Caractérisation moléculaire des néphrites interstitielles aiguës associées à une hématopoïèse clonale - 28/11/23
Résumé |
Introduction |
Les néphrites interstitielles aiguës (NIA) sont caractérisées par un infiltrat inflammatoire au sein de l’interstitium et des tubules rénaux, et constituent un groupe hétérogène de maladies dont la cause reste fréquemment indéterminée. Des études récentes utilisant des techniques de séquençage haut débit ont mis en évidence au sein de la population générale une accumulation progressive de mutations somatiques dans les cellules souches hématopoïétiques, à l’origine d’une expansion clonale. La pathogénicité de ces clones est à présent admise, le caractère clonal des infiltrats cutanés ayant par exemple été montré au cours de certaines dermatoses neutrophiliques. L’hématopoïèse clonale de potentiel indéterminé (CHIP), état pré-malin défini par la présence de clones porteurs de mutations somatiques dans les gènes associés aux hémopathies, a par ailleurs été associé à un large éventail de maladies inflammatoires telles que l’athérosclérose, la bronchopneumopathie chronique obstructive ou la goutte. Il a été montré un phénotype pro-inflammatoire des cellules myéloïdes différenciées à partir des CHIP dans plusieurs modèles précliniques. Ce mécanisme a récemment été impliqué dans l’inflammation interstitielle rénale dans des modèles murins d’ischémie–reperfusion.
Patients et méthodes |
Cette étude rétrospective monocentrique avait pour objectif de montrer la nature clonale de l’infiltrat inflammatoire interstitiel dans un sous-groupe de patients atteints de NIA. Elle a inclus des patients présentant une NIA avec infiltrat à polynucléaires neutrophiles, en l’absence de toute cause infectieuse identifiée (NIA-PNN). La présence d’une clonalité a été recherchée dans le sang, la moelle osseuse et/ou sur tissu rénal par un panel Next Generation Sequencing (NGS) ciblant 67 gènes impliqués dans les hémopathies myéloïdes.
Résultats |
Vingt patients avec NIA-PNN ont été identifiés (âge médian 69 ans, sex-ratio H/F 0,5), dont 2 (10 %) avaient une hémopathie maligne connue au diagnostic de néphrite (leucémie myéloïde aiguë et syndrome myélodysplasique). La présence d’un ou plusieurs clones circulant a été identifiée par NGS chez 16 (80 %) patients. Sept sur 16 (43,7 %) patients avaient plus d’un clone. Les gènes les plus fréquemment mutés étaient DNMT3A (8/16) et TET2 (5/16), avec une fréquence allélique (VAF) allant de 2 à 58 %. Le panel NGS myéloïde a pu être réalisé sur ADN extrait de l’échantillon de biopsie rénale chez 7/16 patients dont 5 présentaient un variant identique au clone circulant au sein du tissu rénal, avec des VAF significatives (1,5 à 16 % de l’ADN rénal total). Ces 5 patients présentaient une insuffisance rénale aiguë sévère (créatininémie moyenne au diagnostic, 525μmol/L). Quatre sur 5 patients ont reçu une corticothérapie, permettant une récupération partielle ou complète rapide de la fonction rénale (suivi médian, 5 mois). Aucun patient n’a nécessité d’épuration extra-rénale. Une patiente a développé un syndrome myélodysplasique associé à un syndrome auto-inflammatoire inclassé 31,2 mois après le diagnostic de néphrite, sans récidive de l’atteinte rénale.
Conclusion |
Ces résultats suggèrent que le rein peut être la cible d’une infiltration spécifique par des cellules myéloïdes clonales, et viennent étendre le spectre étiologique des NIA. Cette forme de NIA semble corticosensible et de bon pronostic rénal. Des analyses moléculaires et immunohistochimiques complémentaires sont en cours sur les prélèvements histologiques rénaux afin de caractériser de façon détaillée l’infiltration cellulaire rénale.
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Vol 44 - N° S2
P. A357-A358 - décembre 2023 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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