De l’informel à l’essentiel : garantir l’eau potable en contexte précaire en Guyane - 21/02/26
Résumé |
Introduction |
En Guyane française, territoire ultramarin marqué par de fortes inégalités sociales de santé, près de 15 % de la population ne dispose pas d’un accès à une eau potable issue du réseau public. Les habitants des quartiers spontanés et des villages isolés dépendent de sources non sécurisées (eau de pluie, puits, criques), les exposant à un risque accru de maladies infectieuses telles que les diarrhées, les hépatites A et E, la fièvre typhoïde ou la leptospirose. Une enquête sur les connaissances, attitudes et pratiques (CAP) menée en 2023 auprès de 360 personnes par l’Équipe Mobile Santé Environnement (EMSE) de la Croix-Rouge française a montré que 45 % des ménages consommaient une eau non potable et que moins de 5 % appliquaient des techniques de traitement adaptées. Ces résultats ont révélé une pluralité d’obstacles freinant l’accès à l’information, à la prévention et aux soins, dans un contexte de précarité, de faible littératie et d’allophonie. Ces constats ont conduit à la conception d’un projet spécifique consacré au traitement de l’eau à domicile (TED), afin de réduire les risques infectieux et de renforcer l’équité en santé.
Méthodologie |
Inscrit dans le Plan Régional Santé Environnement (PRSE) 2024-2028, le projet TED vise à accompagner les ménages dans l’adoption de pratiques de traitement de l’eau simples, durables et adaptées aux réalités locales. Les fiches techniques des méthodes de décantation, filtration, ébullition, chloration et collecte d’eau de pluie ont été coconstruites et validées par l’Agence Régionale de Santé (ARS) en 2024, établissant un cadre réglementaire d’intervention. Les médiateurs en santé, formés aux techniques de traitement et à la communication interculturelle, assurent un accompagnement mensuel des foyers volontaires et animent des ateliers collectifs multilingues.
Résultats |
En 2025, la phase pilote a permis d’accompagner une centaine de foyers sur quatre sites. Tous (100 %) ont bénéficié d’un kit de traitement et de stockage. Soixante-deux séances de suivi ont été menées auprès des foyers nécessitant un renforcement des pratiques, permettant d’ajuster les gestes et d’améliorer la compréhension des recommandations. Environ 60 % des ménages appliquent désormais correctement les techniques préconisées. Les principales limites concernent des retards logistiques et une participation parfois irrégulière des familles, liée à leur situation socio-économique et administrative très précaire, qui rend difficile une mobilisation continue dans la durée.
Discussion/Conclusion |
Le projet TED constitue une réponse innovante et contextualisée aux inégalités sociales et environnementales de santé en Guyane. En mobilisant la médiation en santé comme levier d’adhésion, de transfert de compétences et d’ancrage territorial, il démontre la faisabilité d’une intervention communautaire alliant prévention, accompagnement technique et participation citoyenne. La consolidation du projet reposera sur un suivi scientifique rigoureux et sur l’engagement durable des partenaires territoriaux, afin d’en garantir la pérennité et la transférabilité à d’autres contextes de précarité.
Le texte complet de cet article est disponible en PDF.Vol 5 - N° 1S
P. S23-S24 - février 2026 Retour au numéroBienvenue sur EM-consulte, la référence des professionnels de santé.
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