Le réseau sentinelle à Mayotte : un dispositif à reconstruire - 21/02/26
Résumé |
Mayotte, territoire français de l’océan Indien, compte environ 321 000 habitants, dont près de 50 % sont mineurs. Ce profil démographique unique, associé à une croissance rapide de la population, à une grande diversité d’origines et à des conditions de vie souvent précaires, crée un contexte sanitaire particulièrement vulnérable aux épidémies. Les habitats denses, la mobilité importante de la population et l’accès inégal aux soins accentuent encore ce risque. Dans un tel environnement, la surveillance épidémiologique est un outil fondamental de la santé publique. Son objectif est de détecter précocement les signaux sanitaires, d’anticiper les flambées épidémiques et de prévenir leur propagation.
Le réseau des médecins sentinelles occupe une place centrale dans ce dispositif. Basé sur le volontariat des praticiens libéraux, il permet une collecte hebdomadaire d’indicateurs de morbidité à partir des consultations en soins primaires. Chaque médecin participant saisit en ligne le nombre total de consultations réalisées dans la semaine, ainsi que le nombre de consultations pour certaines affections syndromiques ciblées: infections respiratoires aiguës, diarrhées aiguës, syndromes dengue-like, bronchiolite et affections cutanées. Ces données, agrégées et analysées par Santé publique France, permettent de suivre l’évolution temporelle et spatiale de ces syndromes, d’identifier les tendances inhabituelles et de détecter le début d’une épidémie, souvent avant la confirmation biologique des cas.
Ce système présente deux atouts majeurs :
- Il permet de surveiller la dynamique d’une épidémie à travers les cas suspects ;
- Il permet de détecter tôt l’apparition d’une épidémie bien avant les autres systèmes de surveillance).
Cependant, cette approche n’est pleinement efficace que lorsque le réseau sentinelle est actif et suffisamment représentatif. L’épidémie de chikungunya survenue en 2025 à Mayotte a mis en lumière les limites actuelles du dispositif: la quasi-inactivité du réseau (un seul médecin participant à ce jour) a rendu impossible le suivi régulier des cas suspects, empêchant ainsi de documenter la progression réelle de l’épidémie. Cette situation a montré à quel point la disparition du réseau sentinelle fragilise la capacité de réponse rapide aux crises sanitaires sur le territoire.
La reconstruction du réseau sentinelle à Mayotte est aujourd’hui une priorité stratégique. Il s’agit de mobiliser les médecins libéraux et les structures de soins de premier recours autour d’un dispositif simple, utile et valorisant pour leur pratique. La participation au réseau ne demande que quelques minutes par semaine pour la saisie des données via l’outil en ligne de Santé publique France, mais elle contribue directement à renforcer la veille sanitaire et à protéger la population mahoraise contre les épidémies émergentes ou réémergentes (dengue, chikungunya, etc.).
Cette présentation, réalisée dans le cadre du Colloque Mayotte en Santé, avait pour objectif de sensibiliser et recruter de nouveaux médecins sentinelles, en rappelant l’importance et la valeur ajoutée de ce dispositif collaboratif. Un réseau sentinelle revitalisé permettra de mieux anticiper les épidémies, d’améliorer la réactivité du système de santé et de renforcer la souveraineté sanitaire de Mayotte face à ses défis épidémiologiques.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 1S
P. S20-S21 - février 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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