Le microbiote cutané de la grossesse - 01/12/22
Résumé |
Introduction |
De nombreuses études ont identifié le microbiote intestinal, vaginal et oral de la grossesse, ainsi que leurs éventuels liens avec la morbidité obstétricale. Aucune n’a, toutefois, exploré le microbiote cutané gestationnel. L’objectif était d’étudier le microbiome cutané bactérien pendant la grossesse et corréler le profil taxonomique aux éventuelles modifications cutanées physiologiques.
Matériel et méthodes |
Il s’agit d’une étude monocentrique, transversale et analytique de patientes consultant leur obstétricien pour suivi au cours du 3e trimestre de grossesse. La présence d’une maladie cutanée ou systémique active et l’usage de corticoïdes ou d’antibiotiques topiques ou systémiques, durant les 60 derniers jours, étaient des critères d’exclusion. Un dermatologue a collecté les données démographiques, recherché à l’examen clinique des modifications cutanées physiologiques liées à la grossesse et prélevé par écouvillonnage de trois sites (dos, joue et cuir chevelu) des échantillons pour extraction de l’ADN, séquençage de la région V1-V3 du gène 16S de l’ARN ribosomal sur la plateforme Illumina MiSeq et analyses bio-informatique et statistique.
Résultats |
Vingt et une patientes étaient éligibles ; 15 ont été incluses. L’âge moyen était de 32 ans ; le phototype III était prédominant ; aucune patiente n’était tabagique. Le phylum prédominant était les actinobactéries sur le dos, les firmicutes sur la joue et le cuir chevelu. La famille et le genre prédominants sur les 3 sites étaient respectivement les staphylococcaceae et Staphylococcus. Les indices de l’alpha-diversité mesurant la richesse en OTUs (unités taxonomiques opérationnelles) étaient significativement différents d’une patiente à l’autre (OTUs observés, p=0,001 ; Chao-1, p=0,0008), et ceux mesurant l’inégalité en abondance d’espèces étaient significativement différents d’un site à l’autre (indice de Shannon, p=0,00115). Les indices de bêta-diversité montraient une légère tendance de regroupement des échantillons provenant du même site. Les actinobactéries prédominaient sur les sites des patientes ayant développé des modifications vasculaires cutanées ; les protéobactéries y étaient plus rares et la bêta-diversité significativement différente.
Discussion |
Nous rapportons, dans cette étude, le profil taxonomique détaillé du microbiome cutané du cuir chevelu, de la joue et du dos au cours de la grossesse. Les sites que nous avons étudiés sont des milieux gras. Ils seraient dominés par des cutibactéries lipophiles, mais les genres bactériens prédominant chez nos patientes étaient les staphylocoques alors que les cutibactéries occupaient la 2e place en abondance. Bien qu’il s’agisse d’une étude exploratrice, ses résultats originaux apportent beaucoup de données détaillées sur la composition du microbiome cutané au cours de la grossesse et constituent une référence pour de futurs travaux sur l’état cutané gravidique aussi bien physiologique que pathologique. Nous rappelons aussi que l’ADN isolé a été amplifié par PCR à l’aide d’amorces ciblant la région V1-V3 du gène 16S de l’ARNr, cette région étant la plus utile pour distinguer les espèces du staphylocoque cutané ubiquitaire et les autres composants du microbiote cutané. Les amorces amplifiant la région variable V4 n’ont pas été capables de récupérer les propionibactéries ni de spécifier de manière fiable les staphylocoques. Toutefois, quelques limitations doivent être considérées. Le nombre de patientes reste restreint et affaiblit les analyses de corrélation. Aucun dosage hormonal n’a été réalisé pour corréler le profil taxonomique aux titres sériques des hormones et des médiateurs de la gestation. À cause d’un refus presque unanime de fournir un échantillon de selles, la corrélation entre microbiome cutané et microbiome intestinal n’a pu être accomplie. Les prélèvements n’ont pas inclus de sites humides ou secs et n’ont exploré le microbiome cutané qu’à un moment donné et unique qui est le dernier trimestre de la grossesse ; des prélèvements itératifs à travers les différentes étapes de la grossesse auraient permis d’étudier une éventuelle dynamique gestationnelle du microbiome. En conclusion, cette étude a pu identifier la composition bactérienne de la peau normale au 3e trimestre de la grossesse. Nous la compléterons par une analyse comparative après écouvillonnage des mêmes sites hors grossesse.
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Vol 2 - N° 8S1
P. A254 - novembre 2022 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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