Jouer avec la mort : prise de risque dans le sport et deuils impossibles - 30/10/21
Playing with death: Impossible mourning and risk-taking in sport
: Maître de Conférences en Psychopathologie et Psychologie Clinique, Barbara Smaniotto a : Maître de Conférences en Psychopathologie et Psychologie Clinique, Christine Peiffer b : Docteure en Psychologie, Chercheur Associée du Laboratoire de Psychologie Clinique, Psychopathologie Psychanalytique| pages | 11 |
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Résumé |
Objectif |
Alors que dans les sociétés occidentales la mort est de plus en plus masquée, les comportements de « trompe-la-mort permanents » sont au contraire de plus en plus présents. L’étude des prises de risque dans le sport permet d’observer ce jeu avec/autour/contre la mort. À travers le cas de Kevin, adepte de prises de risque spectaculaires dans ses pratiques sportives, les auteurs montreront comment l’appétence traumatophilique et le jeu avec la mort seraient des tentatives de traiter des deuils multiples, mais aussi de restaurer illusoirement un narcissisme fragile et fragilisé par des pertes et deuils restés « en suspens ».
Méthode |
Les auteurs ont privilégié une étude de cas, ayant valeur d’exemplarité, associant deux entretiens de recherche de type entretien libre ainsi que la passation des tests du Rorschach et du TAT avec un retest à un mois d’écart. Ces tests ont été analysés selon les principes de l’École française.
Résultats |
Outre la recherche identificatoire de masculinité et de virilité, les prises de risque létales dans la pratique sportive peuvent également s’entendre, dans le cas présenté ici, comme une lutte contre les effets de deuils multiples et de la dépression associée. C’est la lutte antidépressive qui est au premier plan du fonctionnement psychique et qui s’intrique au masochisme s’exprimant dans une « appétence traumatophile » et constituant le dernier rempart contre un risque d’un effondrement autrement plus désorganisateur.
Discussion |
Les auteurs proposent la notion de « travail du sépulcre » – en référence à l’expression de R. Gori et M.-J. Del Volgo mais aussi à la formule de M. de M’Uzan sur le travail du trépas – pour désigner le processus de création d’un lieu psychique, topique, d’ une sépulture psychique en somme, bien différenciée. Il signerait donc la séparation avec l’objet perdu et l’amorce d’un processus d’introjection de l’objet mort et non pas son incorporation mélancolique. Le sépulcre témoignerait de l’inscription de la réalité psychique de la mort et donc de la perte. Ce moment ouvrirait alors au travail de deuil proprement dit.
Conclusions |
La prise de risque dans les pratiques sportives dont rend compte le cas étudié ici illustre des situations cliniques singulières dans lesquelles le travail du deuil n’a pu s’amorcer et la dépression advenir. Ces configurations psychopathologiques ne constituent d’ailleurs pas une clinique homogène, mais illustrent, à leur façon, des stratégies psychiques pour éviter la confrontation à la souffrance de perdre.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Abstract |
Aim |
Although death seems to be increasingly dissimulated in our Western society, “death-dodger” behaviors, on the contrary, are constantly on the rise. The study of those who practice high-risk sports allows us to clearly see their game with/around/against death. Through the case of Kevin, who engages in tremendously risky behavior in his practice of sport, we propose to show how continued traumaphilia and flirting with death is an attempt to deal with multiple griefs, as well as an illusory attempt to restore a frail narcissism, weakened by losses and mournings that remain unresolved.
Method |
The authors conducted a case study, with exemplary value, combining two unstructured-type research interviews as well as the administration of the Rorschach and TAT tests, with a retest one month later. These tests were analyzed according to the principles of the French school.
Results |
In addition to an identification with masculinity and virility, lethal risk-taking in sports can also be understood, in our case study, as a fight against the effects of multiple bereavements and the associated depression. This is the anti-depressive struggle that is at the forefront of psychological functioning and that becomes part of the masochism expressed in “traumaphilia,” constituting the last defense against the risk of an otherwise more disruptive collapse.
Discussion |
The authors propose the notion of “sepulcher work” – borrowing R. Gori's and M.-J. Del Volgo's use of the expression, with reference to M. de M’Uzan's formula on the work of passing over – to define the stage of mourning in which it is recognized that the object has indeed been definitively lost. Sepulcher work, for us, consists in a psychological movement in which the subject who has lost her/his object admits that this loss is final: the first recognition of the principle of reality prior to the work of mourning.
Conclusions |
The risk-taking in sports reported in the case studied here illustrates unique clinical situations in which the process of mourning could not begin, leading to depression. These psychopathological configurations do not constitute a homogeneous clinical picture, but illustrate, in their own way, psychological strategies to avoid facing the suffering of loss.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Mots clés : Deuil, Traumatisme psychique, Sport, Mort, Comportement à risque
Keywords : Mourning, Psychic trauma, Sport, Death, Risky behavior
Plan
| ☆ | Toute référence à cet article doit porter mention. Camps FD, Smaniotto B., Peiffer C. Jouer avec la mort : prise de risque dans le sport et deuils impossibles. Evol psychiatr. 2021; 86 (4): pages (pour la version papier) ou adresse URL et date de consultation (pour la version électronique). |
Vol 86 - N° 4
P. 755-765 - novembre 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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