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L’amnésie traumatique et ses implications judiciaires dans les faits d’inceste - 25/03/26

Traumatic amnesia and its legal implications in cases of incest

Doi : 10.1016/j.amp.2025.10.006 
Julie Francols a, b,
a Université de Lyon II, 5, avenue Pierre-Mendès-France, 69500 Bron, France 
b Université du Québec à Trois-Rivières, 3351 Bd des Forges, Trois-Rivières, QC G8Z 4M3, Canada 

56, cours Lafayette, 69003 Lyon, France. 56, cours Lafayette Lyon 69003 France

Résumé

Dans la continuité de notre article précédent (Francols et Ravit, 2025) sur les facteurs associés à l’amnésie traumatique dans les contextes de violences incestueuses, nous proposons de discuter ici les implications judiciaires liées au phénomène d’amnésie traumatique chez les victimes d’inceste. Aujourd’hui, en France, 7,4 millions de personnes sont reconnues comme ayant été victimes d’inceste (Sondage IPSOS, 2023) et parmi elles 89 % ont souffert (et souffrent encore) d’amnésie traumatique (Francols et Ravit, 2025), dont 50 % sous sa forme complète. L’amnésie traumatique témoigne de la radicalité à l’œuvre dans les mécanismes de survie psychique face à la destruction et la menace de désorganisation portée par l’agir incestueux. L’inceste n’est pas seulement une atteinte du corps, c’est avant tout et surtout une atteinte du psychisme, une petite mort. En nous appuyant sur une étude épidémiologique nationale menée entre les mois de novembre 2022 et mars 2023, nous avons pu mettre en évidence l’écart problématique entre la temporalité psychique des victimes d’inceste et la temporalité judiciaire, d’une part, et l’écart entre la réalité psychique subjective et la réalité judiciaire, d’autre part. La justice pénale française est bordée par des limites temporelles qui n’encadrent pas la temporalité nécessaire aux victimes d’inceste pour processer jusqu’à l’intégration complète des expériences incestueuses accessibles. D’autre part, le langage du traumatisme incestueux n’est pas celui du système judiciaire français. La réalité subjective des victimes est faite de parts symbolisées – fragments de souvenirs explicites, confus et discontinus, verbalisables – mais surtout de parts non symbolisées, accessibles uniquement par le corps, sous forme de sensations, d’impressions, de traces perceptives non représentées et « non-racontables ». Dans de tels écarts, le dialogue entre les victimes et la justice française est rendu difficile, et cette incompréhension est lourde de conséquences pour les victimes en quête de reconnaissance et de réparation.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Abstract

In continuity with our previous article (Francols et Ravit, 2025), in which we identified the main factors associated with traumatic amnesia in the context of incestuous violence, we propose here to discuss the judicial implications of traumatic amnesia among victims of incest. Today, in France, 7.4 million people are recognized as having been victims of incest (Sondage IPSOS, 2023) and among them, 89% have suffered (and continue to suffer) from traumatic amnesia (Francols et Ravit, 2025), with 50% experiencing it in its complete form. Furthermore, for 28% of individuals who experienced complete traumatic amnesia, the condition lasted for more than 30 years. Traumatic amnesia, also referred to as “dissociative amnesia” in the scientific community, is defined as “an inability to recall important autobiographical information, usually of a traumatic or stressful nature, that is inconsistent with ordinary forgetting” (American Psychiatric Association, 2015). Beyond this psychiatric definition, traumatic amnesia bears witness to the extreme nature of psychic survival mechanisms in the face of the psychic disintegration and destruction brought on by incestuous acts. Incest is not merely an assault on the body; it is, first and foremost, an assault on the psyche — a kind of death, an erasure of the other as a singular and differentiated subject. By taking possession of the child's body, the incestuous parent also attacks the child's mind, denying their otherness, their desire, and their inherent need for existence. The child is no longer a subject, no longer the bearer of a singular identity differentiated by age and gender; they become an object — an object of other — reduced to a body with forms and orifices, transformed into a toy whose sole function is to entertain, to give pleasure — and, in the worst cases, to provide gratification. To survive, the individual has no choice but to erase the reality of the act, to render it non-existent within the self. Symbolization processes break down, preventing the transformation of “initial perceptual traces” into conscious and meaningful representations of experience. Ego-splitting and repression operate to keep the threatening representations of sexual trauma out of awareness. Due to its complexity and radical nature, traumatic amnesia places significant limitations on victims’ ability to report what happened and on the expected judicial response. Based on a national epidemiological study conducted between November 2022 and March 2023 with 400 participants who experienced incest in childhood or adolescence, we identified the specific temporality associated with the phenomenon of traumatic amnesia and the psychic processes necessary for constructing representations of incestuous traumatic events. However, the French criminal justice system is bound by statutory time limits that fail to account for the extended psychological timeframe needed by incest victims to fully process and integrate these traumatic experiences. Moreover, the language used by victims of incest does not align with that of the French judicial system. The victims’ subjective reality consists of partially symbolized elements — fragments of explicit, verbalizable memories that are often confused and discontinuous — and, more significantly, non-symbolized elements, accessible only through the body in the form of sensations, impressions, unrepresented perceptual traces that are “unutterable.” In contrast, judicial proceedings are based on facts and require a clear, structured, and coherent narrative. Faced with such a gap, communication between victims and the French legal system becomes difficult, and this misunderstanding carries serious consequences for victims seeking recognition and reparation.

Le texte complet de cet article est disponible en PDF.

Mots clés : Inceste, Amnésie traumatique, Représentation, Processus de symbolisation, Implications judiciaires

Keywords : Incest, Traumatic amnesia, Representation, Symbolization process, Legal implications


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