Implication des papillomavirus du genre alpha dans la carcinogenèse des carcinomes épidermoïdes cutanés - 15/11/24
Résumé |
Introduction |
Les papillomavirus humains (HPV) sont classés selon 5 genres (α, β, γ, μ et ν). Dans la classification internationale le tropisme des α-HPV oncogènes est considéré comme strictement muqueux (en dehors des cancers unguéaux). Le genre α est le plus étudié du fait de son implication systématique dans les cancers du col ainsi que certains cancers ORL et anogénitaux. Concernant les carcinomes épidermoïdes cutanés (CEC), la quasi-totalité des données sont centrées sur le rôle des β-HPV. L’objectif de cette étude est d’apporter de premières données sur le lien entre α-HPV et CEC extragénitaux.
Matériel (ou patient) et méthodes |
Cent vingt-neuf prélèvements FFPE issus de 121 patients présentant un ou plusieurs CEC extragénitaux étaient analysés pour recherche d’α-HPV avec la trousse commerciale Anyplex™ II HPV28. Le CNR HPV de Besançon a réalisé pour l’ensemble des prélèvements une recherche des β et γ-HPV en analyse Luminex® ainsi qu’une détection complémentaire des α-HPV par technique INNO-LiPA® pour 92 prélèvements. L’intégration du génome d’HPV 16 a été estimée via le ratio des charges virales E2/E6.
Résultats |
L’âge médian était de 73,5 ans, le ratio F/H de 0,47. La localisation tête et cou était prépondérante (66,7 %) et 58 patients (48 %) présentaient une immunodépression dont 32 greffés d’organes (26 %) et 14 patients séropositifs pour le VIH (12 %). Au moins un type d’HPV était détecté dans 65 CEC (50 %). Les β-HPV étaient trouvés dans 49 prélèvements (38 %), les α-HPV dans 26 (20 %) et les γ-HPV dans 20 (16 %), en mono- ou multi-infection.
Concernant les 24 patients présentant un ou plusieurs CEC positifs pour α-HPV, la moyenne d’âge était de 61 ans avec 15 patients immunodéprimés (7 patients VIH+). Dans 96 % des tumeurs α+ un seul type d’α-HPV était détecté, en association ou non à une infection β et/ou γ. Les types α étaient les suivants : HPV 16 (10/26, 37 %), HPV 45 (2/27), HPV 66 (2/27), HPV 21 (2/27) puis HPV 18, 33, 56, 73, 82. Par ailleurs, 5 prélèvements présentaient un α-HPV X non typable. Une analyse complémentaire sur 11 prélèvements α+ disposant de matériel disponible mettait en évidence l’absence d’infection α en peau saine péri-lésionnelle. La mesure du ratio E2/E6 a été réalisée pour 9 tumeurs infectées par HPV 16, mettant en évidence une intégration virale pour 8 d’entre eux avec un taux variant de 29 à 100 %.
Discussion |
Concernant les infections β et γ-HPV, l’interprétation reste difficile car ces HPV peuvent contribuer à la carcinogenèse cutanée mais font également partie du virome cutané. L’apport de cette étude réside dans la mise en évidence d’une prévalence non négligeable des α-HPV oncogènes, mais également de premiers arguments en faveur de leur participation au processus oncogène et non d’une simple commensalité. En premier lieu la mono-infection est très évocatrice d’une expansion clonale, comme observée dans les cancers du col. L’hypothèse d’une carcinogénicité cutanée des α-HPV est aussi renforcée par la localisation de l’infection limitée à la zone tumorale et absente en peau péri-lésionnelle dans les échantillons testés. Pour les tumeurs infectées par HPV 16 la présence d’une intégration du génome viral va également dans le sens d’une effet oncogène cutané de ce type d’HPV.
Conclusion |
Des études complémentaires sont en cours afin de mieux préciser le rôle des α-HPV dans les CEC. La démonstration du caractère oncogène cutané des α-HPV pourrait ouvrir des perspectives de prévention et de prise en charge thérapeutique pour les stades avancés.
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Vol 4 - N° 8S1
P. A130-A131 - décembre 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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