S'abonner

Psilocybine dans le traitement d’une dépression résistante unipolaire : à propos d’un cas clinique - 21/11/25

Psilocybin in the setting of treatment-resistant unipolar depression: A case report

Doi : 10.1016/j.encep.2025.02.007 
Maroussia Dumenil a, Gabriel Cordova b, Wissam El-Hage a, c,
a UMR 1253, iBraiN, Inserm, université de Tours, Tours, France 
b Centre de recherche sur l’inflammation, hôpital Bichat Claude-Bernard, Paris, France 
c Clinique psychiatrique universitaire, centre expert dépression résistante, CHRU de Tours, Tours, France 

Auteur correspondant.

Résumé

Introduction

Les antidépresseurs actuels ont montré certaines limites pour soigner la dépression unipolaire. Leur délai d’action long, leurs interactions et leurs effets secondaires constituent des obstacles pour obtenir une rémission pérenne de cette pathologie prévalente, souvent chronique ou récurrente. Devant cette nécessité clinique, les efforts de recherche se sont intensifiés ces dernières années autour des psychédéliques en mettant particulièrement en lumière les bienfaits de la psilocybine sur la santé mentale. Pour illustrer cette approche prometteuse, nous présentons ici la vignette d’un étudiant en France pour lequel la psilocybine a permis une rémission complète après des épisodes dépressifs récurrents et une cure d’Escitalopram 15 mg suivie pendant deux ans.

Vignette clinique

Juan est un étudiant mexicain qui décide de venir en France en 2015 pour poursuivre sa formation et élargir ses horizons. Son diplôme de kinésithérapie obtenu au Mexique ne lui permettant pas d’exercer en France, il se lance dans des études de Biologie de 2016 à 2020. C’est malheureusement pendant cette période que Juan connaîtra son premier épisode dépressif caractérisé unipolaire, il se sentait incompétent et stagnait dans ses études. En mars 2017, il a bénéficié d’une première cure d’Escitalopram à 5 mg qui a permis une amélioration de ses symptômes dépressifs, mais qui ne le libérait pas totalement de ses angoisses et de ses ruminations. Le traitement a été arrêté au bout de trois mois à cause d’un départ en voyage d’été. En janvier 2018, il a connu un nouvel épisode dépressif plus intense qu’il tenta de soigner avec une nouvelle cure d’Escitalopram en majorant la dose à 10 mg, qu’il a suivie jusqu’en août 2019, mais qui de nouveau ne le soulageait pas totalement. C’est en janvier 2020 qu’il vécut sa rechute la plus difficile, parfois incapable de sortir du lit pendant des semaines entières, ce qui l’amena à reprendre de l’Escitalopram cette fois à une dose de 15 mg ; dose mal supportée à cause des effets secondaires (nausées, fatigue, engourdissement…). Durant l’été 2020, Juan a tenté une approche non conventionnelle au Mexique, utilisant la psilocybine, un composé de champignons hallucinogènes, sous la supervision d’un chaman. Après une première administration en juillet, il a ressenti une amélioration rapide et partielle de ses symptômes ; une deuxième administration deux semaines plus tard a finalement conduit à la rémission complète de ses symptômes dépressifs. Juan a décrit son expérience, éprouvé une paix intérieure et une compréhension profonde de ses troubles. Depuis 2020, il est en rémission complète de sa dépression et n’a pas repris d’antidépresseurs.

Discussion

La psilocybine est un agoniste du récepteur sérotoninergique 5-HT2A, influençant les réseaux neuronaux corticaux. Elle réduit la réactivité de l’amygdale aux émotions négatives, altérant la connectivité cérébrale. D’après l’échelle de dangerosité des drogues réalisée par David Nutt, la psilocybine fait partie des drogues les moins dangereuses et présente un potentiel de dépendance relativement bas. Malgré des avantages potentiels, il est crucial d’utiliser ces substances de manière responsable et sous supervision qualifiée. S’ils sont bien préparés, les effets psychédéliques peuvent favoriser la guérison en facilitant l’introspection et en bouleversant le fonctionnement d’un cerveau dépressif. Un essai en double aveugle et randomisé a été conduit en avril 2021 par une équipe britannique du Collège impérial de Londres pour comparer la psilocybine à l’Escitalopram, a montré des taux de réponse et de rémission plus élevés pour la psilocybine : les patients traités avec la psilocybine étaient 22 % plus nombreux à présenter une diminution de plus de 50 % de leur niveau de dépression que les patients sous antidépresseur (70 % contre 48 %). Cependant, le nombre de sujets recrutés (59) était faible, et l’Escitalopram n’a été administré au groupe de comparaison que durant 6 semaines. D’où la nécessité de poursuivre des recherches plus ambitieuses.

Conclusion

L’expérience psychédélique aurait considérablement accéléré la rémission clinique de Juan, lui permettant de reprendre le contrôle de sa vie après des années de dépression. Même si, dans ce cas, beaucoup de facteurs ont pu participer à la rémission de Juan, notamment la cure d’Escitalopram, les effets psychédéliques semblent avoir été un outil puissant pour surmonter sa dépression, avec d’autres potentiels thérapeutiques à explorer, tels qu’une réduction de la consommation d’alcool.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

Background

Current antidepressants have shown certain limitations in the treatment of unipolar depression. Their long onset of action, interactions, and side effects are obstacles to achieving lasting remission of this prevalent, often chronic or recurrent, pathology. Faced with this clinical necessity, research efforts have intensified in recent years around psychedelic drugs, with a particular focus on the mental health benefits of psilocybin. To illustrate this promising approach, we present here the clinical vignette of a student living in France for whom psilocybin led to complete remission after recurrent depressive episodes and a two-year course of Escitalopram.

