peut également être administrée dans un biberon de faible volume, toujours avant la tétée.
Chez le nouveau-né prématuré qui tète (jusqu’au terme d’environ 37 semaines) ou en cas de reflux gastro-œsophagien, de problèmes digestifs ou de troubles de la déglutition, le produit ne doit pas être administré pur, mais dans une tétine adaptée à l’enfant après dilution dans 2 mL d’eau ou de lait selon le mode d’allaitement préconisé.
Nausées de la femme enceinte
Je suis enceinte et mon médecin m’a prescrit Donormyl®pour lutter contre les nausées. Qu’en pensez-vous ?
La doxylamine est un antihistaminique H1 particulièrement sédatif, d’où son indication, en France, dans l’insomnie occasionnelle chez l’adulte. Les comprimés sont dosés à 15 mg et la posologie recommandée est de 7,5 à 15 mg par jour (soit un demi à un comprimé). Elle peut être portée à 30 mg par jour si nécessaire.
Au Canada et aux États-Unis, la doxylamine, en association avec de la pyridoxine (vitamine B6), a une autorisation de mise sur le marché (AMM) dans les nausées et vomissements de la grossesse (20 mg le soir plus 10 mg le matin et l’après-midi si nécessaire). Ce n’est pas le cas en France où la posologie, quand Donormyl
® est prescrit dans ce cadre, doit se rapprocher de ce qui est recommandé en Amérique du Nord. Il est également important de prendre en compte les effets sédatifs et anticholinergiques de la molécule (notamment sécheresse buccale et risque de constipation). La doxylamine peut être utilisée à tout moment de la grossesse, mais pas pendant l’allaitement
1Centre de référence sur les agents tératogènes. http://lecrat.fr/. .
Traitement antidépresseur
Je me sens mieux. Puis-je arrêter mon antidépresseur ?
Après quelques semaines de traitement antidépresseur, le patient commence à se sentir mieux et peut reprendre ses activités normales. Il est alors “en convalescence”, c’est-à-dire qu’il ne présente plus, ou presque plus, de signes de dépression. Toutefois, il est recommandé d’attendre plusieurs semaines pour stopper le traitement afin de limiter le risque de récidive, correspondant à la réapparition des symptômes dépressifs d’origine.
La guérison ne survient que quelques semaines ou mois plus tard. C’est à ce moment que l’arrêt est envisageable. Il doit se faire de manière progressive et programmée afin de prévenir la survenue d’un syndrome de sevrage. Celui-ci peut toutefois apparaître dans les jours suivant la dernière prise. Il dure moins d’une semaine en général, rarement au-delà. Les symptômes diffèrent selon les antidépresseurs. Ils ne doivent pas être confondus avec ceux de la dépression.
Les plus courants sont : anxiété, irritabilité, tension nerveuse, cauchemars, insomnie, sensations vertigineuses, troubles de l’équilibre et autres troubles neurosensoriels, syndrome pseudo-grippal (rhinorrhée, myalgies, malaise, nausées, vomissements, diarrhées, frissons).
En pratique, si le début du traitement date de moins d’un an, il est possible de l’arrêter en quelques semaines, en diminuant toutes les semaines d’un quart la dose journalière. Si le traitement était instauré depuis plus d’un an, l’arrêt doit être programmé sur plusieurs mois, en diminuant d’un quart la dose journalière par palier de quatre semaines minimum. La période de diminution des posologies sera d’autant plus prolongée que la durée du traitement aura été longue.
Si, à cette occasion, les signes sont plus sévères qu’au début de la maladie (“effet rebond”), le médicament doit être repris à la dose initiale.
Maladies transmises par les tiques
J’ai entendu parler d’un vaccin contre les maladies transmises par les tiques. Qu’en est-il ?
Les tiques sont des acariens hématophages. Elles sont parfois porteuses d’agents pathogènes pour l’homme qu’elles peuvent transmettre à l’occasion d’un repas sanguin. Il peut s’agir de pathologies bactériennes : la fièvre Q (coxiellose), la borréliose de Lyme et la fièvre boutonneuse méditerranéenne peuvent être transmises en France métropolitaine ; la fièvre récurrente à tiques est endémique en Afrique de l’Ouest, la fièvre africaine à tiques, en Afrique subsaharienne et la fièvre pourprée des montagnes rocheuses, plus sporadique, en Amérique du Nord. Les piqûres peuvent également être à l’origine de pathologies virales : l’encéphalite européenne à tiques est endémique en Europe centrale et en Europe de l’Est ainsi que dans dans le Nord-Est de la France, l’encéphalite asiatique à tiques l’est en Extrême-Orient et Sibérie, alors que la fièvre hémorragique de Crimée-Congo se manifeste sur un mode endémo-épidémique en Europe, Asie et Afrique. Les tiques peuvent également transmettre la babésiose due à un parasite de type protozoaire.
La protection contre ces maladies relève avant tout de l’application de répulsifs appropriés et du retrait des acariens avec un tire-tique dès que possible
1Société de médecine des voyages, Société française de parasitologie. Recommandations de bonnes pratiques. Protection personnelle antivectorielle ou protection contre les insectes piqueurs et les tiques. Septembre 2010. . Il existe un vaccin contre l’encéphalite européenne à tiques (ou méningo-encéphalite à tiques) : Ticovac
® enfant jusqu’à 16
ans ; Ticovac
® adulte et Encépur
® à partir de 12 ans. La vaccination en trois injections est recommandée uniquement aux voyageurs séjournant en zone rurale ou forestière d’endémie en Europe centrale, orientale et septentrionale, du printemps à l’automne
2Société de médecine des voyages, Société française de parasitologie. Recommandations de bonnes pratiques. Protection personnelle antivectorielle ou protection contre les insectes piqueurs et les tiques. Septembre 2010. .