Étude SISTER : sickle cell disease and steroïds. Risque d’hospitalisation pour crise vaso-occlusive chez les patients atteints de drépanocytose après exposition ambulatoire aux corticoïdes systémiques en France - 24/11/21
, P. Cougoul 2, J. Maquet 1, M. Lapeyre-Mestre 3, P. Bartolucci 4, M. Lafaurie 5, G. Moulis 1Résumé |
Introduction |
La drépanocytose est la maladie monogénique la plus fréquente au monde. Elle affecte environ 500 nouvelles naissances par an en France. Elle se caractérise par la survenue de crises douloureuses vaso-occlusives (CVO), responsables d’une importante morbi-mortalité. Les corticoïdes pourraient favoriser la survenue de ces CVO mais aucune étude sur de grands effectifs n’a été conduite pour mesurer ce risque. Les corticoïdes sont largement prescrits chez les patients drépanocytaires et les recommandations ne sont pas toujours claires. L’objectif principal était de mesurer l’association entre la prise ambulatoire de corticoïdes systémiques et l’hospitalisation pour CVO chez les patients drépanocytaires en France. L’objectif secondaire était de mesurer cette association distinctement chez les adultes (≥15 ans) et chez les enfants (<15 ans).
Patients et méthodes |
Le schéma d’étude était un schéma auto-contrôlé de type case-case-time-control. La source de données était le SNDS (Système National des Données de Santé) qui chaîne au niveau national les données administratives, hospitalières et de consommation de soins de tous les patients affiliés à la sécurité sociale. La population d’étude était l’ensemble des patients drépanocytaires hospitalisés au moins une fois pour CVO entre 2010 et 2018. L’évènement d’intérêt était la première hospitalisation pour CVO, identifiée par un Code D57,0 de la Classification Internationale des Maladie–10ème version (CIM-10) en diagnostic principal d’un séjour hospitalier (VPP 98,6 %) [1]. L’exposition était la délivrance ambulatoire de corticoïdes systémiques identifiée au sein des délivrances ambulatoires. L’exposition était recherchée dans les périodes cas (28jours avant l’évènement) et témoins (période de 28jours débutant 3 mois avant l’évènement). Les schémas autocontrôlés permettent un auto-ajustement sur les facteurs de confusion non dépendants du temps. Les facteurs de confusion dépendants du temps étaient pris en compte par ajustement (infections, transfusions) ou stratification (hydroxyurée). L’utilisation de futurs cas permettait de prendre en compte les variations calendaires d’exposition aux corticoïdes. Nous avons réalisé plusieurs analyses de sensibilité en faisant varier le schéma d’étude, la définition des périodes cas et témoin, ou en conduisant des analyses en sous-groupe.
Résultats |
La population d’étude était constituée de 14 611 patients, ayant présenté 103 204 hospitalisations pour CVO, 46 % étaient exposés aux corticoïdes. Dans l’analyse principale, 6,15 % étaient exposés durant la période cas. L’exposition aux corticoïdes était significativement associée à la survenue d’une hospitalisation pour CVO avec un Odds Ratio ajusté (ORa) à 3,81 [Intervalle de Confiance à 95 % (IC95 %) : 2,44–5,61]. Chez les patients exposés à l’hydroxyurée, l’ORa était à 2,61 [IC95 % 1,07–6,39], contre un ORa à 4,00 [IC95 % 2,53–6,30] chez les patients non exposés. L’ORa était à 2,81 [IC95 % 1,49–5,30] chez les patients <15 ans, et à 4,45 [IC95 % 2,37–8,37] chez les patients ≥15 ans. Les résultats étaient concordants dans toutes les analyses de sensibilité.
Discussion |
L’étude SISTER est la première étude populationnelle ayant mesuré l’association entre prise de corticoïdes systémiques en ambulatoire et hospitalisation pour CVO. Les principales forces de cette étude sont l’utilisation d’une source de données exhaustive comme le SNDS et l’utilisation d’un schéma d’étude auto-contrôlé en case-case-time control ayant permis de contrôler les facteurs de confusions non dépendants du temps et les variations de prescriptions de corticoïdes. Les principales limites de l’étude sont l’absence d’identification des différents types de drépanocytose majeure et des syndromes thoraciques aigus, et un manque de puissance pour étudier le risque des corticoïdes chez l’enfant exposé à l’hydroxyurée.
Conclusion |
L’exposition ambulatoire aux corticoïdes oraux systémiques ou injectables était associée à la survenue d’hospitalisation pour CVO chez les patients drépanocytaires en France. Les prescriptions de corticoïdes devraient être limitées aux situations d’absence d’alternative thérapeutique.
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Vol 42 - N° S2
P. A317-A318 - décembre 2021 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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