Antibiothérapie suspensive : une évaluation internationale des pratiques - 29/05/25
Résumé |
Introduction |
Un nombre croissant de patients se voient prescrire une antibiothérapie suspensive (ATS), mais il n'existe pas de recommandations précises encadrant ces prescriptions. Nous avons mené une enquête européenne pour analyser les pratiques actuelles.
Matériels et méthodes |
Un questionnaire de 48 questions a été envoyé aux infectiologues membres de la SPILF (Société Française de Pathologies Infectieuses) et ESGAP (ESCMID Study Group for Antimicrobial Stewardship). Un rappel a été effectué un mois plus tard.
Résultats |
Nous avons analysé 182 questionnaires, dont 96 complets, provenant de 28 pays européens, 7 pays asiatiques, 2 américains, 2 africains et 1 océanien. La majorité des participants exerçaient en hôpital universitaire (n=105/134, 78%). Quatre-vingt trois pour cent des répondants prenaient en charge des patients sous ATS (n=97/116), 50% suivaient moins de 5 patients sous ATS (n=55/110).
La majorité des infections traitées par ATS étaient endovasculaires, ostéo-articulaires et cardiaques, chacune représentait environ 30% des indications. Les bacilles gram négatif, entérocoques, streptocoques et staphylocoques constituaient chacun environ 10% des indications. Les critères motivant l'utilisation d'une ATS étaient une contre-indication à la chirurgie (n=105/107, 98%), l'âge ou l'espérance de vie (n=82/107,77%), les comorbidités (n=82/107, 77%) et la récidive infectieuse après traitement curatif (n=68/107, 64%). Seulement 45% des répondants disaient prendre en compte l'avis du patient ou de sa famille.
Les pénicillines étaient prescrites entre 10-50%, les cyclines et le cotrimoxazole entre 10-30%, les fluoroquinolones entre 0-10%. Les carbapénèmes, glycopeptides, oxazolidinones et macrolides n'étaient pas utilisées. Une bithérapie suspensive était utilisée principalement en cas d'infection polymicrobienne (n=30/70, 43%). La posologie utilisée était souvent inférieure aux doses curatives (n=49/110, 45%) et/ou spécifique à chaque patient (n=39/96, 41%).
La majorité des patients sous ATS étaient suivis en ambulatoire (n=87/116, 75%), avec un suivi clinique (n=86/230, 37%), biologique (n=73/230, 32%), et radiologique (n=59/230, 26%). Dans la majorité des cas, le traitement était réévalué tous les 6 mois (n=70/110, 64%). La majorité des répondants étaient favorables à une réévaluation régulière du traitement pour l'arrêter, et ne considéraient pas ce traitement comme à vie (n=70/114, 61%). Parmi les participants, 26% (n=37/140) ont déclaré que les patients arrêtaient parfois le traitement spontanément.
Pour 54% (n=60/112) des répondants, l'ATS était efficace pour prévenir les récidives. Il n'existe pas de recommandations claires pour encadrer cette pratique pour 86% (n=87/101) des répondants. Parmi les priorités à discuter (réponses multiples possibles) les critères d'arrêt (n=83/260, 32%), les critères d'initiation de traitement (n=63/260, 24%), les molécules et posologies (n=60/260, 23%), et les modalités de suivi (n=50/260, 19%) semblaient toutes importantes.
Conclusion |
L'ATS est une pratique courante bien qu'hétérogène. La pertinence, les objectifs, modalités et suivi de cette prescription restent flous. Il paraît donc nécessaire développer de futures recommandations afin de mieux encadrer cette pratique.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 4 - N° 2S
P. S58-S59 - juin 2025 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.
Déjà abonné à cette revue ?
