Érythème pigmenté fixe bulleux généralisé : une complication méconnue de la polymédication chez le sujet âgé - 28/11/24
Résumé |
Introduction |
L’érythème pigmenté fixe bulleux généralisé (EPFBG) est une variante rare et sévère de l’érythème pigmenté fixe (EPF). Il se caractérise par des lésions typiques d’EPF, accompagnées de bulles et d’érosions, affectant au moins 10 % de la surface corporelle et impliquant au moins trois sites anatomiques différents. Notre étude vise à mieux caractériser cette pathologie et à identifier les facteurs de risque associés.
Matériels et méthodes |
Il s’agissait d’une étude rétrospective englobant tous les cas d’érythème pigmenté fixe bulleux généralisé (EPFBG) sur une période de 9 ans (2016–2024). Le diagnostic reposait sur des données cliniques et histopathologiques ainsi que sur une enquête de pharmacovigilance.
Résultats |
L’étude a inclus sept patients, avec un âge moyen de 58,3 ans±[47–70 ans] et un sex-ratio (H/F) de 2,5. Le délai moyen d’apparition des lésions après ingestion des médicaments était de 57,4heures, avec un nombre moyen de 14,5 lésions par patient. Tous présentaient des lésions érythémateuses bien délimitées, avec un centre bulleux et des érosions post-bulleuses associées à des lésions typiques d’EPF. L’atteinte muqueuse était observée chez tous les patients. Le diagnostic d’EPFG était confirmé par les biopsies cutanées. Les médicaments incriminés étaient des antibiotiques dans 4 cas (2 avec cotrimoxazole, un avec lévofloxacine et un avec sulfaguanidine), des AINS chez 2 cas (un avec acide méfénamique et un avec piroxicam), et du paracétamol dans un cas. Des tests épicutanés sur les plaques résiduelles étaient négatifs pour quatre patients, tandis que des tests de provocation orale étaient positifs chez trois d’entre eux. L’enquête de pharmacovigilance a confirmé l’implication de ces médicaments, entraînant leur contre-indication. Une évolution favorable était observée chez tous les patients après le retrait du médicament suspecté.
Discussion |
La forme bulleuse généralisée de l’EPF était plus fréquemment rapportée chez les sujets âgés dans notre série comme dans la littérature. Ceci peut s’expliquer par la polymedication dans ce groupe d’âges. Dans notre étude, les principaux médicaments incriminés sont les antibiotiques et les AINS concordant avec les séries rapportées dans la littérature. L’enquête de pharmacovigilance est essentielle pour établir l’imputabilité. Les tests épicutanés sont considérés comme une méthode plus sûre, bien que moins sensible et dépendante du médicament en cause. Devant la négativité des tests épicutanés, nous avons opté pour le test de provocation orale chez 3 de nos patients dans un milieu de réanimation, qui se sont révélés positifs. Il reste l’examen le plus sensible pour déterminer le médicament incriminé, mais il peut induire des réactions sévères malgré les nouvelles recommandations de doses graduelles. Le test de transformation lymphocytaire est rarement utilisé pour confirmer le diagnostic.
Conclusion |
L’EPFBG, une dermatose sévère potentiellement mortelle, nécessite une reconnaissance urgente par tous les praticiens afin de prévenir les complications liées à la polymédication, en particulier chez les sujets âgés. Une enquête de pharmacovigilance rigoureuse est indispensable pour identifier les médicaments incriminés et prévenir les récidives.
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Vol 45 - N° S2
P. A429-A430 - décembre 2024 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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