Case presentation

Juan, a Mexican student, decided to move to France in 2015 to further his education and broaden his horizons. Since his degree in physiotherapy from Mexico did not qualify him to practice in France, he began studying Biology from 2016 to 2020. Unfortunately, during this period, Juan experienced his first episode of major unipolar depression, marked by feelings of incompetence and academic stagnation. In March 2017, he started an initial course of Escitalopram at 5 mg, which provided some relief from his depressive symptoms but did not completely alleviate his anxiety and ruminative thoughts. The treatment was discontinued after three months due to a summer travel plan. By January 2018, he encountered a more intense depressive episode for which he resumed Escitalopram at an increased dose of 10 mg. He continued this treatment until August 2019, although it again proved insufficient for full symptom relief. In January 2020, he faced his most challenging relapse, sometimes unable to get out of bed for weeks. This led him to resume Escitalopram, this time at 15 mg, but he struggled with significant side effects, including nausea, fatigue, and numbness. Seeking alternative solutions, in the summer of 2020 Juan tried a non-conventional approach in Mexico using psilocybin, a compound found in hallucinogenic mushrooms, under the supervision of a shaman. Following the first administration in July, he noticed a rapid partial improvement in his symptoms; a second administration two weeks later resulted in a full remission of his depressive symptoms. Juan described his experience as profoundly healing, gaining an inner peace and a deep understanding of his struggles. Since 2020, he has remained in full remission without the need for antidepressants. This case highlights the potential role of psilocybin in addressing treatment-resistant depression and the importance of further research into alternative therapeutic options.

Discussion

Psilocybin, a 5-HT2A serotonergic receptor agonist, affects cortical neural networks by reducing amygdala reactivity to negative emotions and altering brain connectivity. According to David Nutt's drug harm scale, psilocybin ranks among the least dangerous substances with a relatively low potential for dependence. Despite its potential benefits, responsible and supervised use is essential. Under carefully prepared conditions, psilocybin's psychedelic effects can promote healing by facilitating introspection and altering depressive brain functioning. In April 2021, a double-blind, randomized trial by a British team at Imperial College London compared psilocybin to Escitalopram, revealing higher response and remission rates for psilocybin : 70% of psilocybin-treated patients experienced a reduction of over 50 % in depression levels, compared to 48 % of those on antidepressants—a 22 % increase. However, with only 59 subjects and a 6-week Escitalopram treatment for the control group, further research with larger samples and extended treatment durations is essential.

Conclusion

The psychedelic experience appears to have significantly accelerated Juan's clinical remission, enabling him to regain control over his life after years of depression. Although multiple factors may have contributed to Juan's recovery—including his course of Escitalopram—psychedelic effects seem to have served as a powerful tool in overcoming his depression. This case suggests additional therapeutic potentials worth exploring, such as the reduction of alcohol consumption.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Psilocybine, Dépression, Antidépresseurs, Escitalopram, Psychédélique, Addictions, 5HT2A

Keywords : Psilocybin, Depression, antidePressants, Escitalopram, Psychedelic, Addictions, 5HT2A


Plan


© 2025  L'Encéphale, Paris. Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
Ajouter à ma bibliothèque Retirer de ma bibliothèque Imprimer
Export

    Export citations

  • Fichier

  • Contenu

Vol 51 - N° 6

P. 691-694 - décembre 2025 Retour au numéro
Article précédent Article précédent
  • Pour une psychiatrie outillée
  • Louis Jehel, Mathieu Guidère

Bienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
L’accès au texte intégral de cet article nécessite un abonnement.

Déjà abonné à cette revue ?

Elsevier s'engage à rendre ses eBooks accessibles et à se conformer aux lois applicables. Compte tenu de notre vaste bibliothèque de titres, il existe des cas où rendre un livre électronique entièrement accessible présente des défis uniques et l'inclusion de fonctionnalités complètes pourrait transformer sa nature au point de ne plus servir son objectif principal ou d'entraîner un fardeau disproportionné pour l'éditeur. Par conséquent, l'accessibilité de cet eBook peut être limitée. Voir plus

Mon compte


Plateformes Elsevier Masson

Déclaration CNIL

EM-CONSULTE.COM est déclaré à la CNIL, déclaration n° 1286925.

En application de la loi nº78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez des droits d'opposition (art.26 de la loi), d'accès (art.34 à 38 de la loi), et de rectification (art.36 de la loi) des données vous concernant. Ainsi, vous pouvez exiger que soient rectifiées, complétées, clarifiées, mises à jour ou effacées les informations vous concernant qui sont inexactes, incomplètes, équivoques, périmées ou dont la collecte ou l'utilisation ou la conservation est interdite.
Les informations personnelles concernant les visiteurs de notre site, y compris leur identité, sont confidentielles.
Le responsable du site s'engage sur l'honneur à respecter les conditions légales de confidentialité applicables en France et à ne pas divulguer ces informations à des tiers.


Tout le contenu de ce site: Copyright © 2026 Elsevier, ses concédants de licence et ses contributeurs. Tout les droits sont réservés, y compris ceux relatifs à l'exploration de textes et de données, a la formation en IA et aux technologies similaires. Pour tout contenu en libre accès, les conditions de licence Creative Commons s'appliquent.