Les ongles de Terry et l’absence de lunule : deux altérations unguéales révélatrices de pathologies chroniques - 11/06/21
Résumé |
Introduction |
L’examen des ongles fait partie intégrante de l’examen physique. Certaines altérations unguéales peuvent être caractéristiques d’un nombre de pathologies chroniques. Nous rapportons une observation de l’absence de lunule unguéale chez un patient insuffisant rénal chronique ainsi qu’un signe de Terry chez une patiente atteinte d’hépatite auto-immune au stade de cirrhose hépatique.
Observation |
Cas 1 : Un homme de 62 ans nous a été adressé par le service de néphrologie pour un examen dermatologique systématique. Il était suivi pour une insuffisance rénale chronique (IRC) d’origine vasculaire. À l’examen dermatologique, la lunule de tous les ongles était totalement absente. Le reste de l’examen cutané était sans anomalie. Le bilan biologique montrait une anémie (hémoglobine à 11g/dl), une hypocalcémie (73mg/L) et un faible taux de fer sérique (0,28mg/L). Cas 2 : Une femme de 45 ans, consultait pour une éruption cutanée papulo-nodulaire excoriée cadrant avec un prurigo. Par ailleurs, l’examen des phanères montrait une leuconychie de tous les ongles des doigts, occupant 80 % de la surface unguéale, rendant la lunule quasiment indiscernable. Cette leuconychie s’arrêtait à 1mm du bord distal du lit unguéal de chaque ongle. À la reprise de l’interrogatoire, la patiente rapportait depuis quelques mois une asthénie, un amaigrissement, un ictère, et des douleurs abdominales l’ayant amené à consulter en gastrologie. Une cirrhose hépatique avait été découverte. La patiente a été hospitalisée une semaine après notre consultation, une enquête étiologique a été réalisée, mettant en évidence une hépatite auto immune avec les dosages des anticorps anti muscle lisse, des facteurs antinucléaires (FAN), et des anticorps anti-actine positifs.
Discussion |
La lunule est la partie visible de la matrice de l’ongle qui s’étend au-delà du pli proximal de l’ongle. L’absence de lunule a été observée chez 62,9 % des patients atteints d’IRC. Elle a été décrite également dans la bronchopneumopathie obstructive ainsi que dans la polyarthrite rhumatoïde. L’anémie, observée chez notre patient, est considérée comme la principale cause de l’absence de lunule, mais d’autres altérations métaboliques en rapport avec l’IRC pourraient aussi être en cause. Quant à l’ongle de Terry, cette leuconychie apparente a été décrite pour la première fois en 1954 chez 82 % des patients atteints de cirrhose comme une opacité en verre dépoli du lit de l’ongle et une lunule indiscernable avec une bande distale de 1–2mm de couleur normale. Cependant, les critères de Terry ont été révisés en 1984 : la largeur de bande distale peut être comprise entre 0,5mm et 3mm, et le lit de l’ongle proximal peut être rose clair, la lunule restant encore discernable. Les ongles de Terry sont le résultat de changements dans la vascularisation du lit de l’ongle, d’une diminution de la partie proximale et de l’augmentation du bord distal. D’autres pathologies chroniques ont été associées aux ongles de Terry telles que le diabète, la tuberculose pulmonaire et le syndrome de Reiter.
Conclusion |
L’absence de lunule et le signe de Terry constituent des signes sémiologiques qui peuvent accompagner une IRC ou une cirrhose hépatique. L’examen des ongles doit faire partie intégrante de tout examen physique. Dans des cas rapportés dans la littérature, ces altérations unguéales ont été révélatrices de ces maladies chroniques.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Plan
Vol 42 - N° S1
P. A205-A206 - juin 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?

