Le paludisme en Union des Comores de 1923 à 2023 : une approche géographique pour déterminer l’importance des facteurs environnementaux et sociaux dans son maintien - 21/02/26
, Vincent HERBRETEAU 2, Rahamatou SILAI 3, Anfane BACAR 3, Gwenaëlle PENNOBER 4Résumé |
Introduction |
Depuis 1923, où une terrible épidémie avait éclaté à la Grande Comore, le paludisme est devenu une maladie endémique dans l'Union des Comores. En 2023, un siècle plus tard, le paludisme reste prévalent dans l'Union des Comores, avec plus de 21 000 cas, dont plus de 90 % se déclarent à la Grande Comore. Quels sont les facteurs qui contribuent à la persistance du paludisme dans l'Union des Comores, malgré la mise en œuvre de plusieurs mesures de lutte au cours des 20 dernières années, notamment la distribution de masse de moustiquaires imprégnées d'insecticide à longue durée d'action et la distribution de masse de traitements à base d'Artequick par des équipes chinoises à Mohéli (2007-2009), Anjouan (2012-2013) et Grande Comore (2013) ?
Méthodologie |
Les données épidémiologiques historiques et actuelles sur le paludisme ont été utilisées pour retracer l'évolution spatiale et temporelle du paludisme à différentes échelles durant un siècle, de 1923 à 2023. Ensuite, les effets des actions de lutte sur le recul de l'incidence du paludisme ont été examinés à l'aide de tests de corrélation spatiale et temporelle. De plus, une cartographie de l'occupation et de l'utilisation des sols a été établie à partir d'une image satellite Spot 5 de 2013, permettant de mettre en évidence les liens entre l'incidence du paludisme et l'environnement au niveau des districts sanitaires de toutes les îles et des zones tampons (entre 500 m et 2 km) autour des villages de Grande Comore. Enfin, une enquête a été menée auprès de 1 290 ménages répartis proportionnellement entre la population de chaque île, les districts sanitaires et les zones urbaines et rurales. Ces données ont été utilisées pour comprendre les liens entre l'incidence du paludisme et les facteurs sociaux des ménages.
Résultats |
L'enquête de Jean Raynal a montré que la Grande Comore a été meurtrie par l'épidémie de paludisme de 1923 à 1925, avec plus de 2 000 décès et un indice splénique de 20 à 41 % pour les villages les plus touchés, notamment dans les régions de Mitsamiouli, Mboinkou, Oichili-Dimani, Bambao, Hambou et au sud de Mbadjini. Plusieurs années plus tard, les actions de traitement de masse, notamment la distribution massive d'Artequick, ont permis de réduire de 97 % le nombre de cas de paludisme, qui est passé de 103 600 en 2010 à moins de 1 500 en 2016. Cependant, le paludisme persiste encore à la Grande Comore, et des clusters sur-incidence ont été observés dans les mêmes villages les plus touchés par l'épidémie de 1923. Sur cette île, la persistance du paludisme est principalement associée à des facteurs sociaux, notamment la présence de citernes dans les foyers, le lieu de dépôt des déchets ménagers et le refus de prendre des médicaments de masse (Artequick) de certains ménages, dans une proportion variant de 4 à 19 % selon les localités. Quant aux facteurs environnementaux, il est difficile d'observer un lien positif avec l'incidence, même si l'urbanisation est positivement associée à l'échelle des districts sanitaires.
Conclusion |
La cartographie de l’incidence du paludisme met en évidence les différents faciès géographiques de cette maladie de l’échelle nationale à l’échelle des localités de 1923 à 2023. Elle permet, ainsi, de mieux comprendre les aspects humains et environnementaux du maintien du paludisme et vise ainsi à mieux cibler les futures actions de lutte.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 1S
P. S13 - février 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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